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Quand le cessez-le-feu vire à la farce : la guerre continue – La guerre contre l’Iran et ses répercussions mondiales | 26 et 28 mai 2026

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Publié le : 28 mai 2026 / Mis à jour le : 28 mai 2026 – Auteur : Konrad Wolfenstein

Quand le cessez-le-feu vire à la farce : la guerre continue – La guerre contre l’Iran et ses répercussions mondiales | 26 et 28 mai 2026

Quand le cessez-le-feu vire à la farce : la guerre continue – La guerre en Iran et ses répercussions mondiales | 26 et 28 mai 2026 – Image : Xpert.Digital

Le détroit d'Ormuz est en flammes : comment la guerre en Iran complique la situation de l'économie mondiale

Une guerre au point névralgique géopolitique du monde : comment l'escalade dans le Golfe persique prend en otage l'économie mondiale.

La guerre au Moyen-Orient a atteint un nouveau niveau d'escalade extrêmement dangereux en mai 2026. Tandis que les négociations pour une prolongation du fragile cessez-le-feu se poursuivaient à huis clos à Doha, les armes continuaient de faire parler d'elles dans le golfe Persique. Les tirs de roquettes du Corps des gardiens de la révolution islamique iranien contre des bases américaines et les mystérieuses frappes de drones sur le territoire koweïtien ont révélé la logique perverse de ce conflit : négociations et frappes de représailles se déroulaient en parallèle, comme si aucun des deux camps n'était capable de choisir entre la guerre et la paix. Au cœur de ce séisme géopolitique se trouve le détroit d'Ormuz, point de passage stratégique pour le commerce mondial du pétrole et du gaz. Son blocage a non seulement provoqué une flambée des prix de l'énergie à l'échelle mondiale, mais menace également de faire grimper l'inflation en Europe à des niveaux records.

Mais en coulisses, un drame bien plus vaste se joue. La stratégie américaine, sous la présidence de Donald Trump, vise non seulement à affaiblir le régime des mollahs iraniens, mais aussi, avec une précision chirurgicale, à paralyser l'économie chinoise en bloquant des voies pétrolières vitales. Parallèlement, l'architecture sécuritaire du Moyen-Orient connaît une profonde mutation : pour la première fois de l'histoire, les États arabes du Golfe lancent une attaque militaire directe contre l'Iran, tandis que Trump accentue la pression sur le monde islamique pour qu'il adhère aux accords d'Abraham. Face à l'effondrement économique imminent de l'Iran et à la récession mondiale croissante, la communauté internationale traverse des semaines cruciales. Un accord de paix pourrait offrir une solution salvatrice, mais toute nouvelle attaque risque de faire s'écrouler définitivement ce fragile édifice.

Pourquoi un accord de paix au Moyen-Orient est-il actuellement en train d'échouer ?

Le 28 mai 2026 marque une nouvelle escalade dans un conflit qui n'a connu aucun jour de stabilité depuis son déclenchement fin février. Alors que des négociateurs iraniens se trouvent à Doha pour tenter d'instaurer la paix, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) attaque une base aérienne américaine en représailles aux frappes américaines près de Bandar Abbas. Le Koweït a également signalé des attaques de missiles et de drones sur son territoire tôt jeudi matin, sans qu'aucune revendication ne soit faite. Cette guerre obéit à une logique perverse : négociations et représailles se déroulent en parallèle, comme si les deux camps étaient incapables ou refusaient de choisir entre la guerre et la paix.

Le commandement central américain (CENTCOM) a qualifié ses frappes des 26 et 28 mai d'« actes de légitime défense », affirmant avoir neutralisé des drones menaçant le détroit d'Ormuz et coulé deux vedettes rapides des Gardiens de la révolution iraniens qui posaient des mines marines. L'Iran a accusé les États-Unis de violer le cessez-le-feu et a riposté par une attaque contre la base américaine, y voyant un « avertissement solennel ». Au moins 13 puissantes explosions ont été signalées à Bandar Abbas en l'espace de 30 secondes, et la piste de l'aéroport aurait subi d'importants dégâts.

Choc pétrolier et menace de guerre : pourquoi l’escalade dans le Golfe nous concerne tous

Cette escalade n'est pas le fruit du hasard, mais bien la conséquence d'intérêts structurellement incompatibles : Washington exige le démantèlement complet du programme nucléaire iranien et l'ouverture immédiate du détroit d'Ormuz, tandis que Téhéran réclame avant tout la levée du blocus naval et des réparations pour les dommages de guerre. Un cessez-le-feu fragile, en vigueur depuis le 8 avril, a permis de contenir le conflit sans y mettre fin, et chaque nouvelle attaque risque de faire s'effondrer tout cet édifice fragile.

Le séisme géopolitique : comment tout a commencé

Pour comprendre la situation actuelle, il faut se pencher sur le point de départ. Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé des frappes aériennes coordonnées contre l'Iran, ciblant non seulement des installations militaires, mais aussi des figures de proue du régime, dont le Guide suprême et de hauts responsables de la sécurité. Le pays, qui connaissait déjà en début d'année une inflation de 42,2 % et une inflation alimentaire de 72 %, était fragilisé dès le départ.

L'Iran a réagi avec le seul outil à sa disposition : la fermeture du détroit d'Ormuz. En quelques heures, plusieurs compagnies maritimes, compagnies pétrolières et maisons de commerce ont interrompu leur trafic. Le détroit, par lequel transitent quotidiennement quelque 20 millions de barils de pétrole brut – soit près de 20 % de la consommation mondiale – s'est ainsi retrouvé de facto bloqué. Le prix du pétrole a immédiatement réagi, grimpant jusqu'à près de 120 dollars le baril avant de se stabiliser entre 91 et 100 dollars, soit une hausse de plus de 26 % par rapport aux niveaux d'avant-guerre. Au moment des négociations actuelles, début mai 2026, le Brent s'échangeait déjà à 111,29 dollars.

Dans le même temps, les livraisons de GNL en provenance du Qatar se sont effondrées, car les terminaux d'exportation qataris du golfe Persique dépendent eux aussi du libre passage du détroit d'Ormuz. L'Europe s'est ainsi retrouvée soudainement coupée d'une voie d'approvisionnement en gaz essentielle.

Le sang noir du commerce mondial : le détroit d'Ormuz, un goulot d'étranglement économique

Aucun autre détroit au monde ne concentre autant de puissance économique sur une superficie aussi réduite. Environ un cinquième du commerce mondial de pétrole et une part comparable du commerce mondial de GNL, principalement en provenance du Qatar, transitent par le détroit d'Ormuz. En cas de blocus naval prolongé, les oléoducs et gazoducs ne pourraient acheminer qu'une fraction de ces volumes : seuls l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent de voies d'exportation alternatives, pour un maximum d'environ 2,6 millions de barils par jour. Compte tenu d'un débit journalier de 20 millions de barils, cette marge de manœuvre est négligeable.

Une étude récente, présentée conjointement par Wiener Chain Intelligence et l'Université de technologie de Delft (TU Delft), estime le risque pour les exportations des cinq principaux États du Golfe, en cas de blocus prolongé, à près de 1 200 milliards de dollars américains par an. Les conséquences les plus graves surviendraient si le détroit restait bloqué pendant plus de quatre mois, entraînant une congestion des routes alternatives et des perturbations systémiques des chaînes d'approvisionnement. Outre le pétrole brut et le gaz naturel, les engrais, essentiels à la sécurité alimentaire mondiale, seraient particulièrement touchés.

Pour l'Allemagne et l'Europe, les dégâts directs sont relativement modérés, car l'Europe ne tire qu'une faible part de son énergie directement de la région du Golfe. Le véritable problème n'est pas une question de quantité, mais de prix : la hausse des cours mondiaux de l'énergie fait grimper les coûts, même en l'absence de dépendance directe. En Allemagne, le prix de l'essence a dépassé les deux euros le litre, et la Fondation Hans Böckler prévoit un taux d'inflation de 2,5 % pour les premier et deuxième trimestres de 2026, avec un risque d'inflation plus marqué. Selon les experts du think tank Dezernat Zukunft, la destruction définitive des installations d'extraction pourrait entraîner une inflation supplémentaire de deux points de pourcentage, portant le taux d'inflation à près de 4 %, son niveau le plus élevé depuis 2023.

La Chine sous emprise : le véritable objectif stratégique

Alors que l'Europe subit un choc des prix important mais gérable, le blocus d'Ormuz frappe la Chine avec une précision chirurgicale. En 2025, la République populaire de Chine importait 5,4 millions de barils de pétrole brut par jour via le détroit d'Ormuz, soit deux fois plus que tout autre pays. La Chine est de loin le principal acheteur de pétrole iranien ; avant la guerre, plus de 90 % des exportations de pétrole iranien étaient destinées à la Chine. Avec la rupture de cette voie d'approvisionnement, Pékin est confronté à un double problème : non seulement il perd ses importations de pétrole iranien à bas prix, mais il doit désormais rivaliser sur le marché mondial avec les acheteurs européens pour obtenir des approvisionnements de remplacement, ce qui fait encore grimper les prix.

On ne saurait surestimer la portée stratégique de cette situation. Washington sait qu'un blocus prolongé du fleuve Ormuz épuisera les réserves stratégiques de pétrole de la Chine et restreindra considérablement la marge de manœuvre de Pékin dans tout conflit futur, que ce soit à propos de Taïwan ou d'ailleurs. La Chine a condamné le blocus américain, le qualifiant de « dangereux et irresponsable », et a simultanément lancé une offensive diplomatique : le président Xi Jinping a reçu successivement des représentants de l'Espagne, des Émirats arabes unis, de la Russie et du Vietnam afin de positionner la Chine comme un contrepoids stable à Washington. Parallèlement, Pékin s'emploie à restructurer son approvisionnement énergétique terrestre grâce à des contrats d'approvisionnement à long terme avec la Russie, l'Asie centrale et l'Amérique latine.

Ce réalignement forcé de la politique énergétique chinoise a des conséquences à long terme qui se prolongeront bien au-delà de la guerre. La crise d'Ormuz accélère un découplage géopolitique en cours depuis des années et contraint la Chine à surmonter sa vulnérabilité économique face à la puissance navale américaine en misant sur des alternatives continentales.

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Les cheikhs arabes pris entre deux feux : la fin de l'ambiguïté stratégique

L'un des résultats les plus remarquables de cette guerre est la levée d'une ambiguïté stratégique qui a marqué des années de conflit entre les États arabes du Golfe. Plus de 5 000 attaques à la roquette, au drone et aux missiles de croisière ont été recensées au Koweït, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis depuis le début des hostilités. Ces attaques, lancées par l'Iran et les milices chiites irakiennes qu'il soutient, ont accompli ce que des décennies d'efforts diplomatiques n'avaient pu réaliser : unir les monarchies rivales du Golfe contre un ennemi commun.

L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, selon de multiples sources confirmées par des diplomates occidentaux, des services de sécurité arabes et une source bien informée à Téhéran, ont lancé des attaques de représailles directes contre des cibles iraniennes. C'est la première fois dans l'histoire que ces deux monarchies arabes attaquent militairement l'Iran. Les Émirats arabes unis auraient attaqué l'île iranienne de Lavan et frappé une raffinerie peu avant l'annonce du cessez-le-feu en avril.

Parallèlement, les structures économiques de la région se transforment. Les ports et infrastructures koweïtiens ont été gravement endommagés ; la raffinerie de Ras Tanura, propriété de Saudi Aramco, la compagnie la plus valorisée au monde, a été touchée par un drone iranien. Si les pertes de production sont restées limitées, le message est clair : l’Iran est prêt et capable d’attaquer les infrastructures pétrolières du Golfe persique, et il le fait. Les coûts d’assurance pour le transport maritime dans la région ont explosé, et les investissements étrangers dans la péninsule arabique devraient ralentir à moyen terme.

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La manœuvre de Trump : les accords d'Abraham sous un nouveau jour

Le président américain Donald Trump poursuit une stratégie multidimensionnelle dans ce conflit, qui dépasse largement les objectifs militaires immédiats. Quelques jours avant la dernière escalade – le 24 mai 2026 –, Trump a exhorté plusieurs États musulmans à adhérer aux accords d'Abraham, les déclarant quasi obligatoires pour des pays comme le Qatar, le Pakistan, l'Égypte, la Jordanie et la Turquie. L'Arabie saoudite et le Qatar devraient commencer à signer « immédiatement », et les autres devraient suivre.

Derrière cette situation se cache une logique de négociation limpide : quiconque souhaite bénéficier de la protection d’une architecture de sécurité menée par les États-Unis et tirer profit économiquement d’une normalisation des relations avec Israël doit prendre position politiquement. Pour l’Arabie saoudite, dont l’économie, malgré le programme Vision 2030, demeure fortement dépendante de marchés pétroliers stables, le statu quo n’est plus envisageable : les bénéfices de la guerre, liés à la hausse des prix du pétrole, sont absorbés par les coûts du conflit, notamment la destruction des infrastructures et la perturbation des investissements.

Les accords d'Abraham initiaux, signés durant le premier mandat de Trump, avaient incité les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan à normaliser leurs relations avec Israël. Depuis leur signature initiale en 2020, aucun autre pays arabe n'y a adhéré, à l'exception du Kazakhstan, qui s'est contenté d'exprimer sa volonté de le faire. La guerre modifie désormais profondément la donne : les États arabes qui hésitaient auparavant pour des raisons de politique intérieure se trouvent de plus en plus confrontés à un dilemme sécuritaire qui rend un rapprochement avec Washington plus attrayant, même si afficher publiquement son soutien à Israël demeure un sujet politiquement délicat sur le plan intérieur.

 

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Un accord de paix fragile : pétrole, nucléaire et jeux de pouvoir

L’effondrement économique du régime des mollahs : la victoire par la famine ?

Alors que l'attention internationale se concentre sur les affrontements militaires, un drame économique se déroule en Iran même, révélant la véritable asymétrie stratégique de ce conflit. Début 2026, le taux d'inflation officiel atteignait 42,2 %, tandis que l'inflation alimentaire culminait à 72 %. Depuis le retrait de Trump de l'accord sur le nucléaire iranien en 2018, le rial iranien a chuté de 50 000 à 1 420 000 rials pour un dollar, soit une dévaluation de 28 fois en huit ans. Cet effondrement monétaire a déclenché un cercle vicieux : hausse du coût des importations, rupture des chaînes d'approvisionnement et nouvelle dévaluation de la monnaie.

Le blocus naval américain, imposé par Washington début avril pour perturber les chaînes d'approvisionnement transitant par les ports iraniens, frappe le régime à son point le plus vulnérable. Près de 40 % de l'économie iranienne dépend des revenus pétroliers ; les exportations de pétrole, déjà pénalisées par le rétablissement automatique des sanctions de l'ONU, ont encore chuté du fait du blocus. Par ailleurs, les revenus pétroliers iraniens provenant du marché noir, soumis à des sanctions, sont gelés au Qatar. Dans le cadre d'un accord de paix, Téhéran exige le déblocage de 24 milliards de dollars d'avoirs gelés : la moitié dès l'entrée en vigueur d'un accord-cadre, l'autre moitié dans un délai de 60 jours.

Dans le même temps, la guerre a affaibli le régime sur le plan intérieur. Les vastes manifestations économiques qui ont secoué plusieurs villes en début d'année ont révélé une population à bout de souffle. Le vide du pouvoir, consécutif aux assassinats ciblés de hauts responsables et à l'escalade de la lutte d'influence entre les factions pragmatiques et le complexe militaro-industriel des Gardiens de la révolution, paralyse l'action politique. Les Gardiens de la révolution, qui ont consolidé leur pouvoir grâce à la guerre, sont également les plus susceptibles – et les plus disposés – à saboter tout accord.

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Le dilemme de la paix : trop près et trop loin à la fois

Les négociations visant à mettre fin à la guerre se trouvent dans une situation d'impasse particulière. La déclaration de Trump du 24 mai 2026, selon laquelle un accord de paix était « largement négocié » et imminent, comportait une mise en garde cruciale : les détails étaient encore en discussion. Le ministère iranien des Affaires étrangères a commenté l'optimisme de Trump en observant avec lucidité que les deux parties étaient simultanément « très loin et très près » d'un accord.

Un projet de protocole d'accord propose : une prolongation de 60 jours du cessez-le-feu, la réouverture immédiate du détroit d'Ormuz par l'Iran, un engagement des deux parties à mettre fin définitivement à la guerre, y compris sur le front libanais, la réaffirmation de l'engagement de l'Iran à ne pas développer d'armes nucléaires et le démantèlement de son stock d'uranium enrichi selon un mécanisme qui reste à définir. En contrepartie, les États-Unis lèveraient leur blocus naval et coopéreraient au déblocage des avoirs gelés.

Le principal point de désaccord concerne le programme nucléaire iranien. Washington exige le démantèlement complet des installations de Natanz, Fordow et Ispahan, ainsi que la remise de tous les stocks d'uranium enrichi à l'AIEA. Téhéran, quant à lui, revendique son droit à l'enrichissement d'uranium en vertu du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et souhaite n'entamer des négociations sur les questions nucléaires qu'après la fin officielle du conflit. Le Qatar, jouant un rôle d'intermédiaire informel entre les parties, et le Pakistan, en tant que médiateur officiel, tentent de faciliter un dialogue. Cependant, chaque nouvel affrontement militaire, comme ceux des 26 et 28 mai, accroît le coût politique d'un accord pour les deux camps.

Le choc inflationniste mondial : risques d'inflation pour l'Europe et l'économie mondiale

Les conséquences macroéconomiques du conflit sont déjà mesurables et pourraient s'aggraver considérablement selon son évolution. Philip Lane, économiste en chef de la Banque centrale européenne, avait averti dès le début qu'un conflit prolongé dans le Golfe pourrait faire grimper l'inflation dans la zone euro « à plus de 3 %, voire près de 4 % ». De fait, le prix de l'essence en Allemagne a dépassé les deux euros le litre, et a même doublé dans certains cas.

L'Institut économique allemand (IW) a calculé qu'un prix du pétrole de 100 dollars le baril entraînerait une hausse de l'inflation de 0,8 point de pourcentage cette année. Aux États-Unis, premier producteur mondial de pétrole, les prix de l'essence à la pompe ont augmenté de 20 % depuis le début de la guerre. L'économiste Jared Franz, du groupe Capital, a estimé que le pouvoir d'achat des consommateurs américains diminuerait d'environ 0,6 % pour un prix du pétrole de 85 dollars le baril ; à 100 dollars ou plus, l'impact serait nettement plus important. Néanmoins, M. Franz s'est montré prudemment optimiste quant à une possible croissance du PIB américain de 2,8 % sur l'année, à condition que le conflit ne s'aggrave pas.

Pour l'économie mondiale dans son ensemble, les réserves stratégiques permettent d'atténuer les tensions à court terme ; les experts estiment que les réserves de pétroliers suffisent pour 12 à 15 jours de consommation mondiale. Les compagnies maritimes empruntent des itinéraires alternatifs, ce qui allonge les délais de livraison et augmente les coûts, mais n'entraîne pas de pénuries d'approvisionnement immédiates. Le véritable problème réside dans la pression chronique sur les prix, qui érode les marges des industries fortement consommatrices de pétrole – chimie, pharmacie, transport, agriculture – et retarde les décisions d'investissement.

Leçons tirées de l'escalade : quand les guerres développent leur propre logique

Ce qui se passe dans le golfe Persique depuis le 28 février 2026 est instructif pour comprendre les guerres modernes pour l'accès aux ressources. Premièrement, la supériorité militaire – telle que celle dont bénéficient incontestablement les États-Unis et leurs alliés – n'entraîne pas automatiquement de solutions politiques si la partie perdante peut utiliser une ressource stratégique vitale comme moyen de pression. La capacité de l'Iran à bloquer le détroit d'Ormuz a compliqué les calculs américains dès le départ.

Deuxièmement, les sanctions et les blocus ont un double effet. Ils affaiblissent l'Iran économiquement au point de le rendre insupportable, et, simultanément, ils nuisent au pays qui impose le blocus lui-même en raison de la hausse des prix de l'énergie et des risques d'inflation mondiale. Trump a qualifié le blocus d'« activité très lucrative » ; l'Iran l'a dénoncé comme un « aveu honteux de piraterie ». Derrière cette situation se cache un véritable dilemme : plus le blocus se prolonge, plus son coût politique intérieur sera élevé aux États-Unis et en Europe.

Troisièmement : les guerres de ce type ont leur propre inertie. Les deux camps ont ouvert des canaux de négociation et poursuivi leurs opérations militaires, non pas par manque de volonté de paix, mais parce que, dans chaque camp, des forces craignent un règlement. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) perçoit son pouvoir institutionnel comme menacé par un compromis ; du côté américain, certains extrémistes considèrent le démantèlement définitif du programme nucléaire iranien comme non négociable. Ce sont ces dynamiques politiques internes, et non la volonté des négociateurs à Doha ou à Islamabad, qui constituent le véritable obstacle.

Scénarios de développement futur et leurs conséquences économiques

Trois scénarios se dessinent, et leurs implications économiques divergent considérablement.

Dans le premier scénario – la signature rapide d'un mémorandum d'entente suivie de la réouverture du détroit d'Ormuz – les prix de l'énergie chuteraient sensiblement en quelques semaines. Si le détroit est de nouveau navigable d'ici l'été, les économistes prévoient un retour des prix du pétrole à leurs niveaux de fin 2025 et un repli de l'inflation en Europe vers l'objectif de 2 % fixé par la BCE. L'économie mondiale connaîtrait alors une reprise en V et les accords d'Abraham, dans leur version élargie, pourraient devenir un facteur de stabilisation structurelle pour la région.

Dans le second scénario – un « conflit gelé » marqué par des escarmouches continues sans escalade majeure –, l’incertitude persisterait. Le prix du pétrole fluctuerait entre 85 et 110 dollars, l’inflation en Europe resterait élevée et les investissements dans la région diminueraient. La Chine développerait systématiquement son approvisionnement énergétique continental et se désengagerait stratégiquement des chaînes d’approvisionnement occidentales, ce qui aurait des conséquences à long terme pour l’ordre mondial multipolaire.

Dans le troisième scénario – une nouvelle escalade vers une guerre ouverte – les scénarios d'inflation précédemment évoqués, pouvant atteindre 4 % dans la zone euro, deviendraient réalité. L'économie mondiale ralentirait sensiblement et les risques de récession s'accroîtraient. La destruction des installations pétrolières et gazières du Golfe, déjà annoncée par les experts, pourrait potentiellement engendrer jusqu'à 2 points de pourcentage d'inflation supplémentaire à court terme. L'ordre géopolitique du Moyen-Orient serait redessiné pour les générations futures.

Le moment de vérité approche

La guerre en Iran n'est plus un conflit régional ; c'est un choc économique mondial à dimension géopolitique. Le détroit d'Ormuz constitue le point de convergence des intérêts stratégiques des États-Unis, de la Chine, des États arabes du Golfe, de l'Europe et de l'Iran, un espace restreint qui ne tolère aucune erreur. La stratégie d'asphyxie silencieuse de Trump inflige certes des difficultés considérables à l'Iran ; mais les stratégies d'asphyxie se soldent rarement par le triomphe du plus fort ; elles aboutissent plutôt à des négociations où la partie vaincue met ses dernières cartes sur la table.

Le Koweït, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis en ont désormais payé le prix fort : infrastructures détruites, capital politique érodé et crédibilité stratégique compromise. Leur implication directe dans les attaques contre l'Iran marque un tournant historique qui a durablement modifié le paradigme sécuritaire du Golfe persique. Les accords d'Abraham, dans leur forme initiale – une normalisation diplomatique menée à l'abri des regards – sont définitivement obsolètes. S'ensuivra une architecture de sécurité plus dure, plus directe et ouvertement militarisée, où les monarchies arabes ne seront plus de simples bénéficiaires passifs, mais des acteurs à part entière.

Les semaines à venir seront déterminantes pour savoir lequel des trois scénarios se réalisera. Le mémorandum est sur la table ; les Gardiens de la révolution se retirent. La prochaine attaque, qu’elle provienne de Bandar Abbas ou vise une base au Koweït, pourrait anéantir la possibilité d’une sortie diplomatique. Sur le plan économique, le coût d’un échec est clairement quantifiable : inflation, ralentissement de la croissance, fragmentation géopolitique et un marché de l’énergie qui ne se remettrait pas rapidement de ce choc.

 

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