La politique énergétique de Katherina Reiche : une ministre qui confond le problème et la solution
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Xpert.Digital bei Google bevorzugenⓘPublié le : 8 avril 2026 / Mis à jour le : 8 avril 2026 – Auteur : Konrad Wolfenstein

La politique énergétique de Katherina Reiche : une ministre qui confond problème et solution – Image : Xpert.Digital
Pas trop d'électricité verte, mais un réseau électrique insuffisant : la grande erreur du nouveau ministre des Affaires économiques
### Centrales à gaz plutôt que stockage : le retour aux énergies fossiles de Reiche compromet-il la transition énergétique ? ### Le mythe des énergies renouvelables coûteuses : le véritable coût de notre approvisionnement en électricité ### Finies les illusions : comment le ministre Reiche confond problème et solution ###
Chiffres falsifiés, conséquences fatales ? Que cache réellement le plan directeur énergétique du ministre ?
Le piège des 85 milliards : pourquoi la politique énergétique de Katherina Reiche nous mène dans la mauvaise direction
Dans sa tribune publiée dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), largement commentée, la nouvelle ministre fédérale de l'Économie et de l'Énergie, Katherina Reiche, semble livrer une critique acerbe de la transition énergétique menée jusqu'à présent . Son argument principal : le développement unilatéral des énergies renouvelables fait exploser les coûts du système et menace la compétitivité économique de l'Allemagne. Or, une analyse plus approfondie des chiffres révèle un déséquilibre dangereux dans ce raisonnement. Au lieu de s'attaquer aux véritables causes des limitations de production et des prix négatifs de l'électricité – comme le retard pris dans le développement du réseau, la stagnation du marché du stockage et les milliards de subventions aux énergies fossiles –, Mme Reiche s'appuie sur son expérience institutionnelle dans l'industrie gazière pour justifier un recul des énergies fossiles. Cet article soumet le discours de la ministre à une vérification factuelle exhaustive. Il démontre en détail pourquoi l'Allemagne ne souffre pas d'un problème de production, mais plutôt d'un grave problème d'intégration – et pourquoi la construction prévue de nouvelles centrales à gaz pourrait plonger le pays dans une dépendance coûteuse et géopolitiquement risquée pour les décennies à venir.
Qui est Katherina Reiche – et pourquoi son point de vue est-il crucial ?
Née à Luckenwalde en 1973, Katherina Reiche est ministre fédérale de l'Économie et de l'Énergie au sein du gouvernement de Friedrich Merz depuis le 6 mai 2025. Son parcours professionnel, alliant expérience politique et industrielle, a été déterminant pour sa compréhension de ses fonctions : députée au Bundestag pour la CDU pendant 18 ans, elle a notamment occupé le poste de vice-présidente d'un groupe parlementaire, puis a été secrétaire d'État parlementaire au ministère fédéral de l'Environnement et au ministère fédéral des Transports. Après 2015, elle a rejoint le secteur privé, prenant la direction générale de l'Association des entreprises municipales (VKU) et, à partir de 2020, celle de Westenergie AG, filiale d'E.ON qui exploite les réseaux d'électricité, de gaz et d'eau en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en Rhénanie-Palatinat et en Basse-Saxe.
Ce passé industriel n'est pas un détail, mais bien la clé de compréhension de sa position fondamentale en matière de politique énergétique. Quiconque a passé cinq ans à la tête d'un gestionnaire de réseau intégré et fournisseur de gaz apporte inévitablement une perspective institutionnelle : la sécurité d'approvisionnement comme principe directeur, les capacités de réserve conventionnelles comme garant de la stabilité et les coûts du système comme principal critère d'évaluation. Cette position se reflète directement dans le parcours politique de Reiche – et donc également dans sa tribune publiée dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung, largement citée.
Des critiques, notamment les Verts et les associations du secteur des énergies renouvelables, l'accusent de saboter la transition énergétique et de la façonner au profit des grandes entreprises du secteur des énergies fossiles. L'accusation de lobbying circule. Sa véracité reste sujette à interprétation. En revanche, il est possible d'examiner objectivement si son analyse de la politique énergétique allemande résiste à l'épreuve des faits.
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Le discours de la FAZ : le coût du système comme atout maître
Au cœur de la tribune publiée par Reiche dans la FAZ se trouve un argument qui, à première vue, semble convaincant : la transition énergétique s’est trop concentrée sur le développement des énergies renouvelables ; les coûts systémiques – la surtaxe EEG, les réserves de capacité, les réserves du réseau, les coûts de réinjection – ont été négligés et représentent aujourd’hui environ 36 milliards d’euros par an, soit environ 430 euros par habitant. Elle affirme : une transition énergétique qui ignore les coûts systémiques ruinera le pays qu’elle prétend sauver.
Cette formulation est efficace sur le plan rhétorique, mais incomplète sur le plan analytique. Le problème des coûts est identifié avec la clarté nécessaire, mais l'attribution causale est trompeuse : ce n'est pas le développement des énergies renouvelables qui engendre les coûts du système, mais plutôt le déséquilibre entre l'expansion de la production et son intégration au réseau. Le facteur décisif – l'insuffisance des infrastructures de réseau, le manque de mécanismes de flexibilité et la stagnation du développement du stockage – n'apparaît que de manière marginale, voire pas du tout, dans l'analyse de Reiche. En réalité, ce discours sert un argument politique qui présente le développement des énergies renouvelables lui-même comme le véritable problème.
L' analyse de Martin Jendrischik, rédacteur en chef de Cleanthinking, publiée dans la FAZ, met en lumière ce déséquilibre fondamental : Reich ne cite que des chiffres précis concernant le coût des énergies renouvelables, jamais celui des importations de combustibles fossiles, qui s'élèvent à environ 80 milliards d'euros par an, ni celui des subventions à ces combustibles, estimées par l'Agence fédérale allemande de l'environnement à au moins 65 milliards d'euros par an. Ce traitement sélectif du problème est au cœur de l'article : le calcul n'est présenté que d'un seul point de vue.
Le problème d'intégration, présenté comme un problème de génération
Le principal défaut d'analyse du raisonnement de Reiche réside dans une confusion catégorique : un problème d'intégration est présenté comme un problème de production. En 2024, l'Allemagne a installé environ 16,7 à 17 gigawatts de nouvelle capacité photovoltaïque, un record absolu pour une seule année. La capacité totale de toutes les centrales solaires installées a dépassé les 100 gigawatts pour la première fois au tournant de l'année 2024/25. En 2025, 16,4 gigawatts supplémentaires de capacité solaire et 4,6 gigawatts de capacité éolienne terrestre ont été ajoutés.
Ce rythme d'expansion se heurte à un réseau et à un système de flexibilité structurellement inadaptés. En 2024, les bourses d'électricité allemandes ont enregistré un total de 457 à 459 heures de prix de gros négatifs, contre 301 heures en 2023. Ces chiffres ne prouvent pas un excès d'énergie renouvelable injectée dans le réseau. Ils démontrent plutôt l'insuffisance des infrastructures pour réagir aux signaux de prix. Chacune de ces situations de surproduction horaire négative est le symptôme d'un manque d'intégration au système, et non la preuve d'un excédent d'énergie éolienne et solaire.
Le déploiement des compteurs intelligents accentue encore ce constat. Bien que l'Agence fédérale des réseaux indique que le quota légal de 20 % d'installations obligatoires ait été tout juste atteint fin 2025, seuls 3,8 % des foyers et entreprises allemands sont équipés de systèmes de comptage intelligent, tous points de comptage confondus. À titre de comparaison, 63 % des consommateurs d'électricité de l'UE disposaient déjà d'un compteur intelligent fin 2024. L'Allemagne numérise donc son réseau électrique à un rythme bien trop lent pour garantir une flexibilité optimale du système.
Bien que la tarification dynamique de l'électricité soit obligatoire pour tous les fournisseurs d'énergie depuis début 2025, sa pénétration du marché reste limitée. Fin 2024, seulement 7 % environ des ménages utilisaient des modèles tarifaires flexibles. Le potentiel d'un véritable lissage de la consommation par les prix demeure donc largement inexploité. Les dispositifs de consommation pilotables éligibles au titre de l'article 14a – pompes à chaleur, véhicules électriques, gros appareils électroménagers – sont prévus par la réglementation, mais sont rarement utilisés en pratique. Résultat : les excédents qui seraient absorbés par les consommateurs dans un système flexible sont pris en charge par des structures de demande rigides.
Coûts de réduction de la production : un problème de réseau, et non de production
Le débat autour des coûts de la limitation de production et de la gestion de la congestion du réseau est particulièrement révélateur. Reiche a avancé à plusieurs reprises que la limitation de la production d'énergie renouvelable pouvait coûter jusqu'à trois milliards d'euros par an – un chiffre que Jendrischik juge tout simplement erroné. Les données réelles lui donnent raison : l'Agence fédérale des réseaux (FNRA) fait état de coûts totaux de gestion de la congestion du réseau d'environ 2,78 milliards d'euros pour 2024, en baisse par rapport aux 3,34 milliards d'euros de 2023. Sur ce montant, 554 millions d'euros correspondaient à des indemnisations directes versées aux exploitants de centrales éoliennes et solaires dont la production avait été limitée. La part du lion des coûts du système ne provient pas des énergies renouvelables, mais du réacheminement de la production avec les centrales électriques conventionnelles, qui doivent être mises en service à contre-courant afin de protéger les tronçons de lignes de transport contre les surcharges.
La réduction de la production d'électricité photovoltaïque a augmenté de 97 % en 2024 par rapport à l'année précédente, atteignant 1 389 gigawattheures. Ce chiffre peut paraître alarmant, mais il résulte statistiquement de l'expansion record du réseau et d'un ensoleillement exceptionnellement élevé durant l'été 2024. 96,5 % de la production totale d'électricité renouvelable pourrait encore être injectée dans le réseau. Au total, les réductions de production ont représenté 3,5 % de la production totale d'électricité renouvelable. Il s'agit d'un véritable problème d'efficacité, qui peut et doit être résolu par l'expansion du réseau, le développement du stockage et une plus grande flexibilité, et non en ralentissant l'expansion.
Au troisième trimestre 2025, les coûts de gestion de la congestion du réseau ont légèrement augmenté pour atteindre 667 millions d'euros (T3 2024 : 608 millions d'euros). La réduction de la production des éoliennes terrestres a été supérieure de 46 % à celle du même trimestre de l'année précédente. Ces chiffres illustrent clairement le véritable enjeu : non pas construire moins de sources d'énergie renouvelables, mais adapter le système plus rapidement.
Dépendance aux énergies fossiles : les coûts que les riches taisent
Le biais structurel de l'analyse des coûts de Reiche apparaît clairement lorsqu'on y intègre les données relatives à la dépendance aux énergies fossiles. En 2024, l'Allemagne a importé pour environ 76 milliards d'euros d'énergies fossiles, soit 5 milliards de moins que la moyenne des années écoulées depuis 2008. Cela représente néanmoins une sortie annuelle considérable de pouvoir d'achat. Par source d'énergie, ces importations se répartissent comme suit : 51 milliards d'euros pour le pétrole brut, 19 milliards pour le gaz naturel et 5 milliards pour le charbon. La part des importations est de 95 % pour le gaz naturel, 98 % pour le pétrole brut et 100 % pour le charbon.
L'Agence fédérale allemande de l'environnement estime les subventions néfastes pour l'environnement en Allemagne – principalement des allégements fiscaux et des avantages fiscaux pour les énergies fossiles – à au moins 65,4 milliards d'euros par an (chiffre de 2018). Des estimations plus récentes suggèrent des montants encore plus élevés. Selon le Forum pour une économie de marché écologique et sociale, environ 85 milliards d'euros de subventions aux énergies fossiles ont été accordés en 2023, mesures exceptionnelles liées à la crise comprises. Le contraste est frappant : quiconque évalue le coût systémique de la transition énergétique à 36 milliards d'euros par an tout en omettant de prendre en compte entre 65 et 85 milliards d'euros de subventions aux énergies fossiles par an se livre à une comptabilité sélective, et non à une analyse économique.
À cela s'ajoutent les coûts macroéconomiques de la dépendance aux importations d'énergies fossiles, qui ne deviennent pleinement apparents qu'en temps de crise. En 2022, après le début de la guerre d'agression russo-ukrainienne, les dépenses allemandes en importations d'énergies fossiles ont atteint entre 137 et 146 milliards d'euros – un montant qui a déstabilisé l'économie d'une manière bien plus importante que les coûts d'une transition énergétique accélérée. La crise énergétique actuelle, que Reiche elle-même qualifie de l'une des plus graves de l'histoire, est précisément la conséquence de cette dépendance aux énergies fossiles que sa politique perpétue.
Centrales à gaz plutôt qu'intégration au réseau : une dépendance aux énergies fossiles pour les décennies à venir
L'objection la plus sérieuse à la stratégie énergétique de Reiche ne concerne pas les mesures individuelles, mais plutôt son orientation fondamentale : la construction d'au moins 20 gigawatts de nouvelles centrales à gaz d'ici 2030, initialement sans obligation de conversion à l'hydrogène, crée une infrastructure dont la durée de vie est de 30 à 40 ans. Ces centrales seront opérationnelles alors que l'Allemagne vise la neutralité climatique, comme le stipule son propre objectif de protection du climat. Quiconque construit aujourd'hui des infrastructures à gaz fossile sans imposer de trajectoires de décarbonation contraignantes et à court terme crée un effet de verrouillage de l'approvisionnement énergétique qui retarde systématiquement la transition.
Cette objection ne provient pas uniquement des organisations environnementales. La Commission européenne a opposé une forte résistance aux plans initiaux de Reiche, prévoyant 20 gigawatts, et n'envisageait initialement d'approuver que 8 000 mégawatts de centrales à gaz, à condition qu'elles soient compatibles avec l'hydrogène dès le départ et décarbonées au plus tard en 2045. Même avec cette version réduite, des experts en énergie, dont Claudia Kemfert du DIW (Institut allemand de recherche économique), avertissent que le risque d'une nouvelle dépendance aux énergies fossiles persiste si des investissements massifs ne sont pas réalisés simultanément dans le stockage et la flexibilité du réseau.
L'expert en énergie a raison. Le problème structurel n'est pas que l'Allemagne ait besoin de capacités de réserve pour les périodes de faible production éolienne et solaire – elle en a effectivement besoin. Le problème réside dans le fait que des centrales à gaz sont construites comme solution à un système qui pourrait et devrait être fondamentalement différent : avec du stockage par batteries, des technologies de conversion d'énergie en énergie (Power-to-X), des systèmes de gestion de la demande et un réseau électrique européen intégré qui répartit intelligemment la production de pointe.
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Pourquoi l'extension du réseau et le stockage sont désormais plus importants que la construction de nouvelles centrales à gaz
Le stockage des batteries : le cœur sous-estimé de l’intégration des systèmes
D'un point de vue économique et industriel, la logique qui sous-tend la demande accrue de stockage d'énergie plutôt que la construction de nouvelles centrales à gaz est évidente. Le stockage par batteries garantit l'approvisionnement, stabilise les réseaux et crée une capacité de production contrôlable sans dépendre des énergies fossiles. En Allemagne, environ 2,4 millions de systèmes de stockage stationnaires par batteries, d'une capacité totale de plus de 25 gigawattheures, seront en service d'ici fin 2025. Cette capacité a quintuplé en cinq ans. Rien qu'en 2025, près de 600 000 nouveaux systèmes de stockage, d'une capacité de 6,5 gigawattheures, ont été mis en service.
Cela paraît impressionnant et témoigne du dynamisme du secteur. Parallèlement, l'examen des chiffres absolus révèle l'ampleur de la demande latente : une capacité totale de 25 gigawattheures suffirait à stocker la consommation électrique journalière moyenne de plus de trois millions de foyers de deux personnes. L'Allemagne consomme environ 1 420 gigawattheures d'électricité par jour. L'Association allemande de l'énergie solaire (BSW) a calculé que la croissance annuelle des capacités de stockage par batteries devrait plus que doubler pour assurer une transition efficace de l'approvisionnement en électricité vers les énergies renouvelables. Des études prévoient une augmentation nécessaire des capacités de stockage à 104 gigawattheures d'ici 2030 et à 178 gigawattheures d'ici 2040.
Les systèmes de stockage à grande échelle affichent une croissance particulièrement prometteuse : une étude de janvier 2024 prévoit que la capacité des systèmes de stockage par batteries à grande échelle en Allemagne pourrait atteindre 57 gigawattheures, pour une puissance totale de 15 gigawatts, d’ici 2030, à condition que le cadre réglementaire soit favorable. C’est précisément là que réside un levier essentiel : non pas freiner la production d’électricité, mais au contraire accélérer le développement du stockage grâce à une réglementation intelligente et des incitations à l’investissement ciblées.
D'un point de vue industriel, le recours au stockage d'énergie n'est pas une question d'idéologie, mais une nécessité économique. Une entreprise qui subit simultanément la volatilité des prix du gaz et la réduction de la production d'énergie solaire, la moins chère, est doublement perdante : en termes de stabilité des prix et de compétitivité. Les systèmes de stockage capables d'utiliser l'énergie excédentaire pour la production de chaleur de process constituent un outil efficace pour réduire les risques liés à l'approvisionnement énergétique et sont donc directement essentiels à la viabilité à long terme des sites industriels en Europe.
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Extension du réseau électrique : le véritable goulot d'étranglement de la transition énergétique
Le principal goulot d'étranglement du système énergétique allemand ne réside pas dans la production, mais dans les infrastructures de transport. Si la capacité éolienne terrestre a augmenté de 4,6 gigawatts en 2025 – soit près du double de celle de 2024 – et que l'Allemagne a progressé dans l'extension de son réseau avec environ 2 000 kilomètres de lignes approuvées, atteindre l'objectif légal de 115 gigawatts de capacité éolienne installée d'ici 2030 nécessiterait une augmentation annuelle moyenne de 9,4 gigawatts, soit plus du double du niveau actuel. La loi sur les énergies renouvelables prévoit déjà une capacité éolienne installée de 84 gigawatts pour 2026 ; or, la capacité installée effective fin 2025 était d'environ 68 gigawatts.
Ce retard dans l'extension du réseau explique en grande partie les limitations de production et la hausse des prix négatifs de l'électricité : l'énergie produite ne peut parvenir aux consommateurs. Reiche elle-même, dans des déclarations plus récentes faisant suite à son article paru dans la FAZ, a indiqué que l'énergie éolienne devrait bénéficier d'un apport supplémentaire pouvant atteindre douze gigawatts d'ici 2030, insistant sur le fait que cette extension doit être compatible avec le réseau. Ce discours est bienvenu, mais il contredit la pratique concomitante de la réduction des tarifs de rachat de l'électricité photovoltaïque et de la priorité accordée à l'expansion des centrales à gaz.
Le véritable message aux investisseurs et aux gestionnaires de réseau devrait être le suivant : l’extension du réseau et la production d’énergie renouvelable doivent être synchronisées, et non traitées séquentiellement. Tant que le réseau accusera un retard, les coûts s’accumuleront, non pas en raison d’un excès d’énergies renouvelables, mais d’une coordination insuffisante du système. Une approche stratégiquement cohérente consisterait à aligner la planification du réseau et les objectifs d’extension dès la phase de planification, au lieu d’adapter le développement des énergies renouvelables à l’inertie des infrastructures.
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Prix de l'électricité et compétitivité : un tableau plus complexe
Reiche a fait de la baisse des prix de l'électricité un objectif central de sa politique économique, et ce faisant, a trouvé un écho favorable auprès de l'industrie allemande. Le prix de l'électricité industrielle en Allemagne était d'environ 18,75 centimes par kilowattheure en 2025 (taxe sur l'électricité incluse). À titre de comparaison internationale, les prix pour les grands consommateurs industriels aux États-Unis, en France et en Chine sont nettement inférieurs, de l'ordre de 6 à 9 centimes par kilowattheure. En France, les prix avantageux de l'énergie nucléaire et le plafonnement des tarifs par l'État pour les clients industriels se traduisent par des coûts énergétiques structurellement plus bas pour les industries énergivores.
Cette pression concurrentielle est bien réelle et les décideurs politiques doivent la prendre au sérieux. Le gouvernement allemand prévoit d'instaurer, à partir de 2026, un tarif de l'électricité industrielle subventionné par l'État pour 91 secteurs de l'économie – une mesure d'allègement à court terme qui, toutefois, ne résout pas le problème structurel. À long terme, comme l'ont unanimement conclu plusieurs analystes et associations indépendants, seul un développement massif des énergies renouvelables nationales permettra de faire baisser durablement les prix de l'électricité en Allemagne, car il réduit la dépendance aux importations de gaz naturel et, par conséquent, le facteur le plus volatil et le plus coûteux influençant les prix de l'électricité. Un développement accéléré de l'énergie éolienne et solaire constitue donc non seulement une politique climatique, mais aussi la forme la plus efficace de politique industrielle pour préserver le tissu industriel allemand.
De plus, la tarification dynamique de l'électricité peut d'ores et déjà se révéler efficace : l'Agence fédérale des réseaux a modélisé que, depuis avril 2025, les tarifs dynamiques sont systématiquement inférieurs aux tarifs fixes, même sans modification des comportements des consommateurs ni décalage de la charge. Cet écart se manifeste lors des pics d'injection d'énergie renouvelable, lorsque les prix du marché spot baissent. Pour les entreprises industrielles aux processus de production flexibles, cela représente déjà un potentiel d'économies considérable, à condition de disposer de l'infrastructure technique nécessaire, notamment des compteurs intelligents et des dispositifs de gestion de la consommation.
L'effet de rétroaction : l'expansion des combustibles fossiles empêche l'intégration du système
La dimension stratégique du débat Reiche réside dans l'effet de rétroaction des politiques énergétiques liées aux combustibles fossiles sur l'intégration du système. Si les investissements publics et les priorités politiques se concentrent sur les centrales à gaz, les capacités financières et réglementaires nécessaires au développement du stockage, aux infrastructures de réseaux intelligents et à une plus grande flexibilité feront défaut. Cet effet d'éviction est loin d'être négligeable : chaque euro investi dans des centrales de réserve utilisant des combustibles fossiles est un euro de moins pour les investissements qui permettraient de rendre le système durablement moins cher, plus résilient et plus indépendant.
Le calcul économique est simple : l’énergie solaire, combinée au stockage par batteries, offre actuellement le coût actualisé de l’électricité (CAE) le plus bas parmi toutes les technologies de production. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a confirmé à plusieurs reprises que, dans la plupart des pays, les nouveaux projets solaires et éoliens sont moins coûteux que les nouvelles centrales à combustibles fossiles ou nucléaires. L’argument structurel en faveur du développement des énergies renouvelables n’est donc plus principalement écologique, mais économique : il s’agit de l’option de production la plus rentable, à condition que le système dispose de la flexibilité nécessaire pour absorber les fluctuations.
Jendrischik, rédacteur en chef de Cleanthinking, formule avec justesse l'objection principale : Reich sabote la transition énergétique menée par les citoyens et tout ce qui relève de la flexibilité systémique. Les acteurs du marché nous assurent qu'une énergie sûre peut également être fournie par des centrales virtuelles, mais la politique gouvernementale actuelle ne leur en offre aucune opportunité. Le potentiel de la combinaison des centrales éoliennes et solaires – qui atteignent rarement leur pleine capacité simultanément – et les économies qui en découlent pour la construction du réseau à tous les niveaux restent systématiquement inexploités.
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Dimension géopolitique : de nouvelles dépendances au lieu d’une véritable diversification
Un autre aspect de la politique énergétique de Reiche mérite un examen critique : sa stratégie pour la sécurité d’approvisionnement en gaz. Face à une crise engendrée par la dépendance aux importations de combustibles fossiles, Reiche conclut des contrats d’approvisionnement en gaz à long terme avec les États-Unis, le Canada, l’Angola et le Mexique. L’objectif est la diversification ; or, l’effet est un déplacement de la dépendance : non plus envers la Russie, mais envers d’autres exportateurs de combustibles fossiles, avec leurs propres intérêts et risques géopolitiques.
La différence entre une véritable souveraineté énergétique et une diversification stratégique réside précisément en ce point : la véritable souveraineté découle d'une production nationale d'énergie renouvelable qui ne nécessite aucune importation et dont le prix n'est pas influencé par les pays exportateurs. Diversifier les importations d'énergies fossiles réduit les risques, mais ne constitue pas une solution structurelle. La valeur rassurante géopolitique des énergies renouvelables, qui s'est révélée lors de la guerre d'agression contre l'Ukraine d'une manière mesurable d'un point de vue économique, est systématiquement ignorée dans le calcul des coûts de Reiche.
L'argument en faveur des énergies renouvelables n'est pas seulement écologique ni économique ; il est géostratégique. L'énergie produite localement n'est pas soumise aux risques de sanctions, d'interdictions d'exportation ou de contrôles arbitraires des prix par un État tiers. Dans un monde où l'approvisionnement énergétique est de plus en plus utilisé comme instrument d'influence géopolitique, l'autonomie énergétique constitue une forme de politique de sécurité. Cet aspect est totalement absent de l'article de Reiche dans la FAZ.
Ce que devrait réaliser une politique énergétique durable
Les critiques formulées à l’encontre de l’approche de Reiche n’impliquent pas une demande d’accélération aveugle du développement des énergies renouvelables sans tenir compte des coûts systémiques. Au contraire, une politique énergétique stratégiquement cohérente devrait aborder simultanément trois dimensions :
Premièrement, le développement rapide des énergies renouvelables doit se poursuivre. Non pas parce que les objectifs de protection du climat l'exigent – bien que cet argument soit légitime –, mais parce que les énergies renouvelables constituent actuellement l'option de production la plus économique et permettent à l'Allemagne d'économiser 76 milliards d'euros par an sur ses importations de combustibles fossiles. L'Allemagne a porté la part des énergies renouvelables dans sa consommation brute d'électricité à 55,1 % d'ici 2025. Il s'agit d'un socle que les aléas politiques ne doivent pas compromettre.
Deuxièmement, l'extension du réseau et son intégration doivent être traitées avec la même urgence que le développement des énergies renouvelables. Cela implique une planification et une construction des lignes de transport nettement plus rapides, une responsabilité accrue des gestionnaires de réseau dans la gestion active de la congestion, et le stockage d'énergie considéré comme une infrastructure essentielle au service du système, et non comme un produit accessoire du secteur privé. Les 3,1 milliards d'euros de coûts annuels liés à la gestion de la congestion du réseau ne sont pas une fatalité : ils résultent de retards d'investissement imposés par des choix politiques.
Troisièmement, les mécanismes de flexibilité doivent être déployés de manière cohérente. Les compteurs intelligents ne sont pas un simple détail technique : ils sont au cœur d’un système énergétique intelligent et réactif aux signaux de prix. Un taux de pénétration du marché de 3,8 % en 2025, alors que la moyenne de l’UE est de 63 %, est inacceptable pour un pays qui aspire à être un chef de file de la transition énergétique. Les tarifs dynamiques doivent passer du statut d’offres de niche à celui de normes de marché, le potentiel de l’article 14a doit être exploité de manière systématique et la flexibilité industrielle doit être activement intégrée au marché de l’électricité.
L'auto-tromperie réelle
Katherina Reiche a publié dans la FAZ une tribune intitulée « Assez de l'aveuglement volontaire en matière de politique énergétique ». Le titre est pertinent, mais pas dans le sens qu'elle entend. Le véritable aveuglement consiste à traiter un problème d'intégration comme un problème de production, à prendre en compte le coût du système sans considérer son équivalent lié aux énergies fossiles, et à confondre la solution stratégique (stockage, flexibilité, extension du réseau) avec la cause profonde de la crise : la dépendance aux énergies fossiles, le coût des importations et les effets d'enfermement.
La politique énergétique allemande se trouve à un véritable tournant. Choisir la voie à suivre exige des chiffres précis sur les coûts, une analyse claire des liens de causalité et le courage de privilégier les solutions systémiques aux traitements symptomatiques à court terme. Un ministre de l'Économie, expert en réseaux électriques et en gaz, est capable d'appréhender les coûts du système. Ce qui fait défaut, c'est la volonté politique de tirer les bonnes conclusions de cette expertise : non pas ralentir la production, mais accroître la capacité du système ; non pas créer de nouvelles dépendances aux énergies fossiles, mais surmonter celles existantes ; non pas gérer les symptômes, mais transformer les structures.
D'un point de vue économique, il ne s'agit pas d'idéologie, mais d'une action rationnelle en situation d'incertitude, privilégiant les coûts et les risques à long terme plutôt que l'optimisation du système à court terme au détriment des générations futures.



























