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Déconnexion avec la réalité : « Personne n’immigre dans notre système de protection sociale » – Quand la ministre Bärbel Bas nie des faits que son propre accord de coalition confirme

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Publié le : 6 mai 2026 / Mis à jour le : 6 mai 2026 – Auteur : Konrad Wolfenstein

Perte de contact avec la réalité : « Personne n'immigre dans nos systèmes de protection sociale. »

Déconnexion avec la réalité : « Personne n'immigre dans notre système de protection sociale » – Quand la ministre Bärbel Bas nie des faits confirmés par son propre accord de coalition – Image : Xpert.Digital

Les chiffres explosifs concernant le revenu de base, auxquels un ministre fait la sourde oreille

21 milliards d'euros de dépenses : Le taux désastreux du revenu de base qui coûte cher aux électeurs du SPD

Scandale des revenus des citoyens au Bundestag : comment Bärbel Bas a bafoué son propre accord de coalition

La ministre fédérale du Travail, Bärbel Bas (SPD), a suscité l'indignation générale avec une simple déclaration parlementaire : « Personne n'immigre dans notre système de protection sociale. » Pourtant, un examen attentif des chiffres officiels de l'Agence fédérale pour l'emploi réfute cette affirmation catégorique. Près de la moitié des allocations sociales, soit 21,7 milliards d'euros par an, sont désormais versées à des personnes sans passeport allemand – une augmentation de plus de 200 % ces quinze dernières années. Le refus de la ministre de reconnaître ce problème ignore non seulement la réalité et les préoccupations de nombreux contribuables, mais contredit aussi ouvertement son propre accord de coalition, qui prévoit de réduire les incitations à l'immigration dans le système de protection sociale. Cette analyse approfondie met en lumière les préjugés idéologiques, l'explosion des coûts budgétaires et explique pourquoi le SPD perd de plus en plus la confiance de son électorat traditionnel avec de telles déclarations.

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Une phrase qui révèle une position politique

Le 7 mai 2026, la ministre fédérale du Travail, Bärbel Bas (SPD), a fait une déclaration lors de la séance de questions au gouvernement au Bundestag allemand, d'une simplicité étonnante tant sur le plan politique qu'analytique. Interrogée par le député AfD René Springer sur les raisons pour lesquelles, compte tenu de la situation budgétaire tendue, la ministre ne réduisait pas les dépenses « là où c'est évident : en matière d'immigration dans notre système de protection sociale », Mme Bas a répondu catégoriquement : « Personne n'immigre dans notre système de protection sociale. »

Cette affirmation est non seulement factuellement erronée, mais aussi symptomatique. Elle révèle le décalage entre une partie de l'establishment social-démocrate et la réalité empirique, ainsi que le quotidien de larges pans de la population. Elle met en lumière une mentalité idéologique qui, au lieu d'analyser les données gênantes avec rigueur, les ignore purement et simplement. Et elle explique parfaitement pourquoi le SPD a subi l'une de ses pires défaites historiques aux élections fédérales de 2025 : non pas malgré, mais précisément à cause de cette position sur la question migratoire.

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Les chiffres qu'un ministre ne veut pas voir

Les faits sont clairs et proviennent de l'Agence fédérale pour l'emploi, un organisme public placé sous la tutelle de Bärbel Bas, ministre du Travail. En moyenne, environ 5,3 millions de personnes en Allemagne percevaient des revenus de citoyen en 2025. Parmi elles, 2,8 millions étaient des citoyens allemands (52,8 %), tandis que 2,5 millions étaient des ressortissants étrangers, soit 47,2 %. Au début de l'année 2024/2025, la proportion de ressortissants étrangers avait même temporairement atteint près de 48 %.

En termes financiers absolus, le constat est encore plus clair : en 2025, l’Allemagne a consacré 46,6 milliards d’euros au revenu de base. Sur ce montant, 24,9 milliards ont été versés aux citoyens allemands et 21,7 milliards à des bénéficiaires étrangers. Près de la moitié du revenu de base obligatoire destiné aux personnes en âge de travailler a ainsi été perçue par des personnes ne possédant pas la nationalité allemande. À titre de comparaison, en 2010, les versements aux bénéficiaires étrangers s’élevaient à environ 6,9 milliards d’euros ; depuis, ils ont atteint 22,2 milliards en 2024 et 21,7 milliards en 2025. Cela représente une augmentation de plus de 200 % en quinze ans.

Les principaux bénéficiaires étrangers d'aides sociales proviennent d'Ukraine, suivis par la Syrie, l'Afghanistan et la Turquie. Selon les données de l'Agence fédérale pour l'emploi d'avril 2025, les Ukrainiens constituent le deuxième groupe le plus important parmi les bénéficiaires d'aides sociales (13 %), suivis des Syriens (9 %) et des Afghans (3,7 %). Environ 660 000 Ukrainiens percevaient des aides sociales fin 2025.

Contexte structurel : Fuite, asile et système de protection sociale ouvert

Une analyse objective ne saurait réduire à une simple assimilation de tous les bénéficiaires étrangers de prestations sociales au phénomène de « migration de l’État-providence » au sens premier du terme. La composition de ce groupe est complexe et exige une analyse nuancée.

Une part importante de ces réfugiés sont des Ukrainiens ayant fui la guerre et ayant cherché protection en Allemagne depuis 2022. Dès leur arrivée, ils ont bénéficié d'un statut particulier au titre de la directive européenne sur les migrations de masse, ce qui leur a permis de percevoir des allocations de citoyenneté plutôt que les allocations de demandeur d'asile, moins importantes. Cette décision politique délibérée visait à faciliter leur intégration immédiate au système des agences pour l'emploi et, par conséquent, leur insertion plus rapide sur le marché du travail. L'Institut de recherche sur l'emploi (IAB) a confirmé que ce groupe s'est intégré au marché du travail beaucoup plus rapidement que les précédentes cohortes de réfugiés : trois ans et demi après leur arrivée, environ 50 % des Ukrainiens entrés en Allemagne au début de la guerre avaient un emploi, tandis que les réfugiés arrivés en 2015 n'ont atteint ce taux qu'après environ six ans. Néanmoins, nombre d'entre eux restent cantonnés à des emplois à bas salaires et ont besoin d'allocations de citoyenneté complémentaires.

Pour d'autres groupes, notamment les Afghans et les Syriens, le bilan de l'intégration est bien moins positif. Parmi les réfugiés originaires des huit principaux pays d'origine des demandeurs d'asile, le taux de personnes en âge de travailler percevant un revenu de citoyen est légèrement inférieur à 40 %. Ce taux avoisine les 47 % pour les Afghans et est également élevé pour les Syriens. L'Agence fédérale pour l'emploi a reconnu, avec une certaine autocritique, que l'intégration des femmes issues des pays demandeurs d'asile est structurellement défaillante. Daniel Terzenbach, membre du conseil d'administration de BA, l'a affirmé sans ambages : « L'intégration des femmes issues des pays demandeurs d'asile ne fonctionne pas. » Les principales raisons invoquées sont le manque de compétences linguistiques, l'insuffisance des infrastructures de garde d'enfants et les cultures patriarcales des pays d'origine où le travail des femmes n'est pas socialement accepté.

Il existe également une explication factuelle à l'augmentation, au fil du temps, de la proportion d'étrangers percevant des revenus de citoyens allemands, que toute analyse sérieuse se doit de prendre en compte : les salariés allemands qui perdent leur emploi sont initialement couverts par l'assurance chômage (ALG I) pendant une période pouvant aller jusqu'à douze mois avant d'intégrer le système de revenu de base. Les réfugiés, quant à eux, bénéficient d'emblée du revenu de citoyens allemands, car ils ne peuvent généralement justifier d'aucune année de cotisation. Statistiquement, cela explique en partie leur surreprésentation. Toutefois, cette explication systémique ne change rien au fait que la somme absolue de 21,7 milliards d'euros par an représente un défi structurel incontournable.

Le paradoxe : l'accord de coalition de Bas lui-même le contredit

Le caractère politiquement explosif de la déclaration de Bärbel Bas ne réside pas seulement dans sa contradiction factuelle avec les données de l'Agence fédérale pour l'emploi. Il tient également au fait qu'elle contredit l'accord de coalition signé par son propre parti.

L'accord de coalition entre la CDU/CSU et le SPD d'avril 2025, document politique fondateur du gouvernement fédéral actuel, contient une déclaration sans équivoque dans le chapitre consacré à la politique migratoire : « Les incitations à immigrer pour bénéficier de l'aide sociale doivent être significativement réduites. » Il précise également : « L'Allemagne poursuit une politique migratoire différente et plus cohérente. » Ce passage présuppose nécessairement que le phénomène d'immigration sociale est reconnu comme une réalité – car on ne peut réduire des incitations qui, selon la déclaration ministérielle elle-même, n'existent même pas.

Carolin Bosbach, experte du travail à la CDU, a parfaitement résumé la situation : « Bien sûr, l’immigration s’intègre à notre système de protection sociale, d’autant plus que les chiffres parlent d’eux-mêmes. Quiconque le nie encore ne fait qu’aggraver le problème. » Et Burkhard Dregger, expert en politique intérieure à la CDU, a ajouté : « Ceux qui refusent de voir la réalité en face ne peuvent pas résoudre les problèmes. L’attrait de l’État-providence allemand reste intact. »

La contradiction entre les fondements politiques de la coalition et la déclaration ministérielle de Bas ne se limite donc pas à un simple conflit entre gouvernement et opposition. Il s'agit d'une contradiction interne à la coalition, symptôme d'un éloignement croissant entre le gouvernement SPD et la Chancellerie sur des questions fondamentales de perception.

Le piège sémantique : ce que signifie « l’immigration dans les systèmes de protection sociale » – et ce qu’elle ne signifie pas

Les défenseurs du revenu de base tentent parfois de sauver la situation en restreignant sémantiquement le terme, mais cet argument de fond est finalement irréfutable. Selon eux, l'immigration vers les systèmes de protection sociale présuppose un afflux délibéré, motivé principalement par les prestations sociales – ce qui n'est pas vérifiable empiriquement, puisque la plupart des migrants proviennent de zones de guerre et de régions en crise, et non du revenu de base allemand. Une analyse du service de recherche du Bundestag allemand souligne que, si les prestations sociales ne constituent pas la principale raison de la migration, elles peuvent certainement jouer un rôle d'attraction, en conjonction avec d'autres facteurs.

Cette limitation est scientifiquement justifiée et ne doit pas être ignorée. En effet, la majorité des personnes percevant actuellement un revenu de citoyenneté ne migrent pas en Allemagne principalement en raison du montant forfaitaire de 563 €. C'est un fait. Les guerres, les persécutions et l'extrême pauvreté en sont les principaux facteurs. Toutefois, la distinction entre la motivation première et les effets incitatifs d'une politique sociale est une distinction scientifique essentielle à la gestion politique des systèmes – mais non pertinente pour déterminer si la charge fiscale que représentent les bénéficiaires étrangers d'aides sociales est réelle.

Et ce fardeau fiscal est bien réel. Les 21,7 milliards d'euros prévus en 2025 pour les bénéficiaires étrangers de prestations de citoyenneté ne constituent pas un chiffre abstrait. Cela correspond approximativement au double du budget annuel du ministère fédéral de l'Éducation et de la Recherche. La question n'est donc pas de savoir si ce fardeau existe, mais comment il est géré politiquement : par un diagnostic honnête du problème ou par un déni idéologique.

La différence cruciale entre une analyse rigoureuse et une simplification populiste excessive réside précisément ici : l’AfD instrumentalise ces chiffres pour construire un récit manichétique présentant tous les migrants comme des parasites profiteurs du système d’aide sociale. Bärbel Bas, quant à elle, nie catégoriquement la réalité budgétaire et affirme que les 21,7 milliards d’euros d’aides sociales annuelles destinées aux étrangers n’existent pas. C’est faux – et potentiellement plus contre-productif politiquement que l’affirmation de l’AfD.

 

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Pourquoi le système social allemand figure parmi les meilleurs au monde – et quelles en sont les conséquences

Le système social allemand dans un contexte international : ses atouts et ses limites

L'accord de coalition évoque la réduction des « incitations » à l'immigration vers les pays bénéficiant de l'État-providence – une expression qui reconnaît implicitement la dimension concurrentielle internationale des niveaux de prestations sociales. De fait, avec environ 41 % des dépenses publiques consacrées à la sécurité sociale, l'Allemagne figure parmi les pays les plus performants au monde. Des pays comparables de l'UE, tels que la Finlande, la France et l'Autriche, y consacrent chacun environ 32 % de leur produit intérieur brut, tandis que la moyenne européenne s'établit à 27 % du PIB.

Le montant forfaitaire de 563 € pour les personnes seules percevant le revenu de citoyenneté est, en valeur absolue, considérablement supérieur aux prestations de sécurité sociale de base dans de nombreux autres pays européens, notamment ceux des pays d'origine des principaux groupes de migrants. Ce montant est complété par la prise en charge des frais de logement, ainsi que par des droits à la santé et au financement de cours de langue. Le montant total des prestations pour une personne seule percevant le revenu de citoyenneté, incluant les frais de logement et les prestations complémentaires, peut rapidement atteindre deux à trois fois le montant forfaitaire. Si cet ensemble complet de prestations se justifie fondamentalement du point de vue des politiques sociales, le service de recherche du Bundestag allemand a conclu que, combiné à d'autres facteurs, il crée des incitations susceptibles d'être instrumentalisées politiquement.

Le fait que la coalition ait commencé à contrer cette tendance est illustré par la transformation du revenu de base en un nouveau revenu de soutien, qui entrera progressivement en vigueur à partir du 1er juillet 2026. Parmi les éléments clés figurent le rétablissement de la priorité à l'insertion professionnelle, le renforcement des exigences relatives à l'obligation de travailler pour les personnes aptes au travail et la limitation à douze mois des prestations prévues par le Livre II du Code social allemand (SGB II) pour les étrangers adultes aptes au travail. Ces réformes reconnaissent de fait ce que Bärbel Bas avait nié lors de la séance de questions au gouvernement : que le système social présente des failles structurelles qui favorisent la dépendance aux aides sociales.

L'argument du travailleur qualifié : à la fois juste et trompeur

Dans sa réponse, Bärbel Bas a avancé un argument qui, bien que juste en soi, apparaît comme une diversion dans le contexte actuel : l’Allemagne souffre d’une grave pénurie de main-d’œuvre qualifiée, et de nombreuses entreprises ont besoin de « toute personne présente sur le territoire et apte au travail ». C’est un fait. La pénurie de main-d’œuvre qualifiée est réelle et structurelle, et une politique d’immigration tournée vers l’avenir se doit d’y remédier. Le ministère fédéral de l’Intérieur a fièrement mis en avant une augmentation de 77 % de l’immigration de travailleurs qualifiés depuis 2021.

Toutefois, cet argument confond deux catégories totalement différentes. L'immigration de travailleurs qualifiés est réglementée, fondée sur les qualifications et optimisée pour le marché du travail. La majorité des personnes qui perçoivent actuellement un revenu de citoyen américain ne sont pas des travailleurs qualifiés au sens économique du terme. Selon l'Agence fédérale pour l'emploi, seulement 20 % environ des personnes en âge de travailler originaires des principaux pays d'origine des demandeurs d'asile aspirent à un emploi qualifié. La grande majorité trouve un emploi, lorsqu'elle en trouve un, dans le secteur des bas salaires. Environ 40 % des 1,546 million de personnes en âge de travailler originaires de ces pays vivaient des prestations sociales au début de l'année 2024.

Selon l'IAB (Institut de recherche sur l'emploi), le taux de chômage des ressortissants étrangers s'élevait à 15,1 % en avril 2024, soit plus du double du taux de chômage général (6,9 %). L'IAB souligne à juste titre que ce taux global manque de pertinence, car il ne tient pas compte du statut migratoire ni de la durée de séjour. En réalité, il apparaît que l'intégration au marché du travail s'accroît avec la durée de séjour, ce qui indique clairement que l'accès aux systèmes de protection sociale et une intégration rapide au marché du travail peuvent effectivement avoir des effets positifs à long terme.

Il ne s'agit pas là d'un argument pour nier le problème, mais plutôt pour l'aborder intelligemment. Une politique sociale responsable doit tolérer et communiquer ouvertement la tension entre les contraintes à court terme et l'intégration à long terme, et non chercher à la dissimuler.

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Diagnostic politique : Pourquoi le SPD n'est plus autorisé à prononcer cette phrase

La déclaration de Bärbel Bas n'est pas un faux pas politique. Elle est le fruit d'années de refus du SPD de reconnaître la tension entre les valeurs de l'internationalisme cosmopolite et la réalité vécue par son électorat traditionnel. Les conséquences de ce refus sont mesurables : lors des élections fédérales de 2025, 20 % des anciens électeurs du SPD ont cité l'immigration comme le principal motif de leur départ du parti, avant même la sécurité sociale, la sécurité intérieure ou les questions économiques. Le SPD a perdu plus de 1,7 million d'électeurs au profit de la CDU/CSU et 720 000 au profit de l'AfD. Parmi les ouvriers, seuls 12 % ont voté pour le SPD, le parti traditionnel des travailleurs, contre 38 % pour l'AfD.

Il existe également d'importantes critiques internes. Les Jeunes Socialistes du Bade-Wurtemberg ont écrit, dans une analyse d'une remarquable autocritique : « Au sein de notre parti, on a tendance à rejeter toute discussion sur l'immigration, la considérant comme une démagogie. On prétend souvent que le problème est artificiel. Mais le débat existe, il est présent dans les médias et il a des répercussions sur la population, qu'on le veuille ou non. » Ces voix restent cependant sourdes aux critiques d'un parti dont les dirigeants persistent à minimiser les faits gênants ou à les qualifier politiquement de concession à l'extrême droite.

Le problème fondamental réside dans un profond décalage de perception entre les élites politiques et une grande partie de la population. Des études montrent qu'en Allemagne, la population est très consciente du coût budgétaire du système de protection sociale. Pour les personnes à revenus moyens et faibles, qui peinent à épargner mais financent l'État-providence par leurs impôts et cotisations, la question de la justice distributive est existentielle, et non abstraite. Lorsqu'un ministre affirme que personne n'immigre pour bénéficier de la protection sociale, alors même que 21,7 milliards d'euros sont versés à des bénéficiaires étrangers, cela ne rassure pas la population. Au contraire, cela engendre méfiance, mépris et recherche de solutions politiques alternatives.

La confiance dans les institutions politiques a atteint un niveau historiquement bas à l'approche des élections fédérales de 2025. Des déclarations comme celles de Bärbel Bas alimentent cette perte de confiance car elles témoignent du silence d'une classe politique qui ne parle plus honnêtement au pays.

Conséquences structurelles : ce que devrait accomplir une politique sociale responsable

Au-delà du débat politique partisan, une question économique importante se pose : quelles sont les implications de ces données pour les politiques sociales ? La réponse ne réside ni dans le déni ni dans un isolement total.

Premièrement, l'Allemagne doit établir une distinction plus claire entre le système de protection humanitaire et la migration de travail. L'exemple des réfugiés de guerre ukrainiens a démontré que l'accès direct au marché du travail, conjugué à l'accompagnement des agences pour l'emploi, favorise une intégration plus rapide. Ce modèle est fondamentalement pertinent. Cependant, l'intégration échoue structurellement pour d'autres groupes, notamment pour les femmes originaires de pays majoritairement musulmans. Il est donc nécessaire d'effectuer une évaluation honnête et de mettre en œuvre des mesures cohérentes, et non de passer sous silence les réalités culturelles.

Deuxièmement, le système d'incitation de la protection sociale doit faire l'objet d'un examen honnête afin d'en déceler les dysfonctionnements. Le gouvernement fédéral a pris des mesures initiales avec la réforme du revenu de base, qui entrera en vigueur en juillet 2026. La priorité accordée à l'insertion professionnelle, le renforcement des exigences de coopération et la limitation du temps de séjour pour les étrangers aptes au travail sont des signaux positifs. Toutefois, ces réformes ne porteront leurs fruits que si elles s'accompagnent d'une politique d'intégration cohérente qui considère les cours de langue, la formation et la garde d'enfants comme des investissements et non comme des charges.

Troisièmement, il convient de distinguer clairement le débat sur l'immigration de travailleurs qualifiés de celui sur le statut de résident des personnes bénéficiant d'une protection sans perspectives d'emploi. Répondre aux deux questions par un seul et même argument – ​​« Nous avons besoin de travailleurs qualifiés », comme l'a fait Bärbel Bas – ne fait pas que semer la compréhension, mais la confusion et la méfiance.

Quatrièmement, il est essentiel de communiquer en toute transparence les perspectives budgétaires à long terme. L’IAB a démontré que, malgré l’augmentation de l’immigration ces quinze dernières années, le nombre de citoyens nés dans le pays et bénéficiant de prestations a historiquement diminué – signe que le dynamisme économique a également stimulé l’emploi parmi ces derniers. Dans le contexte démographique actuel, le financement des retraites sans immigration serait impossible. Toutefois, ces arguments structurels en faveur d’une migration maîtrisée doivent s’accompagner d’une volonté d’aborder ouvertement les dysfonctionnements des processus d’intégration.

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Le problème de crédibilité de tout un parti

La déclaration de Bärbel Bas illustre un problème de crédibilité que le SPD reconnaît désormais comme une caractéristique systémique : l’incapacité – ou le refus – de dire des vérités dérangeantes lorsqu’elles contredisent son auto-définition idéologique. Cette incapacité est d’ailleurs incohérente : l’accord de coalition signé par des représentants du SPD reconnaît explicitement la nécessité de réduire les incitations à l’immigration sociale. L’un des partenaires de la coalition, la CDU, en tire la conclusion nécessaire pour aborder publiquement le problème et travailler à des solutions. L’autre, le SPD, représenté par son ministre du Travail, nie l’existence du problème lors de la première enquête parlementaire.

Il ne s'agit pas d'une question de gauche ou de droite, de social ou d'antisocial. Il s'agit d'honnêteté intellectuelle et de respect politique envers une population directement confrontée aux conséquences de ces politiques. Quand quelqu'un vit dans une communauté structurellement fragile où les écoles, les crèches et les centres d'emploi croulent sous les difficultés de ces dernières années, et qu'un ministre fédéral affirme que personne n'immigre pour bénéficier de l'aide sociale, c'est non seulement faux, mais aussi une insulte à la réalité vécue par ces personnes.

Les anciens sympathisants du SPD passés à la CDU/CSU ou à l'AfD citent précisément ce schéma comme raison principale dans les sondages post-électoraux : non pas les erreurs de positionnement en elles-mêmes, mais le décalage entre la réalité vécue et ce que les responsables politiques sont prêts à reconnaître comme telle. Ce décalage est le véritable poison politique. Et les déclarations comme celles de Bärbel Bas ne sont que des gouttes d'eau dans un baril qui déborde lentement.

Le réalisme comme condition préalable aux solutions

Le défi économique et sociopolitique posé par la forte proportion de ressortissants étrangers bénéficiant de prestations de citoyenneté est surmontable. Il ne requiert ni isolationnisme, ni hostilité envers les étrangers, ni réactions populistes impulsives. Il exige une analyse structurelle claire : quels sont les coûts ? Qui relève de quel système et pourquoi ? Quelles mesures d’intégration sont efficaces et lesquelles ne le sont pas ? Quelles modifications peuvent être apportées aux lois sur le séjour afin de minimiser les incitations perverses ?

La réponse de Bärbel Bas à la question parlementaire n'était pas de cet ordre. C'était un réflexe d'auto-affirmation idéologique qui, loin de résoudre le problème, l'aggrave – tant sur le plan politique que financier. Quiconque, au sein du gouvernement, nie les chiffres colossaux établis par son propre Agence fédérale pour l'emploi et reconnus par son propre accord de coalition comme un problème à résoudre, cesse de gouverner. Il ne fait que se maintenir au pouvoir.

La question véritablement intéressante après la séance de questions au gouvernement n'est donc pas de savoir si Bärbel Bas s'est trompée. Cela a été clairement démontré. La question véritablement intéressante est de savoir ce que cela révèle de l'état d'un grand parti politique lorsque sa ministre déclare que 21,7 milliards d'euros d'aides sociales pour les étrangers sont inexistants – et ce, dans un parlement où l'accord de coalition affirme précisément le contraire.

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