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L’économie chinoise est-elle en déclin ? L’illusion se dissipe : pourquoi la consommation s’effondre-t-elle soudainement ?

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Publié le : 20 mai 2026 / Mis à jour le : 20 mai 2026 – Auteur : Konrad Wolfenstein

L’économie chinoise est-elle en déclin ? L’illusion se dissipe : pourquoi la consommation s’effondre-t-elle soudainement ?

L’économie chinoise est-elle en déclin ? L’illusion se dissipe : pourquoi la consommation s’effondre-t-elle soudainement ? – Image : Xpert.Digital

Des chiffres alarmants en provenance de Pékin : le principal moteur économique de la Chine est en net ralentissement

Déflation et chômage record : la jeunesse chinoise perd confiance en l’avenir

La bombe économique à retardement : pourquoi les chiffres de Pékin masquent la véritable crise

Le moteur économique chinois est en net ralentissement. Des chiffres récents, datant du printemps 2026, révèlent un effondrement alarmant de la consommation intérieure, mettant en lumière les vulnérabilités de la deuxième économie mondiale. Tandis que le gouvernement de Pékin tente de masquer cette faiblesse structurelle par une expansion agressive des exportations, les citoyens chinois sont aux prises avec les conséquences d'une crise du logement persistante, d'un chômage des jeunes en forte hausse et de la menace imminente de la déflation. Le résultat est désastreux : une vague d'austérité sans précédent au sein de la population provoque l'effondrement de secteurs clés comme l'automobile, engendrant des répercussions importantes chez les partenaires commerciaux internationaux et les constructeurs automobiles allemands. Cette analyse approfondie explique pourquoi la croissance autrefois promise repose sur des fondements fragiles, comment la surcapacité de production chinoise pèse sur le marché mondial et pourquoi les plans de relance gouvernementaux à court terme ne peuvent plus regagner la confiance perdue de toute une génération.

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Les chiffres d'avril et le réveil des marchés

Quand la promesse de croissance repose sur des fondements fragiles : pourquoi les chiffres de Pékin dissimulent plus qu’ils ne révèlent

La République populaire de Chine a subi un important revers économique en avril 2026. Le Bureau national des statistiques (BNS) a publié des données inférieures aux attentes des marchés financiers à plusieurs égards, alimentant ainsi le scepticisme déjà présent quant à la résilience du modèle de croissance chinois. Les ventes au détail, considérées comme l'indicateur le plus fiable de la demande des consommateurs, n'ont progressé que de 0,2 % sur un an, après une hausse de 1,7 % en mars. Il s'agit de la plus faible croissance depuis décembre 2022, période la plus critique de la politique de « zéro infection » liée à la COVID-19.

Dans le même temps, la production industrielle a ralenti à une croissance de 4,1 % par rapport à mars 2016, après une hausse de 5,7 % en mars. Les économistes tablaient sur un chiffre nettement supérieur de 5,9 %. Ce résultat inférieur aux attentes marque la plus faible reprise industrielle depuis juillet 2023. L'investissement de capital a chuté encore plus brutalement : au cours des quatre premiers mois de 2026, il a reculé de 1,6 % par rapport à la même période de l'année précédente, alors qu'il avait enregistré une légère progression de 1,7 % au premier trimestre. Aucun des analystes interrogés par Bloomberg n'avait anticipé un résultat aussi décevant pour l'ensemble des trois indicateurs clés.

La perspective à court terme rend ces résultats encore plus inquiétants. Par rapport au mois précédent (avril contre mars), les ventes au détail ont en réalité chuté de 0,48 %. Cela indique non seulement un ralentissement de la croissance, mais aussi un véritable recul des dépenses de consommation au cours du mois. Pour une économie qui encourage délibérément la transition vers un modèle de croissance tiré par la consommation, c'est une très mauvaise nouvelle.

Entre le début de l'année et le krach : l'illusion de la force

Le contraste entre le premier trimestre et avril 2026 est saisissant. De janvier à mars, le produit intérieur brut a progressé de 5,0 %, se situant ainsi dans la fourchette haute de l'objectif annuel officiel du gouvernement chinois, fixé entre 4,5 et 5,0 %. L'économie chinoise s'est montrée plus résiliente que prévu à l'époque, malgré la guerre en cours avec l'Iran, qui a débuté le 28 février 2026, déstabilisant les marchés mondiaux de l'énergie, perturbant les chaînes d'approvisionnement et faisant grimper les coûts de transport.

Cette performance apparemment solide reposait pourtant sur des fondements fragiles. Dès mars, les analystes avaient souligné que le premier trimestre avait été tiré par de fortes exportations, tandis que la demande intérieure restait en deçà de son potentiel. Le boom des exportations masquait les faiblesses structurelles du marché intérieur. Lorsque les exportations elles-mêmes ont chuté à une croissance de seulement 2,5 % en mars – après une hausse de 21,8 % au cours des deux premiers mois de l'année – ce soutien extérieur s'est progressivement évanoui. Le mois d'avril a ainsi impitoyablement révélé ce qui couvait depuis longtemps sous une surface étincelante.

Lors de la présentation des chiffres d'avril, Fu Linghui, porte-parole du Bureau national des statistiques, a tenté d'en minimiser l'impact en évoquant des pressions géopolitiques. Il a souligné la résilience de l'économie chinoise face à la guerre en cours avec l'Iran, à la volatilité des marchés de l'énergie et aux perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales. Cependant, il a également reconnu que les coûts pour les entreprises avaient augmenté et que nombre d'entre elles restaient sous pression. Cet aveu, d'une franchise inhabituelle pour un organisme chinois, témoigne de la gravité de la situation.

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L’effondrement de la consommation et ses racines plus profondes

Derrière les chiffres alarmants d'avril se cache un problème structurel qui s'est accumulé au fil des années. Selon les calculs du Fonds monétaire international, la consommation privée en Chine ne représente qu'environ 36 % de son produit intérieur brut, contre un taux moyen d'environ 54 % pour des économies comparables. Cet écart de 18 points de pourcentage révèle un désavantage systémique pour les ménages, conséquence d'un modèle économique qui, depuis des décennies, repose sur l'investissement, les infrastructures et les exportations, tandis que la consommation intérieure demeure structurellement insuffisante.

Ce phénomène est étroitement lié à la propension sans précédent de la population chinoise à épargner, un niveau inégalé dans le monde développé. Le taux d'épargne des ménages avoisine les 35 % du revenu disponible – alors que dans les économies développées, un taux d'environ 6 % est considéré comme normal. Cette propension extrême à épargner n'est pas un simple phénomène culturel, mais la conséquence logique d'un État-providence peu développé. Ceux qui savent qu'ils devront compter principalement sur leurs propres ressources en cas de maladie, de vieillesse ou de chômage sont peu enclins à dépenser leur argent de manière inconsidérée. Le système de protection sociale, déjà modeste, encourage la constitution de réserves plutôt que la consommation.

Un autre obstacle majeur réside dans la crise immobilière persistante, qui a fortement ébranlé la confiance des consommateurs depuis au moins 2021. Pendant des décennies, l'immobilier a constitué le principal placement d'épargne de la classe moyenne chinoise et, de fait, le pilier de son patrimoine. Avec la chute des prix, le patrimoine des ménages s'est réduit. En janvier 2026, les prix des appartements neufs ont chuté de 3,1 % sur un an, soit la plus forte baisse en six mois. Dans les grandes villes, les ventes immobilières ont dégringolé de 23 % en début d'année. Des agences de notation comme S&P Global prévoyaient une nouvelle baisse des ventes initiales pouvant atteindre 14 % en 2026. Les experts d'UBS anticipaient deux années supplémentaires de repli du marché immobilier en novembre 2025. Tant que les citoyens chinois subiront des pertes sur leur principal actif, ils ne consommeront pas.

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Le marché automobile comme cas de diagnostic

Aucun secteur n'illustre aussi clairement la crise de la consommation que le marché automobile. Les ventes de voitures particulières sur le marché intérieur chinois ont chuté de 21,6 % en avril 2026, marquant ainsi le septième mois consécutif de baisse. La persistance de cette situation est remarquable. L'achat d'une voiture est considéré comme un indicateur avancé fiable de la confiance des consommateurs : ceux qui achètent une voiture croient en leur avenir économique. Or, sept mois de baisse consécutifs témoignent d'une incertitude profonde et persistante.

Les raisons de ce ralentissement sont multiples et s'alimentent mutuellement. Depuis le 1er janvier 2026, la Chine a rétabli une taxe à l'achat de 5 % sur les véhicules électriques et hybrides, après des années d'exonération. Cette mesure a entraîné une forte hausse des ventes en décembre 2025, provoquant ensuite une chute encore plus brutale des chiffres de janvier. À cela s'ajoute la réduction des incitations à l'achat pour le remplacement des anciens véhicules dans de nombreuses provinces. La guerre Iran-Irak a encore aggravé la situation : la hausse des prix du pétrole a rendu les véhicules à moteur thermique, qui constituaient un pilier du marché automobile ces derniers mois, moins attractifs – selon l'association professionnelle du secteur, les ventes de moteurs thermiques ont chuté d'un tiers en avril.

L'impact négatif sur les constructeurs étrangers, notamment allemands, est considérable. VW, Mercedes et BMW, qui ont longtemps considéré le marché chinois comme le plus rentable au monde, sont désormais confrontés à un marché en contraction et à une guerre des prix féroce entre les marques nationales. Les constructeurs chinois proposent désormais des prêts automobiles d'une durée allant jusqu'à huit ans pour attirer les clients, signe que même des conditions de financement avantageuses ne suffisent plus à compenser la faiblesse de la demande.

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La déflation comme menace silencieuse

Derrière la faiblesse de la demande se cache un risque macroéconomique qui inquiète particulièrement les économistes : le danger de déflation. En Chine, les prix à la consommation n’ont augmenté que de 0,2 % en glissement annuel en janvier 2026, tandis que les prix à la production sont restés négatifs. Cette pression déflationniste n’est pas nouvelle : les fabricants chinois sont contraints de baisser leurs prix sans cesse depuis plus de trois ans, ce qui témoigne d’une surcapacité massive et d’une concurrence féroce.

La déflation alimente un cercle vicieux économique. Anticipant une baisse des prix, ceux qui reportent leurs achats au lendemain, espérant acheter à un prix inférieur. Les entreprises, dont les marges se réduisent, investissent moins et licencient. Ceci, à son tour, fragilise le pouvoir d'achat des consommateurs et accentue leur réticence à dépenser. Un analyste d'eToro décrit l'économie chinoise comme une économie qui semble se redresser en surface, mais qui est en proie à de profondes pressions déflationnistes. De fait, les fabricants continuent de baisser leurs prix pour réduire leurs stocks excédentaires, signe évident d'une demande toujours faible.

D'après une analyse du cabinet de conseil en management Bain & Co., les dépenses en biens de consommation courante – alimentation, produits ménagers, etc. – n'ont progressé que de 1,3 % en 2025, malgré une baisse moyenne des prix de 2,4 %. Autrement dit, si la quantité demandée a légèrement augmenté, les prix ont chuté si brutalement que le chiffre d'affaires a à peine progressé. Pour les entreprises concernées, cela se traduit par une érosion progressive de leur rentabilité.

La dépendance aux exportations comme faiblesse stratégique

Le fait que l'économie chinoise ait tout de même enregistré une croissance de 5 % au premier trimestre 2026 est largement dû au secteur des exportations. Cependant, cette dépendance même révèle une vulnérabilité fondamentale du modèle de croissance chinois. La Chine exporte de fait sa déflation intérieure vers le reste du monde : les surcapacités que le marché intérieur ne peut absorber sont vendues à l'étranger à des prix très compétitifs. Cela génère une croissance à court terme, mais ne résout pas le problème structurel et alimente les pressions protectionnistes internationales croissantes.

La guerre en Iran a mis en lumière cette dépendance de manière particulièrement douloureuse. Premier importateur mondial d'énergie, la Chine importe d'importantes quantités de pétrole et de gaz via le détroit d'Ormuz. La perturbation de ces voies commerciales a non seulement renchéri l'énergie, mais a également augmenté les coûts de transport et freiné immédiatement la croissance des exportations. En mars, cette dernière a chuté à 2,5 %, après une forte hausse de 21,8 % en janvier et février. L'économiste Xinquan Chen, de Goldman Sachs, a averti que les principaux partenaires commerciaux de la Chine – les marchés émergents, qui représentent près de 40 % des exportations chinoises – sont de plus en plus exposés aux risques de stagflation. Si ces marchés s'affaiblissent, la Chine perd son principal rempart contre le ralentissement économique.

Thomas Gitzel, économiste en chef de VP Bank, a parfaitement résumé le dilemme : plus la demande intérieure faiblit, plus les exportations prennent de l’importance. Et pour maintenir ses exportations, la Chine doit se battre avec acharnement, ce qui, en retour, provoque des tensions commerciales internationales et déclenche des contre-mesures. Un modèle de croissance durable est tout autre.

 

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Surcapacités et conflits à l'exportation : l'économie chinoise face à un dilemme – Quand la confiance devient une monnaie rare

Le chômage des jeunes et la perte de confiance des consommateurs d'une génération

Un autre facteur souvent sous-estimé expliquant le ralentissement de la consommation est la situation du marché du travail, notamment pour les jeunes adultes. Le taux de chômage des jeunes de 16 à 24 ans dans les zones urbaines chinoises a atteint 18,9 % en août 2025, contre 17,8 % en juillet – son niveau le plus élevé depuis fin 2023. Des millions de diplômés universitaires arrivent chaque année sur le marché du travail, et l'économie, déjà fragilisée, ne parvient plus à les absorber pleinement.

Cette évolution a des conséquences particulièrement importantes sur la consommation. Les jeunes adultes de 25 à 35 ans constituent généralement la tranche d'âge la plus aisée et la plus consommatrice. Ceux qui n'ont pas d'emploi stable ou ne parviennent pas à en trouver durant cette période de leur vie reportent indéfiniment les décisions de consommation majeures – achat d'un logement, d'une voiture, fondation d'une famille. Le phénomène de la « génération menteuse » (Tangping) illustre une réaction de la société face à l'absence de perspectives d'ascension sociale, réaction qui se reflète également dans les comportements des consommateurs.

La crise immobilière exacerbe ce phénomène : dans les grandes villes chinoises, les prix d’achat sont tout simplement inabordables pour de nombreux jeunes, et la baisse des prix n’offre aucune sécurité. Parallèlement, beaucoup de jeunes Chinois voient l’épargne de leurs parents fondre comme neige au soleil à cause de la chute des prix de l’immobilier – une situation qui alimente un pessimisme intergénérationnel quant aux perspectives économiques futures.

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Réponse de Pékin : mesures de relance et engagements structurels

Le gouvernement chinois est conscient du problème. Lors de l'Assemblée nationale populaire de mars 2026, le Premier ministre Li Qiang a formulé un programme de politique économique visant explicitement à renforcer la demande intérieure. Parallèlement, dans le cadre de son 15e plan quinquennal (2026-2030), la Chine a fixé pour la première fois un objectif de croissance officiel de seulement 4,5 à 5 %, le plus bas depuis des décennies. Un objectif de 4,5 % n'avait pas été atteint depuis 1991.

Des mesures concrètes ont également été annoncées. Les subventions publiques pour le remplacement des appareils électroménagers seront étendues ; tout acheteur bénéficiera d’une réduction de 25 %, financée par l’État. Dans le secteur automobile, Pékin a commencé à augmenter sélectivement les primes à la reprise pour les véhicules anciens. L’économiste progouvernemental Xu Hongcai a décrit ce changement de politique comme une correction d’une erreur structurelle : par le passé, les investissements publics avaient souvent eu un effet d’éviction plutôt que de stimuler la consommation.

Mais les économistes réagissent à ces annonces avec un optimisme mesuré. Nils Sonnenberg, de la banque privée Hauck Aufhäuser Lampe, a averti que ni les baisses de taux d'intérêt ni les mesures de relance budgétaire ne permettraient de résoudre les problèmes structurels de l'économie chinoise. Gary Ng, économiste en chef chez Natixis, a estimé que les mesures gouvernementales de soutien à la consommation et au marché immobilier étaient jusqu'à présent insuffisantes. Le problème fondamental – un système social trop faible pour réduire la propension à épargner, un marché immobilier incapable de regagner la confiance des ménages et une structure économique qui désavantage systématiquement la consommation – ne peut être résolu par des programmes de relance à court terme.

Dimension mondiale : quand la Chine éternue, le monde s'enrhume

Le ralentissement économique de la Chine n'est pas qu'un problème intérieur. Deuxième économie mondiale et plaque tournante des chaînes d'approvisionnement internationales, la Chine subit des fluctuations économiques qui ont un impact direct sur ses partenaires commerciaux, les marchés des matières premières et les flux d'investissement. Le net recul des investissements en capital fixe en Chine – en baisse de 1,6 % au cours des quatre premiers mois de 2026 – et la crise persistante du secteur immobilier, où les investissements ont chuté de plus de 10 % depuis le début de l'année, affectent les fournisseurs de matières premières du monde entier, qui s'étaient préparés à la demande chinoise en acier et en infrastructures.

La situation est particulièrement précaire pour l'Allemagne. La Chine est depuis des années son principal partenaire commercial, et les entreprises allemandes – notamment dans les secteurs automobile et mécanique – sont étroitement liées à l'économie chinoise par d'importants réseaux de production et des chaînes d'approvisionnement complexes. Si Volkswagen, BMW et Mercedes sont confrontées simultanément à une baisse de leurs ventes en Chine et à une forte augmentation des exportations de marques chinoises vers l'Europe, elles se retrouvent prises en étau, ce qui leur est quasiment impossible à court et moyen terme.

Le ralentissement de la production industrielle chinoise accentue la pression à la baisse sur les marchés des matières premières. L'essor économique de la Chine, autrefois florissant, constituait un ancrage fiable des prix du cuivre, du minerai de fer, du charbon et des terres rares. Avec la baisse des investissements, cet effet sur la demande s'amenuise également, alors même que la Chine exerce une pression stratégique sur ses partenaires commerciaux dépendants de ces ressources, en imposant des restrictions à l'exportation de terres rares.

La surcapacité comme bombe à retardement : le paradoxe industriel chinois

Alors que la consommation intérieure stagne, le secteur industriel chinois tourne à plein régime, produisant davantage que le marché intérieur ne peut absorber. Ces surcapacités dans des industries clés telles que la sidérurgie, le solaire, les véhicules électriques et la chimie deviennent un problème croissant. Les entreprises sont contraintes de proposer leurs produits sur le marché mondial à des prix qui exercent une pression considérable sur leurs concurrents étrangers. Ce mécanisme est structurel : tant que les entreprises chinoises pourront compter sur des subventions publiques et des prêts à taux avantageux, elles resteront peu incitées à ajuster leurs capacités de production.

Le paradoxe réside dans le fait que, si la surcapacité garantit l'emploi et les recettes d'exportation à court terme, elle nuit à la productivité à long terme, engendre des pressions déflationnistes sur les prix et incite les partenaires commerciaux internationaux à adopter des mesures protectionnistes. Face aux exportations chinoises à bas prix, notamment les véhicules électriques à des tarifs compétitifs, l'UE et d'autres partenaires commerciaux ont instauré ou annoncé des droits de douane protecteurs. Pékin, de son côté, utilise les restrictions à l'exportation de terres rares comme moyen de pression – un jeu d'échecs géopolitique qui empoisonne de plus en plus les relations commerciales.

Le Bureau national des statistiques chinois a eu raison de souligner la résilience de l'économie face aux chocs externes. Mais la véritable menace qui pèse sur le modèle de croissance chinois vient de l'intérieur : des déséquilibres structurels engendrés par la surcapacité industrielle et la faiblesse de la demande intérieure. Une économie qui produit plus qu'elle ne consomme doit exporter constamment et est donc devenue structurellement dépendante d'un monde extérieur de plus en plus lointain.

Ce que les chiffres ne disent pas : La confiance comme capital invisible

Les indicateurs économiques mesurent les transactions, non les anticipations. Or, dans le contexte actuel en Chine, la confiance des consommateurs est un indicateur clé, et elle est manifestement affaiblie. Les consommateurs comparent les prix avec plus d'attention, privilégient plus souvent les produits les moins chers et réduisent leurs dépenses discrétionnaires. Depuis la pandémie, le comportement des consommateurs a considérablement évolué : l'épargne est devenue une stratégie de précaution, et même de faibles écarts de prix influencent les décisions d'achat.

Ce changement de comportement ne se limite pas à un simple scepticisme économique à court terme. Il résulte d'une incertitude accumulée, fruit de plusieurs pressions simultanées : la chute des prix de l'immobilier, le chômage élevé des jeunes, un système de protection sociale insuffisant, le souvenir des confinements arbitraires liés à la Covid-19 et le constat que les promesses d'ouverture et de libéralisation de l'économie faites par le gouvernement sous l'ère Xi ont été de plus en plus éclipsées par l'incertitude réglementaire. Zhiwei, économiste en chef de Pinpoint, l'a résumé de façon concise : la crise du logement actuelle a érodé la confiance des consommateurs.

La confiance est le capital invisible d'une économie. Elle ne peut être directement stimulée, mais naît plutôt d'une action cohérente, de la fiabilité des institutions et de la perspective crédible d'un avenir meilleur. C'est précisément là que la Chine pêche en 2026. Pékin peut certes mettre en place des subventions, baisser les taux d'intérêt et proclamer des objectifs de croissance, mais tant que la méfiance structurelle envers son propre avenir économique persistera, les ménages auront du mal à réduire leur taux d'épargne de 35 % à un niveau plus favorable à la consommation.

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Entre la volonté de réformer et la logique du système : les limites du contrôle politique

La Chine a pris conscience du problème. Les documents de politique économique du 15e plan quinquennal (2026-2030) préconisent explicitement un modèle de développement davantage axé sur la demande intérieure et stimulé par la consommation. Wang Changlin, de la Commission nationale du développement et de la réforme (CNDR), a évoqué un changement de paradigme vers une croissance endogène. Cette ambition est légitime, mais elle se heurte à une logique systémique qui a produit l'effet inverse pendant des décennies.

Le Parti communiste chinois est politiquement dépendant de la croissance économique pour asseoir sa légitimité. Or, la transition vers un modèle axé sur la consommation exige des interventions structurelles politiquement délicates : un renforcement significatif de la protection sociale et du système de santé, une augmentation des transferts sociaux aux ménages, une réduction des investissements publics et une plus grande dynamisation du marché. Ces mesures freineraient la croissance à court terme avant de créer une demande plus stable à moyen et long terme. Un parti qui considère la maîtrise des indicateurs de croissance comme une garantie de stabilité se trouve structurellement confronté à cette situation.

Par ailleurs, le taux de consommation de 36 % du PIB n'est pas dû à des priorités mal définies, mais bien à la structure même d'un système qui a évolué pendant plus de 40 ans. Transformer ce système ne requiert ni subventions pour les voitures électriques ni bons d'achat pour les ménages, mais une redistribution fondamentale des flux de revenus entre l'État, les entreprises et les ménages. Il s'agit d'un enjeu politique majeur, absent de tout plan quinquennal, car il touche aux rapports de force internes au système.

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Quatre à cinq pour cent, la nouvelle norme ?

Pour l'ensemble de l'année 2026, Pékin vise une croissance de 4,5 % à 5 %, mais même cet objectif revu à la baisse semble menacé au vu des chiffres d'avril. Des économistes comme Nils Sonnenberg estiment que le taux de croissance dans les années à venir sera plus proche de 4 % que de 5 % si les problèmes structurels de l'économie nationale ne sont pas résolus avec détermination. UBS prévoit un repli continu du marché immobilier au moins jusqu'en 2027, avec de nouvelles baisses de prix de 10 % en 2026 et de 5 % en 2027.

La question n'est pas de savoir si la Chine va croître. La deuxième économie mondiale continuera très probablement de croître, portée par l'innovation technologique, les investissements publics dans les infrastructures et un potentiel d'urbanisation encore considérable. La véritable question est : quelle est la qualité de cette croissance et quels risques comporte-t-elle ? Une croissance fondée sur la surcapacité et les subventions à l'exportation, tout en engendrant des tendances déflationnistes à l'intérieur du pays, en irritant les partenaires commerciaux internationaux et en ne tenant pas sa promesse de prospérité à sa propre population, n'est pas un modèle de croissance durable.

Les chiffres d'avril en Chine sont donc bien plus qu'une simple anomalie statistique. Ils signalent que le miracle de la croissance chinoise, qui dure depuis des décennies, est entré dans sa phase la plus complexe : une phase où les moteurs précédents sont épuisés, les nouveaux ne sont pas encore viables et où la gouvernance politique se heurte à des limites structurelles que les seuls plans de relance ne peuvent surmonter. La variable cruciale est la confiance, et celle-ci ne peut être imposée.

 

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