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Le nouveau débat sur le gaz en Allemagne : ce que Jan Fleischhauer (Focus / Der schwarze Kanal) néglige

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Publié le : 3 mai 2026 / Mis à jour le : 3 mai 2026 – Auteur : Konrad Wolfenstein

Le nouveau débat sur le gaz en Allemagne : ce que Jan Fleischhauer (Focus / Der schwarze Kanal) néglige

Le nouveau débat sur le gaz en Allemagne : ce que Jan Fleischhauer (Focus / Der schwarze Kanal) néglige – Image : Xpert.Digital

Le gaz comme filet de sécurité, la transition thermique comme réalité et le stockage comme concurrence déplacée

Ceux qui ne parlent aujourd'hui que de nouvelles centrales à gaz défendent peut-être moins la sécurité d'approvisionnement que d'anciennes dépendances au modèle économique traditionnel

De la guerre culturelle à la question systémique

Le débat autour de Katherina Reiche, Robert Habeck et de la figure polémique de « Kathi la Gazeuse » est souvent présenté comme une affaire d'hypocrisie politique. Cette accusation n'est pas totalement infondée, car le développement de centrales à gaz à hydrogène contrôlable était effectivement déjà envisagé dans le cadre de la stratégie énergétique mise en œuvre sous la direction de Habeck. Le volume évoqué à l'époque était d'un peu moins de 25 gigawatts, soit environ 50 unités de centrales. Par la suite, la stratégie énergétique a limité son champ d'action à dix gigawatts de centrales à gaz à hydrogène.

Cela rend une partie de l'argument de Jan Fleischhauer tout à fait valable : il est vrai que le gouvernement précédent reconnaissait lui aussi qu'un système électrique comportant une forte proportion d'énergies renouvelables fluctuantes exigeait des capacités de production supplémentaires. Il est tout aussi vrai que l'idée selon laquelle un seul ministre CDU souhaiterait soudainement la construction de centrales à gaz est une simplification excessive. Cependant, c'est précisément là que s'arrête la validité analytique de l'interprétation de Fleischhauer. Car le fait que Habeck ait également prévu des centrales à gaz n'implique pas que toutes les stratégies actuelles en la matière soient aussi économiquement viables, aussi réalistes en termes de calendrier, ou aussi indispensables sur le plan technologique.

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Le principal défaut de nombreux commentaires incisifs réside dans le fait qu'ils tirent une conclusion énergétique et économique d'un débat sur l'incohérence morale. La question de savoir si les Verts tiennent des propos incohérents sur certains points est politiquement intéressante. Cependant, pour évaluer la rationalité économique des nouvelles centrales à gaz, une autre question est essentielle : compte tenu des coûts, des délais, des risques et du contexte climatique actuels, quelle forme de capacité pilotable est réellement la plus judicieuse pour l'Allemagne ? Ce n'est qu'après avoir répondu ouvertement à cette question et par une analyse comparative des technologies qu'une analyse sérieuse pourra être entreprise.

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Qu'y a-t-il de correct dans le diagnostic de Fleischhauer ?

Fleischhauer a raison dans la mesure où la politique énergétique allemande a depuis longtemps atteint un stade où la sécurité d'approvisionnement ne peut plus se définir uniquement par le développement des énergies renouvelables. La politique économique fédérale du gouvernement de coalition partait elle-même du principe que la sortie progressive du charbon, l'électrification et la production d'électricité à partir de sources instables nécessitaient des capacités de secours supplémentaires. À cet égard, le débat actuel ne constitue pas une rupture brutale, mais plutôt l'expression d'une continuité dans la planification du système.

L'idée d'une perception politique sélective n'est pas totalement infondée. Sous Habeck, de nombreux partisans de la transition énergétique présentaient les centrales à gaz fonctionnant à l'hydrogène comme une mesure transitoire pragmatique. Sous Reiche, un sujet similaire est plus facilement interprété comme un recul des énergies fossiles. Cette différence s'explique en partie par la polarisation partisane, mais aussi en partie par de réelles différences dans la conception des projets.

Or, cette rhétorique polémique occulte commodément ces différences. Les critiques actuelles ne se limitent pas à la construction de centrales électriques flexibles. Elles visent également leur taille, les critères d'appel d'offres, la question de la production obligatoire d'hydrogène, le financement, le traitement préférentiel potentiel des technologies à combustibles fossiles et le risque de nouveaux effets de verrouillage. Quiconque ignore tous ces éléments et réduit ce conflit à une simple hypocrisie détourne une décision systémique extrêmement complexe pour n'en faire qu'un spectacle politique partisan.

Ce que Fleischhauer ne dit pas

Le premier angle mort majeur réside dans la différence entre reconnaître un problème et trouver la solution la plus rentable. Le fait que l'Allemagne ait besoin de capacités de production d'électricité modulables ne signifie pas automatiquement que la construction d'un grand nombre de nouvelles centrales conventionnelles ou à gaz, alimentées majoritairement par des combustibles fossiles, soit la meilleure solution. Il est désormais prouvé que le stockage d'énergie par batteries à long terme, en particulier, peut non seulement contribuer techniquement à certains aspects de la stratégie énergétique, mais aussi s'avérer plus rentable.

Le second point aveugle concerne le facteur temps. Les nouvelles centrales à gaz ne constituent pas une solution immédiate. Même les estimations les plus optimistes prennent en compte plusieurs années de construction et d'obtention des permis. Si ces centrales ne sont mises en service qu'en 2030 ou 2031, elles ne résoudront ni les problèmes de prix à court terme ni le conflit de communication politique actuel. Dès lors, la question se pose avec une acuité accrue : quelles technologies peuvent être déployées à plus grande échelle, plus rapidement et à moindre coût, et de manière à mieux servir le réseau électrique d'ici là ?.

Le troisième point aveugle concerne la structure des coûts. Les centrales à gaz sont souvent présentées dans le débat public comme un filet de sécurité neutre. En réalité, elles engendrent non seulement des coûts d'investissement, mais aussi des risques liés au prix du combustible, une dépendance aux importations, des paiements de capacité, des coûts de réseau et d'éventuels coûts de conversion ultérieurs. Si ces facteurs ne sont pas mis en balance avec le stockage, la gestion de la demande, l'extension du réseau et d'autres options de flexibilité, le débat reste incomplet.

Le quatrième angle mort concerne la transition énergétique dans le secteur du chauffage. L'analyse de Fleischhauer, centrée sur les centrales à gaz, ne dit pratiquement rien de la forte dépendance de l'Allemagne au gaz fossile dans le secteur du bâtiment, du coût économique que cette dépendance peut engendrer, ni de l'ampleur du changement structurel déjà en cours dans les nouvelles constructions. Ce dernier point est crucial sur le plan économique, car le débat sur le gaz ne porte pas uniquement sur l'électricité, mais aussi sur la demande future, l'utilisation du réseau et la dépendance au sentier dans le secteur du chauffage.

La situation actuelle du système électrique

L'Allemagne a produit environ 431,7 térawattheures d'électricité en 2024. De cette production, 59 % provenaient de sources d'énergie renouvelables, tandis que le gaz naturel représentait 56,9 térawattheures, soit 13,2 % de la production totale. Parallèlement, la part de la production d'électricité à partir du charbon a considérablement diminué et l'Allemagne a importé davantage d'électricité que l'année précédente. Ces chiffres illustrent deux constats : le système énergétique renouvelable a réalisé des progrès considérables, mais le rôle de la production d'électricité à la demande demeure essentiel.

Les périodes de faible production éolienne et solaire ne sont pas un simple effet de mode. Ces phases peuvent mettre le réseau à rude épreuve. En décembre 2024, la production d'énergie renouvelable est temporairement tombée sous la barre des 6 000 mégawatts, entraînant des déficits d'approvisionnement pouvant atteindre 30 % de la demande en électricité. Toutefois, cela ne signifie pas automatiquement que seules les nouvelles centrales à gaz peuvent remédier à la situation. Cela signifie simplement qu'un système robuste de production d'électricité sécurisée, de stockage, de réseaux, de flexibilité et d'échanges d'électricité européens doit être mis en place.

Le dernier point est particulièrement important : la sécurité d’approvisionnement ne repose pas sur une solution unique. Quiconque décrit le problème uniquement en termes de centrales à gaz sous-estime l’architecture systémique d’un marché de l’énergie moderne. L’Allemagne est intégrée à un réseau européen, capable de moduler la demande, de construire des installations de stockage, d’étendre les réseaux électriques et de gérer les échanges entre les différents secteurs. Les centrales à gaz peuvent certes constituer un élément de ce réseau, mais elles ne sont pas nécessairement l’élément dominant ni l’option la plus rentable à long terme.

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Les centrales à gaz comme solution de secours : une solution judicieuse, mais seulement sous certaines conditions

D'un point de vue économique, les centrales à gaz présentent trois avantages indéniables. Premièrement, leur production est modulable et leur capacité peut être augmentée avec souplesse. Deuxièmement, les centrales modernes peuvent être converties à l'hydrogène à l'avenir, sous réserve de la mise en place des infrastructures nécessaires et de la viabilité économique du projet. Troisièmement, elles sont généralement mieux adaptées aux pénuries d'énergie de longue durée que les solutions de stockage à court terme. Par conséquent, il est erroné de considérer systématiquement comme irrationnel ou idéologique tout débat relatif aux nouvelles centrales à gaz.

Ces avantages ne s'appliquent toutefois que sous certaines conditions. Premièrement, seule la capacité réellement nécessaire au système doit être construite. Un surdimensionnement engendrerait des capacités de réserve coûteuses, rarement utilisées, mais générant des coûts fixes élevés. Deuxièmement, la neutralité technologique est essentielle. Si les appels d'offres sont conçus de manière à exclure de fait le stockage ou d'autres solutions flexibles, l'État fausse la concurrence au profit d'une option basée sur les énergies fossiles. Troisièmement, la définition claire de la trajectoire de décarbonation est indispensable. Sans une stratégie solide en matière d'hydrogène ou de défossilisation, une technologie de transition risque de devenir une nouvelle impasse.

Ce sont précisément ces conditions qui alimentent une part importante des critiques. Les propositions politiques les plus récentes ont été perçues, dans certains cas, comme plus vastes, moins précises ou moins contraignantes quant à la transition énergétique finale que les concepts antérieurs. Par conséquent, se référer à Habeck ne saurait justifier la position de Reiche. Quiconque défend l'approche de Reiche doit non seulement reconnaître que Habeck préconisait également les centrales à gaz, mais aussi expliquer précisément pourquoi cette conception particulière est actuellement considérée comme la meilleure solution.

La concurrence déplacée : le stockage par batteries

Le point le plus troublant du raisonnement de Fleischhauer concerne le rôle du stockage à grande échelle. De plus en plus d'analyses suggèrent qu'une partie au moins de la capacité garantie prévue pourrait être fournie de manière plus économique par le stockage à long terme par batteries. Un modèle de LCP Delta conclut que, dans le cadre de la stratégie allemande en matière de centrales électriques, un stockage par batteries de 10 heures pourrait remplacer deux gigawatts de capacité prévue pour les centrales à gaz, tout en maintenant le même niveau de sécurité d'approvisionnement et en engendrant des coûts de subventions nettement inférieurs. Le besoin annuel moyen de subventions a été calculé à 31 € par kilowatt pour le stockage à long terme, contre 102 € par kilowatt pour une centrale à cycle combiné gaz (CCGT) comparable. Selon ce modèle, des économies allant jusqu'à 166 millions d'euros par an seraient réalisées pour deux gigawatts.

Bien entendu, ces résultats doivent être interprétés objectivement. Ils ne prouvent pas que les installations de stockage puissent remplacer toutes les centrales à gaz. Les auteurs ne préconisent d'ailleurs pas un abandon total du gaz. Mais c'est là que réside l'essentiel : la question n'est pas de savoir s'il faut du gaz ou non, mais quelle quantité de gaz, pour quelle durée d'exploitation, selon quelles modalités d'appel d'offres et à quel prix par rapport aux technologies concurrentes.

À cela s'ajoute une tendance mondiale à la hausse des coûts qui modifie le contexte politique. Selon BloombergNEF, le coût actualisé de l'électricité (LCOE) pour les nouvelles centrales à cycle combiné gaz (CCGT) a atteint un niveau record de 102 dollars par mégawattheure en 2025, tandis que le coût des systèmes de stockage par batterie d'une autonomie de quatre heures devrait chuter à 78 dollars par mégawattheure. Cette tendance s'explique notamment par la forte augmentation des prix des turbines à gaz et la concurrence internationale sur les composants associés. Même si les indicateurs mondiaux ne sont pas directement applicables à l'Allemagne, ce changement modifie clairement le cadre de référence économique, au détriment des nouveaux investissements dans le gaz.

Autrement dit, même si Fleischhauer admet, par souci de correction politique, que certaines critiques du Reich sont sélectives, il n'aborde pas la question de savoir si le coût des matériaux a considérablement évolué depuis les premières phases de planification, justifiant ainsi une capacité de stockage plus importante aujourd'hui. Or, c'est précisément cette question qui serait au cœur de toute analyse économique sérieuse.

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Le piège temporel des centrales électriques au gaz

Un autre point que Fleischhauer ignore presque totalement est l'incohérence temporelle du discours autour des centrales à gaz. Sur le plan politique, les nouvelles centrales sont souvent présentées comme la solution aux graves problèmes de sécurité d'approvisionnement, de prix de l'électricité ou de stabilité du réseau. Or, dans la réalité économique, leur impact ne se fait sentir que des années plus tard. Les rapports concernant les projets de Reiche indiquent que les nouvelles capacités ne seraient pas raccordées au réseau avant 2030 ou 2031 au plus tôt. Parallèlement, certains observateurs évoquent un marché tendu pour les turbines à gaz et des délais de construction pouvant atteindre au moins quatre ans.

Cela signifie que quiconque préconise aujourd'hui la construction rapide de centrales à gaz prend avant tout une décision structurelle pour les années 2030. Cette décision doit être évaluée au regard des conditions de marché probables de cette décennie, et non pas seulement au regard des débats actuels sur les goulets d'étranglement en matière de capacité. Et c'est précisément là que les choses se compliquent. Car d'ici là, les prix du stockage, la numérisation du réseau, le décalage de la charge industrielle, la flexibilité de l'électrolyse et le contrôle intersectoriel du système auront probablement progressé davantage. Plus le délai est long, plus le risque est grand que des centrales de réserve coûteuses, à combustibles fossiles ou quasi-fossiles, soient intégrées à un système capable, aujourd'hui, d'offrir d'autres options de flexibilité à moindre coût.

Ce piège temporel est un risque d'investissement classique. Dans le jargon industriel, il se caractérise par des investissements initiaux importants et irréversibles dans un contexte de marché et de réglementation incertains. Quiconque prend de tels risques a besoin de preuves particulièrement solides que la technologie envisagée restera la meilleure option, même en cas de changement de circonstances. Fleischhauer ne fournit pas ces preuves ; il les remplace par des accusations d'hypocrisie politique.

 

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Repenser la sécurité énergétique : un mix technologique plutôt qu’un romantisme des énergies fossiles

La transition énergétique s'opère plus rapidement que ne le reconnaissent de nombreux critiques

Le secteur du bâtiment est particulièrement révélateur. On y observe une double réalité. D'une part, l'Allemagne reste fortement dépendante du gaz pour ses bâtiments existants. D'autre part, la construction neuve témoigne déjà d'une nette évolution structurelle. Ces deux aspects, pris ensemble, sont essentiels, et cette simultanéité est souvent sous-estimée dans les analyses pro-gaz.

En 2024, 69,4 % des logements neufs en Allemagne étaient chauffés principalement par pompes à chaleur. Comparé à 2014 (31,8 %), ce chiffre a plus que doublé. Dans les maisons individuelles et les maisons jumelées, la part des pompes à chaleur était encore plus élevée, à 74,1 %. Plus important encore, 81 % des logements dont le permis de construire a été accordé en 2024 devraient être chauffés principalement par pompes à chaleur. Il ne s'agit pas d'un phénomène marginal, mais bien de la nouvelle norme pour la construction neuve.

Cela nous amène à une conclusion essentielle du point de vue de l'économie de l'énergie : la question n'est plus de savoir si les pompes à chaleur sont efficaces dans les bâtiments neufs, mais plutôt à quelle vitesse les bâtiments existants s'adapteront et quelles décisions en matière d'infrastructures faciliteront ou entraveront cette transition. Quiconque continue de s'appuyer principalement sur des arguments concernant le gaz dans ce contexte se situe hors du champ des investissements concrets dans la construction neuve.

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Mais en l'état actuel des choses, l'Allemagne reste prisonnière de l'industrie gazière

Cependant, c'est précisément là que réside la limite de tout optimisme quant aux progrès. Le parc immobilier allemand reste fortement dépendant des énergies fossiles, ce qui pose des problèmes majeurs en matière de climat, de distribution et d'approvisionnement. Selon le rapport sur le bâtiment de 2025, 79 % des quelque 20 millions de logements sont encore chauffés au fioul et au gaz. Les systèmes de chauffage au gaz représentent plus de 50 % des logements, immeubles et appartements confondus ; les pompes à chaleur ne sont installées que dans 4,2 % des immeubles et 2,7 % des logements existants.

C’est là le nœud du problème du véritable piège du gaz. Il réside non seulement dans le potentiel de production d’électricité à partir du gaz, mais aussi dans la forte dépendance actuelle du secteur du chauffage à une énergie fossile importée. Cette dépendance engendre de multiples coûts : volatilité des prix, vulnérabilité géopolitique, coûts liés au CO2, retards de rénovation et charges sociales pour les ménages vivant dans des bâtiments anciens énergivores. Tant que l’infrastructure existante restera aussi fortement dépendante des énergies fossiles, l’Allemagne sera vulnérable, que de nouvelles centrales électriques soient construites ou non.

C’est précisément pourquoi la polémique autour de Fleischhauer est insuffisante. Quiconque prend au sérieux la sécurité d’approvisionnement ne peut se contenter de se concentrer sur les centrales électriques de secours pour les périodes de faible production éolienne et solaire. Il doit également s’interroger sur la diminution de la demande globale de gaz. Chaque quantité de gaz non utilisée sur le marché du chauffage réduit les besoins d’importation à long terme, les risques liés aux prix et les contraintes d’infrastructure.

Pourquoi les pompes à chaleur sont bien plus qu'une simple politique climatique

Dans les débats politiques, les pompes à chaleur sont souvent soit exagérées de manière à alimenter les conflits culturels, soit systématiquement perçues comme une contrainte. D'un point de vue économique, elles constituent pourtant avant tout un outil de substitution aux importations de combustibles fossiles par des investissements et une consommation d'électricité. L'enjeu crucial n'est pas le symbolisme, mais bien la structure des coûts sur l'ensemble du cycle de vie.

Bien que les coûts d'investissement initiaux soient souvent plus élevés et que la rénovation des systèmes existants ne soit pas une mince affaire, la hausse ou la volatilité des prix du gaz et l'augmentation du coût du CO2 modifient la viabilité économique. L'indice des coûts de chauffage 2025 de co2online montre que les ménages équipés d'un chauffage au gaz paieront en moyenne 15 % de plus en 2025 que l'année précédente, et que les pompes à chaleur sont systématiquement moins chères que les systèmes de chauffage aux combustibles fossiles depuis 2022. Pour une maison individuelle non rénovée équipée d'un chauffage au gaz, les coûts de chauffage sur 20 ans sont estimés à environ 120 000 €, tandis qu'une modernisation écoénergétique et l'installation d'une pompe à chaleur pourraient les réduire à environ 16 000 €. Ces estimations dépendent fortement du bien immobilier concerné, mais elles indiquent la tendance générale : le chauffage aux combustibles fossiles peut devenir un gouffre financier à long terme.

Des changements sont également visibles sur le marché. Selon les statistiques du secteur, les ventes de chaudières à gaz ont chuté au premier trimestre 2025, tandis que les pompes à chaleur ont gagné du terrain, atteignant temporairement une part de marché de 42 %. Pour l'ensemble de l'année 2025, les rapports du secteur indiquent que les ventes de pompes à chaleur ont continué d'augmenter significativement. Si ces données ne témoignent pas d'une progression linéaire, elles démontrent néanmoins que la transition énergétique dans le secteur du chauffage est loin d'être terminée, malgré l'incertitude politique.

Pourquoi les chiffres de la construction neuve sont-ils politiquement sous-estimés ?

Le chiffre de 69,4 % dans les constructions neuves est souvent perçu comme un progrès encourageant. En réalité, il revêt une importance économique stratégique. La construction neuve est le secteur où investisseurs, ménages et promoteurs disposent d'une relative liberté de choix en matière de technologies. Si les pompes à chaleur s'imposent dans ce secteur, équipant près de sept bâtiments sur dix et même huit permis de construire sur dix, cela reflète une décision du marché tenant compte des coûts réels, du cadre réglementaire et des anticipations.

Cette analyse de marché ne signifie pas que tous les problèmes sont résolus. Toutefois, elle démontre que l'idée selon laquelle les pompes à chaleur seraient une technologie de niche imposée politiquement et dénuée de sens économique est difficilement tenable sur le plan empirique. Au contraire, le gaz est depuis longtemps devenu une solution de repli dans les nouvelles constructions. Quiconque ignore cette réalité détourne le débat des véritables difficultés liées aux bâtiments existants pour le transformer en une vaine bataille autour d'une technologie déjà largement implantée dans un segment de marché clé.

Ceci est important pour analyser la contribution de Fleischhauer, car son argumentation sous-entend qu'il faut défendre la dure réalité du gaz face à des politiques écologistes symboliques. Or, la dure réalité du marché du chauffage est double : certes, le gaz domine encore dans les bâtiments existants. Mais dans les constructions neuves, le contexte des investissements favorise déjà clairement les systèmes de chauffage électriques renouvelables.

Le conflit de distribution réel

Derrière le débat sur le gaz se cache un conflit social rarement abordé clairement dans les analyses polémiques. Les infrastructures liées aux énergies fossiles apparaissent souvent familières et politiquement avantageuses à court terme, car leur conversion exige des investissements initiaux importants. À long terme, cependant, elles répartissent les risques liés aux prix, les coûts des émissions de CO2 et les chocs géopolitiques entre des millions de ménages et d'entreprises. La question n'est donc pas seulement de savoir quelle technologie est techniquement viable, mais aussi qui supporte quels risques et à quel moment.

Avec le gaz, de nombreux risques sont futurs ou socialisés : prix de l’énergie, frais de réseau, mécanismes de capacité, prélèvements ou renflouements publics. Avec les pompes à chaleur et la rénovation des bâtiments, les coûts sont plus visibles et surviennent plus tôt, mais les risques liés aux combustibles sont structurellement réduits. Politiquement, il est plus facile de se mobiliser contre des investissements initiaux élevés que contre l’augmentation progressive des coûts du système. C’est précisément pourquoi les discours simplistes trouvent si facilement un écho favorable.

D'un point de vue économique objectif, il faut admettre que le problème ne réside pas dans la dissuasion des citoyens par les coûts d'investissement. Cette réaction est rationnelle. Le problème, c'est que les décideurs politiques ont souvent tendance à minimiser l'impact des coûts à long terme des solutions fondées sur les énergies fossiles par rapport aux coûts à court terme de la transition. Ceux qui occultent cette distinction encouragent les mauvaises décisions.

La sécurité d'approvisionnement nécessite un mélange de technologies

L'argument le plus pertinent contre cette simplification excessive n'est pas que les nouvelles centrales à gaz soient fondamentalement inutiles. Il est plus probable que l'Allemagne ait effectivement besoin d'un ensemble de solutions de flexibilité variées pour les années 2030. Celles-ci comprennent des installations de stockage d'énergie pour le réseau, des centrales électriques pilotables, la gestion de la demande, les interconnexions européennes, le couplage sectoriel et une extension intelligente du réseau.

Le principal point de désaccord ne porte donc pas sur le choix du stockage, mais sur son ordre de priorité et son importance relative. Si les appels d'offres étaient suffisamment neutres sur le plan technologique, les solutions garantissant la sécurité d'approvisionnement au moindre coût pour la société pourraient prévaloir. En revanche, si certains critères excluent de fait le stockage, le résultat est politiquement prédéterminé. Dès lors, ce n'est plus le marché qui est technologiquement neutre, mais bien la technologie qui est politiquement présélectionnée.

C’est précisément là que doit commencer une critique sérieuse des Verts et de Reiche. Les Verts éprouvent effectivement des difficultés à défendre de manière politiquement cohérente leur position pragmatique antérieure sur les centrales à gaz. Mais Reiche doit également se pencher sur la question de savoir si sa stratégie est véritablement neutre sur le plan technologique, économiquement minimaliste et transformatrice, ou si elle ne fait qu’ancrer une nouvelle dépendance aux énergies fossiles. Critiquer un seul camp serait une approche trop simpliste.

La continuité entre Habeck et Reiche est réelle, mais non identique

Un point particulièrement important est la distinction entre continuité politique et identité de fond. Il est vrai que la stratégie de Reiche concernant les centrales électriques s'inspire en partie des orientations déjà mises en œuvre sous Habeck. Plusieurs rapports indiquent des parallèles évidents et que l'accord qui en a résulté reposait essentiellement sur une orientation déjà coordonnée avec Bruxelles sous Habeck.

Cela ne signifie pas pour autant que toutes les critiques adressées à Reiche soient nécessairement de mauvaise foi. Les différences de volume, de calendrier, de régime de financement, d'engagements en matière d'hydrogène et de conception des appels d'offres peuvent avoir un impact économique significatif. Même des modifications mineures des critères réglementaires peuvent déterminer si une centrale électrique constitue une solution transitoire ou un investissement irréversible. Ceux qui passent sous silence ces différences relèvent de l'interprétation politique plutôt que de l'analyse économique de l'énergie.

Une analyse approfondie conclurait donc que : oui, les Verts ne peuvent prétendre de manière crédible que le principe des capacités de réserve contrôlables soit intrinsèquement tabou. Mais non, cela ne constitue pas un blanc-seing pour tous les projets de centrales à gaz de grande envergure. L'évaluation économique ne commence qu'après la reconnaissance de la continuité.

L'Allemagne a besoin de moins d'idéologie, mais aussi de moins d'idéalisation des énergies fossiles

En matière de politique énergétique publique, deux réflexes négatifs s'affrontent souvent. D'une part, on tend à minimiser les contraintes physiques et systémiques et à interpréter tout débat sur les capacités de secours comme une trahison de la transition énergétique. D'autre part, on est tenté de glorifier les technologies à base d'énergies fossiles au nom d'une realpolitik pragmatique, alors même que les structures de coûts, les réglementations climatiques et les alternatives technologiques ont déjà considérablement évolué.

Le texte de Fleischhauer répond judicieusement à la première distorsion, mais tombe dans la seconde. Il cherche à dénoncer l'idéologie, mais son propre esprit critique tend à idéaliser le gaz comme un gage d'honnêteté politique. Cette thèse est analytiquement peu convaincante. L'honnêteté politique ne consisterait pas à défendre le gaz contre l'hypocrisie écologiste, mais plutôt à nommer ouvertement les situations où son utilisation peut être temporairement nécessaire, où le stockage devient plus économique, où les pompes à chaleur sont depuis longtemps la norme dans les nouvelles constructions, et où les bâtiments existants restent fortement dépendants des énergies fossiles.

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Un jugement sobre

D'un point de vue économique, le débat actuel sur le gaz n'est pas clarifié par l'indignation morale ni par le mépris des doubles standards. L'Allemagne a besoin de sécurité d'approvisionnement, et les centrales électriques pilotables peuvent y contribuer. Cependant, les questions de l'échelle appropriée, de la technologie adéquate, du financement adéquat et du calendrier approprié restent en suspens et doivent être résolues sur la base de données probantes.

Les données empiriques suggèrent que l'interprétation de Fleischhauer ne présente qu'une partie de la réalité. Il a raison lorsqu'il souligne les incohérences politiques et rappelle que la politique de Habeck incluait également les centrales à gaz. Cependant, il néglige le fait que l'évaluation économique des nouvelles centrales à gaz ne peut se fonder sur cette seule comparaison politique. Aujourd'hui, l'importance croissante du stockage, les risques liés aux délais et aux coûts des nouvelles centrales à gaz, le danger de dépendance aux énergies fossiles et le fait que la transition énergétique dans les bâtiments neufs est déjà bien plus avancée que ne le laisse entendre le débat centré sur le gaz sont des enjeux bien plus cruciaux.

S'il faut relever ce que Fleischhauer omet de dire, c'est qu'il confond la démonstration des contradictions environnementales avec celle d'une stratégie gazière économiquement supérieure. La première peut s'avérer efficace en termes de communication, la seconde est loin d'être prouvée.

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