Stratégie climatique de la Chine concernant les énergies fossiles : utiliser l’énergie fossile pour produire des centrales solaires respectueuses du climat, des technologies éoliennes et des batteries
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Publié le : 4 février 2026 / Mis à jour le : 4 février 2026 – Auteur : Konrad Wolfenstein

Stratégie climatique de la Chine concernant les énergies fossiles : utiliser l’énergie fossile pour produire des panneaux solaires, des éoliennes et des batteries respectueux de l’environnement – Image : Xpert.Digital
Le secret honteux de la Chine : comment le charbon produit nos panneaux solaires « verts »
Le grand bluff climatique : pendant que nous fermons des centrales électriques, la Chine développe son pouvoir
Tandis que l'Europe poursuit des objectifs climatiques ambitieux et transforme son industrie grâce à une réglementation environnementale stricte, une réalité tout autre se dessine à l'autre bout du monde : au cours de la dernière décennie, la Chine est devenue l'atelier incontesté de la transition énergétique mondiale. Mais cette ascension a un coût paradoxal. La production des technologies mêmes qui nous promettent, en Occident, un avenir propre – panneaux solaires, éoliennes et batteries – dépend fortement des énergies fossiles, et notamment du charbon, en Chine.
Le paradoxe est flagrant : l’Europe réduit officiellement ses émissions de CO₂, mais finance indirectement des émissions massives à l’étranger par l’importation de produits « verts » chinois. Grâce à des prix de l’énergie subventionnés par l’État et à une politique industrielle stratégique, Pékin domine le marché photovoltaïque jusqu’à 90 % et supplante de plus en plus ses concurrents européens. Quelles sont les conséquences de cette dépendance sur notre sécurité d’approvisionnement ? Une politique climatique mondiale peut-elle être efficace si les produits « verts » sont en réalité fabriqués illégalement ? L’analyse qui suit éclaire le contexte de la stratégie climatique chinoise fondée sur les énergies fossiles et les questions cruciales qu’elle soulève pour l’Europe.
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Pourquoi la Chine est-elle de plus en plus critiquée en ce qui concerne la production d'énergie verte ?
Au cours de la dernière décennie, la Chine a acquis une position dominante dans la production mondiale de modules solaires, de composants d'éoliennes et de systèmes de stockage d'énergie par batteries. Sa puissance industrielle repose sur une consommation d'énergie largement alimentée par les combustibles fossiles, principalement le charbon. Alors que l'Europe et l'Amérique du Nord s'efforcent de réduire leurs émissions, la Chine utilise des combustibles fossiles pour produire des technologies respectueuses du climat, qu'elle exporte ensuite. Cette situation paradoxale signifie que, tandis que l'Europe réduit officiellement ses émissions de CO₂, elle finance indirectement des importations à forte intensité de CO₂.
Quel est le rôle de la Chine sur les marchés mondiaux des technologies solaires et éoliennes ?
D'après les analyses de la Commission européenne, la Chine contrôle aujourd'hui entre 80 et 90 % de la chaîne de valeur mondiale du photovoltaïque. De l'extraction du silicium aux produits intermédiaires tels que les plaquettes et les cellules, jusqu'à l'assemblage final des modules, la quasi-totalité des étapes de production sont réalisées en Chine. Dans le secteur de l'éolien également, la part de marché des fabricants chinois dépasse désormais les 60 %, notamment pour les éoliennes terrestres. Dans ces deux secteurs, les coûts de production en Chine sont nettement inférieurs à ceux de l'Europe grâce à une énergie bon marché, une réglementation environnementale moins contraignante et d'importantes subventions publiques. De ce fait, les fabricants allemands et européens subissent des pressions depuis des années et nombre d'entre eux ont dû fermer leurs portes ou délocaliser leur production à l'étranger.
Quel cadre de politique énergétique sous-tend la domination industrielle de la Chine ?
Le fondement de cette situation repose sur l'expansion massive et continue des énergies fossiles. La Chine possède les plus importantes réserves de charbon au monde et, selon le Global Energy Monitor, exploite actuellement plus de 1 000 centrales thermiques au charbon. Des dizaines d'autres sont en phase de planification ou de construction. Alors que l'Europe ferme des centrales électriques, la Chine accroît massivement sa capacité de production d'électricité à partir du charbon et du gaz. Cette énergie n'est pas principalement destinée à la consommation intérieure, mais est stratégiquement orientée vers des industries clés – celles qui promettent un avantage concurrentiel mondial. L'énergie solaire, l'énergie éolienne, l'électromobilité et la production de batteries sont précisément au cœur de la planification industrielle nationale.
Quelle est l'approche stratégique de la Chine ?
La stratégie chinoise est étroitement liée aux objectifs de planification étatique à long terme. Le plan quinquennal actuel et des initiatives telles que « Made in China 2025 » placent les industries de haute technologie au cœur de son leadership mondial. Le gouvernement combine le soutien direct de l'État à des prêts avantageux, des subventions sur les prix de l'énergie et des restrictions d'accès au marché pour les entreprises étrangères. La création délibérée de surcapacités permet aux producteurs chinois d'inonder les marchés internationaux de produits à bas prix. Un schéma similaire avait déjà été observé dans les secteurs de l'acier, de l'aluminium et de la chimie.
Quelles sont les conséquences pour l'Europe ?
L'Europe est confrontée à un dilemme de politique industrielle. D'un côté, elle souhaite accélérer la transition énergétique et la protection du climat, mais de l'autre, les industriels européens perdent progressivement des parts de marché. Des réglementations climatiques strictes, des prix de l'énergie élevés et la tarification du CO₂ renchérissent la production en Europe. Tandis que les produits chinois sont importés au nom de « solutions vertes », des millions de tonnes d'émissions cachées alimentent le commerce mondial, sans être comptabilisées dans les bilans climatiques européens. Il en résulte un transfert de la création de valeur industrielle vers l'Asie, tandis que la compétitivité européenne s'affaiblit.
La stratégie chinoise de protection du climat est-elle réellement crédible ?
La Chine aime se présenter sur la scène internationale comme un pionnier de la protection du climat. Le président Xi Jinping a maintes fois affirmé son objectif de neutralité carbone d'ici 2060. Parallèlement, le pays continue de se qualifier de « pays en développement » lors des négociations internationales sur le climat et revendique, de ce fait, des droits spécifiques en matière d'objectifs d'émissions. Ce double rôle permet à la Chine d'exiger la coopération technologique et le financement des États occidentaux tout en restant dépendante des énergies fossiles. Les critiques dénoncent donc une politique climatique à deux vitesses : un discours écologiste affiché à l'extérieur et une politique de puissance pragmatique en interne.
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Comment la Chine tire-t-elle profit de la politique climatique européenne ?
Pékin perçoit la politique climatique comme un outil géopolitique. L'Europe se met sous pression pour agir, notamment par le biais d'objectifs ambitieux – tels que le Pacte vert pour l'Europe, le marché du carbone et l'interdiction des technologies utilisant des combustibles fossiles. Cette situation entraîne une délocalisation de la production vers des pays où ces réglementations ne s'appliquent pas. La Chine se positionne comme un lieu où l'énergie et les infrastructures industrielles sont bon marché. Elle produit à bas coût, puis exporte vers l'Europe des appareils labellisés respectueux de l'environnement, acquérant ainsi une influence économique et politique.
Cette stratégie affaiblit l'industrie européenne de deux manières : économiquement, car elle perd des parts de marché, et en matière de politique climatique, car les réductions mondiales d'émissions grâce à la délocalisation de la production sont annulées.
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Existe-t-il des preuves de l'influence chinoise sur les débats occidentaux sur le climat ?
Plusieurs analyses indiquent que la Chine tente d'influencer le discours occidental par le biais de fondations internationales, de partenariats de recherche et de groupes de pression. Il ne s'agit pas de manipulation directe, mais plutôt de stratégies à long terme : privilégier le développement des énergies renouvelables sans examiner de manière critique la chaîne d'approvisionnement fortement émettrice de gaz à effet de serre. Par exemple, des organisations environnementales et des groupes de réflexion occidentaux reçoivent un soutien financier grâce à des collaborations avec des acteurs chinois. Ces accords ne sont pas nécessairement corrompus, mais ils peuvent contribuer à ce que les intérêts chinois s'insinuent subtilement dans les processus de décision politique.
Quel impact cela a-t-il sur les stratégies climatiques européennes ?
Les stratégies climatiques européennes s'appuient souvent sur des objectifs symboliques, tels que des quotas d'énergies renouvelables, l'interdiction des moteurs à combustion ou la neutralité carbone d'ici 2050. Ces mesures reposent sur l'hypothèse que les solutions technologiques sont globalement et relativement accessibles. Or, en réalité, des composants essentiels de la transition énergétique – modules solaires, cellules de batteries, aimants permanents pour éoliennes – sont désormais entre les mains de la Chine. De ce fait, la transition énergétique européenne est de plus en plus dépendante des importations en provenance d'un rival géopolitique.
Cela a des implications en matière de politique de sécurité : en cas de crise, la Chine pourrait restreindre les livraisons ou manipuler les prix, comme l’a fait la Russie avec sa politique gazière. Une politique climatique qui crée des dépendances perd toute sa valeur morale et stratégique.
Quelles alternatives l'Europe a-t-elle ?
L'Europe peut aligner sa politique industrielle de manière plus stratégique. Cela comprend :
- Réindustrialisation des technologies critiques : développement de capacités de production internes pour les cellules solaires, les semi-conducteurs et les batteries.
- Souveraineté énergétique : diversification des sources d’énergie, y compris la production d’électricité propre mais capable de fournir une charge de base, comme l’énergie nucléaire ou les systèmes géothermiques.
- Stratégie en matière de matières premières : sécuriser l’approvisionnement en matières premières grâce à nos propres projets miniers, au recyclage et à des partenariats avec des États de confiance.
- Politique commerciale compatible avec l'OMC : introduction de mécanismes d'ajustement carbone aux frontières (MACF) et de mesures contre les prix de dumping.
Par ailleurs, une réévaluation des objectifs climatiques européens est nécessaire – non pas au sens d’abandonner la protection du climat, mais au sens d’un équilibre entre écologie, économie et stabilité géopolitique.
Quel rôle joue la tarification de l'énergie dans ce contexte ?
Le prix de l'énergie est un facteur clé de compétitivité. En Europe, le prix de l'électricité industrielle est parfois trois à quatre fois supérieur à celui de la Chine, en raison des taxes, des prélèvements et du système d'échange de quotas d'émission. Les industriels chinois s'approvisionnent en électricité auprès de sources étatiques et subventionnées, principalement le charbon et l'hydroélectricité. Cette asymétrie structurelle leur permet de maintenir des coûts de production bas, tandis que les entreprises européennes subissent des pressions réglementaires et un désavantage concurrentiel en termes de coûts.
Quelles conséquences industrielles commencent déjà à se faire sentir ?
L'effondrement de l'industrie solaire européenne sert d'avertissement. Des entreprises comme SolarWorld, Q-Cells et REC ont soit cessé leur production, soit l'ont délocalisée en Asie. Une tendance similaire se dessine dans le secteur éolien : les fabricants européens rencontrent des difficultés financières, tandis que les fournisseurs chinois gagnent des parts de marché mondiales croissantes. Cette situation menace d'anéantir définitivement le leadership technologique de l'Europe dans des secteurs clés de la transition énergétique.
Comment l'Europe pourrait-elle rendre sa politique climatique plus réaliste ?
Une politique climatique réaliste doit tenir compte des flux d'émissions mondiaux. Le facteur crucial n'est pas le lieu d'émission du CO₂, mais la quantité qui peut être évitée à l'échelle mondiale. Cela signifie que les importations de technologies « vertes » à forte intensité de CO₂ ne peuvent plus être considérées comme neutres pour le climat. L'Europe a besoin d'instruments réglementaires intégrant les émissions réelles du cycle de vie, de l'extraction des matières premières à l'élimination des déchets.
Dans le même temps, l'Europe devrait encourager la recherche et l'innovation pour développer de nouvelles technologies énergétiques et de stockage, au lieu de se contenter d'importer des produits chinois existants. Une approche plus technologique et moins idéologique permettrait de repenser la protection du climat comme une opportunité industrielle plutôt que comme un facteur de coût.
Une politique climatique moralisatrice est-elle donc contre-productive ?
Les objectifs moraux ne sont pas fondamentalement mauvais. Le problème survient lorsqu'ils ignorent les conséquences économiques concrètes. La politique européenne formule souvent des exigences normatives sans tenir compte des chaînes d'approvisionnement mondiales ni des rapports de force. Ainsi, l'idéalisme moral peut, involontairement, fragiliser l'économie d'un pays. Les dirigeants chinois exploitent précisément cette contradiction : ils se conforment formellement aux attentes internationales, mais tirent des avantages économiques et stratégiques de la morale occidentale en matière de climat.
Le pouvoir plutôt que la morale ?
Le débat climatique n'est plus seulement une question environnementale, mais s'inscrit dans une compétition mondiale pour le pouvoir, les marchés et la domination industrielle. L'approche chinoise démontre que la politique climatique peut servir d'instrument pour consolider son influence géopolitique. L'Europe est donc confrontée à un choix crucial : soit elle s'enferme dans un discours moralisateur et perd en puissance industrielle, soit elle conçoit sa stratégie climatique de manière à concilier intérêts écologiques et économiques. Ce n'est qu'à cette condition que le continent pourra façonner la transition énergétique en s'appuyant sur sa propre création de valeur et son indépendance technologique.
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