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L'ordre mondial en chute libre : le bilan explosif de la semaine du 19 au 23 janvier 2026

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Publié le : 25 janvier 2026 / Mis à jour le : 25 janvier 2026 – Auteur : Konrad Wolfenstein

L'ordre mondial en chute libre : le bilan explosif de la semaine du 19 au 23 janvier 2026

L'ordre mondial en chute libre : le bilan explosif de la semaine du 19 au 23 janvier 2026 – Image : Xpert.Digital

Le monde en crise : entre guerres commerciales, catastrophes naturelles et bouleversements géopolitiques

Quand les rêves de libre-échange se heurtent aux réalités protectionnistes

La troisième semaine de janvier 2026 a révélé avec une rare clarté les lignes de fracture d'un ordre mondial en pleine mutation. Tandis que l'élite mondiale débattait de la coopération à Davos, en Suisse, les événements de ces cinq jours ont dressé le tableau d'une fragmentation géopolitique croissante, d'une insécurité économique et de crises humanitaires. Au-delà de l'omniprésence médiatique de Davos, 19 événements majeurs survenus sur les cinq continents ont démontré que l'ordre post-Guerre froide ne se contente pas de s'éroder, mais qu'il est activement démantelé.

  • Crise du Groenland et choc tarifaire : Trump et l'alliance de l'OTAN
  • L’illusion des 5 % en Chine : pourquoi le géant économique est en réalité en train de vaciller
  • Retour à la normale après Fukushima : le Japon redémarre la plus grande centrale nucléaire du monde
  • Forces spéciales américaines à Caracas : le renversement violent de Nicolás Maduro
  • Infrastructures mortelles : quel lien unissent les catastrophes en Espagne et au Pakistan ?

Le paradoxe transatlantique : l'UE-Mercosur et le chantage au Groenland

Le 17 janvier 2026, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a signé à Asunción, capitale du Paraguay, l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et les pays sud-américains du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay). Après un quart de siècle de négociations, cet accord marque une avancée historique : il crée une zone de libre-échange regroupant 780 millions de personnes et supprime les droits de douane sur 93 % des marchandises échangées. Les entreprises européennes des secteurs automobile, mécanique et chimique accèdent ainsi à un marché à fort potentiel de croissance, tandis que les exportateurs agricoles sud-américains bénéficient d'un meilleur accès aux consommateurs européens.

La logique économique semble convaincante. Avec un volume d'échanges projeté de plus de 120 milliards d'euros par an et des gains de bien-être attendus grâce aux avantages comparatifs en matière de coûts, l'accord incarne parfaitement les principes du libre-échange classique. L'économie allemande, fortement tournée vers l'exportation et qui a déjà enregistré des excédents records en 2025, espère conquérir de nouveaux marchés dans un contexte de croissance structurellement faible. Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a évoqué d'énormes retombées positives pour le développement économique, tandis que même la France, traditionnellement protectionniste, est restée isolée dans son opposition.

Mais en moins de 72 heures, la réalité géopolitique a révélé la fragilité de cette offensive commerciale. Le 19 janvier, le président américain Donald Trump annonçait qu'il imposerait des droits de douane massifs aux pays européens si le Danemark refusait de céder le Groenland aux États-Unis. Cette menace sans précédent contre les alliés de l'OTAN remettait en cause non seulement les principes fondamentaux du droit international, mais visait aussi directement l'essence même des relations économiques transatlantiques. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, avertissait sans équivoque qu'une attaque américaine contre un membre de l'OTAN signifierait la fin de l'alliance et l'effondrement de l'ordre international.

Le paradoxe est flagrant : alors que l'UE s'efforce de préserver sa compétitivité mondiale et de réduire sa dépendance à l'égard de la Chine grâce à des accords commerciaux, son principal partenaire en matière de sécurité menace les fondements économiques de cette stratégie. L'accord-cadre conclu par Trump avec le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, sur la question du Groenland, annoncé à Davos le 21 janvier, et le retrait concomitant des menaces de droits de douane, ont révélé la nouvelle méthodologie : la diplomatie transactionnelle remplace l'ordre international fondé sur des règles. Cette désescalade temporaire ne masque pas le changement fondamental. La stratégie commerciale de l'Europe évolue dans un contexte où même ses plus proches alliés considèrent le chantage économique comme un instrument légitime de politique étrangère.

Les illusions de croissance de la Chine et les limites du modèle d'exportation

Les données économiques chinoises du quatrième trimestre 2025, publiées le 19 janvier, ont mis en lumière avec une clarté remarquable les défis structurels auxquels est confrontée la deuxième économie mondiale. Le produit intérieur brut n'a progressé que de 4,5 % en glissement annuel au dernier trimestre, soit la plus faible hausse en trois ans et un chiffre nettement inférieur aux 4,8 % enregistrés au troisième trimestre. La consommation intérieure s'est avérée particulièrement alarmante : les ventes au détail n'ont augmenté que de 0,9 % en décembre, soit le rythme de croissance le plus faible en trois ans, tandis que les investissements en capital fixe ont reculé de 3,8 % sur l'ensemble de l'année.

La Chine a néanmoins atteint son objectif gouvernemental de croissance annuelle de 5 %. Ce succès apparent reposait cependant presque entièrement sur des exportations record. L'excédent commercial a grimpé à 1 200 milliards de dollars en 2025, alimenté par un dumping agressif et une surproduction subventionnée par l'État, notamment de véhicules électriques, de panneaux solaires et de machines industrielles. Cette stratégie a fonctionné tant que les autres marchés absorbaient ces biens. Mais la vulnérabilité de ce modèle est apparue au grand jour lorsque Trump a intensifié sa rhétorique protectionniste et menacé l'Europe de mesures antidumping.

Les problèmes structurels de la Chine ne peuvent être résolus par une offensive commerciale à l'exportation. La crise immobilière, qui a débuté en 2021 avec la faillite d'Evergrande, persiste. Les investissements immobiliers ont chuté de 17,2 % en 2025, tandis que les pressions déflationnistes érodent la confiance des consommateurs. Le taux de chômage est resté stable à 5,1 %, bien que le taux de sous-emploi soit en réalité nettement plus élevé, notamment chez les diplômés de l'enseignement supérieur. La population chinoise a diminué pour la quatrième année consécutive, accentuant la pression sur la demande à long terme.

Les analystes d'OCBC à Singapour ont noté que les perspectives de croissance ne s'étaient pas fondamentalement améliorées. Le soutien à l'économie provenait du secteur étranger, avec une monnaie sous-évaluée, tandis que la demande intérieure restait atone. Charu Chanana, stratégiste en chef de Saxo, a averti que si la Chine avait atteint une croissance de 5 %, celle-ci manquait de soutien général. Le ralentissement observé au quatrième trimestre était un signal d'alarme, laissant présager un début d'année 2026 marqué par un essoufflement plutôt que par un dynamisme renouvelé. Les sondages Reuters prévoient une croissance de seulement 4,5 % pour 2026, avec des risques principalement orientés à la baisse.

Les implications en matière de politique économique sont considérables. En décembre, le gouvernement chinois, sous la présidence de Xi Jinping, a annoncé une politique budgétaire plus proactive, mais les mesures concrètes sont restées floues. L'État central hésite à accroître significativement sa dette, tandis que les collectivités locales croulent déjà sous un endettement colossal. Parallèlement, le contexte géopolitique se détériore. La menace de Trump d'imposer des droits de douane de 60 % sur les produits chinois et l'accélération du découplage des chaînes d'approvisionnement essentielles par les pays industrialisés occidentaux réduisent la marge de manœuvre. Le modèle de croissance chinois, qui a permis quatre décennies de prospérité, atteint ses limites systémiques.

Défaillances des infrastructures et catastrophes naturelles : le lourd tribut de la résilience négligée

Deux catastrophes survenues la même semaine, ayant fait plus de 110 morts au total, ont révélé les conséquences dramatiques d'une négligence systématique des normes de sécurité et de l'adaptation au changement climatique. Le soir du 18 janvier, deux trains sont entrés en collision sur la ligne à grande vitesse Madrid-Séville, près de la ville d'Adamuz. L'opérateur privé Iryo et la compagnie ferroviaire nationale Renfe ont déploré 45 morts et 150 blessés, dont certains grièvement. Les premières constatations ont mis en évidence un rail cassé au niveau d'une soudure, tandis que des conducteurs d'autres lignes avaient signalé des irrégularités sur les voies. L'opérateur du réseau ferroviaire espagnol, Adif, a par la suite réduit la vitesse maximale autorisée sur un tronçon de la ligne principale Madrid-Barcelone, la faisant passer de 300 à 160 kilomètres par heure.

L'accident ferroviaire soulève des questions fondamentales quant à la libéralisation des infrastructures critiques. Le train Iryo, concurrent des célèbres AVE, était quasiment neuf, de moins de quatre ans. Les voies avaient été récemment rénovées, comme l'a souligné le ministre des Transports, Oscar Puente. Malgré cela, le système a failli. Cette collision est la pire catastrophe ferroviaire depuis la tragédie de Saint-Jacques-de-Compostelle en 2013, où 79 personnes avaient péri à cause d'une vitesse excessive. Si l'erreur humaine était alors la principale préoccupation, Adamuz pointe du doigt des carences systémiques en matière de maintenance. L'Espagne a investi massivement dans les lignes à grande vitesse ces vingt dernières années afin de stimuler le développement économique. La question se pose désormais de savoir si cette expansion s'est faite au détriment d'une assurance qualité adéquate.

La veille, le 17 janvier, un incendie dévastateur s'était déclaré à Karachi, la plus grande ville du Pakistan, au Gul Plaza, un centre commercial de 8 000 mètres carrés abritant 1 200 boutiques. Au moins 67 personnes ont péri et 15 autres sont portées disparues et présumées mortes. L'incendie aurait débuté dans une boutique de fleurs artificielles où des enfants jouaient avec des allumettes. La catastrophe a été aggravée par le fait que la quasi-totalité des 16 issues de secours étaient verrouillées, une pratique courante après 22 heures pour prévenir les vols. Une ventilation insuffisante et des allées obstruées ont empêché toute évacuation. Les survivants ont décrit des scènes de panique, une épaisse fumée noire et des tentatives désespérées pour forcer les portes.

Des documents consultés par Reuters ont révélé que le Gul Plaza enfreignait les normes de construction depuis plus de dix ans. Une évaluation réalisée deux ans auparavant avait qualifié la situation de critique. Les équipes de recherche et de sauvetage urbain de Karachi ont constaté des défaillances dans plusieurs domaines de la sécurité incendie fin 2023 et début 2024. La direction a systématiquement ignoré ces avertissements. Les pompiers sont arrivés en retard et, selon des témoins, le premier camion de pompiers s'est rapidement retrouvé à court d'eau. Les autorités ont démenti cette version des faits, mais n'ont pas pu expliquer pourquoi il a fallu plus de 24 heures pour maîtriser l'incendie.

Ces deux tragédies illustrent un phénomène mondial : la pression exercée pour minimiser les coûts sur les marchés libéralisés se heurte aux exigences de sécurité et de maintenance. En Espagne, la concurrence entre les prestataires privés et publics a peut-être permis de réaliser des économies sur les investissements dans les infrastructures. Au Pakistan, le sous-financement chronique des organismes publics de réglementation empêche l'application des normes existantes. Il en résulte des catastrophes évitables dont le bilan humain dépasse largement les gains économiques de la déréglementation.

Crise climatique en termes concrets : les inondations catastrophiques en Afrique du Sud et le coût de l’inaction

Pendant que les élites diplomatiques débattaient des objectifs de développement durable à Davos, des centaines de milliers de personnes en Afrique australe luttaient pour leur survie. Des pluies torrentielles, s'abattant sur le Mozambique, l'Afrique du Sud et le Zimbabwe depuis la mi-décembre, avaient plongé le pays dans l'état d'urgence. Le 23 janvier, on dénombrait plus de 150 morts et environ 600 000 personnes directement touchées, principalement dans la province de Gaza au Mozambique. En Afrique du Sud, le président Cyril Ramaphosa a décrété l'état d'urgence national le 18 janvier, après que les provinces du Limpopo et du Mpumalanga eurent enregistré près de 400 millimètres de pluie en une semaine.

Les causes météorologiques étaient évidentes : une dépression tropicale dans le canal du Mozambique s’est intensifiée en raison de températures anormalement élevées à la surface de la mer, tandis que des pluies sans précédent à l’intérieur des terres ont provoqué le débordement des rivières. L’effet combiné a submergé toutes les infrastructures. Au Mozambique, des quartiers entiers de Xai-Xai ont été inondés. Une femme a dû accoucher sur un toit alors que les eaux engloutissaient sa maison. Au Zimbabwe et en Afrique du Sud, les barrages ont dû ouvrir leurs vannes, déclenchant de nouvelles crues en aval.

Les conséquences humanitaires ont été dévastatrices. Plus de 1 000 maisons ont été détruites dans la province du Limpopo ; le gouverneur Phophi Ramathuba a évoqué des bâtiments littéralement emportés par les eaux. Au Zimbabwe, l’agence nationale de gestion des catastrophes a fait état de 70 décès depuis le début de l’année, de plus de 1 000 maisons détruites et d’écoles, de routes et de ponts endommagés. Pour le Mozambique, où 70 % de la population vit d’une agriculture de subsistance, la catastrophe est survenue au pire moment. Les inondations de janvier ont détruit les récoltes de maïs et de riz à quelques semaines seulement de la moisson. Une famine menace.

Le président Daniel Chapo a annulé sa participation au Forum économique mondial afin de coordonner la réponse à la crise. Les forces de défense sud-africaines ont déployé des équipes de recherche et de sauvetage, notamment des hélicoptères, au Mozambique. Malgré cela, l'aide internationale est restée insuffisante. La Banque mondiale avait classé le Mozambique parmi les dix pays les plus vulnérables au changement climatique en 2024, or le financement de l'adaptation est demeuré marginal. Les 100 milliards de dollars d'aide climatique annuels promis par les pays riches aux pays en développement n'ont jamais été intégralement mobilisés.

Les coûts économiques dépassent largement les dégâts directs. Des infrastructures construites pendant des décennies sont en ruines. La principale voie de transport reliant Maputo au reste du Mozambique est partiellement détruite. Les chaînes d'approvisionnement sont perturbées. Des épidémies de choléra dues à l'eau contaminée ont déjà fait des dizaines de morts. La reconstruction coûtera des milliards, des ressources dont ces pays ne disposent pas. L'Afrique australe vit en direct ce que les modèles climatiques prévoient depuis des années : la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes dépasse les capacités d'adaptation des régions les plus pauvres et provoque des crises humanitaires qui engendrent des migrations et aggravent l'instabilité régionale.

Autosuffisance technologique ou retour au nucléaire ? Le dilemme énergétique du Japon

Le 21 janvier en fin de soirée, à 19h02, l'exploitant Tokyo Electric Power Company Holdings (TEPCO) a redémarré le réacteur n° 6 de la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa. Il s'agissait de la première remise en service d'un réacteur de TEPCO depuis la catastrophe de Fukushima en mars 2011, qui avait fait plus de 18 000 victimes et ébranlé la confiance internationale dans l'énergie nucléaire. Avec une capacité totale de 8,2 gigawatts, Kashiwazaki-Kariwa est la plus grande centrale nucléaire au monde. Une fois ses sept réacteurs de nouveau opérationnels, la centrale pourrait alimenter des millions de foyers et améliorer la marge de réserve du réseau électrique japonais d'environ deux points de pourcentage.

La décision de relancer l'énergie nucléaire n'était pas motivée par une prétention technologique, mais par une nécessité impérieuse en matière de politique énergétique. Le Japon importait la quasi-totalité de ses combustibles fossiles et payait des sommes record pour le gaz naturel liquéfié, le charbon et le pétrole en 2025. La balance commerciale de l'énergie affichait un déficit de plus de 80 milliards de dollars. Parallèlement, le gouvernement s'était engagé à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 46 % d'ici 2030 par rapport à 2013. Les énergies renouvelables étaient en développement, mais en 2025, elles ne couvraient qu'environ 25 % de la demande en électricité. Seul le nucléaire pouvait permettre de concilier les objectifs climatiques et la sécurité d'approvisionnement.

La Première ministre Sanae Takaichi, en fonction depuis octobre 2026 et première femme à diriger un gouvernement au Japon, soutient activement la construction de nouveaux réacteurs. Son gouvernement prévoit de les financer partiellement grâce à une initiative novatrice de financement public. Mme Takaichi affirme que la sécurité énergétique est une question de sécurité nationale, notamment compte tenu des tensions géopolitiques avec la Chine et la Corée du Nord. Le président américain Trump a exhorté le Japon à augmenter ses dépenses de défense, ce qui exerce une pression budgétaire supplémentaire. Un approvisionnement énergétique coûteux fragilise les fondements économiques du réarmement.

Mais la remise en service a été loin d'être sans heurts. Initialement prévue pour le 20 janvier, la redémarrage a dû être reporté d'un jour suite à une défaillance du système d'alarme lors des procédures de démarrage. Cet incident a mis en évidence les difficultés techniques persistantes après 15 ans d'inactivité. Par ailleurs, l'énergie nucléaire se heurte à une forte opposition publique. Une pétition contre la remise en service a recueilli 40 000 signatures, invoquant le risque sismique dans la région de Niigata. La centrale de Kashiwazaki-Kariwa est située dans une zone à risque sismique. Le souvenir de Fukushima reste vif, même si TEPCO assure avoir mis en œuvre des améliorations complètes en matière de sécurité.

La dimension mondiale du dilemme japonais est considérable. Troisième puissance économique mondiale, le Japon, par sa politique énergétique, influence les marchés internationaux. Un recours accru au nucléaire pourrait réduire la demande de gaz naturel liquéfié et faire baisser les prix, au bénéfice des consommateurs européens. À l'inverse, le Japon importe massivement du charbon d'Australie et d'Indonésie. Réduire ces importations aurait des répercussions sur ces marchés. À long terme, la décision du Japon montre que même les démocraties les plus développées, fortement sensibles aux enjeux environnementaux, peinent à remplacer rapidement les énergies fossiles sans recourir au nucléaire. La transition énergétique mondiale se heurte à des obstacles structurels que les seuls débats idéologiques ne sauraient résoudre.

 

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La fin des règles : cinq crises qui révèlent l’effondrement de l’ancien ordre mondial

L’escalade militaire comme norme : le Venezuela, l’Iran et la nouvelle doctrine d’intervention

Le premier acte de politique étrangère de la seconde administration Trump ne fut pas une initiative diplomatique, mais une frappe militaire en violation du droit international. Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, les forces américaines lancèrent l'opération Absolute Resolve contre le Venezuela. Des avions de chasse et des bombardiers neutralisèrent les systèmes de défense aérienne, tandis que des unités de la Delta Force, utilisant des hélicoptères du 160e régiment d'aviation des opérations spéciales, envahirent Caracas et enlevèrent le président Nicolás Maduro et son épouse, Cilia Flores, de leur résidence du fort Tiuna. Plus de 80 personnes périrent dans ces attaques, dont 23 militaires vénézuéliens. Maduro fut transféré à New York et inculpé devant un tribunal fédéral pour trafic de drogue et terrorisme.

Trump a justifié l'attaque comme une mesure de maintien de l'ordre appuyée par l'armée, pour laquelle le président disposait d'une autorité constitutionnelle inhérente. Cette interprétation ignore les principes fondamentaux du droit international. La Charte des Nations Unies interdit le recours à la force contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique d'un État, sauf en cas de légitime défense ou avec l'autorisation du Conseil de sécurité. Or, aucun de ces cas n'était applicable. Le Congrès n'a pas été informé au préalable, pour des raisons de sécurité. Des critiques, notamment le Bureau de Washington pour l'Amérique latine, ont qualifié l'intervention de violation du droit international, sans fondement juridique de légitime défense.

L'opération a envoyé un signal sans équivoque : les États-Unis sont prêts à recourir unilatéralement à la force militaire pour atteindre des objectifs de politique intérieure, sans égard pour les normes diplomatiques. Le sénateur Lindsey Graham a tweeté après l'opération que s'il était le dirigeant iranien, il irait prier à la mosquée. L'implication était claire. Trump avait déjà menacé, le 2 janvier, d'une intervention américaine si l'Iran réprimait violemment des manifestants pacifiques. Le 4 janvier, il a averti que l'Iran serait durement touché si les forces de sécurité continuaient de tuer des manifestants.

Les manifestations en Iran, déclenchées par la flambée des prix et la chute historique de la monnaie, se poursuivent depuis fin décembre 2025. L'organisation américaine Iran Human Rights a recensé 2 435 morts parmi les manifestants et 153 parmi les responsables gouvernementaux. Le 14 janvier, les États-Unis ont imposé des sanctions à cinq responsables iraniens, dont le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, accusé d'avoir orchestré la répression. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a averti dans un message vidéo que les États-Unis savaient que les dirigeants iraniens transféraient frénétiquement des fonds volés vers des banques du monde entier, tels des rats fuyant un navire en train de couler. Ils seraient poursuivis en justice.

La mobilisation simultanée du porte-avions USS Abraham Lincoln et de navires d'escorte vers le Moyen-Orient a souligné la dimension militaire de la situation. Trump a clairement indiqué que toutes les options étaient envisagées. La rhétorique et le déploiement de troupes laissaient entrevoir la possibilité d'un scénario similaire à celui du Venezuela pour l'Iran. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a accusé Trump d'inciter des terroristes à attaquer des manifestants et les forces de sécurité, et a accusé Washington de provoquer une intervention étrangère.

La nouvelle doctrine d'intervention repose sur trois piliers : premièrement, l'absence de consultation préalable avec le Congrès ou les alliés ; deuxièmement, le recours à des pouvoirs présidentiels inhérents définis de manière vague ; troisièmement, une communication privilégiée par les réseaux sociaux, au détriment des voies diplomatiques. Cette méthodologie sape systématiquement les institutions multilatérales et les processus établis de désescalade des crises. Les conséquences pour la stabilité internationale sont considérables. Si la première puissance militaire mondiale intervient unilatéralement, quelle norme empêche les autres États d'en faire autant ? L'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022 a été condamnée par la communauté internationale. Une éventuelle action militaire de la Chine contre Taïwan susciterait des réactions similaires. Pourtant, l'opération américaine au Venezuela a démontré que même les démocraties établies sont prêtes à bafouer le droit international lorsque cela sert leurs intérêts politiques.

Consolidation autoritaire et déclin démocratique : des élections sans choix

Des élections législatives, nominalement démocratiques mais en réalité consolidant le pouvoir autoritaire, se sont déroulées sur trois continents durant la troisième semaine de janvier. Au Myanmar, la junte militaire a tenu le second tour de ses élections échelonnées le 11 janvier. Le Parti de l'union, de la solidarité et du développement, largement considéré comme le front civil de l'armée, a remporté 86 des 100 sièges disponibles. La Ligue nationale pour la démocratie d'Aung San Suu Kyi, qui avait remporté une victoire écrasante en 2020, a été dissoute pour avoir refusé de s'inscrire aux élections militaires. De nombreux autres partis anti-junte ont subi le même sort.

Le taux de participation annoncé de 52 % pour le premier tour, le 28 décembre, était sujet à caution. L'accès aux bureaux de vote a été refusé aux observateurs indépendants. Des groupes d'opposition armés ont attaqué des bureaux de vote et des bâtiments gouvernementaux dans plusieurs districts. Environ 65 des 330 communes ont été exclues du scrutin, l'armée n'y exerçant aucun contrôle. Richard Horsey, du Crisis Group, a déclaré que l'USDP se dirigeait vers une victoire écrasante, ce qui n'avait rien de surprenant compte tenu de ses atouts considérables, notamment l'élimination de ses principaux concurrents et l'adoption d'une législation restrictive en matière de vote.

La junte a affirmé que l'élection bénéficiait du soutien populaire et se déroulait sans contrainte. Le porte-parole militaire, Zaw Min Tun, a déclaré qu'il s'agissait d'une victoire non seulement pour le gouvernement, mais aussi pour le peuple, une étape importante pour ceux qui aspirent à la démocratie et à la paix. Cette rhétorique contrastait fortement avec la réalité d'un pays déchiré par la violence depuis le coup d'État de février 2021. Plus de 3,6 millions de personnes ont été déplacées et des milliers ont été tuées. Suu Kyi est emprisonnée. L'armée promet de convoquer un parlement en mars, après le second tour des élections le 25 janvier, et de former un nouveau gouvernement en avril. Mais personne en dehors du Myanmar ne reconnaît la légitimité de cette mascarade.

Des élections législatives et municipales se sont également tenues au Bénin le 11 janvier, un mois après qu'une tentative de coup d'État a été déjouée par les forces de sécurité. La coalition du président Patrice Talon, composée de l'Union progressiste Renouveau et du Bloc républicain, a remporté les 109 sièges de l'Assemblée nationale. Le parti d'opposition Démocrates a recueilli 16,14 % des suffrages, mais n'a pas franchi le seuil des 20 % dans les 24 circonscriptions. De ce fait, l'opposition a été totalement exclue du Parlement. Le taux de participation, à seulement 36,73 %, a été faible, témoignant d'une apathie ou d'une frustration généralisée.

Talon, au pouvoir depuis 2016, avait progressivement modifié le système électoral à son avantage. Le relèvement du seuil électoral à 20 % pour les partis hors coalition s'est avéré un obstacle quasi insurmontable. Les observateurs ont dénoncé une consolidation du pouvoir autoritaire sous couvert de procédures démocratiques. Le président de la Commission électorale, Sacca Lafia, a assuré au public que toutes les mesures nécessaires avaient été prises pour garantir un processus électoral libre, transparent et sûr. Aucune ambition politique, a-t-il affirmé, ne pouvait justifier la violence ni menacer l'unité nationale. Mais la réalité était celle d'une élection sans véritable choix.

Ces schémas se sont répétés à des degrés divers dans le monde entier. Même dans les démocraties les plus établies, des signes d'érosion étaient manifestes. La Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, a dissous la Chambre basse du Parlement le 23 janvier, trois mois seulement après son entrée en fonction, afin de convoquer des élections anticipées le 8 février. Forte d'une cote de popularité avoisinant les 70 %, elle espérait regagner la majorité pour son Parti libéral-démocrate. Mais cette décision a retardé l'adoption d'un budget pourtant indispensable pour remédier aux difficultés économiques. Les partis d'opposition l'ont accusée de privilégier sa popularité personnelle au détriment des intérêts nationaux.

Batailles juridiques et limites du quatrième pouvoir

Le 20 janvier, un procès s'est ouvert devant la Haute Cour de Londres, dont les enjeux dépassent largement le cadre des griefs personnels des plaignants. Le prince Harry, duc de Sussex, ainsi que six autres personnalités, dont Elton John et son époux David Furnish, et Liz Hurley, poursuivent l'éditeur Associated Newspapers pour collecte illégale et systématique d'informations pendant vingt ans. Les accusations portent notamment sur les écoutes téléphoniques illégales, le recours à des détectives privés à des fins de surveillance et l'intrusion dans les communications numériques afin de produire des articles sensationnalistes pour le Daily Mail et le Mail on Sunday.

Les plaignants soutiennent qu'il y a eu un recours clair, systématique et persistant à la collecte illégale d'informations, approuvée ou autorisée par la direction éditoriale. Dans leurs conclusions écrites, leurs avocats ont allégué que plusieurs journalistes de haut rang étaient impliqués dans la commande ou la complicité de pratiques illégales ayant eu des conséquences désastreuses pour de nombreuses personnes. Associated Newspapers réfute catégoriquement toutes les allégations. L'avocat Anthony White a déclaré que les journalistes avaient fourni des comptes rendus détaillés de leurs sources. Les célébrités avaient des contacts peu fiables et aucun élément de preuve ne permettait d'établir un comportement répréhensible systématique.

Il s'agit du troisième procès majeur intenté par Harry contre des éditeurs de tabloïds britanniques. En décembre 2023, il a remporté 15 procès contre Mirror Group Newspapers pour collecte illégale d'informations et s'est vu attribuer environ 280 000 dollars de dommages et intérêts. En janvier 2025, News Group Newspapers, éditeur du Sun, a conclu un accord à l'amiable moyennant une indemnisation substantielle et des excuses à Harry, reconnaissant pour la première fois des fautes professionnelles au sein du Sun. Cependant, l'affaire actuelle contre le Daily Mail est plus complexe, car le journal n'a jamais fait l'objet d'une enquête policière et aucun journaliste n'a reconnu sa culpabilité.

Les critiques reprochent à Harry de s'accrocher à des chimères. Dans l'affaire Mirror, le juge a statué en 2025 que des preuves générales concernant le recours aux mêmes détectives privés par différentes publications étaient insuffisantes pour prouver une malversation au sein d'un autre journal. White a soutenu que les plaignants s'accrochaient à des chimères et tentaient d'établir des liens sans fondement analytique. Néanmoins, l'affaire a été admise car le tribunal a constaté l'apparition de nouveaux éléments de preuve et le fait que les plaignants ignoraient, à l'époque des faits, comment les informations étaient obtenues clandestinement.

Le procès durera plus de deux mois et Harry devrait témoigner le 21 janvier. L'attention médiatique est considérable, notamment parce qu'il a rompu avec la longue tradition royale du « ne jamais se plaindre, ne jamais s'expliquer ». Sa décision de comparaître en personne fait de lui le premier membre de la famille royale depuis plus d'un siècle à témoigner dans une telle affaire. L'enjeu est de taille pour la presse britannique. Si Harry obtient gain de cause, cela pourrait entraîner d'autres poursuites et remettre en cause le modèle économique de la presse à sensation.

L'enjeu plus large réside dans la question de savoir si les sociétés démocratiques disposent de mécanismes efficaces pour sanctionner les abus de pouvoir des puissants groupes de presse. Pendant des décennies, les tabloïds britanniques ont agi en toute impunité, protégés par leurs liens politiques et la menace de révélations négatives. Ce n'est qu'après le scandale des écoutes téléphoniques du News of the World en 2011, qui a entraîné la fermeture du journal, que des poursuites ont été engagées. Mais les réformes structurelles sont restées marginales. La commission Leveson a recommandé une régulation indépendante de la presse, qui n'a jamais été pleinement mise en œuvre. Les actions en justice intentées par Harry visent à imposer, par la voie civile, ce qui était politiquement irréalisable. Le succès ou l'échec de cette stratégie aura des conséquences considérables sur la responsabilité du quatrième pouvoir.

Technologie, contrôle et fragmentation de l'espace informationnel

Au-delà des événements visibles, un phénomène moins apparent, mais non moins significatif, s'est produit cette semaine : la fragmentation croissante de l'espace informationnel mondial. Tandis que les démocraties occidentales débattaient de la désinformation et de la polarisation, les régimes autoritaires ont démontré l'efficacité du contrôle numérique. Le gouvernement iranien a imposé une coupure quasi totale d'Internet le 10 janvier afin d'empêcher la coordination des manifestations. Les services de messagerie, les réseaux sociaux et même les réseaux privés virtuels (VPN) ont été largement bloqués. La Nouvelle-Zélande a temporairement fermé son ambassade à Téhéran et rapatrié ses diplomates à Ankara, invoquant la dégradation de la situation sécuritaire et la coupure d'Internet.

La Chine a encore perfectionné son système de censure. Lors de la publication de données économiques décevantes, les commentaires critiques sur Weibo et WeChat ont été supprimés en quelques minutes. Des algorithmes ont identifié des mots-clés tels que récession, chômage et crise du logement et ont bloqué préventivement les publications. Les utilisateurs qui tentaient d'utiliser un VPN s'exposaient à des sanctions. Le Parti communiste contrôle totalement le discours. Les médias officiels ont insisté sur le fait que l'économie avait atteint une croissance de 5 % et maintenait une tendance stable et positive. Aucune interprétation alternative n'était possible dans la sphère numérique.

Dans les pays démocratiques, la situation était plus nuancée. La plateforme X d'Elon Musk, anciennement Twitter, a joué un rôle central dans la diffusion des messages de Trump. La crise du Groenland s'est déroulée principalement via TruthSocial et X, et non par la voie diplomatique. Ce basculement de la politique étrangère vers les réseaux sociaux fragilise les mécanismes établis de désescalade des crises. Les diplomates ne peuvent plus compter sur des négociations discrètes lorsque le président américain publie ses exigences de manière publique et irrévocable sur les réseaux sociaux. Tout revirement est perçu comme un signe de faiblesse, rendant les compromis plus difficiles.

Dans le même temps, l'audience des médias traditionnels continue de diminuer. Les jeunes générations s'informent principalement via TikTok, Instagram et YouTube. La qualité de l'information est variable. Les algorithmes privilégient l'engagement à l'exactitude, ce qui favorise la diffusion de contenus sensationnalistes et de désinformation. La fragmentation du paysage informationnel fait que différents groupes de population vivent dans des réalités parallèles, avec des compréhensions des faits fondamentalement différentes. Cela entrave considérablement le débat démocratique et la construction d'un consensus politique.

Changement structurel dans un ordre fragmenté

Les événements du 19 au 23 janvier 2026 n'étaient pas des incidents isolés, mais plutôt les symptômes de mutations structurelles plus profondes. L'ordre international libéral, établi après la Seconde Guerre mondiale et mondialisé après la Guerre froide, s'érode visiblement. La coopération fondée sur des règles cède la place à une politique de puissance transactionnelle. Les institutions multilatérales telles que l'ONU, l'OMC et la Cour pénale internationale perdent en légitimité et en efficacité.

L'accord UE-Mercosur symbolisait une tentative d'asseoir une influence géopolitique par l'intégration économique. Mais le chantage exercé simultanément par les États-Unis sur le Groenland a démontré que même des alliés proches peuvent recourir à des armes économiques lorsque cela sert leurs intérêts. Les données économiques chinoises ont révélé les limites des modèles de croissance autoritaires qui reposent sur les exportations et l'intervention de l'État, tandis que la consommation intérieure stagne. La catastrophe climatique en Afrique australe a mis en lumière l'incapacité de la communauté internationale à fournir des financements climatiques et à renforcer les capacités d'adaptation, malgré des décennies de besoins reconnus.

Les catastrophes d'infrastructures en Espagne et au Pakistan ont mis en évidence comment les pressions sur les coûts et la déréglementation compromettent les normes de sécurité. La remise en service du nucléaire japonais a illustré le dilemme consistant à concilier objectifs climatiques, sécurité énergétique et risques nucléaires. Les interventions militaires au Venezuela et l'escalade imminente contre l'Iran ont marqué un retour au recours unilatéral à la force. La mascarade électorale au Myanmar et au Bénin, ainsi que les batailles juridiques du prince Harry contre les conglomérats médiatiques, ont illustré l'affaiblissement de l'État de droit et des mécanismes démocratiques.

Ces évolutions ne coïncident pas par hasard. Elles résultent de facteurs systémiques : la compétition géopolitique croissante entre les États-Unis, la Chine et les puissances régionales ; l’érosion des normes multilatérales ; l’accroissement des inégalités économiques au sein des États et entre eux ; l’augmentation des coûts liés au changement climatique ; et la fragmentation de l’espace informationnel mondial. Chaque événement pris individuellement peut s’expliquer, mais ensemble, ils dressent le portrait d’un ordre mondial en pleine mutation, dont l’issue reste incertaine.

Pour les décideurs politiques, économiques et de la société civile, cela signifie que les stratégies fondées sur la stabilité et la prévisibilité deviennent de plus en plus obsolètes. La gestion des risques doit partir du principe que les chocs seront plus fréquents et plus graves. Les chaînes d'approvisionnement doivent être renforcées, même si cela engendre des coûts plus élevés. Les systèmes énergétiques nécessitent diversification et redondance. La coopération internationale doit s'appuyer sur des formats plus souples, fondés sur des groupes restreints, lorsque les institutions multilatérales sont bloquées.

 

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