Quand l’État taxe la famille : la fin de l’imposition conjointe pour les couples mariés et la suppression de la coassurance gratuite
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Publié le : 3 avril 2026 / Mis à jour le : 3 avril 2026 – Auteur : Konrad Wolfenstein

Quand l'État taxe la famille : la fin de l'imposition conjointe pour les couples mariés et la suppression de la coassurance gratuite – Image : Xpert.Digital
Jusqu'à 1 000 € de perte par mois : c'est l'impact que la réforme fiscale prévue aura sur les familles – le désir d'avoir des enfants est mis à rude épreuve
### Double choc pour les couples mariés : le véritable coût de la fin de l’imposition conjointe et de la coassurance ### Fin de la coassurance gratuite ? Pourquoi des millions de couples mariés devront bientôt faire face à de nouveaux coûts ### SPD prévoit la suppression : qui paiera bientôt beaucoup plus avec l’imposition conjointe – et qui en sera épargné ? ###
Le modèle familial remis en question : pourquoi l’État veut prélever des impôts auprès des seuls soutiens de famille
Le débat sur la fiscalité et la charge financière pesant sur les familles en Allemagne atteint un nouveau point culminant. Deux piliers du soutien public aux familles sont remis en question : le Parti social-démocrate (SPD) milite pour la suppression du fractionnement des revenus pour les jeunes mariés, tout en envisageant la fin de la prise en charge des conjoints par l’assurance maladie obligatoire. Les partisans de ces mesures les présentent comme une modernisation attendue depuis longtemps, destinée à libérer les femmes du piège du travail à temps partiel et à pallier la grave pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Mais pour des millions de ménages, il s’agit d’une question de survie. La combinaison de ces deux réformes pourrait se traduire par des pertes mensuelles nettes de plusieurs centaines d’euros pour de nombreux couples mariés, notamment ceux qui vivent dans le modèle traditionnel du conjoint unique. Cette initiative est-elle une étape nécessaire vers une plus grande équité sur le marché du travail, ou s’agit-il simplement d’une augmentation d’impôts déguisée de plusieurs milliards d’euros aux dépens de la classe moyenne ? Analyse approfondie des projets, des chiffres précis et des conséquences sociales majeures.
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La politique fiscale comme politique sociale — ou : Qui paie le prix du programme de réformes du SPD ?
Les projets de réforme n'affectent pas tous les couples mariés de la même manière. Les mariages existants seront totalement épargnés, car le SPD prévoit explicitement des droits acquis concernant le fractionnement du revenu pour ces couples. Les couples mariés à double revenu avec des revenus presque égaux ne seront pas non plus affectés, car leur avantage lié au fractionnement du revenu est déjà minime, voire inexistant. Des exceptions à la gratuité de la coassurance s'appliqueront aux ménages avec des enfants de moins de six ans et aux couples prenant soin de proches. Les couples mariés à double revenu avec des revenus égaux pourraient même être favorisés, car une réforme les égaliserait structurellement sur le plan fiscal par rapport aux couples mariés à revenu unique. Selon l'étude Rockwool, les familles nombreuses en bénéficieraient, à condition que les fonds dégagés soient systématiquement réaffectés à l'augmentation des allocations familiales, à la création de places de garde d'enfants plus abordables et à l'augmentation des indemnités de congé parental. Les couples qui en bénéficieraient le plus sont ceux qui travaillent déjà tous deux à temps plein et dont les revenus sont comparables – précisément ceux qui utilisent très peu le fractionnement du revenu aujourd'hui.
C’est précisément là la contradiction la plus explosive socialement dans tout le débat sur la réforme. Le fractionnement du revenu ne profite pas aux plus hauts revenus, mais plutôt aux ménages à revenus moyens où l’un des conjoints travaille à temps partiel ou pas du tout en raison de la garde d’enfants, de soins aux personnes âgées ou tout simplement d’un manque de structures d’accueil. Ces couples – par exemple, une infirmière à temps partiel et un chauffeur routier à temps plein, ou une mère exerçant un emploi à temps partiel et un artisan comme seul soutien de famille – sont les plus durement touchés par le double effet de la suppression du fractionnement du revenu et de l’abattement fiscal, même s’ils ne font en aucun cas partie des classes aisées. Les plus hauts revenus, en revanche, disposent de réserves financières bien plus importantes pour absorber cette perte et peuvent atténuer les désavantages fiscaux grâce à d’autres stratégies. La réforme pénalise donc de manière disproportionnée précisément ces ménages à faibles revenus, monoparentaux et à temps partiel qui ne peuvent pas se permettre des services de garde d’enfants coûteux et qui sont donc structurellement dépendants d’une division asymétrique du travail – un résultat qui contredit directement l’engagement social du SPD.
Un privilège fiscal avec une longue histoire
L'imposition conjointe des couples mariés fait partie du droit fiscal allemand depuis 1958. Son introduction n'était pas une décision politique, mais la conséquence directe d'un arrêt de la Cour constitutionnelle fédérale du 21 février 1957, qui déclarait inconstitutionnelle l'imposition conjointe alors en vigueur sans fractionnement. La Cour avait estimé que la charge fiscale supplémentaire pesant sur les couples mariés, dont les deux membres étaient salariés, violait le principe d'égalité de traitement et la protection du mariage et de la famille garantis par la Loi fondamentale. Le législateur a par la suite créé la procédure de fractionnement comme instrument constitutionnel d'imposition conjointe.
Le fonctionnement technique de l'imposition conjointe pour les couples mariés est clair, mais ses effets distributifs sont complexes : les deux revenus sont additionnés, la somme est divisée par deux, le taux d'imposition est appliqué à chaque moitié, et l'impôt dû est ainsi doublé. Grâce à cette méthode, les couples bénéficient considérablement du système d'imposition progressive lorsque leurs revenus sont sensiblement différents. Plus l'écart de revenus est important et plus les revenus absolus sont élevés, plus l'avantage fiscal est grand. L'imposition conjointe devient donc un instrument de redistribution fiscale en faveur des couples mariés aux revenus disparates – et c'est précisément son objectif et sa justification au sein du système fiscal allemand.
Comment fonctionne le partage des bénéfices — et qui en profite
Pour comprendre les conséquences concrètes de la suppression prévue du partage des revenus, il est essentiel de savoir quels ménages en bénéficient et dans quelle mesure. Le partage des revenus est particulièrement avantageux lorsqu'un des conjoints n'a aucun revenu ou un revenu très faible. Pour un couple marié dont le conjoint seul perçoit un revenu annuel de 100 000 €, le gain lié au partage des revenus s'élève à plusieurs milliers d'euros par an. Plus le revenu total augmente et plus l'écart de revenus se creuse, plus ce gain est important : pour les personnes aux revenus les plus élevés, dont le seul soutien de famille perçoit 560 000 €, le gain net annuel lié au partage des revenus peut atteindre environ 21 000 €.
Pour les couples mariés à double revenu présentant des revenus différents, les montants sont moindres, mais restent significatifs. Pour un couple dont les revenus annuels s'élèvent à 50 000 € et 25 000 €, l'avantage net mensuel est d'environ 45 € (540 € par an). Avec une différence de revenus de 70 000 € et 25 000 €, il atteint déjà 146 € par mois, soit 1 752 € par an. Si l'un des conjoints gagne 100 000 € et l'autre 25 000 €, l'avantage lié au partage des revenus s'élève à 275 € par mois, soit 3 298 € par an. L'impact fiscal du partage des revenus est donc loin d'être négligeable, même pour les ménages à revenus moyens présentant des écarts structurels de revenus, par exemple en raison d'un travail à temps partiel après un congé parental.
Initiative politique du SPD — contexte et calendrier
Au printemps 2024, Lars Klingbeil, chef du SPD et ministre fédéral des Finances, a de nouveau annoncé publiquement le projet de réforme de l'impôt sur le revenu du parti. Dans le cadre de cette réforme, il souhaite abolir le système actuel de partage des revenus pour les mariages contractés ultérieurement. Le groupe parlementaire du SPD a insisté sur le fait que les mariages existants devaient être protégés ; le partage des revenus ne serait donc supprimé que pour les nouveaux mariages. Wiebke Esdar, vice-présidente du groupe parlementaire du SPD, a plaidé pour une mise en œuvre de la réforme d'ici l'été 2026.
Le SPD justifie principalement son opposition par des arguments liés à la politique du marché du travail : selon lui, le fractionnement du revenu crée des incitations perverses, enferme les femmes dans des emplois à temps partiel et renforce des rôles de genre obsolètes. Les experts du marché du travail affirment qu’une réforme pourrait créer des dizaines de milliers d’emplois à temps plein. De fait, l’Institut allemand de recherche économique (DIW), mandaté par la Fondation Bertelsmann, a déterminé qu’une réforme de l’imposition conjointe des couples mariés pourrait créer jusqu’à 175 000 emplois supplémentaires à temps plein pour les femmes de 45 ans et plus. Cependant, la proposition est controversée en politique intérieure : l’Union chrétienne-sociale (CSU) la rejette catégoriquement. Markus Söder l’a qualifiée d’augmentation d’impôt déguisée et d’affront aux membres les plus performants de la classe moyenne. Certains membres de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), dont la ministre fédérale chargée des Femmes, Karin Prien, se sont montrés ouverts à la réforme.
Le deuxième front de la réforme : la fin de la coassurance gratuite
Parallèlement au débat sur le partage des revenus, le gouvernement allemand envisage de supprimer la prise en charge conjointe des conjoints au titre de l'assurance maladie obligatoire et de l'assurance dépendance. Actuellement, les conjoints sans emploi ou exerçant une activité précaire sont couverts par l'assurance maladie obligatoire sans avoir à cotiser – un dispositif considéré comme un pilier du système de sécurité sociale allemand depuis des décennies. Selon le quotidien Handelsblatt, citant des sources proches de la coalition, le gouvernement prévoit de mettre fin à ce mécanisme et d'instaurer une cotisation minimale d'environ 225 € par mois, répartie en 200 € pour l'assurance maladie et 25 € pour l'assurance dépendance.
Selon l'assurance maladie obligatoire allemande (GKV), cette réforme concernerait environ 2,46 à 3 millions de conjoints et partenaires adultes. Seuls les foyers avec enfants de moins de six ans ou personnes à charge nécessitant des soins seraient exemptés. Une cotisation mensuelle de 225 € pour ces quelque 2,46 millions de personnes générerait théoriquement 6,64 milliards d'euros de recettes supplémentaires par an. L'Association allemande des familles a déjà alerté sur le fardeau financier considérable que cela représenterait pour des millions de familles. Au moment de la rédaction de ce rapport, aucune décision politique définitive n'avait encore été prise, dans l'attente du rapport d'une commission d'experts nommée par la ministre de la Santé, Nina Warken (CDU).
Les chiffres concrets : ce que les couples mariés perdent réellement
La combinaison de la suppression du fractionnement des revenus pour les couples mariés et de l'introduction de l'allocation d'assurance entraîne des pertes nettes mensuelles importantes pour différents types de ménages, dont l'impact global a rarement été clairement communiqué.
Pour les couples mariés à double revenu – c’est-à-dire les ménages où les deux conjoints travaillent régulièrement et où aucun n’a besoin de coassurance – les pertes résultent uniquement de la suppression de l’avantage lié au partage des revenus. Avec un écart de revenus de 70 000 € à 25 000 €, cela représente une perte nette de 146 € par mois, soit 1 752 € par an. Pour un couple dont le revenu est de 100 000 € à 25 000 €, la perte nette annuelle s’élève à 3 298 €. Ces montants peuvent paraître gérables de prime abord, mais il convient de les considérer au regard du fait que, selon les données de l’OCDE, l’Allemagne figure déjà parmi les pays où la pression fiscale et sociale est la deuxième plus élevée au monde.
L'impact est considérablement plus important pour les couples mariés dont le conjoint seul perçoit un revenu, ou pour les ménages où l'un des conjoints a un emploi principal et l'autre un emploi secondaire, et où ce dernier bénéficiait auparavant d'une assurance individuelle gratuite. Dans ces cas, les pertes liées aux deux réformes se cumulent. Sur la base d'une prime d'assurance mensuelle de 225 € et d'un taux d'imposition moyen de 25 %, l'introduction de l'abattement forfaitaire pour l'assurance entraîne à elle seule une perte nette d'environ 2 000 € par an. Conjuguée à la suppression de l'avantage lié au fractionnement de l'assurance, cette mesure conduit aux pertes totales suivantes pour ces ménages : un couple marié dont le conjoint seul perçoit un revenu de 50 000 € subira une perte nette de 571 € par mois, soit 6 848 € par an. À 70 000 €, la perte est de 744 € par mois, soit 8 924 € par an, et à 100 000 €, la perte nette annuelle s'élève à 981 € par mois, soit 11 768 € par an. Les ménages les plus touchés sont ceux aux revenus les plus élevés : avec un revenu de 560 000 euros, la perte nette due à la seule suppression du fractionnement du revenu peut atteindre environ 21 000 euros par an, soit 1 750 euros par mois.
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Faut-il abolir l'imposition conjointe des couples mariés ? Comment le piège du travail à temps partiel paralyse les femmes et le marché du travail
Impact structurel : Le piège du travail à temps partiel et ses causes
La véritable critique économique et sociopolitique de l'imposition conjointe des couples mariés est plus subtile que le débat sur les montants en euros. L'argument principal des partisans de la réforme est que le système contribue structurellement à maintenir les femmes mariées au chômage partiel ou au chômage, car le taux marginal d'imposition sur leurs revenus propres est artificiellement majoré par le régime d'imposition conjointe. Si le conjoint qui perçoit un revenu est déjà imposé dans une tranche supérieure, ses revenus supplémentaires sont imposés à un taux marginal proportionnellement plus élevé, ce qui réduit de fait l'incitation à travailler davantage.
Une étude du DIW (Institut allemand de recherche économique), commandée par la Fondation Bertelsmann, a confirmé empiriquement ce phénomène : près de la moitié des femmes mariées âgées de 45 à 66 ans qui travaillent à temps partiel n’augmentent pas leur temps de travail, car cela ne serait pas financièrement avantageux. Même parmi les femmes au foyer qui se consacrent exclusivement à leur famille depuis leur mariage, près de la moitié ont déclaré qu’un emploi ne serait pas financièrement viable pour elles. Ce constat a une réelle importance économique : une hausse de 1,5 point de pourcentage du taux d’emploi et une augmentation de 3 % du temps de travail pourraient théoriquement créer 175 000 emplois à temps plein supplémentaires. Compte tenu de la grave pénurie de main-d’œuvre qualifiée en Allemagne, cet argument ne doit pas être sous-estimé.
Le débat est néanmoins complexe. Des contre-arguments fondés sur des faits existent : selon une analyse du journal économique Wirtschaftsdienst, le système de fractionnement du revenu favorise une justice fiscale horizontale — il impose de manière égale les couples mariés ayant le même revenu total, indépendamment de la répartition de ce revenu entre les conjoints. Supprimer le fractionnement du revenu pénaliserait de facto les couples ayant délibérément opté pour une répartition des tâches, l’un des conjoints étant le principal soutien de famille et l’autre le responsable des soins — un mode de vie encore répandu et protégé par des droits fondamentaux.
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Classification économique : L'Allemagne est un pays à forte imposition
Pour bien évaluer la portée des réformes envisagées, il convient de prendre en compte le contexte global de la pression fiscale et sociale en Allemagne. Selon les données de l'OCDE, l'Allemagne figure déjà parmi les pays les plus imposés au monde : un couple marié avec deux enfants, où l'un des conjoints travaille à temps plein et l'autre à temps partiel, consacre en moyenne 40,8 % de ses revenus aux impôts et aux cotisations sociales – seule la Belgique, avec 45,5 %, affiche un taux supérieur. La moyenne de l'OCDE est de 29,4 %. La situation est encore plus alarmante pour les personnes célibataires : avec 47,8 %, l'Allemagne se classe deuxième parmi les 38 pays membres de l'OCDE.
Dans ce contexte, il est surprenant que les mesures envisagées réduisent encore et significativement les revenus nets des couples mariés à revenus moyens et élevés, sans aucune compensation simultanée par des baisses d'impôts dans d'autres domaines ou une augmentation des allocations familiales. Le SPD a affirmé dans son programme que la grande majorité des ménages avec enfants seraient financièrement avantagés par l'allocation familiale de base et qu'il n'y aurait aucune perte pour les personnes aux revenus moyens sans enfant. Or, cette affirmation contredit largement les calculs concrets des pertes nettes, qui s'élèvent déjà à près de 1 800 € par an pour un couple marié aux revenus moyens, avec des revenus annuels respectifs de 70 000 € et 25 000 €.
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Impact des politiques familiales : le désir d'enfants sous pression
La dimension familiale des réformes est sans doute la plus lourde de conséquences. Les jeunes couples mariés qui envisagent d'avoir des enfants ou qui en ont déjà fondent leurs familles dans un contexte financier restreint. La hausse des coûts du logement, de la garde d'enfants et du coût de la vie exerce déjà une pression croissante sur la planification familiale en Allemagne ces dernières années. Une baisse significative du revenu net des ménages, de l'ordre de 500 à près de 1 000 euros par mois, due à la combinaison des deux mesures de réforme, pourrait inciter les jeunes couples à renoncer à avoir des enfants ou à reporter leur projet familial.
Il est intéressant de noter que le consensus scientifique sur cette question est loin d'être unanime. Une étude de la Fondation Rockwool soutient que la suppression du fractionnement du revenu pourrait même faire augmenter le taux de natalité, à condition toutefois que les avantages fiscaux soient liés aux enfants plutôt qu'au mariage. Selon cette étude, le taux de natalité pourrait progresser de 5,7 % si les avantages fiscaux étaient systématiquement liés aux enfants, si la durée maximale du congé parental était doublée, si les frais de garde d'enfants étaient réduits d'environ 10 % et si les allocations familiales étaient augmentées. Point crucial, cet effet sur le taux de natalité dépend d'un ensemble de mesures compensatoires globales et ne se produira pas automatiquement par la simple suppression du fractionnement du revenu. Sans compensation équivalente sous forme d'allocations liées aux enfants, l'impact démographique d'une telle réforme tendrait à être négatif.
Dispositions transitoires et clauses de droits acquis : qui est réellement concerné ?
Un argument politique majeur du SPD est que les mariages existants doivent être protégés et que la réforme ne s'appliquerait qu'aux mariages futurs. Cette limitation atténue considérablement la portée politique de la réforme, mais n'en modifie guère l'impact social à long terme. Les jeunes couples qui se marient à l'avenir fondent leur avenir sur la sécurité juridique existante ; par conséquent, la suppression du partage des revenus pour les nouveaux mariages affecterait précisément les personnes qui sont actuellement en train de fonder une famille.
La situation est différente concernant la gratuité de la coassurance : selon les informations en provenance des cercles de la coalition, aucun maintien des droits existants ne sera assuré. Les personnes actuellement couvertes gratuitement par la coassurance devraient s’acquitter d’une cotisation mensuelle de 225 € en cas de réforme, à l’exception des ménages avec enfants de moins de six ans ou personnes à charge nécessitant des soins. Cela signifie que des millions de ménages où l’un des conjoints est sans emploi (congé parental, soins à un proche ou raisons personnelles) seraient confrontés à un surcoût immédiat de 2 700 € par an, sans période transitoire.
Analyse critique : La nécessité de la réforme face aux conséquences de la réforme
Il serait réducteur de présenter le débat sur la réforme fiscale comme une simple attaque contre les familles. Il existe des arguments légitimes et étayés en faveur de la modernisation du système fiscal. L'imposition conjointe des couples mariés, sous sa forme actuelle, a été instaurée en 1958 dans une société où le modèle familial à revenu unique était dominant et où les deux conjoints n'exerçaient un emploi que dans un mariage sur sept. La réalité sociale a profondément évolué : les ménages à double revenu sont désormais majoritaires, le niveau d'instruction des femmes est plus élevé que jamais et le marché du travail souffre d'une grave pénurie de main-d'œuvre qualifiée. Dans ce contexte, un examen critique du cadre fiscal est pleinement justifié.
De plus, le système actuel de partage des revenus favorise en réalité les inégalités structurelles : les couples mariés à revenu unique et à très hauts revenus en tirent le plus grand profit, tandis que les familles aux revenus totaux similaires, mais répartis équitablement entre les deux conjoints, en bénéficient beaucoup moins. Il ne s’agit pas d’une interprétation idéologique de gauche, mais d’un constat mathématique : le partage des revenus a un effet régressif sur l’égalité de répartition des revenus au sein du mariage en favorisant un modèle qui rend l’un des conjoints financièrement dépendant de l’autre.
La question cruciale n'est cependant pas de savoir si le système actuel nécessite une réforme, mais comment cette réforme doit être conçue et si elle sera équitablement compensée. Supprimer le fractionnement du revenu sans allégement fiscal simultané dans d'autres domaines ni renforcement des prestations familiales entraînera une perte nette pour les ménages concernés. Si, dans le même temps, la franchise est supprimée sans que les recettes supplémentaires soient investies dans le système de santé ou le soutien aux familles, des millions de ménages seront doublement perdants – et l'État percevra finalement des recettes supplémentaires potentiellement supérieures à dix milliards d'euros par an, sans affectation précise de ces fonds.
Effet de signalisation sociétale : ce que le droit fiscal révèle sur les valeurs
Le droit fiscal n'est jamais neutre. La manière dont un État impose le groupe économique familial envoie un signal socio-politique quant aux modes de vie valorisés et défavorisés. Le système actuel de fractionnement du revenu encourage les couples à répartir inégalement le travail rémunéré, que ce soit pour la garde d'enfants, les soins aux personnes âgées, un emploi à temps partiel ou par conviction personnelle. Son abolition laisserait entendre que l'État privilégie le modèle où les deux conjoints travaillent à temps plein et considère les autres modèles comme indignes d'avantages fiscaux.
Cela soulève une tension fondamentale : d’une part, l’État a pour objectif légitime d’éliminer les incitations perverses qui poussent involontairement les femmes à accepter des emplois à temps partiel financièrement dépendants. D’autre part, l’application stricte du même traitement fiscal à tous les couples mariés porte atteinte au droit constitutionnel de disposer librement de sa famille. Les couples ayant délibérément choisi une répartition des tâches, l’un des partenaires étant le principal soutien de famille et l’autre le principal responsable des soins, seraient pénalisés par la réforme, même si ce choix repose sur une conviction personnelle et non sur une contrainte structurelle.
Des réformes, oui, mais avec modération et compensation
La suppression prévue de l'imposition conjointe pour les jeunes mariés et l'instauration simultanée d'une allocation forfaitaire d'assurance pour les conjoints auparavant couverts gratuitement constituent, de par leur impact financier combiné, l'une des plus importantes modifications de la charge fiscale subies par les couples mariés dans l'histoire de la République fédérale d'Allemagne. Les pertes nettes mensuelles de 500 € à près de 1 000 € pour les ménages monoparentaux à revenus moyens ne sont pas négligeables dans un pays qui figure déjà parmi les plus imposés de l'OCDE.
La nécessité d'une réforme existe et repose sur des bases scientifiques solides. Cependant, une réforme qui se contente de supprimer les avantages fiscaux existants sans réduire simultanément la charge fiscale globale pesant sur les familles ni étendre sensiblement les prestations liées à l'enfance manquera son objectif de politique familiale. Ce n'est que lorsque les avantages fiscaux seront systématiquement liés aux enfants plutôt qu'au mariage, et qu'un dispositif de compensation bien conçu pour les familles durant la période d'éducation des enfants sera mis en œuvre, que le débat actuel sur la réforme pourra aboutir à une véritable modernisation du droit fiscal familial allemand – et non à une simple augmentation déguisée de la pression fiscale sur la classe moyenne.
La recherche propose plusieurs alternatives clairement identifiables. Voici une réponse concise :
La véritable alternative ne serait pas une refonte radicale, mais une réforme systémique bien pensée en trois étapes. Le ministère des Finances a lui-même présenté une première proposition début avril 2026 : le « partage réel fictif », selon lequel le conjoint aux revenus les plus élevés peut déduire de son revenu imposable un montant équivalent à l’abattement fiscal maximal de 13 805 €, l’autre conjoint étant ensuite imposé à son taux inférieur. Ce modèle préserve le niveau de vie des deux conjoints, réduit les avantages injustifiés et excessifs en cas de très fortes disparités de revenus, et est conforme à la Constitution. L’Institut allemand de recherche économique (DIW) a calculé que le partage réel, avec un montant de transfert égal à l’abattement fiscal de base, générerait environ dix milliards d’euros de recettes supplémentaires par an, provenant principalement des deux déciles de revenus les plus élevés, et donc non des revenus moyens.
La deuxième étape consisterait à réorienter systématiquement ces fonds vers les prestations liées à l'enfance : augmentation des allocations familiales, versement automatique d'un complément familial sans demande, abattement fiscal pour enfant à charge dans la sécurité sociale et développement de services de garde d'enfants plus abordables. Troisièmement, sur le modèle français, un véritable système de répartition des revenus pourrait être instauré, le coefficient de répartition étant modulé en fonction du nombre d'enfants et non du statut matrimonial – récompensant ainsi les enfants, et non le mariage, par l'impôt. Il ne s'agirait pas d'une abolition motivée par une idéologie, mais d'une modernisation ciblée : un avantage moindre pour les couples à hauts revenus sans enfants, et un allègement accru pour les familles avec enfants – quel que soit leur statut matrimonial.

























