L'excuse à un milliard de dollars : pourquoi l'industrie technologique européenne est bien plus puissante qu'on ne le pense – 2 000 entreprises contre Amazon et Google
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Publié le : 9 mars 2026 / Mis à jour le : 9 mars 2026 – Auteur : Konrad Wolfenstein

L'excuse à un milliard de dollars : pourquoi l'industrie technologique européenne est bien plus puissante qu'on ne le pense – 2 000 entreprises contre Amazon et Google – Image : Xpert.Digital
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La dépendance numérique de l'Europe vis-à-vis des géants américains comme Amazon, Microsoft et Google a longtemps été considérée comme une fatalité. L'argument habituel des politiques, des agences gouvernementales et des entreprises était toujours le même : « Il n'existe tout simplement pas d'alternatives européennes performantes. » Mais depuis le printemps 2026, cette excuse s'effondre sous le poids des faits. L'*European Tech Map*, un répertoire désormais en ligne, démontre de façon impressionnante que l'Europe ne souffre pas d'un manque d'innovation, mais plutôt d'un grave problème de visibilité. Avec près de 2 000 entreprises répertoriées issues de 37 pays, la plateforme montre que des solutions souveraines, conformes à la protection des données et performantes existent déjà – des infrastructures cloud aux outils d'IA. L'échec de la voie vers l'indépendance numérique n'est pas dû à un manque d'offres, mais plutôt à la facilité d'accès, aux processus d'achat établis et au pouvoir de marché des hyperscalers. Un aperçu de la véritable force du paysage technologique européen et du chemin semé d'embûches, mais indispensable, vers la souveraineté numérique.
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Quiconque, au sein d'entreprises, d'agences gouvernementales ou d'instances politiques européennes, soulève la question de l'opportunité de privilégier les solutions technologiques européennes se voit presque systématiquement répondre par la même rengaine, utilisée depuis des années : il n'existe aucune alternative européenne. Cette affirmation a toujours été douteuse. Depuis février 2026, elle s'est révélée manifestement fausse. L'European Tech Map, un répertoire gratuit d'entreprises technologiques européennes, recense désormais près de 2 000 entreprises issues de 37 pays et réparties en 81 catégories. Ce qui n'était au départ qu'un projet parallèle d'un consultant s'est transformé, en quelques semaines seulement, en un mouvement qui bouleverse en profondeur le débat sur la technologie en Europe.
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D'un projet de loisir à un outil pour l'écosystème
Le 17 février 2026, la plateforme European Tech Map a été lancée en version bêta. À ce moment-là, elle recensait 651 entreprises technologiques européennes issues de 44 pays et réparties dans 75 catégories. Dès la première semaine, le site a enregistré près de 40 000 visiteurs. Face à un tel engouement, des centaines d'entreprises supplémentaires ont rapidement déposé leur candidature. Fin février, la plateforme comptait déjà plus de 1 000 entreprises, réparties dans 55 catégories et provenant de 32 pays. Début mars 2026, elle approchait la barre des 2 000 entreprises référencées.
Le spectre est vaste : infrastructures cloud, outils de collaboration, plateformes DevOps, fournisseurs d’IA, solutions de cybersécurité, services de messagerie, plateformes de commerce électronique et des dizaines d’autres catégories. Nombre d’entreprises listées proposent la résidence des données dans l’UE, des solutions open source ou des capacités d’auto-hébergement. Chaque entreprise listée doit répondre à des critères tels que l’autonomie stratégique, la sécurité économique, le respect des valeurs, la résilience collective et l’innovation européenne.
Le fondateur, Dante Emilio Grassi, consultant suédois spécialisé en finance, intelligence artificielle et apprentissage automatique, a constaté, en analysant les données entrantes, que des catégories souvent considérées comme dominées par les États-Unis comptaient en réalité une dizaine d'alternatives européennes. Des fondateurs originaires de pays comme l'Estonie, la Bulgarie et le Portugal développent des outils de pointe. Le problème n'est donc pas l'existence de solutions européennes, mais leur visibilité.
Anatomie de la dépendance numérique
Les chiffres qui sous-tendent ce débat sont alarmants. Les géants américains du cloud – Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud – contrôlent environ 70 % de l'infrastructure de cloud computing européenne. À l'échelle européenne, le constat est encore plus frappant : les fournisseurs américains détiennent près de 72 % du marché européen du cloud, tandis que la part de marché des fournisseurs européens a chuté à seulement 13 %, soit une baisse de 27 % depuis 2017. Près de 92 % des données européennes sont hébergées sur des serveurs cloud contrôlés par des entreprises américaines. Chaque année, 264 milliards d'euros de dépenses européennes en cloud et logiciels sont consacrés aux géants américains du cloud, ce qui représente environ 1,5 % du PIB de l'UE.
L'Union européenne n'attire que sept pour cent des investissements mondiaux en intelligence artificielle, un retard considérable par rapport aux États-Unis et à la Chine. Cette dépendance se manifeste jusque dans le matériel : les fournisseurs de cloud européens comme OVHcloud, Hetzner et Scaleway utilisent majoritairement des processeurs Intel Xeon et AMD EPYC. Les rares solutions basées sur ARM utilisent des processeurs Ampere Altra, également de conception américaine. Cette dépendance technologique de 85 à 90 % à tous les niveaux de l'infrastructure persiste, même avec des fournisseurs de cloud européens.
Pourquoi la visibilité est essentielle
Le véritable obstacle au recours aux alternatives européennes ne réside pas dans un manque de qualité ou de disponibilité. Il tient plutôt aux logiques d'achat, au lobbying, au pouvoir de marché et aux habitudes bien ancrées. Les recherches d'alternatives européennes ont augmenté de 660 % d'une année sur l'autre, et le site web European Alternatives a enregistré une hausse de 1 100 % du nombre de visiteurs en 2025. Il existe donc un besoin considérable, encore largement insatisfait.
Les entreprises et les administrations publiques ont tendance à se tourner systématiquement vers les mêmes plateformes américaines traditionnelles. Ce n'est pas faute d'alternatives, mais plutôt par méconnaissance de leur existence, parce que les procédures d'achat favorisent les fournisseurs établis et parce que le coût du changement est perçu comme prohibitif. Dans le secteur public, plusieurs Länder allemands ont déjà franchi le pas en remplaçant leurs services cloud Microsoft par des solutions souveraines basées sur STACKIT et Open Telekom Cloud. Ces projets démontrent que la transition est possible, même si elle exige une planification rigoureuse.
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Champions cachés : Ces fournisseurs européens peuvent rivaliser avec les géants américains
Aperçu du paysage des fournisseurs européens
Le marché européen du cloud propose désormais un large éventail de fournisseurs. OVHcloud, basé en France, exploite 46 datacenters à travers le monde et offre un stockage compatible S3. IONOS Cloud, en Allemagne, met en avant son architecture native RGPD et ses tarifs compétitifs. Open Telekom Cloud, exploité par Deutsche Telekom, est conforme aux normes ISO 27001 et BSI. STACKIT, produit du groupe Schwarz, privilégie une approche axée sur le RGPD. Scaleway, en France, propose des instances Kubernetes et GPU managées. Exoscale, en Suisse, se distingue par sa juridiction neutre et sa philosophie open source.
Une analyse menée par des experts indépendants a révélé que les fournisseurs européens peuvent généralement égaler la puissance de calcul des hyperscalers pour les charges de travail standard. L'écart réside principalement dans les intégrations PaaS propriétaires et les services d'IA, et non dans l'infrastructure de base. Des avantages tarifaires de 45 à 63 % par rapport aux hyperscalers sont fréquents chez les fournisseurs européens. Le manque fréquent de présence mondiale des fournisseurs européens peut être compensé par des architectures hybrides combinant des fournisseurs européens pour les charges de travail critiques et des hyperscalers pour la distribution en périphérie de réseau à l'échelle mondiale.
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Le contexte réglementaire favorable
La législation européenne fournit de plus en plus le cadre réglementaire nécessaire au renforcement de la souveraineté numérique. Le Règlement général sur la protection des données (RGPD) en constitue le fondement depuis des années. La loi sur les services numériques et la loi sur les marchés numériques imposent aux fournisseurs de technologies des obligations accrues en matière de protection des données, de transparence et de concurrence loyale. La loi sur la résilience opérationnelle numérique impose des exigences strictes aux fournisseurs de services cloud et aux prestataires de services tiers du secteur financier. La loi européenne sur le cloud et le développement de l'IA, dont la mise en œuvre a été reportée au premier trimestre 2026 en raison de discussions sur la définition d'un contrôle européen effectif, vise à établir des critères de contrôle européens pour les fournisseurs de services cloud.
L'urgence de ces mesures réglementaires est devenue particulièrement manifeste à l'automne 2025, lorsque des pannes chez des fournisseurs d'hébergement majeurs comme Amazon Web Services et Cloudflare ont affecté des millions de sites web à travers le monde. Ces incidents ont mis en évidence la forte dépendance à l'égard d'un petit nombre de fournisseurs d'infrastructure, principalement basés aux États-Unis. Plusieurs États membres de l'UE, dont l'Autriche, l'Allemagne et la France, se sont par la suite engagés à prendre des mesures concrètes dans une déclaration sur la souveraineté numérique.
Les obstacles structurels de la transition
Malgré la multiplication des alternatives européennes, les défis d'une transition complète demeurent considérables. Le déficit d'investissement est colossal : on estime qu'il faudrait entre 500 et 700 milliards d'euros pour parvenir à une véritable indépendance numérique. La fragmentation du marché européen, avec des champions nationaux et des solutions régionales au lieu de plateformes continentales, freine les économies d'échelle qui rendent le cloud computing moderne économiquement viable.
Le fossé en matière d'IA et d'apprentissage automatique par rapport aux hyperscalers est bien réel. AWS, Azure et Google Cloud proposent des services d'IA managés complets que les fournisseurs européens ne peuvent pas reproduire directement. Scaleway offre toutefois une infrastructure d'IA managée, et les fournisseurs européens prennent en charge les frameworks BYOD (Bring Your Own AI) via Kubernetes et les instances GPU.
Un autre problème réside dans le risque lié au CLOUD Act : même si les géants américains du cloud proposent des offres souveraines avec des datacenters en Europe, la présence de la maison mère américaine ne les exonère pas totalement de toute responsabilité en vertu de cette loi. Les fournisseurs européens, relevant de la juridiction de l’UE, offrent des garanties juridiques plus solides à cet égard.
Un écosystème qui est en train d'émerger
La Carte Européenne des Technologies n'est pas le seul signe d'une prise de conscience croissante du secteur technologique en Europe. Initialement simple annuaire d'entreprises, la plateforme est devenue un outil écosystémique recensant plus de 15 secteurs d'activité non liés aux logiciels, tels que la défense et l'aérospatiale, la FinTech, la HealthTech, les technologies propres, les technologies de pointe et les technologies spatiales. Elle englobe également huit catégories de ressources, notamment les investisseurs en capital-risque, les accélérateurs, les services professionnels, les événements, les viviers de talents, les médias, les financements publics et les espaces de coworking.
La dynamique du marché démontre que cette question dépasse le simple cadre d'un débat politique. Depuis début 2025, les clients recherchent activement des fournisseurs de services cloud véritablement européens. Cette demande stimule la croissance. Parallèlement, les fournisseurs américains de services cloud investissent également des milliards dans la construction de clouds européens souverains, avec des centres de données situés en Europe, afin de répondre aux exigences de souveraineté des données et de consolider leur position sur le marché. La pression exercée par l'Europe porte clairement ses fruits.
La Carte technologique européenne démontre que l'Europe ne souffre pas d'un problème de qualité, mais d'un problème de visibilité. Ceux qui ne trouvent pas de solutions européennes ne peuvent les mettre en œuvre. Le projet de Dante Emilio Grassi comble cette lacune, en fournissant une base solide permettant aux entreprises, aux agences gouvernementales et aux décideurs politiques de prendre des décisions éclairées. Le principal obstacle au débat technologique européen est ainsi levé. Désormais, seul compte le désir d'exploiter concrètement les options disponibles.
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