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La retraite seulement à 70 ans ? Que signifie la réforme radicale des retraites de 2026 pour votre retraite ?

La retraite seulement à 70 ans ? Que signifie la réforme radicale des retraites de 2026 pour votre retraite ?

La retraite seulement à 70 ans ? Que signifie la réforme radicale des retraites de 2026 pour votre retraite ? – Image : Xpert.Digital

Gagnants et perdants de la réforme des retraites : pourquoi c’est désormais la jeune génération qui en paie le prix

La fin des mini-emplois est décidée : pourquoi des millions de salariés doivent désormais repenser d'urgence leur approche

Régime de retraite en actions basé sur le modèle suédois : voici comment votre argent fructifiera sur le marché des capitaux à l’avenir

L'Allemagne est confrontée à la réforme la plus importante de son système de retraite depuis l'Agenda 2010 : la réforme des retraites de 2026 promet un changement radical qui touchera toutes les générations. Face à un déséquilibre démographique majeur – un nombre croissant de retraités pour un nombre décroissant de cotisants –, le gouvernement fédéral prend des mesures décisives. Parmi les mesures les plus importantes figurent la suppression du « retraite à 63 ans », historiquement controversé, l'indexation progressive de l'âge de la retraite sur l'espérance de vie et la suppression, très débattue, des mini-emplois.

Afin de stabiliser les pensions à long terme et d'éviter l'effondrement imminent du système de retraite par répartition, un régime de retraite obligatoire par actions, inspiré du modèle suédois, va être mis en place. Cependant, si les experts économiques saluent le courage d'entreprendre une réforme structurelle et de garantir la résilience démographique, les critiques mettent en garde contre d'importantes répercussions socio-économiques. La crainte d'une explosion de l'économie informelle et la menace persistante de la pauvreté chez les personnes à faibles revenus assombrissent le projet de réforme. L'analyse qui suit éclaire les mécanismes complexes de cette transformation historique, expose ses angles morts politiques et montre en détail quelle génération en supportera finalement le coût – et qui bénéficiera réellement de ce changement systémique.

Réforme des retraites 2026 : Changement de système par étapes

Le grand choc des retraites de 2026 : ces changements drastiques vont toucher tous les employés – une refonte majeure ou simplement un palliatif à des fondations en ruine ?

L'Allemagne est confrontée à la réforme la plus profonde de son système de retraite depuis l'Agenda 2010. La commission d'experts nommée par le gouvernement fédéral du chancelier Friedrich Merz et de la ministre du Travail Bärbel Bas a, après six mois de délibérations, adopté un vaste ensemble de réformes dont les effets se feront sentir jusqu'à la seconde moitié du siècle. L'élément le plus symbolique de ce projet est la suppression du « départ à la retraite à 63 ans », un modèle de retraite instauré en 2014 par la coalition de centre-droit/centre-gauche d'Angela Merkel, en collaboration avec le ministre social-démocrate du Travail Andrea Nahles. Jusqu'à présent, toute personne ayant cotisé pendant 45 ans pouvait prendre sa retraite anticipée deux ans plus tôt sans retenue, indépendamment de son état de santé ou de sa capacité de travail. Ce dispositif a suscité la controverse dès son origine, non pas en raison d'un défaut fondamental du principe de la retraite anticipée, mais parce que, pour de nombreux bénéficiaires, il s'est transformé en un système de retraite anticipée sans cotisation, sans évaluation suffisante de leur capacité de travail réelle.

Ce programme de réforme est le fruit d'un processus politiquement tendu. La commission des retraites a entamé ses travaux le 7 janvier 2026 et avait pour mission de soumettre ses recommandations avant le milieu de l'année. Outre ses présidents, Frank-Jürgen Weise et la professeure Constanze Janda, la commission était composée de huit universitaires et de trois jeunes parlementaires – un choix délibéré visant à garantir la représentation du point de vue de la jeune génération. Merz et Bas s'étaient auparavant engagés à appliquer scrupuleusement les recommandations de la commission – un engagement inhabituel qui souligne à la fois le sérieux de leur engagement en faveur de la réforme et le risque politique encouru si celle-ci se heurtait à une forte opposition publique.

Situation démographique critique : l'arithmétique de la longévité

Pour comprendre cette réforme, il faut d'abord analyser objectivement la situation démographique. Le problème central ne réside pas dans une défaillance du système de retraite, mais dans un simple décalage arithmétique : l'espérance de vie s'allonge considérablement, sans augmentation proportionnelle de la durée de vie active. En 1986, la durée moyenne de versement des pensions était de 13,4 ans. Aujourd'hui, quarante ans plus tard, elle est de 20,7 ans. Cela représente une augmentation de plus de 54 % en quatre décennies. Le système par répartition sur lequel repose le système de retraite allemand subit donc une pression structurelle : un nombre toujours plus restreint de cotisants doit financer un nombre croissant de retraités pour des périodes toujours plus longues.

Les conséquences financières sont déjà visibles et s'aggraveront considérablement sans réforme. Le taux actuel de cotisation retraite est de 18,6 % du salaire brut. L'Assurance pension allemande prévoit une augmentation à 20 % d'ici 2030, puis à 20,5 % d'ici 2032 et à 21,1 % entre 2036 et 2040. D'autres estimations, notamment les études de Prognos, tablent même sur un taux de 23,7 % pour 2040 si la politique de retraite reste inchangée. Le niveau des pensions, actuellement à 48 % du salaire moyen, chuterait également à environ 46,4 % d'ici 2040 sans réforme. Sur la base de la législation actuelle, l'Assurance pension allemande prévoit même un niveau de seulement 45 % pour 2040. Cette réforme ne relève donc pas d'un changement idéologique, mais vise à répondre mathématiquement à une réalité démographique.

L’espérance de vie comme point de repère : le lien dynamique avec l’âge de la retraite

Le principal changement structurel de la réforme réside dans l'ajustement dynamique de l'âge de la retraite. À partir de 2031, l'âge légal de la retraite, fixé à 67 ans, sera intégralement appliqué dans un premier temps. Par la suite, cet âge sera indexé sur l'espérance de vie de la population, selon un ratio de deux pour un : si l'espérance de vie augmente d'un an, l'âge de la retraite augmentera de six mois. Ainsi, le ratio entre les années de travail et les années de perception d'une pension devrait se stabiliser aux alentours de 2 pour 1 : statistiquement, 40 années de travail devraient être suivies de 20 années de perception d'une pension.

L'impact sur les générations actuelles peut être calculé avec précision. Selon les projections de la commission, ce mécanisme implique que l'âge de la retraite augmentera de six mois tous les dix ans à partir de 2032. Une personne âgée de 51 ans aujourd'hui devra donc travailler jusqu'à 67 ans et demi. Une personne âgée de 42 ans aujourd'hui prendra sa retraite à 68 ans. Les personnes âgées de 32 ans aujourd'hui ne pourront prendre leur retraite qu'à 68 ans et demi, et celles de 23 ans à 69 ans. Selon ces projections, des enfants dès l'âge de 13 ans devront travailler jusqu'à 69 ans et demi. La première génération qui devra travailler jusqu'à 70 ans serait – en supposant que l'espérance de vie évolue comme prévu – celle de 2022, c'est-à-dire les enfants âgés de quatre ans aujourd'hui. Le journal télévisé Tagesschau a indiqué que la retraite à 70 ans n'est pas encore à l'ordre du jour immédiat, car ce chiffre, selon les calculs du modèle, ne serait atteint que dans les années 2090.

Ce règlement se justifie économiquement, car il s'attaque directement au problème de financement à la source. Cependant, il présente un déséquilibre important : les personnes exerçant un travail physiquement exigeant et sujettes à des problèmes de santé précoces seront bien plus durement touchées par le relèvement de l'âge de la retraite que les employés de bureau sédentaires. Pour remédier à cette injustice, la réforme vise à faciliter l'accès aux pensions d'invalidité pour les professions physiquement exigeantes. L'exemple classique est celui du carreleur qui, après des décennies passées à genoux, ne peut plus travailler au sol : à l'avenir, il devrait pouvoir bénéficier d'une pension d'invalidité sans avoir à postuler au préalable à un emploi de bureau.

Retraite anticipée avec participation aux frais : le nouveau mécanisme de déduction

Ceux qui souhaitent encore prendre leur retraite anticipée peuvent le faire, même si cela implique des coûts personnels nettement plus élevés qu'auparavant. Toute personne ayant cotisé pendant au moins 35 ans peut prendre sa retraite jusqu'à deux ans plus tôt. Pour chaque mois de retraite anticipée, la pension est réduite de 0,3 %. Ainsi, ceux qui souhaitent prendre leur retraite dans les deux ans suivant l'âge légal de départ à la retraite (67 ans) doivent accepter une réduction permanente de 7,2 % de leur pension. Par ailleurs, la retraite est possible dès 63 ans, mais avec une réduction maximale de 14,4 %. Cette réglementation encourage la responsabilité individuelle et, simultanément, allège la charge pesant sur le système de sécurité sociale par rapport à l'ancien système de retraite anticipée sans déductions.

D'un point de vue économique, ce mécanisme est judicieusement calibré : il incite financièrement à travailler plus longtemps sans pour autant bloquer complètement l'accès à la retraite anticipée. Parallèlement, il faut tenir compte de la réalité sociale : tous les salariés ne peuvent pas ou ne souhaitent pas rester pleinement actifs jusqu'à l'âge légal de la retraite. Le défi consiste à améliorer structurellement l'offre de travail des seniors, c'est-à-dire à développer davantage les conditions de travail, la prévention en matière de santé et les formes d'emploi adaptées à l'âge, afin que travailler jusqu'à 67 ou 68 ans soit réellement possible et raisonnable pour la majorité de la population. Cet aspect systémique n'est que partiellement pris en compte dans les propositions de réforme.

La rente viagère comme changement systémique : le modèle suédois à titre d'exemple

L'élément le plus ambitieux et le plus débattu de la réforme est la mise en place d'un régime de retraite légal à capitalisation. À partir de 2028, une partie des cotisations de retraite sera investie en bourse. Dans un premier temps, 1 % du salaire brut sera versé dans ce nouveau pilier, à parts égales entre employeurs et salariés. Ce taux de cotisation passera ensuite à 2 %, également financé à parts égales par employeurs et salariés. Les fonds seront investis dans un fonds public sur le modèle du système suédois.

L’objectif de ce régime de retraite par capitalisation est clairement défini : stabiliser le niveau des pensions et même le relever légèrement à long terme. Sans réforme, ce niveau chuterait sous la barre des 46,4 % d’ici 2040. La commission prévoit que ce régime permettra de maintenir le niveau global du système d’assurance pension – c’est-à-dire le niveau combiné des pensions par répartition et des pensions par capitalisation – à 48 % jusqu’en 2040 et pourrait même atteindre 50 % d’ici 2050. Pour les retraités, ce niveau sera initialement garanti à 48 % jusqu’en 2032 grâce à la suspension temporaire du coefficient de viabilité. À partir de 2032, ce coefficient sera rétabli, ce qui réduira la hausse annuelle des pensions, mais le manque à gagner sera compensé par les rendements du régime de retraite par capitalisation.

Le modèle suédois répond à ces attentes. La Suède a instauré son système de retraite par capitalisation en 1998, parallèlement à la retraite Riester, introduite en Allemagne à la même époque mais facultative. Si la retraite Riester a largement échoué en raison de coûts élevés, d'une complexité administrative et d'un manque d'adhésion, le modèle suédois a obtenu des résultats impressionnants. Le fonds public AP7, dans lequel sont automatiquement versés tous les assurés non actifs, a réalisé un rendement de 27,3 % en 2024. Sur dix ans, le rendement moyen est de 10 % par an et, depuis sa création en 2000, le rendement total atteint 378 %. Les fonds de réserve AP1 à AP4, qui garantissent le fonctionnement du système de retraite par répartition suédois, ont également généré un rendement moyen de 9,6 % en 2024. Le ministre suédois de la Sécurité sociale avait déjà explicitement invité l'Allemagne, dès 2022, à tirer profit de cette expérience.

La différence cruciale avec le système de retraite Riester, qui a échoué, réside dans l'obligation de participation et la gestion étatique. L'investissement obligatoire dans un fonds public à faibles coûts et réglementé par l'État permet d'éviter les problèmes des régimes de retraite privés facultatifs : faibles taux de participation, coûts administratifs élevés et une offre complexe qui désavantage systématiquement les personnes à faibles revenus. L'économiste Johannes Geyer, du DIW, estime qu'un régime de retraite obligatoire basé sur les actions est fondamentalement judicieux pour l'Allemagne, mais souligne qu'en raison des risques inhérents, il ne faut pas tout miser sur le pilier capital.

La question de la couverture contre les krachs boursiers reste ouverte. La Commission n'a pas encore apporté de réponse définitive quant à la manière dont la rente devrait être protégée contre des pertes de valeur extrêmes. Cette préoccupation est légitime : la volatilité des marchés boursiers et le potentiel de pertes à court et moyen terme sont considérables. Toutefois, l'historique montre que les investissements en actions à long terme ont généré des rendements réels positifs de manière constante sur plusieurs décennies. La rente étant conçue pour des périodes de 30 à 40 ans et reposant sur une large diversification, le risque est fortement atténué.

Supprimer les mini-emplois : miracle pour l’emploi ou accélérateur du marché noir ?

L'abolition des mini-emplois pour tous les salariés, à l'exception des étudiants, est l'élément le plus controversé de la réforme de la politique sociale. Les mini-emplois ont été instaurés sous le gouvernement Schröder pour lutter contre le travail non déclaré et favoriser la flexibilité de l'emploi. Dès le départ, ce système constituait un compromis social : faibles coûts de main-d'œuvre pour les employeurs, simplicité d'utilisation pour les salariés, mais une protection sociale quasi inexistante pour ces derniers. Depuis 2013, l'employeur cotise à hauteur de 15 % et le salarié à hauteur de 3,6 %. Avec le seuil actuel de 603 € par mois pour les mini-emplois, cela représente seulement 21,71 € par mois pour le salarié. Les titulaires de mini-emplois peuvent même demander une exemption de cette cotisation retraite déjà minimale, ce qui signifie qu'ils ne se constitueront aucun droit à pension à la fin de leur vie active.

Le problème : en Allemagne, environ sept millions de personnes occupent des emplois précaires. La grande majorité d’entre elles sont des femmes, souvent mariées, et fréquemment en train d’élever des enfants ou de s’occuper de proches. C’est précisément ce problème fondamental que la réforme vise à résoudre. Celles qui occupent des emplois précaires pendant des années n’accumulent que peu ou pas de droits à pension indépendants et dépendent donc de la pension de leur conjoint ou des prestations sociales à la retraite. La commission de réforme espère que la suppression des emplois précaires incitera les femmes à accéder à un emploi stable à temps plein, assorti de cotisations sociales – avec leurs propres cotisations de retraite, leur propre sécurité sociale et, par conséquent, une meilleure protection contre la pauvreté à la retraite.

Parallèlement, les risques économiques liés à cette mesure sont considérables. L'économiste Friedrich Schneider, spécialiste reconnu du travail non déclaré, avertit explicitement que la suppression des mini-emplois entraînerait une forte augmentation du travail informel. Il estime cette augmentation potentielle à au moins 25 milliards d'euros pour la seule année 2027. Cette inquiétude n'est pas nouvelle : en 2013, M. Schneider avait déjà alerté sur le risque d'une expansion massive de l'économie souterraine lié à la suppression des mini-emplois, alors à l'étude. L'Institut de recherche économique de Halle (IWH) a également constaté que la suppression des mini-emplois réduirait le revenu net de nombreuses personnes concernées, car la hausse des cotisations sociales et la pression fiscale potentielle pourraient largement compenser le gain salarial brut.

Par ailleurs, un problème structurel se pose dans certains secteurs de l'économie : les ménages qui emploient du personnel de ménage ou des aides ménagères disposent d'un moyen rentable et légal d'utiliser ces travailleurs grâce à des mini-emplois. Si cette option disparaît, il est fort probable que ce type d'emploi bascule vers l'économie informelle, au détriment des salariés, qui ne bénéficieraient alors plus d'aucune protection juridique au titre du droit du travail. La réforme devrait donc s'accompagner d'un renforcement significatif des subventions aux services à domicile afin de lutter contre le travail non déclaré dans ce secteur. Or, cette mesure n'est pas explicitement prévue dans le projet de réforme actuel.

 

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Conflit générationnel ou partage équitable des charges ? Les gagnants et les perdants de la réforme des retraites

Extension des cotisations obligatoires : pourquoi les parlementaires et les dirigeants devraient payer

Un autre changement structurel concerne les personnes tenues de cotiser. Les fonctionnaires resteront exclus du régime de retraite obligatoire – la Commission ne le prévoit pas explicitement. En revanche, les membres du Bundestag et des parlements régionaux, les travailleurs indépendants et les directeurs généraux de sociétés anonymes seront tenus de cotiser à la caisse de retraite à l'avenir. Il ne s'agit pas d'une avancée systémique vers un système de retraite universel, comme le réclament des organismes tels que le DIW (Institut allemand de recherche économique), mais d'un signal symbolique fort : le principe de solidarité entre assurés est étendu à des groupes de personnes qui en étaient auparavant exclus.

L'impact économique de cette extension est limité au regard du financement global du système d'assurance retraite. Le nombre de députés au Bundestag, aux parlements des Länder et de PDG d'entreprises cotées en bourse se chiffre à plusieurs dizaines de milliers. Avec des salaires bruts nettement supérieurs à la moyenne, ces cotisants versent effectivement des cotisations relativement élevées ; toutefois, l'effet est limité par le plafond des cotisations. La véritable portée de cette mesure est politique : elle démontre que le fardeau de la réforme ne repose pas uniquement sur les salariés et les employeurs, mais aussi sur les décideurs politiques.

La politique générationnelle dans un contexte de tensions : qui en profite, qui en paie le prix ?

La question fondamentale de toute réforme des retraites est sans doute celle de la justice distributive entre les générations. La commission des retraites a explicitement orienté son modèle vers la jeune génération, ce qui est économiquement viable mais politiquement risqué. Pour les retraités actuels, peu de choses changeront jusqu'en 2032 : le niveau des pensions restera garanti à 48 % et le facteur de viabilité sera suspendu. Il s'agit d'une décision politique délibérée visant à éviter une réduction immédiate des droits à pension existants. À partir de 2032, cependant, la situation des retraités se dégradera : les augmentations annuelles des pensions seront freinées par le rétablissement du facteur de viabilité. Ce frein sera compensé par les rendements des pensions à capitalisation – un mécanisme qui ne pourra produire un effet significatif qu'après une longue période de rodage.

Pour la génération intermédiaire – les quadragénaires –, la réforme se traduit par un léger allongement de leur vie active, conjugué à une pension légèrement plus élevée à terme grâce à la composante capital. Plus le salarié est jeune, plus cet effet est marqué, car la pension basée sur le capital a un impact plus durable et s'accumule avec le temps. Les plus jeunes générations seront les principaux bénéficiaires du mécanisme du marché des capitaux, mais elles cotiseront aussi le plus longtemps et prendront leur retraite le plus tard. L'intérêt global de cette situation dépendra donc essentiellement de la performance à long terme du marché des capitaux.

Le président de DIW, Marcel Fratzscher, critique les projets de réforme, les jugeant insuffisants car ils n'abordent pas systématiquement le problème de la pauvreté chez les personnes âgées. Il soutient que la stabilisation des pensions profite principalement aux retraités aux revenus élevés, tandis que les personnes à faibles revenus et celles ayant connu des interruptions de carrière n'en bénéficient guère. Sa proposition alternative vise une redistribution plus importante au sein de la génération des retraités : des plus aisés vers les plus modestes, complétée par l'extension de l'assurance maladie obligatoire à toutes les tranches de revenus. Dans une récente note d'orientation, le WSI souligne que les femmes sont touchées de manière disproportionnée par la pauvreté à la retraite en raison d'une participation plus faible au marché du travail, de parcours professionnels interrompus et de salaires inférieurs, et que les réformes envisagées ne compensent pas pleinement ces désavantages structurels.

Calendrier de la réforme : pension basée sur le capital en 2028, âge de la retraite dans les années 2040

La réforme sera mise en œuvre progressivement. Le régime de retraite par capitalisation devrait être instauré dès 2028, soit la mesure la plus rapide et la plus acceptable politiquement. La suppression des mini-emplois et l'élargissement du nombre de cotisants devraient entrer en vigueur avant le relèvement de l'âge de départ à la retraite, qui ne sera effectif que dans les années 2040. Ce calendrier répond à une logique politique : il repousse les coupes budgétaires impopulaires et donne au régime de retraite par capitalisation le temps de générer des rendements avant que le niveau des pensions ne soit mis à rude épreuve.

La mise en œuvre repose désormais sur le ministère du Travail, qui doit transposer les recommandations en loi avant le vote des parlementaires. Des risques subsistent : en cas de fortes protestations publiques, certaines mesures pourraient être affaiblies ou supprimées. On observe des similitudes historiques : l’Agenda 2010 du gouvernement Schröder avait déclenché des manifestations massives, mais avait néanmoins été largement appliqué. Le contexte politique a évolué depuis, et la pression publique pour éviter de pénaliser les retraités est considérable.

Perspective internationale : ce que l’Allemagne peut apprendre des autres systèmes de retraite

Les comparaisons internationales montrent que les éléments de réforme allemands s'inscrivent dans une lignée déjà établie par les systèmes de retraite performants, bien que sous une forme nettement plus conservatrice. Le système suédois, depuis 1998, combine des régimes de retraite par répartition et par capitalisation avec des comptes individuels à cotisations définies et une contribution obligatoire au fonds de capital de 2,5 %. En Suède, les assurés qui ne participent pas activement au régime de retraite ont même, à long terme, obtenu des rendements supérieurs à ceux des assurés actifs, grâce à l'investissement automatique dans le fonds AP7, ce dernier bénéficiant en effet de structures de coûts avantageuses et d'une diversification constante. Le rendement total depuis sa création en 2000 s'élève à 378 %.

Les Pays-Bas et le Danemark, reconnus internationalement comme des systèmes de référence en matière de retraite durable, disposent également d'une solide composante de retraite par capitalisation, associée à une large assurance obligatoire couvrant toutes les catégories de salariés. La différence fondamentale avec l'Allemagne réside dans le fait que, dans ces pays, les fonctionnaires, les travailleurs indépendants et les auto-entrepreneurs cotisent également à un système universel. L'Allemagne refuse cette option : l'exclusion des fonctionnaires demeure la principale lacune structurelle du projet de réforme. Selon l'Office fédéral de la statistique, environ 1,7 million de fonctionnaires fédéraux et plusieurs millions de fonctionnaires des Länder ne sont pas couverts par l'assurance retraite obligatoire en Allemagne. Leur intégration renforcerait non seulement le système financièrement, mais lui conférerait également une légitimité politique.

Évaluation critique : Ce que la réforme accomplit et ce qu'elle ne parvient pas à faire

Globalement, la réforme des retraites de 2026 est une mesure audacieuse, mais incomplète. Elle s'attaque aux trois leviers clés du système de retraite – l'âge de départ à la retraite, le niveau des pensions et la structure de financement – ​​et tente de les ajuster simultanément. Lier l'âge de départ à la retraite aux données démographiques est économiquement judicieux et inévitable à long terme. Une réforme qui élude cette étape ne fait que repousser le problème et accroître la pression en faveur d'ajustements qui deviendront alors nécessaires.

L'introduction d'une pension basée sur le capital est l'élément le plus novateur et recèle le plus grand potentiel de transformation, mais elle exige également une forte volonté politique de prendre des risques. Si les marchés financiers affichent à long terme les mêmes performances qu'au cours des dernières décennies, la pension basée sur le capital garantira durablement le niveau des pensions. Dans le cas contraire, un déficit de couverture apparaîtra, que l'État devra combler. La question de la couverture contre les fluctuations boursières doit être définitivement résolue avant sa mise en place en 2028.

La suppression des mini-emplois poursuit un objectif socio-politique légitime, mais comporte des risques économiques considérables qui ne peuvent être gérés sans mesures d'accompagnement. La question de savoir comment empêcher la migration de millions d'emplois vers l'économie informelle reste sans réponse. Le risque de travail non déclaré est particulièrement aigu dans les régions à faibles revenus et dans le secteur des services à la personne.

L'exclusion des fonctionnaires est structurellement insatisfaisante. La coalition a manqué de courage politique pour franchir cette étape, même si elle aurait été économiquement judicieuse. Cela limite la portée de la réforme et perpétue les inégalités systémiques, ce qui est difficilement compatible avec le principe d'un système de retraite solidaire. De plus, la réforme ne constitue pas un outil de lutte directe contre la pauvreté des personnes âgées : elle stabilise les pensions des personnes ayant une carrière professionnelle continue, mais n'apporte que peu d'aide à celles qui n'ont pas accumulé suffisamment de droits à pension en raison d'un chômage de longue durée, de périodes d'aide à la personne, d'un travail dans le secteur des soins ou d'un emploi précaire.

Un changement de système nécessaire, comportant des angles morts

La réforme des retraites de 2026 n'est ni le grand sauvetage du système de retraite, comme on le présente politiquement, ni l'attaque sociale contre les plus vulnérables, comme le prétendent ses détracteurs. Elle est le fruit d'un processus politique complexe, fruit de la nécessité pour les économistes, les politiciens et les groupes de pression de parvenir à un accord dans des délais très courts : un compromis présentant des atouts et des faiblesses évidents.

Les points forts résident dans l'orientation à long terme, le lien démographique avec l'âge de la retraite et l'ouverture structurelle aux rendements des marchés financiers. Les faiblesses tiennent à la conception timide du régime de retraite, à la question non résolue de la couverture boursière, au risque persistant de travail non déclaré suite à la suppression des mini-emplois et à l'absence de mécanisme direct de lutte contre la pauvreté des personnes âgées. Une réforme des retraites qui s'attaque simultanément à tous ces problèmes est difficilement réalisable dans une démocratie parlementaire, avec ses exigences de majorité et ses groupes d'intérêts. Le véritable succès ou l'échec de cette réforme ne se révélera qu'aux années 2040 et 2050, lorsque ceux qui en débattent aujourd'hui seront eux-mêmes à la retraite.

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