Double hypocrisie : l'hypocrisie opportuniste de toutes les parties concernant le pare-feu
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Préférez Xpert.Digital sur GoogleⓘPublié le : 16 mars 2026 / Mis à jour le : 16 mars 2026 – Auteur : Konrad Wolfenstein

Double hypocrisie : hypocrisie opportuniste de toutes les parties concernant le pare-feu – Image : Xpert.Digital
L'analyse de 11 000 sessions révèle : le mythe du pare-feu
La plus grande supercherie politique : pourquoi tous les partis profitent du conte de fées du pare-feu
Une imposture morale qui a été sapée de toutes parts depuis longtemps
Le rempart contre l'AfD est considéré comme l'impératif moral suprême de la politique allemande. Pourtant, en coulisses, il s'est depuis longtemps mué en un village Potemkine politique. Des conversations secrètes sur WhatsApp depuis Bruxelles, des majorités électorales surprenantes obtenues par les Verts et des calculs froids au niveau local révèlent que, lorsque cela sert leurs intérêts ou leur propre pouvoir, la prétendue ligne rouge est franchie discrètement et opportunément par tous les partis traditionnels. De la CDU/CSU au SPD, en passant par les Verts et Die Linke, un deux poids, deux mesures sans précédent est mis au jour. Cette analyse impitoyable montre comment le maintien d'une façade morale branlante nuit gravement à la crédibilité de la démocratie.
Les fondations s'effritent – Ce que Bruxelles révèle, ce que Berlin dissimule
À la mi-mars 2026, l'agence de presse allemande (dpa) a révélé un événement perçu comme un tournant politique à Berlin : le groupe du Parti populaire européen (PPE) au Parlement européen – bastion de la CDU et de la CSU – aurait non seulement voté avec l'AfD et d'autres formations de droite en faveur d'une politique migratoire plus restrictive, mais aurait également préparé activement cette coopération. Selon l'enquête de la dpa, un groupe WhatsApp réunissait des représentants du PPE, du groupe conservateur de droite ECR, de l'alliance populiste de droite Patriotes pour l'Europe et du groupe Nations souveraines européennes (ESN), auquel appartient l'AfD. Peu après la création de ce groupe, une réunion a eu lieu entre quatre membres des groupes susmentionnés, qui ont élaboré une proposition de loi commune. Cette proposition a ensuite obtenu la majorité requise au sein de la commission compétente du Parlement européen. Entre autres dispositions, le projet de loi vise à autoriser l'expulsion des demandeurs d'asile vers des centres de retour situés hors de l'UE.
Cette révélation survient dans un contexte de discours politique où le discours sur le pare-feu a été soigneusement entretenu pendant des années. Manfred Weber, homme politique de la CSU et figure de proue des conservateurs à Bruxelles, chef du PPE, déclarait sans équivoque fin 2025 : « Le pare-feu est maintenu. Nous savons qui sont nos ennemis. » Il qualifiait l’AfD de « parti anti-européen ». Or, des conversations internes suggèrent que des membres de son ministère ont répondu aux propositions du cabinet de l’eurodéputée AfD Mary Khan par un simple « Nous pouvons soutenir cela ». Ce que Weber avait officiellement rejeté était apparemment pratiqué en coulisses.
Entre politique symbolique et realpolitik – La particularité de l’UE
Pour bien saisir l'ampleur de ce processus, il est essentiel de comprendre les différences structurelles entre le Parlement européen à Bruxelles et le Bundestag allemand à Berlin. Au Bundestag, le cordon sanitaire se heurte à des structures nationales bien définies : un nombre restreint de partis, des frontières de factions transparentes et un contrôle public direct. À Bruxelles, en revanche, les représentants de plus de 170 partis nationaux se réunissent, organisés avec soin en huit factions. L'accord informel, officiellement appelé « cordon sanitaire », s'applique au Parlement européen aux groupes Patriotes pour l'Europe (PfE) et Europe des nations souveraines (ESN), auquel appartient l'AfD. La question de savoir si ce cordon sanitaire doit également s'appliquer au groupe ECR, qui comprend la Première ministre italienne Giorgia Meloni, reste un point de désaccord entre les partis.
Depuis les élections européennes de 2024, les majorités au Parlement européen ont considérablement basculé en faveur des groupes de droite. Weber a réagi depuis longtemps à cette nouvelle réalité : rhétoriquement en prônant une stricte délimitation des frontières, et concrètement en faisant preuve d’une volonté de coopération de plus en plus pragmatique. Dès mars 2024, il affirmait qu’une coopération sélective avec des « conservateurs pro-européens » comme Meloni était « tout aussi envisageable pour lui qu’une coopération avec les Verts ». La différence réside dans le fait que le parti de Meloni appartient au groupe ECR, qui n’est pas formellement soumis au cordon sanitaire. Les limites de ce dernier ont donc toujours été gérées avec souplesse, au gré des impératifs politiques.
Une histoire de transgression silencieuse – Le PPE et la droite
L'incident actuel n'est pas la première fois que le PPE franchit le pare-feu ; il est simplement le plus remarquable à ce jour, car la coordination est cette fois-ci documentée. En septembre 2024, quelques mois après la constitution du nouveau Parlement européen, le PPE, de concert avec des groupes d'extrême droite, dont des membres de l'AfD, a présenté une résolution sur le Venezuela. Selon l'eurodéputé écologiste Daniel Freund, il s'agissait d'une première historique : pour la toute première fois, conservateurs et extrême droite avaient non seulement voté ensemble, mais avaient également déposé un texte commun. La réaction du PPE à l'époque fut d'affirmer qu'il avait exprimé une position sur le Venezuela qu'il jugeait juste. Le choix des partenaires de vote était secondaire.
En octobre 2024, le groupe PPE a voté en faveur d'un amendement rédigé par un membre de l'AfD, demandant un « financement adéquat pour les barrières physiques aux frontières extérieures de l'UE », autrement dit : des clôtures. À l'époque, Weber évoquait des contrôles aux frontières extérieures objectivement nécessaires, et non une coopération avec l'AfD. En novembre 2025, Weber a profité de la majorité détenue par les partis de droite et d'extrême droite pour affaiblir considérablement la réglementation européenne sur les chaînes d'approvisionnement. Cette réglementation, qui visait à obliger les entreprises à respecter les droits humains et les normes environnementales dans leurs chaînes d'approvisionnement, ne s'applique désormais qu'aux entreprises de plus de 5 000 employés et réalisant un chiffre d'affaires d'au moins 1,5 milliard d'euros, au lieu du seuil initialement prévu de 1 000 employés. Weber a alors affirmé que les votes de l'AfD n'avaient pas été déterminants pour cette majorité et qu'aucune dépendance envers les forces d'extrême droite n'était apparue.
La différence avec le cas actuel réside désormais non seulement dans la fréquence de ces configurations de vote, mais aussi dans leur dimension qualitative. Jusqu'à présent, Weber pouvait toujours affirmer que le PPE et l'AfD votaient de la même manière par hasard, car le résultat était factuellement correct. Cependant, le groupe WhatsApp et la rencontre du 4 mars 2026 démontrent qu'il ne s'agit pas de coïncidences fortuites, mais bien d'une coordination active. La différence est significative : est-il vrai que les conservateurs et l'extrême droite lèvent la main simultanément, ou bien qu'ils élaborent conjointement la proposition qu'ils comptent présenter ?.
La contre-argumentation verte et ses limites – Le paradoxe du Mercosur
À peine l'article de l'agence de presse allemande dpa publié, Erik Marquardt, chef de la délégation des Verts allemands au Parlement européen, lançait une attaque virulente. Il accusait les démocrates-chrétiens de porter un « lourd fardeau historique ». L'indignation fut immédiate et véhémente. Elle aurait été plus convaincante si Marquardt lui-même n'avait pas provoqué la polémique quelques semaines auparavant. Le 21 janvier 2026, une majorité de députés européens verts allemands, soit huit sur dix, votaient pour saisir la Cour de justice de l'Union européenne de l'accord de libre-échange UE-Mercosur. Cette majorité fut obtenue grâce au vote favorable de représentants de l'extrême droite, dont 13 députés de l'AfD, en plus des députés de Die Linke. Autrement dit, Marquardt et ses collègues non seulement ne parvinrent pas à maintenir l'équilibre au sein du parti, mais produisirent une majorité qui n'aurait pas été possible sans le soutien de l'extrême droite. Le résultat fut extrêmement serré : 334 voix contre 324.
Ce qui suivit fut caractéristique des réactions politiques instinctives : d’abord la défense, puis le recul timide. Marquardt déclara initialement qu’ils avaient seulement voulu créer une sécurité juridique et n’avaient pas voté contre l’accord. Puis, il admit publiquement : « Nous devons faire preuve d’autocritique et reconnaître que le Parlement européen a envoyé un mauvais signal en matière de géopolitique. Et que cela ait finalement conduit à l’obtention d’une majorité uniquement grâce aux partis d’extrême droite est également une erreur. » Ce n’est qu’au Bundestag allemand, où la CDU/CSU et le SPD demandèrent un débat d’actualité sur la question fin janvier 2026, que le député Andreas Audretsch (Verts) concéda lui aussi que le vote de son groupe parlementaire avait été une erreur. Que Marquardt, de tous, soit devenu le critique le plus virulent de la coopération PPE-AfD peu après relève d’un culot difficile à égaler.
Ce qui est remarquable ici, c'est le contexte : le Mercosur, fruit de décennies de négociations, est un accord de libre-échange stratégique entre l'UE et quatre États sud-américains. La situation géopolitique – guerre commerciale avec les États-Unis, dépendance croissante à l'égard de la Chine – rend de tels accords absolument nécessaires. Accorder la majorité à l'extrême droite pour des raisons totalement différentes, une majorité qui met au moins temporairement en péril cet accord, n'est pas une erreur que l'on puisse justifier par des considérations de sécurité juridique. Le résultat du vote était prévisible.
Le calcul de la gauche – À qui profite réellement le pare-feu ?
Le pare-feu n'est pas seulement un instrument d'exclusion, c'est aussi un modèle politique qui profite avant tout aux partis qui insistent le plus bruyamment sur son respect. La gauche, c'est-à-dire le SPD, les Verts, le Parti de gauche et le BSW, tire profit de ce pare-feu à au moins deux niveaux : idéologique et stratégique sur le plan parlementaire.
Sur le plan idéologique, le concept de « pare-feu » confère à la gauche le rôle confortable de gardienne de la morale. Ceux qui insistent sur son respect peuvent se présenter comme les défenseurs de la démocratie tout en exerçant une pression constante sur leurs adversaires politiques – notamment la CDU/CSU – pour qu'ils se justifient. Chaque motion de la CDU qui reçoit le soutien de l'AfD est systématiquement interprétée comme une déclaration de coopération, qu'un accord concret ait eu lieu ou non. Cette situation a engendré une dynamique lors de la campagne des élections fédérales de 2025, durant laquelle Friedrich Merz et la CDU/CSU ont dû sans cesse expliquer pourquoi certaines initiatives ne devaient pas être considérées comme une coopération avec l'AfD. Le pouvoir de définir la notion de « pare-feu » appartient donc de fait aux partis de centre-gauche.
D'un point de vue parlementaire et stratégique, un avantage encore plus concret se dessine : le pare-feu contraint la CDU/CSU à s'appuyer sur des partis pour former des majorités dont elle n'aurait pas besoin autrement. Si la CDU/CSU n'est pas autorisée à former une majorité avec l'AfD – quel que soit le fond d'une proposition – elle doit alors convaincre le SPD, les Verts ou d'autres partenaires de gauche. Ces partenaires, à leur tour, peuvent exiger des concessions bien plus importantes lors des négociations de coalition que ne le justifieraient leurs résultats électoraux. Le pare-feu constitue donc structurellement un mécanisme de levier qui permet à des partis disposant d'un nombre de voix nettement inférieur d'exercer une influence bien plus grande sur la politique gouvernementale que ne le prévoit le principe démocratique. Le politologue Philip Manow a résumé succinctement ce lien : à l'ombre du pare-feu, les tendances extrémistes de l'AfD peuvent prospérer sans entrave. Mais plus la rhétorique de l'AfD se radicalise, plus les rangs des partis se proclamant « centristes démocrates » se resserrent – au détriment de leur propre image politique.
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Le mensonge du pare-feu : une étude révèle l’ampleur réelle de la collaboration
La politique locale comme miroir révélateur – La pratique silencieuse de la vie quotidienne
Un regard porté sur la réalité locale en Allemagne, au-delà du Parlement européen, révèle que le principe de « pare-feu » appliqué par l'AfD (Alternative pour l'Allemagne) n'a jamais été une règle uniforme pour tous les partis ; il a toujours été sélectif et contextuel. Des chercheurs du Centre de recherche en sciences sociales de Berlin (WZB) ont analysé systématiquement 11 053 réunions de conseils d'arrondissement et de communes autonomes entre mi-2019 et mi-2024. Résultat : dans près de 19 % des cas à l'échelle nationale, une coopération directe a été observée entre d'autres partis et l'AfD. Sur un total de 4 968 motions présentées par l'AfD durant la période étudiée, 934 ont reçu le soutien d'autres partis. Les chercheurs ont explicitement constaté qu'aucun parti établi n'applique ce principe de « pare-feu » sans réserve. Le taux de coopération varie selon les Länder et les régions : il est le plus élevé dans les districts ruraux de l'Est de l'Allemagne, atteignant 26,9 %, et le plus élevé en Saxe-Anhalt, à 27 %.
Les cas historiques précis où des partis de gauche ont coopéré avec l'AfD tout en proclamant avec véhémence une séparation stricte sont particulièrement révélateurs. En avril 2024, une commission d'enquête parlementaire au parlement de Thuringe n'a été mise en place que grâce aux votes de l'AfD – par une coalition rouge-rouge-verte. En décembre 2022, le SPD à Hildburghausen (Thuringe) a voté avec l'AfD pour une procédure de révocation contre un maire du parti de gauche. En janvier 2024, une adjointe au maire écologiste à Blieskastel (Sarre) n'a pu se maintenir en fonction que grâce au vote de l'AfD. Tous ces événements ont été à peine évoqués à l'époque. Ils ne correspondaient pas au discours officiel.
L'exemple local le plus frappant et récent s'est produit au parlement régional de Thuringe en février 2026 : le groupe parlementaire du Parti de gauche a adopté une motion visant à promouvoir et rénover les infrastructures sportives, grâce aux voix de l'AfD. Le vote s'est soldé par 32 voix contre 30, bien que la coalition gouvernementale (CDU, SPD et BSW) ne fût pas pleinement représentée. Fait remarquable, le député AfD Uwe Thrum avait annoncé publiquement, lors des débats précédant le vote, que son parti voterait pour. Interrogée, la responsable parlementaire du Parti de gauche a essentiellement déclaré qu'il s'agissait d'une motion de son propre groupe et que l'identité des votants lui importait peu. Le vice-président du Bundestag, Bodo Ramelow (Parti de gauche), a défendu le vote, affirmant que l'AfD avait « perfidement » modifié son comportement. Heidi Reichinnek, cheffe du groupe parlementaire du Parti de gauche au Bundestag, a évoqué une « majorité de circonstance » sans accord préalable. Si cela est formellement vrai, les représentants du Parti de gauche présents savaient, au plus tard après l'intervention de Thrum, comment le vote allait se dérouler. Et pourtant, ils étaient d'accord.
L'université CDU/CSU sous pression – Quand opportunisme et principes s'entrechoquent
La CDU/CSU se trouve dans une position particulièrement délicate et contradictoire dans ce débat. D'un côté, elle présente le principe de la barrière comme une obligation constitutionnelle – pas d'accord de coalition avec l'AfD, pas de dépendance vis-à-vis de leurs votes, pas de coopération structurelle. De l'autre, franchir cette barrière promet des résultats politiques autrement inaccessibles : des majorités pour des politiques migratoires plus strictes, pour un assouplissement de la loi sur la chaîne d'approvisionnement, pour des résolutions symboliques contre les régimes autoritaires. Chaque fois que l'Union franchit cette barrière, elle recourt aux mêmes contorsions sémantiques : il ne s'agit pas de coopération, mais d'une coïncidence. L'AfD vote simplement dans le même sens. Sa propre position aurait de toute façon recueilli la majorité.
Au Bundestag allemand, ce système s'est effondré en février 2025. Lorsqu'une motion CDU/CSU visant à durcir la politique migratoire a obtenu la majorité grâce au vote favorable de l'AfD, une tempête politique sans précédent a éclaté. Le concept de « pare-feu » a dominé la campagne des élections fédérales. Friedrich Merz a dû se justifier, affirmant qu'il n'avait pas fait campagne pour obtenir les voix de l'AfD, mais qu'il avait voté selon ses convictions. Ceux qui partageaient son avis, a-t-il déclaré, n'étaient pas de sa responsabilité. Ce raisonnement paraît plausible si l'on applique les mêmes critères qu'aux Verts et à Die Linke, mais il ne l'est pas aux yeux du public, car la CDU/CSU est le parti allemand qui a le plus activement défendu ce « pare-feu ».
La stratégie de défense de Weber après les révélations de l'agence de presse allemande dpa s'est avérée bien maigre. Il a affirmé ne rien savoir du groupe WhatsApp. C'est peut-être vrai. Néanmoins, cette réponse reste profondément insatisfaisante quant à la manière dont une telle coopération a pu se développer au sein d'un groupe parlementaire placé sous sa direction. Le PPE a voté à plusieurs reprises en commun avec l'extrême droite ces derniers temps, et Weber a commenté chaque fois avec le même minimum d'explications : il n'y a ni dépendance, ni coopération, ni coalition. Quiconque trouve cela crédible doit expliquer pourquoi les membres de son ministère approuvent les propositions de l'AfD et diffusent des émojis d'applaudissements dans le groupe lorsqu'un accord est conclu.
La question de l'honnêteté – ce que méritent les électeurs
Derrière la controverse entourant le pare-feu se cache un problème démocratique plus profond. Un parti comme l'AfD, qui a recueilli environ 20,6 % des seconds votes aux élections fédérales de 2025 et qui est crédité de 25 à 27 % des intentions de vote dans les sondages actuels, représente une part importante de l'électorat allemand. Dans un sondage réalisé en janvier 2026, un répondant sur deux dans le Bade-Wurtemberg se déclarait favorable à diverses formes de coopération entre d'autres partis et l'AfD : 24 % étaient favorables à une coopération ponctuelle et 26 % soutenaient même des coalitions. Seuls 42 % rejetaient toute forme de coopération. Le pare-feu, en tant que principe absolu, ne bénéficie donc pas d'une majorité démocratique.
Cela soulève la question de savoir si ce cloisonnement sert davantage l'auto-positionnement des partis que la protection des valeurs démocratiques fondamentales. Certes, l'AfD est classée comme organisation d'extrême droite avérée par l'Office fédéral de protection de la Constitution dans une grande partie du pays, certaines sections régionales le désignant explicitement. Une normalisation politique aveugle serait imprudente. Mais il y a une différence entre une délimitation normative – pas de coalitions, pas de décisions communes concernant le personnel, pas de compromis de fond – et une hypocrisie sacro-sainte qui consiste à interpréter le moindre chevauchement de votes comme une trahison de la démocratie, tandis que les propres violations de ce même principe sont tacitement justifiées comme des exceptions ou des coïncidences.
Le politologue Philip Manow a décrit ce dilemme d'un point de vue structurel : le blocage informel n'a pas affaibli l'AfD sur le long terme, mais l'a au contraire renforcée. Le parti a plus que quadruplé son score électoral depuis 2013. Dans une démocratie, quiconque, par un blocage informel de la coopération, prive un parti qui recueille entre 20 et 27 % des suffrages de son efficacité parlementaire, suscite précisément la frustration chez ses électeurs, frustration que l'AfD exploite pour poursuivre sa croissance. Il ne s'agit pas ici de plaider pour une participation de l'AfD au gouvernement, mais pour une communication plus transparente et une approche plus nuancée.
L’hypocrisie structurelle – quand tout le monde viole les droits de tous les autres
L'analyse révèle jusqu'à présent une hypocrisie structurelle qui affecte tous les partis impliqués, à des degrés divers et avec des motivations différentes. La CDU/CSU viole ouvertement ses propres principes lorsqu'elle y voit un avantage politique. Les Verts font de même lorsque cela sert leurs positions politiques, puis qualifient cela de « procédure normale » ou d'erreur regrettable. Le parti Die Linke coopère de fait avec l'AfD lorsque la composition du parlement régional le permet, évoquant des « majorités de circonstance ». Même au niveau local, cela est évident : dans les circonscriptions d'Allemagne de l'Est où l'AfD est le parti le plus puissant, les autres partis ont voté en faveur des motions de l'AfD dans près de 27 % des cas. Les groupes parlementaires de la CDU en Saxe et en Thuringe ont déjà formé des majorités avec l'AfD peu après le début d'une législature.
Le schéma est clair : tous les partis maintiennent le cloisonnement lorsque cela leur est politiquement avantageux, c’est-à-dire lorsque leur majorité n’est pas en jeu. Dès que leurs propositions ne peuvent être mises en œuvre qu’avec les voix de l’AfD, ils trouvent des moyens de minimiser la coopération, de la replacer dans un autre contexte ou de la présenter comme une simple coïncidence. Ceux qui paraissent les plus intègres moralement le sont souvent précisément lorsqu’ils ne peuvent se permettre de franchir ce cloisonnement – ou lorsqu’ils ont déjà commis une infraction qui n’a pas encore été révélée au public.
Le terme « pare-feu » a une histoire particulière : il n'a pas été inventé par les adversaires politiques de l'AfD, mais par l'AfD elle-même. Un portrait de Hans-Olaf Henkel paru en 2014 dans le magazine « Stern » le décrivait comme un « pare-feu contre l'idéologie de droite », faisant référence à son rôle de barrière contre l'extrémisme au sein de ce parti encore jeune. Plus tard, Lucke a repris cette métaphore pour se démarquer des factions radicales de l'AfD. Ce n'est qu'à la suite de la crise des réfugiés et de la montée en puissance de Pegida que le terme est entré dans le vocabulaire des partis politiques établis. Le pare-feu était donc à l'origine une construction de l'AfD, que ses adversaires politiques ont adoptée et transformée en arme contre les démocrates-chrétiens (CDU/CSU).
Quo vadis, firewall? – Entre honnêteté et realpolitik
Que reste-t-il au terme de cette analyse ? Le pare-feu, dans sa forme absolutiste, est un phénomène politique qui en dit plus long sur l’état du système partisan allemand que sur l’AfD elle-même. Il est l’expression d’une culture politique où la recherche de la distinction prime sur la cohérence de l’action. Là où tous les autres échouent, son propre principe prévaut. Là où l’on échoue, il faut justifier une exception.
Weber doit rendre des comptes : si le PPE, sous sa direction, élabore activement des projets de loi avec des représentants de l’AfD, alors l’affirmation « Le pare-feu est en place » n’est pas une simplification de la réalité, mais bien de la désinformation. Les électeurs de l’Union – y compris ceux qui estiment que ce pare-feu est une bonne chose – méritent une réponse honnête quant à l’étendue de la coopération à Bruxelles et à ses objectifs.
Marquardt, quant à lui, a reconnu que le vote sur le Mercosur était une erreur. Mais quiconque instrumentalise une erreur pour attaquer ceux qui font exactement la même chose n'a pas su en tirer les leçons. Un rempart crédible exige une action cohérente, et non une indignation morale à chaque changement de conjoncture politique.
Enfin, le parti de gauche ne peut pas se servir de la formule d'une « majorité de circonstance » comme solution durable. Si l'AfD annonce son soutien avant le vote, il ne s'agit plus d'un hasard, mais d'une décision – pour ou contre la motion – en connaissant les votes qui la soutiendront.
Le « pare-feu » a démontré, dans la pratique politique, qu'il n'est rien d'autre qu'une construction rhétorique dénuée de substance, servant avant tout les intérêts de ceux qui l'invoquent avec le plus de véhémence. Quiconque exclut durablement un cinquième de l'électorat du fonctionnement parlementaire tout en pratiquant secrètement la coopération même qu'il condamne publiquement ne pratique pas une démocratie résiliente, mais fait preuve d'hypocrisie politique. Ce dont l'Allemagne a besoin, ce n'est pas du maintien d'un mur illusoire que tous brandissent solennellement tandis que tous le sapent en silence. Ce dont elle a besoin, c'est d'une compétition parlementaire ouverte et honnête, où les majorités sont recherchées objectivement et communiquées en toute transparence. Les électeurs de tous les partis méritent cette honnêteté. Toute autre solution ne fera qu'alimenter la désillusion politique.






















