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Stellantis promet une voiture électrique à 15 000 € – mais ce plan comporte un énorme hic

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Publié le : 26 mai 2026 / Mis à jour le : 26 mai 2026 – Auteur : Konrad Wolfenstein

Stellantis promet une voiture électrique à 15 000 € – mais ce plan comporte un énorme hic

Stellantis promet une voiture électrique à 15 000 €, mais le plan cache un hic. – Image : Xpert.Digital

Le secret de l'UE : comment l'industrie automobile se retrouve soudainement à construire la voiture à 15 000 €

La disparition de la petite voiture était un mensonge : pourquoi les voitures électriques abordables font leur grand retour

Une voiture électrique européenne à part entière pour 15 000 € ? Ce qui, à première vue, semble être l’avancée tant attendue pour une mobilité électrique abordable, se révèle, à y regarder de plus près, être une tentative désespérée de rattrapage de la part d’une industrie en crise. Pendant des années, l’industrie automobile européenne a systématiquement saigné à blanc le segment autrefois populaire des petites voitures afin d’engranger des marges bénéficiaires record avec les gros SUV. Mais aujourd’hui, des pertes existentielles se chiffrant en milliards, une pression sans précédent sur les prix et l’innovation de la part de la Chine, et une nouvelle mesure réglementaire de l’UE contraignent les constructeurs à repenser radicalement leurs stratégies. L’exemple du groupe Stellantis l’illustre sans détour : le retour soudain de la petite voiture abordable n’est pas une offensive d’innovation visionnaire, mais plutôt la réparation tardive d’un désastre auto-infligé. Un examen approfondi des véritables motivations économiques et politiques qui sous-tendent la nouvelle stratégie européenne en matière de voiture électrique.

Stellantis est l'un des plus grands groupes automobiles mondiaux (né en 2021 de la fusion de Fiat Chrysler et du groupe français PSA). Le groupe ne fabrique pas de voitures sous la marque « Stellantis », mais réunit 14 marques automobiles de renom.

Ces catégories peuvent être divisées régionalement comme suit :

  • Allemagne et Grande-Bretagne : Opel, Vauxhall
  • France : Peugeot, Citroën, DS Automobiles
  • Italie : Fiat, Alfa Romeo, Lancia, Maserati, Abarth
  • États-Unis : Jeep, Chrysler, Dodge, Ram

Par ailleurs, le groupe fabrique des véhicules utilitaires légers et des fourgonnettes sous la marque Fiat Professional.

Comment l'industrie automobile présente un problème qu'elle s'est elle-même infligé comme une offensive d'innovation – et ce que cela signifie réellement sur le plan économique

Un prix de 15 000 € pour une voiture électrique fabriquée en Europe pourrait passer pour une petite révolution. En mai 2026, Stellantis annonçait son intention de lancer la production d'une citadine électrique compacte, baptisée « E-Car », dans son usine de Pomigliano d'Arco, en Italie du Sud, dès 2028. Ce modèle servirait de base à la fabrication de voitures pour plusieurs marques du groupe, dont Fiat, Citroën, Opel et Peugeot. Le PDG, Antonio Filosa, la présentait comme la solution au « déclin sans précédent du segment des petites voitures abordables en Europe ces dernières années ». Pourtant, ce qui est présenté comme une avancée stratégique majeure se révèle, à y regarder de plus près, tout autre chose : une tentative tardive de réparer des erreurs commises en interne, sous la pression des réglementations et face à la concurrence chinoise.

L'hémorragie systématique du segment des petites voitures

Le segment des petites voitures n'est pas victime du marché, mais bien de stratégies commerciales délibérées. Entre 2019 et 2023, les ventes de petites voitures en Allemagne ont chuté de 230 000 à 110 000 véhicules. Dans le même temps, le nombre de modèles proposés a quasiment été divisé par deux, passant de 19 à seulement dix. L'ADAC (Automobile Club allemand) a calculé qu'en 2025, les acheteurs devront débourser en moyenne plus de 25 000 € pour une petite voiture neuve, soit plus de 80 % de plus qu'en 2013. Pour un segment qui a toujours représenté une porte d'entrée vers la mobilité individuelle, il s'agit d'une dévaluation structurelle.

Les raisons sont évidentes : les petites voitures ne génèrent tout simplement pas de marges bénéficiaires suffisantes pour les constructeurs. Les coûts de production et de développement des véhicules plus grands sont plus rentables par rapport au prix de vente potentiel. Près d'une voiture neuve immatriculée sur trois en Allemagne est aujourd'hui un SUV, contre seulement une sur dix pour une petite voiture. L'industrie en a tiré la conclusion logique : Ford Ka, Ford Fiesta, Opel Karl, Opel Adam, Citroën C1, Peugeot 108, Smart Fortwo, Škoda Citigo, Seat Mii, Renault Twingo – toutes appartiennent désormais au passé. Symbole particulièrement : la Fiat Punto, qui incarnait autrefois la voiture familiale abordable par excellence, a été retirée du marché. Non pas par manque de demande, mais pour répondre aux impératifs de rentabilité des sièges sociaux.

Les constructeurs ont régulièrement attribué le déclin des petites voitures à la hausse des coûts de développement liés à la norme antipollution Euro 6 et à la complexité des technologies de sécurité. C'est vrai, mais ce n'est que la moitié de l'histoire. Car, parallèlement, ces très petites voitures restées sur le marché ont vu leur prix augmenter sans cesse. Une Mini coûtait en moyenne 12 750 € en 2019, mais quatre ans plus tard, son prix avait grimpé à 18 400 €. L'industrie n'a pas abandonné ce segment principalement par manque de rentabilité ; elle a délibérément augmenté les prix pour dégager des marges premium sur un créneau de marque qui repose essentiellement sur le volume.

Stellantis : une entreprise en crise existentielle

L'annonce de la voiture électrique à 15 000 € intervient dans un contexte de crise profonde pour le groupe Stellantis. L'entreprise a enregistré une perte de 22,3 milliards d'euros pour l'exercice 2025, la deuxième plus importante jamais enregistrée par un conglomérat français. Malgré une légère hausse des ventes de véhicules, le chiffre d'affaires a reculé de 2 % à 153,5 milliards d'euros. Stellantis avait déjà accusé une perte nette de 2,3 milliards d'euros au premier semestre 2025, contre un bénéfice de 5,6 milliards d'euros sur la même période de l'année précédente. Le résultat d'exploitation, ajusté des éléments exceptionnels, s'est effondré de 8,5 milliards d'euros à seulement 540 millions d'euros au premier semestre, soit une chute de 94 %.

L'ancien PDG, Carlos Tavares, s'était concentré pendant des années sur les véhicules haut de gamme à forte marge, négligeant systématiquement le segment d'entrée de gamme. Cette stratégie s'est avérée désastreuse : Stellantis ne pouvait plus vendre ses grands SUV et pick-ups en Amérique du Nord aux prix habituels, tandis que des concurrents proposant des véhicules moins chers gagnaient des parts de marché en Europe. Tavares a dû quitter ses fonctions en 2024. Son successeur, Filosa, a annoncé une restructuration, déclarant que l'entreprise devait être « repositionnée afin que les clients puissent choisir librement parmi toute la gamme des technologies électriques, hybrides et thermiques ». Le projet de voiture électrique n'est donc pas l'expression d'une vision stratégique, mais plutôt une réponse à la crise de la part d'une entreprise qui a trop longtemps misé sur le mauvais cheval.

Par ailleurs, un autre aveu s'impose : Stellantis a dû passer une provision de 22 milliards d'euros car, selon l'entreprise, elle avait « largement surestimé » la demande de voitures électriques. Dans ce contexte, l'annonce d'une petite voiture électrique abordable semble doublement contradictoire : on avait d'abord promis trop de technologies électriques, et maintenant, on propose trop peu de modèles abordables.

La réglementation européenne comme force motrice : la catégorie de véhicules M1E

L'annonce de Stellantis repose sur un mécanisme réglementaire indispensable à la viabilité économique du projet : la nouvelle catégorie de véhicules M1E prévue par l'UE. Cette sous-catégorie de la classe M1 existante regroupe les véhicules 100 % électriques d'une longueur maximale de 4,20 mètres, qui doivent être produits exclusivement au sein de l'UE. Son adoption formelle était attendue pour mi-2026, avec une mise en œuvre prévue pour 2027.

Le levier économique décisif : les véhicules de la classe M1E sont comptabilisés 1,3 fois, au lieu du coefficient habituel de 1,0, dans le calcul des émissions de CO2 des flottes des constructeurs. Cela représente un avantage réglementaire de 30 % pour atteindre les objectifs de conformité aux normes CO2. Un constructeur qui atteint actuellement les limites de sa flotte peut compenser efficacement une plus grande part de ses émissions de CO2 dans d’autres segments en vendant un véhicule M1E. Afin de garantir la stabilité des planifications, les exigences relatives à cette classe seront gelées pendant dix ans.

Le concept s'inspire librement des Kei cars japonaises, une catégorie de véhicules créée dans les années 1950 pour désigner des citadines particulièrement petites, légères et abordables, soumises à une réglementation stricte concernant leurs dimensions, leur cylindrée et leur puissance. La différence cruciale est double : d'une part, la M1E est exclusivement composée de véhicules électriques, à l'exclusion de tout véhicule à moteur thermique ; d'autre part, sa longueur maximale de 4,20 mètres est nettement supérieure à la limite de 3,40 mètres imposée aux Kei cars japonaises. Par conséquent, la M1E n'est pas l'équivalent européen d'une Kei car, mais plutôt une voiture électrique compacte bénéficiant d'avantages réglementaires.

Pour les consommateurs, cette catégorie n'apporte que peu de changements : les véhicules M1E sont traités comme des voitures particulières classiques, nécessitent un permis de conduire de catégorie B, sont soumis à l'homologation européenne et sont classés, à des fins d'assurance, comme toute autre voiture particulière. Cette catégorie ne crée pas de nouveaux droits pour les utilisateurs, mais offre principalement de nouvelles incitations aux constructeurs.

Pourquoi maintenant en particulier : la pression chinoise comme véritable catalyseur

Le principal moteur du retour des constructeurs européens sur le segment des petites voitures ne vient ni de Bruxelles, ni des sièges sociaux de Turin, Amsterdam ou Stuttgart, mais de Shanghai, Hangzhou et Shenzhen. En 2025, les constructeurs automobiles chinois fournissaient environ 60 % des voitures électriques mondiales. Plus de 60 % des véhicules produits en Chine étaient déjà électriques, tandis que les constructeurs européens n'atteignaient qu'une part de marché d'environ 17 %. Les exportations chinoises de voitures électriques ont doublé en 2025, atteignant un niveau record de plus de 2,5 millions d'unités.

La voiture électrique la moins chère du marché européen, la Dacia Spring, est produite en Chine et était parfois disponible à moins de 12 000 € grâce à la prime à l'achat d'un véhicule électrique. Il ne s'agit pas d'un modèle européen, mais d'une voiture du groupe Renault d'origine chinoise. Le règlement M1E exclut explicitement les véhicules produits hors de l'UE ; de ce fait, la Dacia Spring, la Hyundai Inster et la Mini Cooper ne sont pas éligibles aux subventions. Ce n'est pas un hasard : l'UE érige des barrières protectionnistes autour du segment des petites voitures, tout comme elle avait précédemment imposé des droits de douane sur les voitures électriques chinoises.

L'ironie est frappante : Stellantis a noué d'importantes collaborations avec des partenaires chinois pour mettre en œuvre sa stratégie de véhicules électriques plus abordables. La marque Opel développe un nouveau SUV électrique en partenariat avec le constructeur chinois Leapmotor, dont la production devrait débuter à l'été 2028 dans l'usine Stellantis de Saragosse. Stellantis détient 51 % des parts de la coentreprise Leapmotor International, qui produit des véhicules européens grâce à des technologies chinoises. Stellantis n'a pas encore confirmé si son partenaire technologique pour ce nouveau projet de voiture électrique est également d'origine chinoise, mais les observateurs du secteur estiment cette hypothèse très probable.

La promesse de prix : espoir réaliste ou vœu pieux ?

15 000 € pour une voiture électrique européenne à part entière : à première vue, l’offre semble alléchante. Pourtant, à y regarder de plus près, elle soulève d’importantes questions. La Fiat 500e, la petite voiture électrique européenne la moins chère actuellement, est proposée à un prix bien supérieur. Selon les experts du secteur, atteindre la fourchette de prix de 15 000 à 20 000 € nécessiterait un assouplissement significatif de la réglementation.

C’est là le nœud du problème : les constructeurs européens ont abandonné les petites voitures pendant des années, arguant que le durcissement des normes de sécurité et d’émissions les rendait non rentables. Or, ce même cadre réglementaire, grâce à des dérogations et des simplifications ciblées au sein de la catégorie M1E, est censé permettre la commercialisation d’une voiture électrique à 15 000 €. L’industrie réclame donc un allègement réglementaire pour tenir une promesse de prix qu’elle avait auparavant exclue, invoquant précisément ce fardeau réglementaire.

La structure des coûts demeure complexe. Les batteries, principal poste de dépense pour les véhicules électriques, restent largement dominées par des fabricants chinois comme CATL, qui contrôle plus de 80 % de la production mondiale de cellules de batteries. Un véhicule de fabrication européenne, privé d'accès à ces chaînes d'approvisionnement compétitives, doit compenser ces coûts par des économies d'échelle, une simplification des équipements et des allégements réglementaires. L'efficacité de cette stratégie d'ici 2028 et la possibilité de maintenir un prix de 15 000 € restent à démontrer. À titre de comparaison : même la Dacia Spring, la voiture électrique de série la moins chère d'Europe, coûtait environ 11 900 € fin 2025 après déduction des incitations constructeurs – et elle est fabriquée en Chine.

 

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Qui sauvera la voiture électrique à 15 000 € ? La réponse européenne à la pression chinoise sur les prix

Le problème du timing : trop tard, trop lent, trop prudent

2028 n'est pas une échéance imminente. C'est un délai de production très long pour un marché en pleine mutation. Le groupe Volkswagen prévoit de lancer plusieurs citadines électriques dès 2026 : la Cupra Raval, la VW ID. Polo, la VW ID. Cross et la Skoda Epiq, toutes produites en Espagne. Renault prépare la nouvelle Twingo électrique, disponible dès fin 2026. La concurrence s'emballe, tandis que Stellantis annonce une date de lancement dans deux ans.

Cette situation est typique d'une entreprise qui s'est trop longtemps reposée sur sa stratégie haut de gamme et qui doit désormais rattraper son retard. Dès 2025, les PDG de Stellantis et de Renault tiraient conjointement la sonnette d'alarme, exigeant des réformes de l'UE pour le segment des petites voitures, faute de quoi des fermetures d'usines en Europe seraient inévitables. Le fait que l'industrie ait réagi deux ans plus tard avec des projets pour 2028 témoigne de l'ampleur de cette inertie structurelle.

Par ailleurs, la question de la stratégie de marque demeure complexe : les marques du groupe sous lesquelles le projet de voiture électrique sera commercialisé ne sont pas encore clairement définies. Stellantis évoque de « nouveaux modèles attrayants pour plusieurs marques », ce qui laisse supposer une stratégie de plateforme commune pour Fiat, Citroën, Opel et Peugeot. Cette stratégie se justifie par la réduction des coûts, mais comporte un risque de dilution de la marque : si la même petite voiture est vendue sous les marques Fiat, Opel et Citroën, avec pour seules différences les badges et quelques variations de design mineures, la question de la réelle valeur ajoutée de chaque marque se pose.

L'atelier de réparation réglementaire : quand l'État fait ce que le marché n'a pas fait

La catégorie de véhicules M1E et ses super-crédits associés illustrent parfaitement les interventions réglementaires correctives. Le marché a échoué, non pas par manque de demande pour les petites voitures abordables, mais parce que les constructeurs ont privilégié leurs marges bénéficiaires au détriment des intérêts des clients. Désormais, la réglementation intervient pour remédier à cette situation, en créant des incitations artificielles afin de combler un manque que le marché n'a pas su combler de lui-même.

D'un point de vue économique, il s'agit d'un cas classique de défaillance du marché suivie d'une intervention de l'État. Le problème est que cette intervention pèse indirectement sur les contribuables, car les subventions publiques, les allégements fiscaux et les avantages liés à la conformité aux normes d'émissions de CO2 couvrent les coûts réels que le constructeur refusait d'assumer sur le marché libre. Renault et Stellantis bénéficient ainsi, de fait, de récompenses réglementaires pour avoir enfin fait ce qu'ils auraient pu et dû faire depuis des années.

L'UE justifie explicitement la catégorie M1E par l'objectif de rendre les objectifs d'émissions de CO2 pour l'ensemble du parc automobile atteignables, tout en améliorant l'accessibilité financière des véhicules électriques. Cela se comprend. Cependant, cette justification occulte le fait que cette même UE, par le biais de réglementations strictes en matière de sécurité et d'émissions, a largement contribué à rendre les petites voitures structurellement non rentables. Les exemptions accordées aux véhicules M1E concernant certaines obligations constituent de fait un aveu que le cadre réglementaire actuel impose une charge excessive au segment des petites voitures.

Dimension géopolitique : l’Europe entre protectionnisme et dépendance

Le règlement M1E présente clairement des caractéristiques protectionnistes. L'obligation de produire les véhicules dans l'UE pour bénéficier des supercrédits constitue un instrument direct de protection des constructeurs européens face à la concurrence chinoise. Cette mesure est politiquement compréhensible, mais non sans risques économiques.

Premièrement, le protectionnisme fausse la concurrence. Si les constructeurs européens ne sont pas compétitifs par l'efficacité et l'innovation, mais plutôt par des privilèges réglementaires, le problème de fond – le manque de compétitivité – n'est pas résolu, mais simplement repoussé. Deuxièmement, malgré l'obligation de produire localement, l'industrie automobile européenne est fortement dépendante des chaînes d'approvisionnement chinoises : les cellules des batteries proviennent en grande partie de Chine, et les partenariats technologiques comme celui entre Opel et Leapmotor reposent en définitive sur les ressources de développement chinoises. La voiture est assemblée en Europe, mais est souvent développée en Chine et équipée de composants chinois.

Troisièmement, les droits de douane imposés par l'UE sur les voitures électriques chinoises représentent un doublement de la protection. Conjugués aux super crédits M1E, ils constituent un dispositif de soutien global à l'industrie nationale. Conséquence pour les consommateurs : ils paient plus cher que nécessaire pendant une phase de transition, car les alternatives chinoises, moins coûteuses, sont renchéries par ces droits de douane. On peut se demander si cela correspond à l'objectif visé – une mobilité électrique abordable pour tous.

Les véritables enjeux : mobilité sociale et politique climatique

Derrière le débat économique sur les marges, la réglementation et la concurrence se cache un problème social majeur. Depuis des années, l'accès à une voiture neuve est devenu de plus en plus onéreux pour une large partie de la population européenne. Selon l'ADAC (Automobile Club allemand), seuls quatre modèles sont actuellement disponibles sur le marché allemand à moins de 15 000 €. Les personnes aux revenus modestes achètent une voiture d'occasion – souvent ancienne, peu performante et polluante – ou renoncent tout simplement à posséder un véhicule. Ces deux options posent problème d'un point de vue socio-politique.

Le segment des petites voitures est crucial du point de vue de la politique climatique. La réglementation des émissions de CO2 à l'échelle du parc automobile fonctionne statistiquement : les constructeurs qui vendent de nombreux petits véhicules économes en carburant peuvent simultanément compenser les émissions des véhicules plus gros et plus polluants. Si le segment inférieur du marché est négligé, cette logique s'inverse et atteindre les objectifs climatiques devient plus coûteux ou plus long. La Classe M1E n'est donc pas seulement un enjeu de politique concurrentielle, mais aussi un instrument de politique climatique.

L'ironie réside dans le contexte : dans les années 1990 et 2000, le segment des petites voitures était florissant en Europe – la Fiat Punto, la VW Polo, la Ford Fiesta et la Peugeot 206 étaient produites en masse et pourtant rentables. Ce segment n'a pas été anéanti par des facteurs externes, mais par des choix internes des constructeurs, conjugués à un cadre réglementaire favorisant la taille et la complexité. Aujourd'hui, alors que les constructeurs chinois prouvent que des véhicules électriques abordables et performants sont possibles – même si les conditions de production sont différentes –, l'Europe redécouvre soudainement le segment des petites voitures.

Site de production de Pomigliano : symbole et réalité

L'usine de Pomigliano d'Arco, en Campanie, est bien plus qu'un simple site de production : c'est un symbole politique. La région est l'une des plus fragiles économiquement d'Italie, et l'usine est un employeur majeur. Actuellement, la Fiat Panda et l'Alfa Romeo Tonale y sont produites. La production de la version hybride de la Fiat Panda devrait se poursuivre jusqu'en 2030, parallèlement à celle du modèle électrique prévu pour 2028.

Stellantis a envoyé un signal politique en annonçant son implantation, précisément au moment où le gouvernement italien critiquait vivement l'entreprise pour son retrait du pays et le désintérêt porté à ses usines italiennes. Le projet de voiture électrique devient ainsi un outil de communication politique industrielle : une voiture électrique abordable pour l'Europe, fabriquée dans une région économiquement défavorisée d'Italie, par une entreprise confrontée à de lourdes pertes, en réaction à la pression chinoise sur les prix et à la réglementation européenne. Il ne s'agit pas d'une vision stratégique claire, mais plutôt de la compression de plusieurs crises simultanées en une seule annonce.

La réalisation des « volumes importants » annoncés pour l'usine de Pomigliano dépend de facteurs actuellement imprévisibles : comment évoluera le marché des petites voitures électriques entre 2026 et 2028 ? La Classe M1E sera-t-elle homologuée et mise en œuvre comme prévu ? Le prix de 15 000 € pourra-t-il être maintenu ? Quelle sera la vigueur de la réponse de Volkswagen avec ses propres petites voitures ? Et quelle sera l'intensité de la concurrence chinoise ?

Structure du marché 2026 : Qui se bat pour ce segment ?

Le segment des petites voitures électriques devrait devenir l'un des plus concurrentiels de l'industrie automobile européenne d'ici 2026. Le groupe Volkswagen se positionne avec quatre nouveaux modèles – le Cupra Raval, la VW ID. Polo, la VW ID. Cross et la Skoda Epiq – tous annoncés pour 2026 et produits en Espagne. Renault lance la nouvelle Twingo. Citroën commercialise déjà l'ë-C3. Fiat vend la 500e. Quant à Dacia, elle propose la Spring, son option la plus abordable, qui, bien que produite en Chine, rencontre un vif succès auprès des particuliers en Europe.

Le segment sera donc plus dense que jamais en 2026 et 2027, précisément au moment où la réglementation M1E apporte les incitations nécessaires. C'est un avantage stratégique pour les consommateurs, mais un risque structurel pour chaque fournisseur, qui dépend d'un volume de production suffisant pour amortir ses coûts de développement. Volkswagen détient 28 % de parts de marché en Europe sur le segment des véhicules électriques, une position de départ de loin la plus solide. Stellantis, quant à elle, souffre d'une image ternie et accuse un retard d'au moins deux ans sur ses principaux concurrents.

Le groupe Volkswagen avait déjà prédit en 2025 que le marché des petites voitures électriques en Europe serait environ quatre fois plus important après 2030 qu'à cette date. C'est là le véritable enjeu stratégique : celui qui dominera ce segment d'ici 2030 s'assurera une position de marché cruciale pour l'ensemble de la transition électrique. Stellantis doit rattraper son retard, et non prendre la tête.

Conclusion : Entre nouveaux départs et acceptation du passé

La voiture électrique Stellantis à 15 000 € est tout à fait réalisable, soutenue par une réglementation judicieuse et souhaitable du point de vue de la politique industrielle. Elle ne témoigne cependant pas de la clairvoyance stratégique de l'industrie automobile européenne. Elle est le fruit d'années d'échecs – du côté du marché, de la réglementation et des stratèges d'entreprise – que la pression conjuguée de la concurrence chinoise et de la réglementation européenne corrige aujourd'hui.

L'analyse économique révèle un secteur qui, par le passé, privilégiait les profits à court terme en maintenant ses marges au détriment de sa présence sur le marché, et qui en subit aujourd'hui les conséquences, sous la pression de plusieurs crises simultanées : faiblesse des ventes, pertes se chiffrant en milliards, avance technologique de la Chine et objectifs climatiques de l'UE. Les mesures politiques telles que les super-crédits et les droits de douane pour la M1E permettent de gagner du temps, mais ne résolvent pas la faiblesse structurelle de la compétitivité apparue avec l'abandon de la voiture grand public.

Ceux qui célèbrent le projet de voiture électrique de 2028 ont raison de se réjouir des progrès accomplis. Mais ils ne doivent pas oublier pourquoi le chemin a été si long. Et ils devraient se demander si l'Europe sera encore capable de produire des véhicules électriques abordables lorsque les subventions et les supercrédits auront finalement pris fin.

 

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