
Vérification des faits concernant la FAZ : Pourquoi la transition énergétique n’est pas le véritable facteur de prix : Les coûts du système fossile sont les véritables moteurs – Image créative : Xpert.Digital
L'article du Frankfurter Allgemeine Zeitung est trompeur : les coûts du système fossile ne sont pas mentionnés comme les véritables facteurs expliquant les coûts globaux du système énergétique
Une étude d'EWI révèle que c'est la dépendance aux combustibles fossiles, et non l'énergie éolienne et solaire, qui fait grimper les coûts de l'électricité
Début février 2026, une analyse approfondie de l'Institut d'économie de l'énergie (EWI) de l'Université de Cologne a suscité une vive polémique dans le débat sur la politique énergétique. Intitulée « Dépenses du système électrique en Allemagne », l'étude examinait l'évolution des coûts entre 2010 et 2024. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) s'est emparé de ces données et a publié un article de la journaliste Hanna Decker intitulé : « Pourquoi la transition énergétique est-elle soudainement si coûteuse ? » Ce titre a depuis été largement utilisé comme preuve de l'explosion supposée des coûts de la transition écologique. Cependant, un examen plus attentif de l'étude de l'EWI révèle que cette interprétation est trompeuse et occulte les véritables causes.
Bien que l'étude confirme une hausse réelle des coûts du système, atteignant récemment 30 centimes par kilowattheure, les principaux facteurs de cette évolution ne sont en aucun cas les centrales éoliennes et solaires. L'analyse met plutôt en lumière les conséquences coûteuses à long terme de la dépendance aux énergies fossiles : le doublement du prix du gaz après la guerre d'agression russe et la hausse politique du prix du CO2 en sont les principaux responsables. Par ailleurs, la baisse de la consommation entraîne une augmentation statistique des frais de réseau, tandis que la forte augmentation de l'autoconsommation privée d'énergie photovoltaïque soulève des problèmes de distribution totalement absents du rapport de la FAZ. L'article qui suit analyse en détail pourquoi les véritables risques liés aux coûts résident dans le secteur des énergies fossiles et pourquoi la transition énergétique pourrait même freiner la hausse des prix à long terme.
En lien avec ceci :
- EWI : Dépenses liées au système électrique en Allemagne
- FAZ : Pourquoi la transition énergétique est-elle devenue si coûteuse ?
Quel est le contexte du débat actuel sur les coûts de la transition énergétique ?
Début février 2026, l'Institut d'économie de l'énergie (EWI) de l'Université de Cologne a publié une analyse approfondie intitulée « Dépenses du système électrique en Allemagne – Analyse des évolutions historiques ». Cette étude examine l'évolution des différentes composantes des dépenses du système électrique entre 2010 et 2024. La journaliste Hanna Decker s'est appuyée sur cette étude pour un article paru dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung, intitulé « Pourquoi la transition énergétique est-elle soudainement si coûteuse ? ». Cet article a depuis été fréquemment cité dans les débats publics comme une prétendue preuve de l'explosion des coûts de la transition énergétique. Or, un examen plus attentif révèle que le titre est trompeur et que les véritables facteurs de coûts sont tout autres que ceux présentés.
Quels sont les principaux résultats de l'étude EWI ?
L'étude de l'EWI révèle que les dépenses consacrées au système électrique en Allemagne ont augmenté en moyenne de 4,1 % par an en termes réels depuis 2010. L'accélération observée à partir de 2018 est particulièrement frappante : alors que la hausse moyenne entre 2010 et 2017 n'était que de 0,7 % par an, les dépenses ont ensuite explosé pour atteindre environ 8,1 % par an, après ajustement pour l'inflation. En 2024, le coût total des dépenses pour le système électrique s'élevait à 30 centimes par kilowattheure d'électricité consommé. À titre de comparaison, ce chiffre était de 17 centimes par kilowattheure en 2010 (en prix 2024). L'étude utilise délibérément, et par souci de rigueur méthodologique, le terme « dépenses pour le système électrique » et évite de les imputer directement à la transition énergétique.
Quels sont les trois facteurs de coûts identifiés par l'article de Hanna Decker sur la FAZ ?
L'article de la FAZ identifie trois principaux facteurs de coûts à partir de l'étude de l'EWI. Premièrement, le doublement du coût des combustibles depuis 2018, notamment en raison du maintien du prix du gaz autour de 35 € par mégawattheure depuis l'arrêt des livraisons de Nord Stream. Ce prix est environ deux fois plus élevé qu'avant la guerre d'agression russo-ukrainienne, lorsque le gazoduc russe était encore acheminé vers l'Europe. Deuxièmement, le système d'échange de quotas d'émission de l'UE, qui, suite à la réforme de 2017, a vu son coût exploser, passant d'un système quasi inoffensif avec des prix avoisinant les 5 € la tonne à plus de 100 € la tonne. Les dépenses liées aux quotas d'émission ont ainsi bondi de 1,8 milliard d'euros en 2017 à 13,4 milliards d'euros en 2023. Troisièmement, la baisse de la consommation d'électricité, qui est passée de 479 à 388 térawattheures, contribue paradoxalement à la hausse du coût par kilowattheure, car les coûts de réseau sont principalement des coûts fixes répartis sur une consommation plus faible.
Pourquoi le titre « Pourquoi la transition énergétique est-elle soudainement si coûteuse ? » est-il trompeur ?
Le titre est trompeur car l'analyse de Decker dans l'article montre que les principaux facteurs de la hausse des coûts ne sont pas les énergies renouvelables. Le fait de parler de « coûts de transition énergétique » déforme considérablement les conclusions de l'étude de l'EWI. Cette dernière est méthodologiquement beaucoup plus rigoureuse et aborde de manière neutre les « dépenses du système électrique » sans les imputer directement à la transition énergétique. Decker exploite cette formulation pour créer un titre plus accrocheur, mais aussi plus trompeur. Quiconque ne lit que le titre se fait une fausse idée de ce que l'étude démontre réellement. Les hausses de coûts sont principalement dues aux bouleversements géopolitiques et à un instrument de protection du climat efficace, et non aux centrales éoliennes et solaires.
Dans quelle mesure la hausse des prix du gaz est-elle une conséquence de la dépendance aux combustibles fossiles et non de la transition énergétique ?
La hausse des prix du gaz est une conséquence directe de la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine et de l'arrêt consécutif des livraisons de Nord Stream. Pendant des décennies, l'Allemagne était fortement dépendante du gazoduc russe. L'arrêt de ces livraisons a contraint l'Europe à se tourner vers le gaz naturel liquéfié (GNL), plus coûteux et négocié à des prix nettement supérieurs sur le marché mondial. Depuis, le prix du gaz se maintient autour de 35 € par mégawattheure, soit le double du niveau d'avant la crise. Selon KfW Research, les importations de pétrole brut, de gaz naturel et de charbon coûtent à l'Allemagne environ 81 milliards d'euros par an, ce qui correspond à environ 2,5 % de son produit intérieur brut, soit 1 000 € par habitant. En 2024, les importations de gaz naturel représentaient à elles seules 19 milliards d'euros. La part de la Russie dans les importations énergétiques allemandes est passée de 35 % en 2021 à seulement 0,1 % en 2024. Les principaux fournisseurs sont désormais la Norvège, les États-Unis et les Pays-Bas. Ce facteur de coût n'a donc rien à voir avec les éoliennes ou les centrales solaires, mais résulte directement de décennies de dépendance aux combustibles fossiles provenant de sources géopolitiquement incertaines.
Pourquoi le prix du CO2 n'est-il pas un argument contre la transition énergétique ?
Le système d'échange de quotas d'émission de l'UE (SEQE-UE) est un instrument de protection du climat délibérément mis en place pour renchérir la production d'électricité à partir de combustibles fossiles. Entre 2012 et 2018, le prix des certificats était généralement inférieur à 10 € la tonne et le système était considéré comme inefficace, faute d'effet incitatif. En 2017, l'UE a décidé d'une réforme en profondeur et a retiré du marché les certificats excédentaires. Les prix ont ensuite progressé régulièrement, dépassant pour la première fois la barre des 100 € la tonne en février 2023. L'augmentation des dépenses consacrées aux certificats d'émission, passées de 1,8 milliard d'euros en 2017 à 13,4 milliards d'euros en 2023, est donc intentionnelle et politiquement planifiée. Le prix du CO2 ne renchérit pas les énergies renouvelables, mais bien la production d'électricité à partir de combustibles fossiles. Il envoie ainsi un signal qui rend les investissements dans des alternatives respectueuses du climat plus attractifs économiquement. Les énergies renouvelables, comme l'éolien et le solaire, ne sont pas soumises au système d'échange de quotas d'émission car elles ne produisent pas d'émissions de CO2. Présenter le prix du CO2 comme le coût de la transition énergétique fausse donc la logique causale : le prix du CO2 montre plutôt à quel point le maintien du système des combustibles fossiles est devenu coûteux.
Comment expliquer l'augmentation des coûts de réseau par kilowattheure ?
La consommation d'électricité en Allemagne a diminué en moyenne de 6,5 térawattheures par an depuis 2010. Plus récemment, elle s'établissait à seulement 388 térawattheures. Cette baisse s'explique par des applications plus efficaces, le recul de la production industrielle énergivore et l'autosuffisance croissante grâce aux systèmes photovoltaïques. Selon une étude de l'EWI, la diminution de la demande réduit l'utilisation du capital et, par conséquent, augmente les dépenses nationales par unité d'électricité consommée. Cet effet impacte particulièrement le réseau électrique, car ses coûts sont majoritairement fixes : les lignes engendrent des coûts élevés même lorsqu'elles ne fonctionnent pas constamment à pleine capacité, contrairement aux centrales au charbon ou au gaz, dont les coûts variables diminuent également avec la baisse de production. La part des dépenses liées au réseau dans les dépenses totales est passée de 19 % en moyenne entre 2010 et 2014 à 26 % entre 2020 et 2024. Cependant, l'extension du réseau aurait été partiellement nécessaire même sans transition énergétique, car l'infrastructure existante est obsolète et aurait de toute façon nécessité une modernisation. La production décentralisée d'électricité à partir d'énergies renouvelables accélère naturellement l'expansion du réseau, mais elle n'est en aucun cas uniquement due à la transition énergétique.
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La question cruciale reste sans réponse : quel serait le coût de l’électricité aujourd’hui sans la transition énergétique ?
Quel effet distributif de l'autoconsommation d'énergie photovoltaïque l'article de la FAZ omet-il de mentionner ?
Un point aveugle important de l'article de la FAZ concerne l'essor rapide de l'autoconsommation d'énergie solaire par les ménages. L'étude de l'EWI souligne que cette autoconsommation, quasi nulle, a atteint un niveau considérable. Selon l'institut Fraunhofer ISE, l'autoconsommation d'énergie photovoltaïque en Allemagne a atteint 12,28 térawattheures en 2024, soit 17 % de la production nette d'électricité photovoltaïque. À titre de comparaison, elle n'était que de 3,55 térawattheures en 2020 et de seulement 0,25 térawattheure en 2012. Pour les ménages équipés de leurs propres panneaux photovoltaïques, cette autoconsommation réduit significativement leur facture d'électricité. Ils consomment l'électricité autoproduite directement sur place, sans passer par le réseau public. Cependant, cela augmente simultanément le coût du kilowattheure pour les autres usagers du réseau, car les coûts fixes de ce dernier sont répartis sur une quantité d'électricité consommée moindre. Dans son article, Decker n'aborde pas cet effet de répartition sociale entre les propriétaires et les non-propriétaires de panneaux photovoltaïques. Il s'agit d'un enjeu de répartition socialement pertinent qui devrait occuper une place centrale dans le débat sur les coûts supposés de la transition énergétique.
Quelle contre-question cruciale est totalement absente de l'article de la FAZ ?
La question la plus importante qui manque peut-être au récit de Decker est la suivante : quel aurait été le coût du système à combustibles fossiles sans la transition énergétique ? Il faut imaginer un scénario hypothétique où l’Allemagne n’aurait pas développé ses sources d’énergie renouvelables et serait entièrement dépendante du gaz russe, sans l’effet modérateur des énergies renouvelables sur les prix de gros de l’électricité, et confrontée aux coûts économiques d’un changement climatique non maîtrisé. L’étude de l’Öko-Institut for Agora Energiewende a déjà montré que, compte tenu de l’évolution la plus prévisible des prix de l’énergie et du CO2, un système électrique composé à 95 % d’énergies renouvelables en 2050 coûterait à peu près autant, voire moins cher, qu’une alternative à base de combustibles fossiles. Un système à base de charbon n’est significativement moins cher que si l’on suppose des prix du CO2 très bas, de l’ordre de 20 € la tonne maximum, pour l’avenir. Un système à base de gaz ne peut être avantageux que si l’on suppose simultanément des prix du gaz bas et des prix du CO2 stables. Or, la réalité a montré que ces deux scénarios sont extrêmement improbables. De plus, les énergies renouvelables constituent une assurance contre la volatilité des prix des carburants et du CO2, car dans les systèmes à combustibles fossiles, la part des coûts variables dans les coûts totaux se situe entre 30 et 67 %, alors que dans les systèmes à énergies renouvelables, elle n'est que d'environ 5 %.
Quels sont les coûts sociaux du carbone et pourquoi sont-ils pertinents dans ce débat ?
L'étude de l'EWI elle-même indique en note de bas de page que le coût social du carbone (CSC), c'est-à-dire les coûts macroéconomiques du changement climatique, est susceptible de dépasser les prix actuels du système d'échange de quotas d'émission (SEQE). Decker ignore complètement ce point dans son article. Le coût social du carbone (CSC) estime la valeur actuelle des dommages économiques causés par une tonne supplémentaire d'émissions de CO2. Les estimations scientifiques actuelles évaluent le CSC à environ 185 dollars américains par tonne de CO2, ce qui est nettement supérieur au prix actuel du SEQE de l'UE, qui se situe entre 70 et 80 euros par tonne. L'Agence fédérale allemande pour l'environnement (UBA) estime les coûts des dommages liés au CO2 à court terme à 80 euros par tonne, et même à 145 ou 260 euros par tonne à moyen et long terme. Si l'on prend en compte les risques climatiques tels que les phénomènes météorologiques extrêmes et le risque de points de basculement irréversibles, le CSC peut même atteindre 182 dollars américains par tonne. Cela signifie que même le prix actuel du CO2 dans le système d'échange de quotas d'émission de l'UE est loin de couvrir les véritables coûts sociétaux de la production d'électricité à partir de combustibles fossiles. Chaque tonne de CO2 émise cause en réalité des dommages bien plus importants que ceux pris en compte par le système d'échange de quotas d'émission. Par conséquent, quiconque présente le coût du CO2 comme un fardeau de la transition énergétique ignore que le coût réel du système des combustibles fossiles est bien plus élevé.
Comment le rôle de l’État dans le financement du système électrique a-t-il évolué ?
Jusqu'en 2020, conformément au principe du pollueur-payeur, les consommateurs d'électricité (particuliers, entreprises et industries) supportaient l'intégralité des coûts du système électrique. Ces dernières années, cependant, le gouvernement a renforcé son soutien aux consommateurs. La surtaxe EEG a été supprimée et son coût transféré au budget fédéral. Les subventions EEG ont récemment dépassé 18 milliards d'euros. En 2023, le gouvernement a plafonné les coûts grâce au frein sur les prix de l'électricité. Ainsi, en 2023 et 2024, les budgets publics ont couvert près d'un quart des dépenses totales de production et de distribution. En 2026, une subvention fédérale de 6,5 milliards d'euros sera allouée aux redevances de réseau, afin de réduire significativement les coûts de réseau pour les ménages et les entreprises. Les redevances de réseau ont diminué d'environ 17 % en moyenne à l'échelle nationale. Alors que, jusqu'en 2022, le gouvernement percevait des recettes supérieures à ses dépenses grâce à la vente aux enchères de certificats de CO2, aux redevances de concession et aux taxes sur l'électricité et la valeur ajoutée, ce ratio s'est désormais inversé. Un changement fondamental se dessine dans le financement du système électrique, l'État jouant un rôle de plus en plus important.
Que révèle réellement l'étude EWI lorsqu'elle est correctement interprétée ?
L'étude de l'EWI fournit une description méthodologiquement rigoureuse et détaillée de l'augmentation des coûts du système électrique allemand entre 2010 et 2024. Elle identifie les principaux facteurs : la hausse du coût des combustibles due aux bouleversements géopolitiques, le prix du CO2 volontairement plus élevé résultant de la réforme du SEQE (Système d'échange de quotas d'émission), et l'impact de la baisse de la consommation sur la répartition des coûts fixes du réseau. L'étude fait systématiquement référence aux « dépenses du système électrique » et n'attribue pas unilatéralement les coûts à la transition énergétique. Elle souligne également l'importance croissante de l'autoconsommation d'énergie photovoltaïque et note que le coût économique global des émissions de CO2 est susceptible de dépasser les prix du SEQE. En résumé, l'étude montre que la transition énergétique n'est pas « devenue soudainement si coûteuse ». C'est plutôt le système des combustibles fossiles qui est devenu plus onéreux, la modernisation du réseau est coûteuse, et le prix du CO2 remplit enfin son rôle d'instrument de pilotage. Quiconque cite cette étude comme argument contre la transition énergétique ne l'a soit pas lue, soit l'a délibérément mal interprétée.
Quelles leçons les politiques énergétiques devraient-elles tirer de ces résultats ?
L'enseignement principal de l'étude de l'EWI et du débat qu'elle a suscité est que les risques les plus importants liés aux coûts du système énergétique proviennent toujours du secteur des énergies fossiles. La dépendance de l'Allemagne aux importations d'énergies fossiles l'expose aux fluctuations des prix et aux risques géopolitiques, comme l'a si clairement démontré la guerre en Ukraine. À l'inverse, un système électrique basé sur les énergies renouvelables offre une protection contre la volatilité des prix des combustibles, car ses coûts sont quasiment constants. Le développement accéléré des énergies renouvelables, la poursuite du développement des technologies de stockage et la transformation intelligente du réseau électrique ne sont pas des facteurs de coûts, mais plutôt des stratégies d'évitement des coûts à long terme. Le débat public ne devrait pas être guidé par des titres trompeurs, mais plutôt par une analyse des coûts totaux des différents systèmes énergétiques, fondée sur des hypothèses réalistes. Cette analyse doit prendre en compte les coûts externes du changement climatique, ainsi que la sécurité d'approvisionnement et l'indépendance économique vis-à-vis des pays fournisseurs géopolitiquement instables. La transition énergétique n'est pas le problème ; elle fait partie de la solution pour un système énergétique abordable et sûr pour l'avenir.
Quel rôle jouent les énergies renouvelables en tant que facteurs de régulation des prix dans le commerce de gros ?
Un aspect souvent négligé dans le débat sur les coûts est l'effet modérateur des énergies renouvelables sur les prix du marché de gros de l'électricité. Lorsque d'importantes quantités d'énergie éolienne et solaire sont injectées dans le réseau, le prix de gros de l'électricité baisse car ces sources d'énergie ont des coûts marginaux proches de zéro. Cet effet de priorité au mérite exclut du marché les centrales à gaz coûteuses, qui, autrement, feraient grimper les prix. Sans le développement massif des énergies renouvelables, le prix de gros de l'électricité aurait probablement été bien plus élevé après la rupture des approvisionnements en gaz russe. Les énergies renouvelables ont ainsi joué un rôle d'amortisseur de prix pendant la crise énergétique, atténuant le fardeau pesant sur les consommateurs et l'industrie. Cet effet n'est pas mentionné dans l'analyse de Decker, bien qu'il contrebalance de manière significative les hausses de coûts décrites. L'augmentation de la production d'énergie renouvelable est l'une des raisons pour lesquelles les prix de gros de l'électricité ont de nouveau baissé de manière significative après le pic extrême atteint lors de la crise énergétique de 2022.
Comment faut-il évaluer l'évolution actuelle des prix de l'électricité en Allemagne ?
Malgré la hausse des coûts du système constatée dans l'étude de l'EWI, des signes de ralentissement de la hausse des prix pour le consommateur final sont observés en 2026. Le prix de l'électricité pour les nouveaux clients en janvier 2026 était d'environ 23 centimes par kilowattheure. Les coûts de réseau ont diminué en moyenne d'environ 17 %, soit environ 2 centimes par kilowattheure, à l'échelle nationale, principalement grâce à la subvention fédérale de 6,5 milliards d'euros. Les coûts d'approvisionnement sur le marché de gros ont également baissé, ce qui est directement lié à l'augmentation de l'injection d'énergies renouvelables. Cette évolution contredit le discours d'une transition énergétique inexorablement croissante. Elle montre plutôt que les coûts élevés des années 2022 à 2024 étaient largement imputables à la crise énergétique et à la dépendance aux énergies fossiles, et non à des problèmes structurels de la transition énergétique. Parallèlement, le défi demeure de rendre le financement de l'extension du réseau et de la transformation du système socialement juste et économiquement viable.
Pourquoi une vision différenciée de la structure des coûts du système énergétique est-elle si importante ?
Le débat public sur les coûts de la transition énergétique souffre souvent de simplifications excessives et de biais. Lorsqu'un article comme celui d'Hanna Decker dans la FAZ est instrumentalisé comme une prétendue preuve du coût de la transition énergétique, alors même qu'une analyse plus approfondie révèle le contraire, il compromet toute politique énergétique objective. Une analyse nuancée de la structure des coûts montre que le coût des combustibles est un héritage de l'industrie des énergies fossiles, que le prix du CO2 rend visibles les coûts de la pollution et que l'extension du réseau électrique représente un investissement pour l'avenir. Les coûts réels de la transition énergétique, c'est-à-dire la construction de centrales éoliennes et solaires, ont considérablement diminué ces dernières années. Le coût actualisé de l'électricité (LCOE) produite à partir d'énergie photovoltaïque et éolienne terrestre est désormais inférieur à celui des nouvelles centrales thermiques. Ce qui augmente, ce sont les coûts systémiques liés à la transformation, mais aussi les risques et les coûts cachés du système des énergies fossiles. Un débat honnête se doit de prendre en compte ces deux aspects et de ne pas se focaliser sélectivement sur un seul.
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