icône du site Web Expert en numérique

La principale stratégie d'avenir de l'UE, le « Rapport de prospective stratégique 2025 », fait l'objet de critiques de la part d'experts qui déplorent le manque d'idées nouvelles

La principale stratégie d'avenir de l'UE, le « Rapport de prospective stratégique 2025 », fait l'objet de critiques de la part d'experts qui déplorent le manque d'idées nouvelles

Stratégie d'avenir majeure de l'UE : « Rapport de prospective stratégique 2025 » – Des experts critiquent le manque d'idées nouvelles – Image : Xpert.Digital

Nouveau plan de l'UE présenté : une idée brillante ou simplement du vieux vin dans de nouvelles bouteilles ?

Plus de spectacle politique que de véritable stratégie ?

Avec son rapport « Prospective stratégique 2025 », la Commission européenne présente une feuille de route ambitieuse pour l’avenir de l’UE. Sous l’égide de « Résilience 2.0 », l’Union vise à devenir plus proactive et résiliente face aux crises telles que le changement climatique, les bouleversements technologiques et les tensions géopolitiques. Le rapport esquisse une vision de la manière dont l’UE peut non seulement survivre dans un monde turbulent, mais aussi en ressortir plus forte.

Pourtant, à peine publié, le document a suscité de vives critiques de la part du Service de recherche du Parlement européen (EPRS). Dans une analyse détaillée, les experts sont parvenus à une conclusion alarmante : le rapport s’apparentait moins à une analyse prospective pertinente qu’à un programme politique pour la nouvelle législature. Le principal reproche formulé était que les mesures proposées n’avaient rien de nouveau et se contentaient de réitérer des objectifs politiques déjà bien connus, sans apporter de solutions concrètes.

Au cœur du rapport de la Commission se trouvent quatre zones de tension majeures que l'UE doit gérer : le conflit entre compétitivité et autonomie stratégique, l'équilibre entre innovation en intelligence artificielle et garanties, le compromis entre prospérité et évolution démographique, et la défense de la démocratie face à l'influence des algorithmes. Or, l'analyse du Service parlementaire suggère que les axes d'action proposés correspondent étroitement à la ligne politique de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. Ce document constitue donc un point de repère important pour les députés européens : l'initiative de la Commission relève moins d'une évaluation neutre que d'un plan stratégique pour la mise en œuvre de ses objectifs politiques dans les années à venir.

En lien avec ceci :

Rapport de prospective stratégique 2025 : une analyse complète

Contexte et historique du rapport

Qu’est-ce que le rapport de prospective stratégique 2025 ?

Le rapport de prospective stratégique 2025, intitulé officiellement « Résilience 2.0 : Donner à l’UE les moyens de prospérer en période de turbulences et d’incertitudes », est un document clé présenté par la Commission européenne le 9 septembre 2025. Il s’agit du premier rapport de prospective de la deuxième Commission von der Leyen. S’appuyant sur les tendances établies, ce document propose une analyse actualisée des défis mondiaux et européens. Son objectif principal est de renforcer la résilience de l’Union européenne afin de mieux la préparer à l’avenir. Ce rapport sert de base à un nouveau cycle de prospective et vise à inscrire l’agenda politique des prochaines années dans une perspective de long terme.

Quel est l’objectif principal de ce type de rapport de prévision ?

Depuis 2020, à l'exception de l'année électorale 2024, la Commission européenne publie chaque année un rapport de prospective stratégique. Ces rapports ont un double objectif : d'une part, ils analysent les évolutions et tendances futures susceptibles d'affecter l'UE ; d'autre part, ils mettent en lumière les priorités actuelles de l'Union. Selon la Commission, ces rapports visent à étayer les priorités politiques et à promouvoir une réflexion politique à long terme sur les questions transversales. Cette pratique s'inscrit dans un effort plus large mené au sein des institutions de l'UE pour renforcer la prospective politique. La conviction qui sous-tend cette démarche est que les processus traditionnels de planification et d'élaboration des politiques ne suffisent plus à relever efficacement les défis complexes et interdépendants des « polycrises » auxquelles l'UE est confrontée. L'objectif est d'agir de manière proactive plutôt que réactive.

Dans quel contexte le rapport de 2025 a-t-il été présenté ?

Le commissaire Micallef a décrit le rapport comme un « pont entre le travail de prospective de la précédente Commission et le nouveau mandat », soulignant son caractère transitoire. Il s’appuie sur plusieurs documents stratégiques importants publiés peu avant, notamment les rapports d’Enrico Letta et de Mario Draghi, qui traitent en détail du marché unique et de la compétitivité européenne, ainsi que le rapport Niinistö. De plus, il est étroitement lié à l’Agenda stratégique 2024-2029 du Conseil et à la stratégie de l’Union européenne pour une Union préparée de mai 2025. Le rapport vise ainsi à synthétiser les conclusions et les orientations de ces différentes initiatives et à les intégrer dans un cadre cohérent pour l’avenir.

Le concept central : Résilience 2.0

Quel est le thème central du rapport et que signifie exactement « Résilience 2.0 » ?

Le thème central et directeur du rapport est la résilience. C'était déjà le thème principal du tout premier rapport Foresight en 2020. Cependant, la Commission affirme que la situation mondiale a tellement évolué depuis lors qu'une approche nouvelle et plus aboutie de la résilience est nécessaire. Elle nomme cette nouvelle approche « Résilience 2.0 ». Cette nouvelle forme de résilience se veut plus transformatrice, proactive et tournée vers l'avenir que la conception précédente. Alors que l'idée originelle de résilience incluait déjà le concept selon lequel l'UE devait se transformer et « rebondir » pour devenir plus durable, plus juste et plus démocratique, « Résilience 2.0 » semble mettre davantage l'accent sur la construction active de l'avenir et une adaptation profonde à un monde plus incertain. Le texte souligne toutefois, de manière critique, que la différence précise avec la version précédente n'est pas tout à fait claire, cette dernière ayant été formulée de manière très ambitieuse. Le passage à « 2.0 » vise également à souligner l'urgence et la nécessité d'un changement de paradigme.

Selon le rapport, quels objectifs fondamentaux une UE résiliente devrait-elle atteindre d'ici à 2040 ?

Le rapport définit trois piliers fondamentaux qui devraient caractériser une Union européenne résiliente en 2040. Premièrement, garantir la paix par la sécurité européenne. Cela reflète l'évolution du paysage géopolitique, dans lequel les questions de sécurité occupent une place centrale dans tous les domaines politiques. Deuxièmement, défendre les valeurs de la démocratie, de l'État de droit et des droits de l'homme. Il s'agit d'une réponse aux menaces internes et externes qui pèsent sur ces valeurs fondamentales. Troisièmement, assurer le bien-être des citoyens. Cet objectif est défini au sens large et englobe les dimensions sociales, économiques et environnementales de la vie dans l'UE. Ces trois piliers constituent le cadre général dans lequel s'inscrivent les défis spécifiques et les pistes d'action présentés dans le rapport.

Évolutions mondiales et défis spécifiques à l'UE

Quels sont les développements mondiaux que le rapport identifie comme particulièrement influents pour l'UE ?

Le rapport identifie trois évolutions mondiales qui auront un impact significatif sur l'avenir de l'UE. La première est la place de plus en plus centrale qu'occupent les questions de sécurité dans tous les domaines politiques. La sécurité n'est plus perçue comme une question isolée de défense ou de politique étrangère, mais comme un thème transversal qui imprègne les politiques économiques, énergétiques, sanitaires et même éducatives. La deuxième évolution est l'érosion de l'ordre international fondé sur des règles. Les institutions et les accords qui ont garanti la stabilité pendant des décennies perdent de leur influence, ce qui conduit à un monde plus imprévisible et conflictuel. La troisième évolution mondiale est l'impact persistant du changement climatique et la dégradation progressive de l'état de la nature et des ressources en eau. Ces crises environnementales ont des conséquences directes sur la sécurité, l'économie et le bien-être au sein de l'UE.

Le rapport évoque quatre défis propres à l'UE, qualifiés d'« exercices d'équilibre ». Qu'est-ce que cela signifie, et quel est le premier exercice d'équilibre ?

Les quatre défis propres à l'UE sont présentés comme des « exercices d'équilibre ». Cette formulation souligne les conflits d'objectifs inhérents et les difficultés rencontrées par les décideurs politiques. Il ne s'agit pas de solutions faciles, mais de concilier des priorités concurrentes.

Le premier défi consiste à accroître la compétitivité de l'UE tout en préservant son autonomie stratégique. D'une part, l'UE doit rester ouverte au commerce mondial et attractive pour les investissements afin de maintenir l'innovation et sa vigueur économique. D'autre part, elle doit réduire sa dépendance vis-à-vis des acteurs extérieurs et sa vulnérabilité aux chocs. Le rapport suggère que les intérêts nationaux devraient parfois céder le pas à des mesures communes, telles que les achats groupés d'énergie ou l'acquisition préférentielle de biens et services européens. Le secteur numérique, où 70 % de l'infrastructure cloud de l'UE est contrôlée par seulement trois entreprises américaines, illustre concrètement cette dépendance. Une plus grande indépendance devrait également être atteinte grâce au développement des énergies propres, à l'amélioration de l'efficacité énergétique et à la promotion de l'économie circulaire afin de réduire la dépendance aux importations d'énergie.

Quel est le deuxième exercice d'équilibriste décrit ?

Le second exercice d'équilibre porte sur la tension entre la promotion de l'innovation technologique et la mise en place et le maintien de garde-fous. D'une part, il convient de créer un environnement concurrentiel qui libère tout le potentiel des nouvelles technologies et renforce ainsi la résilience économique de l'UE. D'autre part, des garde-fous appropriés doivent être instaurés pour protéger la sécurité, les droits des citoyens et des travailleurs, la vie privée, l'environnement et la démocratie contre les risques. Le rapport mentionne explicitement les nouvelles technologies telles que l'informatique quantique, la biotechnologie, les neurotechnologies, les matériaux avancés, la robotique et, en particulier, l'intelligence artificielle (IA). Concernant l'IA, la Commission constate que, malgré sa diffusion rapide, la domination du marché par quelques acteurs mondiaux brouille les frontières entre les acteurs et les espaces commerciaux et publics.

Quel est le troisième exercice d'équilibriste ?

Le troisième exercice d'équilibre aborde le défi de maintenir le niveau élevé de bien-être de l'UE tout en répondant aux évolutions démographiques et climatiques. L'UE est reconnue pour son niveau de vie élevé, ses économies robustes, ses normes environnementales et son système de santé. Cependant, ce modèle est mis à rude épreuve. L'évolution démographique, notamment le vieillissement de la population, entraîne une diminution du nombre de personnes contribuant à l'économie, tandis que les besoins en matière de soins et de services de santé augmentent. Le rapport évite d'aborder en profondeur la question des migrations, mais suggère que l'immigration régulière pourrait être une solution pour répondre à la demande de main-d'œuvre sur le marché du travail européen grâce aux talents étrangers. Par ailleurs, le rapport établit un lien direct entre le bien-être humain et la santé de la planète. Il soutient qu'agir en harmonie avec la nature contribue à la sécurité et à la prospérité économique, par exemple en aidant à atténuer les pandémies grâce à l'action climatique et à l'adaptation, ou en garantissant la sécurité alimentaire.

Et quel est le quatrième et dernier exercice d'équilibriste ?

Le quatrième exercice d'équilibre porte sur la tension entre la nécessité de préserver la démocratie et les valeurs fondamentales et l'adaptation à l'utilisation algorithmique des médias (sociaux). Le rapport appelle à un renforcement de la prise de décision démocratique, tout en reconnaissant que les opinions sont de plus en plus influencées par des sources personnalisées et algorithmiques. Ceci restreint considérablement l'espace du débat démocratique fondé sur des faits et des preuves partagés. Par ailleurs, le rapport met en garde contre une « nouvelle oligarchie mondiale » où une poignée de milliardaires du secteur technologique exercent une influence croissante sur les processus démocratiques. Ce phénomène pourrait affaiblir davantage la démocratie et éroder la confiance des citoyens. En réponse, le rapport préconise de renforcer la résilience démocratique par la cohésion sociale, des mécanismes de contrôle et d'équilibre institutionnels, et des améliorations novatrices de la démocratie elle-même.

 

Centre de sécurité et de défense - Conseils et informations

Centre de sécurité et de défense - Image : Xpert.Digital

Le Pôle Sécurité et Défense offre des conseils d'experts et des informations actualisées pour accompagner efficacement les entreprises et les organisations dans le renforcement de leur rôle dans la politique européenne de sécurité et de défense. En étroite collaboration avec le groupe de travail Défense de SME Connect, il soutient tout particulièrement les petites et moyennes entreprises (PME) désireuses de développer leur capacité d'innovation et leur compétitivité dans le secteur de la défense. Point de contact central, le Pôle constitue ainsi un lien essentiel entre les PME et la stratégie européenne de défense.

En lien avec ceci :

 

La résilience de l'UE sous le feu des critiques : opportunités, lacunes et points de vue spécifiques

Critiques du rapport de l'UE : Pourquoi les pistes de mise en œuvre concrètes font défaut

Le rapport de prospective stratégique 2025 définit huit axes d'action pour renforcer la résilience de l'UE face aux risques géopolitiques, économiques et sociétaux. Sur le plan du contenu, le rapport couvre des domaines clés – de la vision globale à la sécurité, en passant par la technologie, la résilience économique, l'éducation, la démocratie et l'équité intergénérationnelle – reflétant ainsi les orientations de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et l'agenda stratégique du Conseil. Cependant, un point critique est que le rapport ressemble souvent davantage à un programme politique : les liens concrets entre les défis identifiés et les mesures proposées font défaut, les modalités de mise en œuvre restent floues et les véritables innovations sont rares. Le décalage entre les objectifs ambitieux (par exemple, les normes mondiales en matière d'IA ou la réforme de l'OMC) et la capacité de realpolitik de l'UE demeure frappant. Le rapport pose également un défi aux parlements : les questions transversales sont difficiles à traiter dans le cadre des structures de commissions traditionnelles, ce qui explique que différents modèles de prospective parlementaire soient envisagés – des commissions spécialisées et des médiateurs individuels à l'intégration de la prospective dans les processus législatifs.

Les huit domaines d'action et l'évaluation critique

Quels sont les huit domaines d'action proposés par le rapport pour renforcer la résilience de l'UE ?

La dernière partie du rapport identifie huit domaines d'action clés pour renforcer la résilience de l'UE. Ces domaines visent à répondre à la fois aux défis propres à l'UE et aux évolutions mondiales. Ces huit domaines sont les suivants :

  • Développer une vision globale.
  • Renforcer la sécurité intérieure et extérieure.
  • Rendre la technologie et la recherche utilisables.
  • Renforcer la résilience économique.
  • Promouvoir un bien-être durable et inclusif.
  • Repenser l'éducation.
  • Renforcer les fondements de la démocratie.
  • Renforcer l'équité intergénérationnelle.

Ces domaines reflètent les orientations politiques de la deuxième Commission von der Leyen et l'agenda stratégique du Conseil européen.

Quelles critiques sont adressées à la représentation de ces domaines d'activité ?

La note d'information propose une critique assez claire de cette section du rapport. L'une des principales critiques porte sur l'absence de liens explicites entre les huit domaines d'action proposés et les défis ou évolutions mondiales précédemment identifiés. Cela affaiblit la portée et l'impact des propositions. Le rapport aurait été plus convaincant si les actions avaient été plus clairement liées aux problèmes spécifiques.

Une autre critique majeure est que cette section ressemble moins à une analyse prospective qu'à un programme politique ou à un recueil de déclarations d'intention. Le ton est jugé plutôt directif, avec des expressions fréquentes telles que « l'UE doit » ou « l'UE devrait ».

De plus, on reproche aux mesures proposées de ne pas être novatrices et de s'appuyer largement sur les politiques et objectifs existants de la Commission. Elles ne présentent pratiquement aucune approche ni aucun instrument véritablement nouveaux pour atteindre ces objectifs ambitieux.

Des exemples précis de critiques, notamment concernant la faisabilité

La note d'information cite des exemples précis à l'appui de la critique. Par exemple, concernant la « vision globale », le rapport appelle l'UE à orienter le débat sur la réforme du multilatéralisme, notamment celle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Le reproche principal est que le rapport n'explique pas comment cela devrait se faire, surtout à un moment où la capacité de l'UE à utiliser pleinement ses instruments de politique commerciale est mise à rude épreuve, principalement par les États-Unis.

Un autre exemple concerne l'intelligence artificielle. Le rapport préconise l'établissement de normes internationales et le développement d'une autonomie stratégique dans la recherche en IA. Là encore, la question se pose de savoir comment y parvenir, alors même que le rapport affirme que le secteur de l'IA est dominé par « quelques milliardaires de la tech » appartenant à une « nouvelle oligarchie mondiale ». Le décalage entre cette exigence ambitieuse et la répartition réelle du pouvoir demeure.

En matière de résilience économique, de nombreux objectifs sont évoqués, tels que la transformation industrielle ou la résilience des chaînes d'approvisionnement, mais aucune nouvelle approche pour les atteindre n'est proposée. Les appels à une économie circulaire ou à une véritable union de l'épargne et de l'investissement ne font que reprendre des objectifs politiques déjà existants.

Existe-t-il de nouvelles idées ou approches dans ces domaines d'action ?

Le texte laisse entendre que la plupart des propositions reprennent des revendications politiques déjà bien connues. Par exemple, la demande de réorienter la fiscalité du travail vers la taxation des externalités négatives (telles que la pollution) est une revendication de longue date de la politique européenne. De même, l'objectif de préparer les citoyens non seulement à des professions spécifiques, mais aussi aux multiples transitions qu'ils traverseront tout au long de leur vie, fait depuis longtemps partie intégrante du débat sur la politique éducative. La seule revendication présentée comme véritablement nouvelle et relevant d'une forme de gouvernance anticipative est l'appel à la « promotion de la culture de l'IA » au sein de la population.

Situer le rapport dans le contexte stratégique de l'UE

Quel est le lien entre le rapport de prospective stratégique 2025 et le programme stratégique 2024-2029 du Conseil ?

Une comparaison des deux documents révèle des similitudes et des différences notables. Deux des trois objectifs fondamentaux du rapport Foresight, à savoir la réalisation de la paix par la sécurité européenne et la défense de la démocratie et des droits de l'homme, reflètent directement deux des grands thèmes de l'agenda stratégique du Conseil : « une Europe forte et sûre » et « une Europe libre et démocratique ».

La différence cruciale réside toutefois dans le traitement du troisième thème de l’Agenda stratégique : « une Europe prospère et compétitive ». Cet objectif n’apparaît pas dans le rapport Foresight comme un but fondamental et indépendant. Au contraire, des questions économiques telles que la compétitivité et la résilience économique sont subordonnées aux objectifs généraux de sécurité européenne et de bien-être de ses citoyens. Il semble que la Commission ait délibérément choisi de ne pas présenter la prospérité économique comme une fin en soi, mais avant tout comme un outil au service de la réalisation des objectifs généraux de résilience, de sécurité et de bien-être. Cette impression est renforcée par le fait que la sécurité est présentée comme un principe directeur qui imprègne tous les domaines politiques de l’UE.

En quoi ce rapport s'inscrit-il dans les orientations politiques de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen ?

Il existe un lien très étroit. Les orientations politiques présentées par le Président en juillet 2024 sont structurées en sept chapitres. Ces chapitres abordent, de manière générale, les mêmes thématiques que les huit domaines d'action du rapport Foresight, bien que dans un ordre et un regroupement différents. On observe un large chevauchement thématique avec les trois grands thèmes de l'Agenda stratégique du Conseil. Le seul domaine des orientations politiques qui ne trouve pas d'équivalent clair dans le rapport Foresight ni dans l'Agenda stratégique est le dernier chapitre, intitulé « Agir ensemble et préparer notre Union pour l'avenir ». Ce chapitre traite des ambitions budgétaires, des réformes institutionnelles et de la coopération avec le Parlement – ​​autrement dit, du fonctionnement interne de l'UE.

Existe-t-il un lien entre ce rapport et le discours sur l'état de l'Union (SOTEU) de 2025 ?

Oui, le lien est très fort et confirme l'idée que le rapport Foresight relève davantage d'un programme politique que d'une simple analyse. Le discours sur l'état de l'Union de la présidente von der Leyen a été prononcé le lendemain de la présentation du rapport Foresight. Quant au contenu, le discours reprenait en grande partie les huit axes d'action définis dans le rapport. Il était quelque peu plus précis sur certains points, comme les migrations, mais omettait la question de l'équité intergénérationnelle évoquée dans le rapport. Cette proximité temporelle et thématique suggère que le rapport Foresight a servi de fondement stratégique et de document de communication préparatoire au discours politique de la présidente de la Commission.

Comment ce rapport se compare-t-il aux précédents rapports de prospective stratégique publiés depuis 2020 ?

On observe une remarquable continuité dans les thèmes abordés au fil des ans. Alors que le premier rapport, publié en 2020, n'identifiait que quatre dimensions de la résilience (sociale et économique, géopolitique, verte et numérique), les rapports de 2021 et 2022 recensaient chacun dix thèmes ou domaines d'action clés. Parmi les thèmes centraux récurrents figurent le renforcement de l'autonomie stratégique ouverte de l'UE (notamment dans les domaines de la technologie, des matières premières et de l'énergie), la prise en compte des défis sanitaires et environnementaux, la défense des valeurs démocratiques de l'UE et le renforcement des capacités de défense et du réseau de partenaires mondiaux. Bien que le langage et les expressions à la mode aient évolué – on parle désormais très peu de la « double transition verte et numérique » des rapports précédents –, les problèmes et les défis sous-jacents demeurent les mêmes. Le rapport de 2025, en particulier, évite de dresser un tableau trop sombre d'une guerre imminente ou d'une société dominée par la sécurité. Il privilégie les objectifs positifs liés aux valeurs démocratiques et au bien-être des citoyens, même si la gravité des défis combinés est qualifiée de préoccupante.

Mesures de suivi institutionnelles possibles

Comment les institutions de l'UE réagissent-elles généralement à de tels rapports ?

Les réactions des différentes institutions de l'UE ont traditionnellement divergé. Le Comité économique et social européen (CESE) a émis des avis sur tous les rapports de prospective depuis 2020 et en émettra de nouveau pour le rapport de 2025. En revanche, le Conseil européen et le Parlement européen n'ont publié aucune réponse ou position officielle sur les rapports précédents. Compte tenu du caractère transversal et horizontal du rapport, le Conseil européen serait un forum approprié pour l'adoption de ses conclusions. De même, le Parlement européen pourrait réagir par un échange de vues et une résolution.

Quels problèmes le Parlement européen rencontre-t-il lorsqu'il traite de tels rapports interministériels ?

Le principal problème du Parlement européen réside dans sa structure interne. Le système parlementaire de renvoi des documents à une ou plusieurs commissions spécialisées est mal adapté au traitement de documents d'une telle portée et d'une telle portée transversale. Un rapport prospectif abordant des sujets aussi variés que la sécurité, l'économie, l'éducation et la démocratie ne relève pas de la compétence d'une seule commission. Le renvoyer à plusieurs commissions risque d'entraîner des problèmes de coordination et un résultat fragmenté.

Le texte suggère de se tourner vers les parlements nationaux pour obtenir des orientations. Quel est le premier modèle de prospective parlementaire décrit ?

La première et principale option consiste à créer une commission parlementaire spéciale, telle qu'une « Commission de prospective » ou une « Commission de l'avenir ». La première commission de ce type a été mise en place en Finlande en 1993, et sept autres parlements nationaux ont depuis suivi son exemple. Le succès de ce modèle repose sur plusieurs conditions essentielles. Il requiert un soutien actif et transpartisan afin d'éviter d'être instrumentalisé dans le jeu des partis. Des liens étroits avec les travaux de prospective du pouvoir exécutif et les groupes de réflexion sont indispensables pour conserver sa pertinence et accéder à des analyses rigoureuses. Par ailleurs, une culture du débat non polarisante, axée sur les enjeux transversaux à long terme, est importante. Cela permet également d'éviter les conflits avec les commissions permanentes existantes et le processus législatif en cours.

Quelle est la deuxième option pour ancrer la prospective dans les parlements ?

La seconde option consiste à confier la mission de prospective à une seule personne ou à une petite structure, comme un médiateur ou un commissaire à la prospective ou aux générations futures. Cependant, cette approche comporte des risques importants, comme l'ont montré les expériences hongroise et israélienne. Il existe un risque de débats sur l'impartialité du titulaire de cette fonction, ce qui peut nuire à la légitimité du travail accompli. Un autre risque majeur est le manque de continuité. Les activités peuvent être brutalement interrompues après des élections ou des changements politiques si la volonté politique de soutenir ce poste disparaît. L'institutionnalisation est donc considérablement plus faible avec ce modèle.

Et quelle est la troisième option ?

La troisième option consiste à intégrer des éléments de prospective au processus législatif ordinaire, au cas par cas. Cela impliquerait que les perspectives à long terme et les scénarios futurs soient également pris en compte lors de l'élaboration de textes législatifs spécifiques au sein des commissions compétentes. Toutefois, cette approche sectorielle présente un inconvénient majeur : elle ne permet pas de saisir pleinement la complexité des enjeux transversaux qui sont au cœur de la prospective et des rapports de prospective de la Commission. La force de la prospective réside précisément dans sa capacité à dépasser le cloisonnement des approches et à analyser les interactions entre les différents domaines politiques. Une approche purement sectorielle ne permettrait pas d'atteindre cet objectif fondamental.

 

Conseil - Planification - Mise en œuvre

Markus Becker

Je serais heureux de vous servir de conseiller personnel.

Responsable du développement commercial

Président du groupe de travail SME Connect Défense

LinkedIn

 

 

 

Conseil - Planification - Mise en œuvre

Konrad Wolfenstein

Je serais heureux de vous servir de conseiller personnel.

wolfenstein∂xpert.digitalmeVous pouvez contacter à ou

Appelez-moi simplement au +49 7348 4088 965 .

LinkedIn
 

 

 

Notre expertise européenne et allemande en matière de développement commercial, de ventes et de marketing

Notre expertise européenne et allemande en matière de développement commercial, de ventes et de marketing - Image : Xpert.Digital

Domaines d'intervention prioritaires : B2B, numérisation (de l'IA à la XR), ingénierie mécanique, logistique, énergies renouvelables et industrie

Plus d'informations ici :

Un centre thématique offrant des informations et une expertise :

  • Plateforme de connaissances couvrant les économies mondiales et régionales, l'innovation et les tendances spécifiques à l'industrie
  • Un recueil d'analyses, d'idées et d'informations générales issues de nos principaux domaines d'intervention
  • Un lieu d'expertise et d'information sur les développements actuels dans le monde des affaires et des technologies
  • Un centre névralgique pour les entreprises en quête d'informations sur les marchés, la numérisation et les innovations industrielles
Quitter la version mobile