L'argent des générations précédentes au service de l'innovation : l'impôt sur les successions comme capital d'innovation – La nécessité d'un financement dédié aux start-ups
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Préférez Xpert.Digital sur GoogleⓘPublié le : 13 avril 2026 / Mis à jour le : 13 avril 2026 – Auteur : Konrad Wolfenstein

L'argent des générations précédentes au service de l'innovation : les droits de succession comme capital d'innovation – La nécessité d'un financement dédié aux start-ups – Image : Xpert.Digital
Lutter contre l’exode : les héritiers d’entreprises devraient-ils financer les start-ups à l’avenir ?
Crise du capital-risque en Allemagne : l’impôt sur les successions est-il vraiment la solution ?
Des milliards hérités quasiment sans impôt : le plan risqué pour sauver l’écosystème des startups allemandes
L'écosystème des startups allemandes souffre d'un manque chronique de capitaux et perd de plus en plus de talents innovants au profit d'autres pays. Parallèlement, des milliards d'euros d'actifs sont transmis chaque année à la génération suivante quasiment sans imposition lors des successions d'entreprises. Dans ce contexte, une proposition d'entrepreneurs de renom fait grand bruit : une partie des droits de succession devrait être spécifiquement affectée au financement de jeunes entreprises technologiques prometteuses. L'idée paraît séduisante : le capital existant deviendrait le moteur de l'innovation de demain. Mais derrière cette proposition élégante se cachent d'importants obstacles : des préoccupations constitutionnelles, la résistance des Länder et la question de savoir si les sommes relativement modestes en jeu suffisent à rivaliser avec des géants internationaux comme les États-Unis. L'affectation des droits de succession est-elle la solution tant attendue à la crise du capital-risque, ou ne fait-elle que masquer les véritables problèmes structurels et profonds du pays ?
En lien avec ceci :
Si les capitaux existants doivent financer de nouvelles idées, s'agit-il d'une proposition de réforme risquée ou de la bonne réponse à la crise de l'innovation en Allemagne ?
L'idée, d'une simplicité trompeuse au premier abord, consiste à consacrer entre 1 et 5 % des droits de succession perçus lors de la transmission d'une entreprise au financement de jeunes start-ups innovantes. Des entrepreneurs de renom ont formulé cette proposition dans une lettre d'action adressée au gouvernement allemand, déclenchant ainsi un débat qui dépasse largement le cadre de la politique fiscale. Il soulève des questions fondamentales concernant la capacité d'innovation de l'Allemagne, la justice distributive et le rôle de l'État comme catalyseur de croissance.
Le fondement du débat : que rapporte réellement l’impôt sur les successions ?
Pour bien comprendre cette proposition, il est essentiel d'examiner d'abord les recettes fiscales réelles issues des droits de succession. En 2024, l'administration fiscale allemande a perçu 13,3 milliards d'euros de droits de succession et de donation, un record absolu, soit une hausse de 12,3 % par rapport à l'année précédente. Sur ce montant, 8,5 milliards d'euros relevaient des droits de succession (en hausse de 9,5 % par rapport à l'année précédente) et 4,8 milliards d'euros des droits de donation, qui ont plus que doublé depuis 2021.
Ces chiffres laissent de prime abord entrevoir une marge de manœuvre fiscale impressionnante. Toutefois, un élément crucial subsiste : le montant de l’impôt évalué ne correspond pas exactement aux recettes fiscales réelles. En raison d’importantes dispositions d’allégement fiscal pour les actifs des entreprises, 13,3 milliards d’euros ont été évalués en 2024, alors qu’ils n’étaient dus qu’à hauteur d’environ 10 milliards. Plus précisément, les droits de succession ont été exonérés pour 45 héritiers importants la même année. Initialement, 3,5 milliards d’euros d’impôts avaient été calculés sur des actifs éligibles totalisant environ 12 milliards d’euros, mais près de 95 % de ce montant a ensuite été annulé. De fait, ces 45 héritiers importants n’ont payé qu’environ 180 millions d’euros, soit environ 2 % des actifs transmis.
L’impôt sur les successions est conçu comme un impôt d’État : conformément à l’article 106, paragraphe 2 de la Loi fondamentale, ses recettes sont intégralement versées aux Länder et gérées par leurs services fiscaux. Actuellement, cet argent est intégré au budget général des Länder concernés, sans affectation légale à des domaines de dépenses spécifiques tels que l’éducation, les infrastructures ou l’innovation. Depuis des années, des voix critiques s’élèvent pour souligner qu’une part importante de ces fonds est consacrée à la consommation plutôt qu’à des investissements productifs.
Le point aveugle du système : quelle part des actifs de l’entreprise est réellement imposée ?
Un paradoxe central du débat sur les droits de succession en Allemagne réside dans l'écart considérable entre les actifs d'entreprises théoriquement transférés et les impôts effectivement payés sur ces actifs. En 2024, les actifs d'entreprises transmis par successions et donations représentaient une valeur totale de 21,5 milliards d'euros, soit 27,9 % de moins que l'année précédente. Pour les acquisitions importantes, c'est-à-dire les actifs d'entreprises d'une valeur supérieure à 26 millions d'euros, le montant transféré a même été divisé par deux, à 8,6 milliards d'euros.
En principe, la législation actuelle accorde d'importants avantages fiscaux aux héritiers d'entreprises : toute personne qui continue d'exploiter une entreprise à son niveau actuel pendant au moins sept ans et qui maintient les emplois peut bénéficier d'une exonération d'impôt de 85 % (abattement standard) voire de 100 % (abattement optionnel). Depuis 2021, des actifs d'entreprises d'une valeur d'environ 24 milliards d'euros ont été transmis quasiment sans impôt de cette manière, entraînant un manque à gagner d'environ 7,6 milliards d'euros pour l'administration fiscale. La Cour constitutionnelle fédérale a déclaré à plusieurs reprises ces dispositions partiellement inconstitutionnelles et a enjoint au Parlement d'adopter une nouvelle législation – un processus en cours depuis des décennies et qui connaît aujourd'hui un nouvel élan.
Le déséquilibre structurel est particulièrement frappant : en 2024, 45 grands héritiers ont reçu chacun en moyenne 260 millions d’euros, mais n’ont payé en réalité qu’environ 2 % d’impôt sur cette somme. À l’inverse, les citoyens ordinaires qui héritent d’un appartement ou d’une petite entreprise sont imposés au taux plein. Le Réseau pour la justice fiscale estime les économies d’impôt réalisées par l’État grâce à ces 45 grands héritiers à 3,4 milliards d’euros.
Quantification du potentiel : ce que l'initiative permettrait précisément d'accomplir
L'évaluation du potentiel de la proposition à partir des chiffres disponibles révèle ce qui suit : sur les quelque 10 milliards d'euros de recettes fiscales successorales effectivement perçues en 2024, environ 100 millions d'euros seraient disponibles pour le financement de la création d'entreprises si 1 % était affecté à cet effet. À 5 %, ce chiffre pourrait atteindre 500 millions d'euros. Limiter l'assiette fiscale aux droits de succession sur les transferts d'entreprises aboutit à un montant encore plus faible, d'autant plus que les paiements d'impôts effectifs sur les actifs des entreprises sont structurellement bas en raison des dispositifs d'allégement fiscal.
À titre de comparaison : le marché allemand du capital-risque a représenté un volume d’investissement de 7,2 milliards d’euros en 2025. La même année, les États-Unis ont investi environ 209 milliards de dollars dans les start-ups, soit 0,7 % de leur PIB, contre seulement 0,20 % pour l’Allemagne. Une part spécifique des droits de succession ne constituerait donc pas une solution structurelle, mais pourrait servir de signal et de mesure complémentaire.
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Les investisseurs institutionnels, la clé : voici comment l'Allemagne pourrait combler son déficit en capital-risque
Le vrai problème : la crise du financement des start-ups en Allemagne
L'initiative des entrepreneurs répond à un problème réel et urgent. Selon une récente enquête Bitkom menée auprès de 133 startups technologiques, près de 48 % d'entre elles prévoient une nouvelle levée de fonds en 2026, avec un objectif moyen de quatre millions d'euros. Parallèlement, seulement 17 % des startups interrogées estiment que l'offre de capital-risque disponible en Allemagne est suffisante. Fait particulièrement alarmant : un quart des entreprises interrogées envisagent de quitter l'Allemagne faute de financement.
Ce manque de capitaux n'est pas un problème nouveau, mais il s'aggrave structurellement. Comparé aux autres pays européens, le développement du capital-risque en Allemagne est nettement inférieur à son potentiel économique. Alors que le marché britannique du capital-risque a progressé de 39 % en 2025 par rapport à l'année précédente, et le marché français de 31 %, l'Allemagne a stagné, enregistrant un léger recul de 4 %, pour atteindre un volume total de 7,2 milliards d'euros. Cette forte dépendance aux capitaux étrangers est particulièrement préoccupante : près des deux tiers des investissements en capital-risque dans les startups allemandes en 2025 provenaient d'investisseurs internationaux. Cette situation fragilise l'écosystème des startups allemandes face aux chocs externes et aux bouleversements géopolitiques.
L’exode des entreprises innovantes à l’étranger – principalement vers les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Suisse – constitue non seulement un problème économique, mais aussi un problème structurel de prospérité : avec les start-ups disparaissent, ce sont des emplois, des recettes fiscales et un savoir-faire technologique qui s’envolent.
Points forts de la proposition : Ce qui plaide en faveur de l’idée
L'idée d'affecter des fonds spécifiques présente un attrait considérable à plusieurs égards. Premièrement, elle vise à activer un flux de capitaux jusqu'alors inexploité sans alourdir le budget de l'État. Cette proposition n'exige ni nouvel endettement ni redistribution des fonds des programmes existants. Deuxièmement, elle crée un lien institutionnel entre deux phénomènes économiques majeurs : la transmission massive de capitaux entre générations au sein des entreprises établies et la pénurie chronique de capitaux dont souffrent les jeunes entreprises innovantes.
Troisièmement, cette approche présente une certaine élégance politique : si la Cour constitutionnelle fédérale, qui devra se prononcer à nouveau sur la constitutionnalité des privilèges fiscaux sur les actifs des entreprises, décidait de durcir les droits de succession sur les transmissions d’entreprises, les recettes supplémentaires pourraient être spécifiquement affectées à la promotion de l’innovation. Au lieu de concevoir la réforme fiscale comme une simple mesure de redistribution, elle deviendrait un véritable instrument de politique économique. Quatrièmement, une telle réglementation serait conforme aux normes internationales : Israël, les États-Unis et la Suède pratiquent diverses formes d’orientation des capitaux vers les marchés du capital-risque par le biais de la fiscalité – notamment via les fonds souverains et par des incitations fiscales directes.
Faiblesses et risques : ce qui plaide contre cette idée
Malgré ces aspects positifs, les objections structurelles sont considérables. L'argument le plus sérieux concerne le montant : même avec un calcul optimiste basé sur 5 % des recettes réelles, cela représente moins de 500 millions d'euros par an. Compte tenu des milliards d'euros de déficits de financement du système allemand de capital-risque, c'est une goutte d'eau dans l'océan. À titre de comparaison, l'État allemand investit à lui seul environ 30 milliards d'euros de fonds publics et de garanties via le Fonds allemand, pour un investissement total qui devrait générer 130 milliards d'euros.
Le second problème est d'ordre constitutionnel et fédéral. L'impôt sur les successions étant un impôt exclusivement étatique, les seize Länder devraient tous approuver son utilisation à cette fin, faute de quoi le gouvernement fédéral devrait transférer sa compétence par une modification de la Loi fondamentale (la Constitution allemande). Les Länder financièrement fragiles comme la Saxe, la Thuringe ou le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, qui ne perçoivent déjà que des recettes marginales de l'impôt sur les successions, rejetteraient une telle réglementation, y voyant une atteinte supplémentaire à leur autonomie fiscale. La faisabilité politique de cette idée au sein du système fédéral apparaît donc extrêmement complexe.
Troisièmement, l'instrument même des fonds affectés soulève des préoccupations fondamentales. Le principe budgétaire allemand de non-affectation (principe de couverture totale) stipule que toutes les recettes doivent servir à couvrir toutes les dépenses et ne sont pas affectées à des fins spécifiques à l'avance. Bien qu'il existe des exceptions, comme la taxe sur les produits pétroliers pour la construction de routes, celles-ci sont considérées comme une anomalie de politique fiscale susceptible d'entraîner une rigidité et une mauvaise allocation des ressources. Un expert financier d'une association d'entreprises familiales fait valoir à juste titre que même si l'impôt sur les successions applicable aux actifs des entreprises était réformé, rien ne garantit que les recettes supplémentaires seraient effectivement utilisées de manière productive ; historiquement, les recettes fiscales supplémentaires ont tendance à être consacrées à la consommation.
Quatrièmement, le principe même de la proposition est discutable. L'initiative présuppose implicitement une augmentation significative des droits de succession sur les transmissions d'entreprises. Compte tenu des exonérations existantes, extrêmement avantageuses pour ces transmissions, et de la possibilité d'une nouvelle libéralisation suite à la décision attendue de la Cour constitutionnelle, rien n'est moins sûr. Il se pourrait même qu'une réforme réduise, au lieu d'augmenter, la pression fiscale sur le patrimoine des entreprises.
Le problème majeur, celui qu'on préfère ignorer : des solutions structurelles à la crise du capital-risque en Allemagne
La proposition des entrepreneurs s'attaque à un problème réel, mais avec un instrument structurellement inadéquat. La cause profonde du déficit de capital-risque en Allemagne ne réside pas dans l'absence de programmes de financement individuels, mais dans une lacune systémique : les investisseurs institutionnels, tels que les fonds de pension, les compagnies d'assurance et les régimes de retraite, investissent très peu dans le capital-risque en Allemagne, alors même qu'ils en sont les principaux fournisseurs dans d'autres pays, notamment aux États-Unis, en Israël et en Suède. Les fonds de pension américains, par exemple, allouent systématiquement une partie de leurs actifs sous gestion à des fonds de capital-risque, finançant ainsi le vivier d'innovations de la Silicon Valley.
Le gouvernement allemand a pris conscience de ce problème : la loi de promotion des localisations de septembre 2025 a constitué un premier pas vers l'amélioration du cadre réglementaire du capital-risque et la réduction des obstacles à l'investissement. L'initiative WIN, fruit d'une collaboration entre entreprises, associations et responsables politiques, vise à injecter environ 12 milliards d'euros de capitaux supplémentaires dans l'écosystème allemand du capital-risque d'ici 2030. Ces approches sont structurellement plus efficaces que l'affectation des recettes fiscales issues des droits de succession.
Contexte sociétal : Qui hérite réellement en Allemagne ?
Pour bien comprendre cette proposition, il convient d'examiner l'impact sociétal global des dynamiques successorales en Allemagne. Selon les estimations du DIW Berlin, des actifs d'une valeur d'environ 300 à 400 milliards d'euros sont transmis par héritage ou donation chaque année en Allemagne. Toutefois, seul un quart environ de cette somme apparaît dans les statistiques fiscales ; le reste demeure totalement exonéré d'impôt grâce à des abattements et des exemptions importants. Les statistiques fiscales, avec leurs 13,3 milliards d'euros de valeurs estimées, ne reflètent donc qu'une faible part des transferts de richesse réels.
En Allemagne, plus de la moitié du patrimoine privé est hérité et non acquis par le travail. Cette structure de richesse favorise intrinsèquement les plus fortunés et freine la mobilité sociale par la réussite personnelle. Si l'impôt sur les successions – le seul instrument permettant de commencer à corriger cette concentration des richesses – est désormais réorienté principalement vers le financement des start-ups, une question fondamentale se pose : à qui profite le crime ? Les bénéficiaires seraient majoritairement des entrepreneurs urbains, férus de technologie et bien connectés – et non pas nécessairement les groupes sociaux qui tireraient le plus grand profit d'un impôt sur les successions équitable.
Évaluation et perspectives : Que reste-t-il de la proposition ?
Globalement, la proposition des entrepreneurs est une initiative intellectuellement intéressante et, d'un point de vue politique, compréhensible, mais qui pèche par sa mise en œuvre concrète. Elle mérite d'être saluée pour avoir initié un dialogue constructif sur la politique fiscale et la promotion de l'innovation – dans un contexte politique où les organisations patronales et les responsables politiques ne parlent souvent que de déréglementation et de réduction des subventions. Le constat – selon lequel l'Allemagne perd des start-ups innovantes au profit d'autres pays en raison d'un manque de capital-risque – est juste et solidement étayé par les données actuelles.
Cependant, la thérapie proposée est trop limitée et conceptuellement trop faible pour résoudre le problème structurel. Un montant de 100 à 500 millions d'euros par an – même dans un scénario optimiste – est insuffisant pour combler l'écart qui existe entre l'Allemagne et les États-Unis (209 milliards de dollars), le Royaume-Uni et la France. De plus, l'affectation des recettes fiscales successorales se heurte à d'importants obstacles fédéraux et budgétaires.
Il serait plus judicieux d'ouvrir la base d'investisseurs institutionnels au capital-risque, d'appliquer rigoureusement la loi sur la promotion des implantations déjà initiée et d'entreprendre une véritable réforme de la fiscalité successorale applicable aux actifs commerciaux, respectueuse du principe constitutionnel d'égalité d'imposition. Si des successions de plusieurs milliards de dollars sont taxées à hauteur de 2 % tandis qu'un appartement en copropriété hérité l'est entre 15 et 30 %, ce système ne saurait être légitimé par l'affectation de fonds aux jeunes entreprises. Il s'agit d'un système qu'il convient de repenser en profondeur, et la question du financement de l'innovation ne devrait être qu'un élément parmi d'autres à prendre en compte.
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