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Les vœux pieux et naïfs de Carsten Maschmeyer ? La révolution de l’IA dans l’administration allemande : le problème organisationnel fondamental

Les vœux pieux et naïfs de Carsten Maschmeyer ? La révolution de l’IA dans l’administration allemande : le problème organisationnel fondamental

Les vœux pieux et naïfs de Carsten Maschmeyer ? La révolution de l’IA dans l’administration allemande : le problème organisationnel fondamental – Image : Xpert.Digital

Quelle revendication radicale Carsten Maschmeyer a-t-il formulée à l'égard du gouvernement allemand ? Vision ou dangereuse illusion ?

Assez de cette folie bureaucratique ? La vérité sur le problème organisationnel fondamental de l'Allemagne

L'intelligence artificielle peut-elle vraiment sauver nos administrations ?

Carsten Maschmeyer, investisseur connu pour l'émission télévisée « Die Höhle der Löwen » (La fosse aux lions), a formulé une demande radicale dans une interview accordée à la Neue Osnabrücker Zeitung en janvier 2026 : l'administration publique allemande doit être remplacée, quasiment intégralement, par l'intelligence artificielle. Son raisonnement s'inscrit dans une logique technocratique visant à optimiser l'efficacité. Maschmeyer promet qu'avec une mise en œuvre généralisée de l'IA, les décisions pourraient être prises en quelques secondes. Selon lui, cela replacerait enfin l'Allemagne à la pointe des structures administratives innovantes au niveau mondial.

L'investisseur justifie sa proposition en évoquant l'état actuel des autorités allemandes, qu'il juge trop lentes, trop coûteuses et obsolètes. Il critique notamment le manque de créativité dans de nombreuses tâches administratives : vérifier que toutes les cases sont correctement cochées sur une demande de nouvelle carte d'identité, affirme-t-il, ne requiert aucune créativité humaine. Selon lui, les permis, les demandes de subventions et les actes administratifs pourraient facilement être traités par ordinateur. Seuls les cas exceptionnels devraient continuer à être gérés par des humains.

Les implications économiques de cette vision sont considérables. Maschmeyer soutient que les réductions drastiques des effectifs dans les administrations publiques permettraient également de réduire significativement les engagements en matière de retraite à long terme. Il affirme que son objectif principal n'est pas le licenciement, mais plutôt la rapidité et l'amélioration de l'efficacité. À titre d'exemple concret, il cite une grande ville allemande où, malgré une baisse de 30 % des demandes de permis de construire, les délais de traitement ont doublé. Cette inefficacité, dit-il, est incompréhensible pour tous.

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Quel est le problème fondamental qui sous-tend la bureaucratie administrative allemande ?

La cause profonde des problèmes de l'administration allemande ne réside pas dans les agissements malveillants de certains fonctionnaires, mais dans la logique institutionnelle du système lui-même. Chaque institution développe des intérêts structurels qui s'opposent à la simplification et à la réduction de la bureaucratie. Ce phénomène, bien documenté en sciences administratives, décrit la tendance des organisations à se perpétuer et à se développer.

L'intérêt institutionnel se manifeste à plusieurs niveaux. Premièrement, l'administration dans son ensemble a intérêt à maintenir, voire à accroître, son influence et ses ressources. Deuxièmement, les différents services et employés bénéficient de structures complexes qui rendent leur expertise spécifique indispensable. Troisièmement, les exigences et procédures légales créent des dépendances au sentier qu'il est difficile de rompre. L'administration ne peut, pour l'essentiel, que réagir, car elle est liée par la loi.

Un aspect souvent négligé est le rôle des consultants externes dans ce système. Les cabinets de conseil ont développé un modèle économique qui tire profit de la complexité de la bureaucratie et qui est orienté vers cette complexité à long terme. Plus les structures administratives sont complexes, plus le besoin de conseil est grand. Ces consultants n'ont donc aucun intérêt pour une simplification radicale, mais gagnent plutôt leur vie en optimisant les systèmes complexes existants. Cela crée un système d'incitation pervers dans lequel ceux qui sont censés apporter des solutions profitent de l'existence du problème.

L'absence de mesures correctives ne fait qu'aggraver la situation. Les dirigeants politiques sont souvent incapables ou peu disposés à mettre en œuvre des réformes structurelles, car celles-ci se heurtent à une forte résistance. Derrière presque chaque structure administrative et chaque réglementation juridique se cachent des intérêts particuliers qui tirent profit du statu quo. Il en résulte une sorte de double discours : si tous réclament la déréglementation et la réduction de la bureaucratie, dès qu'il s'agit de passer aux choses concrètes, les personnes concernées défendent leurs réglementations actuelles.

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Quels sont les coûts réels de la bureaucratie allemande ?

L'ampleur de la bureaucratie en Allemagne est immense. D'après les chiffres de l'Office fédéral de la statistique (janvier 2026), les coûts administratifs liés aux seules obligations de déclaration pour les entreprises allemandes s'élèvent à 62,5 milliards d'euros par an. Ce chiffre a légèrement diminué par rapport à l'année précédente, mais reste extrêmement élevé. Le nombre d'obligations de déclaration a été réduit de 12 390 en janvier 2025 à 12 364, soit une amélioration marginale.

Une étude plus approfondie de l'institut ifo aboutit à des conclusions encore plus alarmantes. Les chercheurs ont calculé les coûts directs et indirects de la bureaucratie et ont conclu que l'Allemagne perd jusqu'à 146 milliards d'euros de production économique par an à cause des lourdeurs administratives. Cette estimation prend en compte non seulement les coûts directs liés à la conformité, mais aussi les coûts indirects et les coûts d'opportunité résultant des retards de projets, de l'immobilisation de capitaux et de l'incertitude juridique.

Le fardeau est particulièrement lourd pour les petites et moyennes entreprises (PME). Une étude de la Fédération allemande des chambres de commerce et d'industrie (DIHK) sur le secteur de l'hôtellerie-restauration révèle que les entreprises de ce secteur sont soumises à 125 obligations légales, dont 43 % sont spécifiques à l'industrie. De façon alarmante, 40 à 70 % de ces obligations ne sont pas liées aux processus opérationnels réels, mais relèvent uniquement de la bureaucratie. Les PME du secteur de l'hôtellerie-restauration doivent consacrer en moyenne 2,5 % de leur chiffre d'affaires annuel aux formalités administratives, soit entre 12 000 et 60 000 € par an. De nombreux chefs d'entreprise effectuent en moyenne 14 heures supplémentaires par semaine pour se conformer à la réglementation.

Dans les comparaisons internationales, l'Allemagne affiche des résultats particulièrement médiocres. Selon les données de l'OCDE, elle figure régulièrement parmi les pays industrialisés les plus lents en termes de durée des procédures d'autorisation et de planification, notamment pour les projets de construction et d'infrastructure. Le temps consacré aux déclarations fiscales en Allemagne, soit 218 heures par an, est presque deux fois supérieur à celui de la Suède, qui s'élève à 122 heures.

Pourquoi la revendication de Maschmeyer est-elle considérée comme simpliste ?

Oui, c'est une image saisissante, mais c'est surtout un moyen de mobiliser le public ! Les médias devraient davantage l'exploiter !

Les propos de Maschmeyer peuvent paraître d'une simplicité trompeuse au premier abord, mais un examen plus approfondi révèle leur caractère irréaliste et dangereusement simpliste. L'exigence d'un remplacement quasi intégral de l'administration publique par l'IA ignore des réalités juridiques, techniques et sociales fondamentales. Il ne s'agit pas d'une stratégie de réforme réfléchie, mais plutôt d'un vœu pieux qui ne parvient pas à saisir la complexité de la gouvernance moderne.

La présentation de Maschmeyer ignore complètement les limitations techniques. Si les systèmes d'IA peuvent gérer efficacement des tâches structurées avec des règles claires, ils atteignent rapidement leurs limites face à des décisions complexes au cas par cas, à une marge de manœuvre discrétionnaire et à la nécessité de concilier des intérêts conflictuels. L'administration publique se caractérise précisément par ces décisions complexes d'équilibre, qui ne peuvent être simplement traduites en algorithmes. L'IA peut, dans certaines circonstances, classer des textes, examiner des documents, pré-trier des dossiers et signaler des incohérences, mais la responsabilité des décisions juridiquement contraignantes ne peut être déléguée à des machines.

Les obstacles juridiques sont considérables. L'administration publique est soumise à des exigences strictes en matière de protection des données et de réglementation. Le Règlement général sur la protection des données (RGPD) fixe des normes élevées pour les décisions automatisées, notamment lorsqu'elles ont des effets juridiques ou affectent de manière significative les personnes concernées. Conformément à l'article 22 du RGPD, les personnes concernées ont généralement le droit de ne pas faire l'objet d'une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé. Ce droit s'applique particulièrement aux décisions importantes.

Le manque de transparence de nombreux systèmes d'IA contrevient aux principes de l'État de droit. Les décisions administratives doivent être compréhensibles et justifiables. Or, les systèmes d'IA fonctionnent souvent comme une « boîte noire », dont les processus décisionnels restent opaques. Ceci engendre des problèmes importants en matière de contrôle juridique et de protection des droits fondamentaux. Des résultats erronés, voire des « hallucinations », et des biais potentiels dans les résultats, dus à des biais dans les données d'entraînement, constituent des risques supplémentaires.

Quels sont les obstacles spécifiques qui empêchent la généralisation de l'utilisation de l'IA dans l'administration publique ?

La liste des obstacles à la généralisation de l'IA dans l'administration publique est longue et fondamentale. Le principal d'entre eux est le manque de clarté réglementaire. De nombreux projets d'IA échouent dès la phase de planification, faute de visibilité sur la manière de se conformer aux exigences légales. L'incertitude entourant le RGPD et d'autres réglementations conduit souvent les pouvoirs publics à la réticence de mettre en œuvre des solutions d'IA. Les directives standardisées et l'expérience en matière de traitement des données sensibles font fréquemment défaut. Les pouvoirs publics ont des inquiétudes légitimes quant aux violations de la protection des données, qui peuvent entraîner de lourdes amendes pouvant atteindre 30 millions d'euros ou 6 % du chiffre d'affaires annuel mondial.

La qualité des données constitue un autre défi majeur. Les systèmes d'IA ne valent que par la qualité des données sur lesquelles ils sont entraînés. Dans l'administration publique, les données sont souvent fragmentées, non normalisées et réparties entre différents systèmes. La structure fédérale allemande, avec ses responsabilités partagées entre l'État fédéral, les Länder et les collectivités locales, aggrave considérablement ce problème. L'hétérogénéité des réglementations à ces différents niveaux complique davantage la mise en œuvre des projets d'IA.

La pénurie de main-d'œuvre qualifiée et le manque d'expertise technique au sein des administrations publiques freinent considérablement la mise en œuvre de l'IA. De nombreuses municipalités manquent à la fois de ressources financières et de personnel pour mener à bien des projets d'IA. Selon les données de l'Office fédéral de la statistique, un tiers des employés du secteur public partiront à la retraite d'ici 2035. Il en résultera une perte considérable de connaissances et une aggravation de la pénurie de personnel. Parallèlement, on constate un manque de jeunes talents, notamment en matière de compétences numériques et d'IA.

Il ne faut pas sous-estimer l'inertie politique et organisationnelle. Les réformes administratives sont traditionnellement difficiles à mettre en œuvre en Allemagne. La fragmentation de l'architecture étatique et la répartition très morcelée des responsabilités fédérales ne favorisent pas une réforme administrative axée sur des objectifs précis. Il n'existe pas en Allemagne de politique administrative cohérente fédérant les différents niveaux de gouvernement. L'intérêt du Parlement pour la politique administrative est resté jusqu'à présent insuffisant.

 

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La véritable raison de la bureaucratie : pourquoi l’IA seule ne sauvera pas nos administrations publiques

Quels sont les risques liés à une automatisation trop rapide des tâches administratives ?

Les dangers d'une automatisation trop rapide et généralisée sont multiples et potentiellement graves. Le risque de discrimination systématique est primordial. Les systèmes d'IA peuvent intégrer des biais et des distorsions issus de leurs données d'entraînement et les reproduire à grande échelle. Par exemple, si des décisions administratives historiques comportant des schémas discriminatoires sont utilisées comme données d'entraînement, l'IA perpétue cette discrimination. Un aspect particulièrement problématique est que ces erreurs systématiques sont souvent difficiles à détecter et peuvent désavantager structurellement certains groupes de population.

La perte du droit à une justice individuelle constitue un autre problème majeur. Les décisions administratives exigent souvent la prise en compte de circonstances individuelles, de cas de force majeure et de situations particulières. Le traitement algorithmique standardisé ne peut rendre compte de ces spécificités. Réduire des réalités sociales complexes à des décisions binaires engendre des injustices et des difficultés sociales. Ceci contredit le principe de justice individuelle, principe fondamental de l'État de droit.

Le manque de transparence des décisions automatisées mine la confiance dans les institutions étatiques. Lorsque les citoyens ne comprennent pas les raisons d'une décision prise par une autorité et qu'aucun interlocuteur humain n'est disponible, cela engendre frustration et sentiment d'aliénation. L'impression d'être à la merci d'une machine opaque peut menacer la démocratie. L'administration publique perd alors sa dimension humaine et se transforme en un appareil technocratique impersonnel.

La dépendance vis-à-vis des fournisseurs de technologies engendre de nouveaux risques. Lorsque des fonctions administratives essentielles reposent sur des systèmes d'IA propriétaires, l'État devient dépendant d'entreprises privées. Cela affecte à la fois sa dépendance technique et sa souveraineté des données. Les défaillances des systèmes, les failles de sécurité ou les difficultés financières des fournisseurs peuvent alors entraver directement la capacité d'action de l'État. L'intégration croissante de l'IA dans la vie quotidienne conduit à une dépendance grandissante, souvent accompagnée d'une méconnaissance des limites de l'IA.

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Que nous apprend l'expérience passée en matière de projets d'IA dans l'administration publique ?

La réalité de la mise en œuvre de l'IA dans l'administration publique est préoccupante. Si l'IA est déjà utilisée dans de nombreuses entreprises du secteur privé pour optimiser les processus, son application dans l'administration publique en est souvent encore à ses balbutiements. La plupart des organisations se trouvent dans une phase expérimentale ou exploratoire, où des questions fondamentales relatives à la technologie, à la protection des données et aux possibilités d'application restent sans réponse.

De nombreux processus administratifs sont fortement standardisés et laissent peu de place à l'innovation. Si les entreprises peuvent réagir rapidement aux nouvelles technologies, les administrations publiques sont souvent soumises à des cadres juridiques plus stricts qui freinent le changement. Bien que des études montrent que, théoriquement, jusqu'à 82 % du personnel administratif pourrait être déchargé de certaines tâches grâce à l'IA, les projets d'IA aboutissants dans l'administration publique restent rares. L'écart entre le potentiel théorique et sa mise en œuvre concrète est considérable.

Les quelques projets pilotes existants demeurent souvent des solutions isolées, difficilement transposables à plus grande échelle. Ils sont freinés par la réglementation sur la protection des données, l'absence de normes informatiques et la prudence politique. Le projet KärntenGPT en Autriche, par exemple, représente une approche ambitieuse. Il vise à démontrer, grâce à la substitution technologique, si une administration peut rester opérationnelle malgré d'importantes réductions d'effectifs. Ce projet constitue un premier test de résistance et démontre que la vision d'une administration largement automatisée est, au moins partiellement, techniquement réalisable, même si ses effets à long terme restent encore incertains.

Les lacunes des précédentes initiatives de numérisation sont d'ordre structurel. De nombreux projets ont démontré que ce n'étaient pas les outils et les mesures pris individuellement qui étaient inadéquats, mais bien la structure globale qui était défaillante. Sans une analyse exhaustive des processus, des normes de données claires et des mécanismes de justification transparents, de nouvelles contradictions, des procédures juridiques et des boucles de contrôle apparaissent, annulant l'accélération escomptée. L'IA devient ainsi un facteur de coûts plutôt qu'une source de solution.

Quels sont quelques exemples d'utilisation réalistes de l'IA dans l'administration publique ?

Malgré tous les défis, l'IA trouve des applications pertinentes et concrètes dans l'administration publique, bien loin des exigences maximales préconisées par Maschmeyer. Les approches les plus prometteuses suivent une démarche progressive : d'abord, des systèmes d'assistance et des analyses préliminaires automatisées ; ensuite, des décisions semi-automatisées sous supervision humaine ; et enfin, une automatisation plus poussée dans des domaines clairement définis.

Les chatbots et assistants numériques standardisés destinés aux services aux citoyens constituent un bon point de départ. Ils peuvent répondre aux questions fréquentes concernant la collecte des déchets, les formulaires ou les horaires d'ouverture. De plus, les solutions open source ou la collaboration avec les prestataires informatiques municipaux permettent une mise en œuvre économique de la classification des documents, de la gestion des rendez-vous ou de processus automatisés simples tels que le traitement des demandes. Ces applications offrent une réelle valeur ajoutée sans risque juridique ni éthique.

L'extraction de documents, la vérification de la plausibilité des informations, l'attribution des responsabilités et la priorisation des dossiers en fonction des risques constituent d'autres applications pertinentes. L'IA peut véritablement faciliter les choses si elle est conçue comme un système d'aide à la décision, préparant les dossiers et signalant les anomalies, plutôt que de prendre les décisions finales de manière autonome. La responsabilité et le pouvoir de décision ultimes doivent rester entre les mains des humains, capables d'examiner de manière critique les suggestions de l'IA et de les annuler si nécessaire.

Dans certains domaines, l'IA peut également contribuer à la reconnaissance de schémas et d'anomalies, notamment pour la détection des fraudes ou l'identification des cas nécessitant une attention particulière. Il est essentiel de comprendre que l'IA ne remplace pas l'expertise humaine, mais la considère comme un outil d'aide à la décision. Les systèmes doivent être transparents, traçables et faire l'objet de contrôles réguliers afin de détecter tout biais. Une analyse systématique des opportunités et des risques souligne que la mesure d'impact, la gouvernance et la gestion des risques sont souvent déterminantes pour la réussite ou l'échec.

Que faut-il faire pour parvenir à une véritable réduction de la bureaucratie ?

La clé d'une véritable réforme administrative ne réside pas dans une refonte technologique complète, mais dans une critique fondamentale des tâches et une optimisation des processus. Avant le déploiement de l'IA, il est essentiel d'examiner quelles réglementations, procédures de vérification et exigences documentaires sont encore pertinentes et nécessaires. Nombre de réglementations se sont accumulées pendant des décennies sans jamais faire l'objet d'un examen systématique de leur utilité. Une critique radicale des tâches, interrogeant les services publics indispensables et la manière de les organiser au mieux, constitue le prérequis fondamental.

La simplification et la standardisation des processus doivent primer sur l'automatisation. La simple reproduction numérique de processus analogiques inefficaces est vaine. Il est impératif de repenser et de concevoir les procédures en profondeur, du point de vue de l'utilisateur. Le principe du « transmission unique » – les données ne sont transmises à l'administration qu'une seule fois, puis partagées en interne – est crucial. Toutefois, cela suppose de dépasser le cloisonnement des fonctions et les luttes intestines au sein du gouvernement fédéral.

La volonté politique de mettre en œuvre des mesures est essentielle. L'échec de la réduction de la bureaucratie ne tient pas à une méconnaissance des problèmes, mais plutôt à un manque de volonté politique pour surmonter les résistances institutionnelles. Des mécanismes contraignants sont nécessaires, tels que la réduction automatique des réglementations, selon laquelle chaque nouvelle réglementation doit s'accompagner de l'abrogation d'une ancienne. L'introduction de dates d'expiration pour les réglementations, qui expireraient automatiquement si elles ne sont pas renouvelées, pourrait contribuer à freiner la croissance continue de la densité réglementaire.

Il est également essentiel de créer une pression sociale par l'information. Les citoyens doivent comprendre à quel point la bureaucratie étouffe l'innovation, détruit des emplois et érode la prospérité. Ce n'est que lorsque le public prendra pleinement conscience de l'urgence de véritables réformes que les responsables politiques seront contraints d'agir. La transparence concernant les coûts et les impacts réels des réglementations est cruciale. Au lieu d'espérer des solutions technologiques miraculeuses, nous devons nous réveiller et exercer une pression sociale sur ce système par une diffusion continue de l'information.

À quoi devrait ressembler une stratégie de numérisation responsable ?

Une stratégie judicieuse de modernisation de l'administration publique doit respecter plusieurs principes. Premièrement, elle doit placer l'humain au cœur du dispositif, et non la technologie. Le recours à l'IA ne doit pas être une fin en soi, mais s'inscrire dans des objectifs clairs, des obligations légales et des principes éthiques. Seule une combinaison intelligente d'innovation technologique, de cadre juridique et de responsabilité organisationnelle permettra à l'IA de contribuer au renforcement de l'administration publique.

Deuxièmement, une évaluation réaliste des capacités et des limites de l'IA est nécessaire. L'IA est un outil, non une solution miracle. Les systèmes doivent être conçus avec une transparence suffisante quant à leur fonctionnement afin que les utilisateurs puissent interpréter et exploiter correctement les résultats. Ceci est particulièrement important car l'utilisation de l'IA dans l'administration publique est considérée comme une application à haut risque et est soumise à une réglementation stricte. Les employés concernés doivent être formés à la compréhension des limites et des capacités des systèmes d'IA afin de pouvoir examiner régulièrement les dépenses.

Troisièmement, une approche progressive et itérative est nécessaire. Au lieu de projets de transformation à grande échelle, il convient de mener d'abord des projets pilotes dans des zones clairement définies, de les évaluer, puis de les étendre en cas de succès. Ces projets doivent être conçus dès le départ pour être juridiquement solides, transparents et impliquer toutes les parties prenantes. L'évaluation du succès doit prendre en compte non seulement les gains d'efficacité, mais aussi la qualité des décisions, la satisfaction des citoyens et la sécurité juridique.

Quatrièmement, la souveraineté numérique doit être préservée. L’État ne doit pas devenir entièrement dépendant des fournisseurs de technologies privés. Cela implique d’investir dans son expertise, de privilégier les solutions open source lorsque cela est possible et de mettre en place des accords contractuels clairs concernant la protection des données et le contrôle des systèmes critiques. L’administration doit rester en mesure d’assurer ses missions essentielles, même sans intelligence artificielle, afin de garantir sa résilience.

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