
Stratégie chinoise en matière d'IA : accroître la productivité et stabiliser le marché du travail – Image créative sur le sujet, utilisant l'IA : Xpert.Digital
Intelligence artificielle et marché du travail : comment la Chine entend orienter le changement
La stratégie chinoise en matière d'IA : des gains de productivité au prix d'un risque social
Robots, nouveaux métiers, moins d'emplois ? Le parcours difficile de la Chine en matière d'IA
La Chine entend développer l'intelligence artificielle et l'automatisation sans pour autant laisser le marché du travail aux prises avec les conséquences des mutations technologiques. Les nouvelles orientations mettent l'accent sur la formation continue, les compétences numériques, l'amélioration des services d'emploi et la protection sociale. Parallèlement, les entreprises devraient pouvoir recourir davantage à l'IA, notamment en cas de pénurie de main-d'œuvre ou pour les emplois à risque. Dans les secteurs à forte intensité de main-d'œuvre, toutefois, la progression devra être prudente.
Trouver le juste équilibre est complexe : les gains de productivité n’entraînent pas automatiquement une hausse de l’emploi. L’IA peut prendre en charge certaines tâches, compléter le travail humain ou créer une nouvelle demande. L’effet prédominant dépend notamment de la rapidité d’adaptation des entreprises et des employés, et de la capacité des nouveaux emplois à offrir des revenus durables. Le point de départ est également complexe : si l’industrie chinoise de haute technologie connaît une forte croissance, la consommation, elle, progresse beaucoup plus lentement.
Ces directives ne promettent ni une garantie générale d'emploi ni une interdiction totale de l'automatisation. Leur mise en œuvre sera donc cruciale : les programmes de formation atteignent-ils les employés ? Les transitions vers de nouveaux rôles sont-elles réussies ? Les gains de productivité profitent-ils à une plus large partie de la société ? Ce n'est que lorsque la qualité de l'emploi, les revenus et le soutien social suivront le rythme du développement technologique que l'on pourra évaluer la viabilité économique de la stratégie chinoise en matière d'IA.
Les machines sont censées être performantes, mais qui finance les progrès ?
La Chine cherche à conjuguer les gains de productivité induits par l'IA avec une adaptation maîtrisée du marché du travail, plutôt que de freiner fondamentalement la modernisation technologique. La viabilité économique de cette approche dépend de sa capacité à faciliter l'accès à un emploi productif grâce à la formation, aux nouveaux modèles économiques et à la protection sociale.
L'emploi devient la mesure de la modernisation
Les lignes directrices, publiées en octobre 2026, comprennent 18 tâches réparties en six domaines : création d’emplois, adoption d’une IA favorable à l’emploi, compétences numériques, services du marché du travail, droits des salariés et sécurité sociale, et suivi et gestion des risques liés à l’emploi. Le document est daté du 16 octobre 2026 et a été rendu public le 23 octobre.
Ces lignes directrices ne constituent ni une garantie générale d'emploi ni une interdiction totale de l'automatisation. Elles comprennent divers outils d'orientation, notamment des mesures de soutien, des évaluations des risques et des recommandations aux entreprises. Il convient de souligner la distinction entre la notification rapide recommandée des salariés concernés et le délai de préavis légal, contraignant et universellement identique, que le document ne précise pas.
Les données initiales nécessitent une différenciation
Fin 2025, la Chine employait 725,04 millions de personnes, dont 475,35 millions en zone urbaine. Au cours des trois premiers trimestres de 2026, le PIB réel a progressé de 4,6 % par rapport à la même période de l'année précédente ; le taux de chômage urbain moyen s'établissait à 5,2 %. Ce taux, calculé à partir d'une enquête spécifique, ne reflète pas l'ensemble du chômage à l'échelle nationale.
La valeur ajoutée des grandes entreprises industrielles de haute technologie recensées statistiquement a progressé de 14,3 % en termes réels au cours des neuf premiers mois de 2026, tandis que les ventes au détail de biens de consommation, restauration comprise, ont augmenté de 1,1 % en termes nominaux. Les ventes au détail de biens et services au sens large ont crû de 2,6 %, les ventes de services incluses dans ce chiffre contribuant à une hausse de 5 %. En raison de différences de définition et d'ajustements de prix, ces taux de croissance ne sont pas directement comparables. Néanmoins, d'un point de vue analytique, ils illustrent la tension entre une production technologiquement dynamique et une consommation relativement modérée.
Fin 2025, 323,38 millions de personnes étaient âgées d'au moins 60 ans, soit 23 % de la population. La tranche d'âge des 16-59 ans représentait 851,36 millions de personnes, soit 60,6 %. Cette tranche d'âge ne correspond ni à la population en âge de travailler ni au nombre de personnes effectivement employées.
L'automatisation n'est pas simplement une question d'avenir
En 2025, environ 354 000 robots industriels ont été installés en Chine, soit une hausse d'environ 20 % par rapport à 2024. La Chine représentait 59 % des nouvelles installations mondiales ; les fabricants chinois ont atteint une part de marché de 55 % des systèmes nouvellement installés sur leur territoire. Ces chiffres ont été publiés en septembre 2026.
Ces chiffres reflètent les installations de robots, et non les pertes d'emplois. Par conséquent, les convertir en pertes d'emplois à l'aide d'un coefficient multiplicateur uniforme ne serait pas fiable. De même, la robotique industrielle, l'automatisation logicielle traditionnelle et l'IA générative doivent être considérées séparément car elles impliquent des tâches et des décisions d'investissement différentes.
L'impact technique n'est pas une prévision de pertes
L'étude internationale sur l'IA générative de 2025 classe environ un quart des emplois mondiaux comme ayant un impact technologique, même partiel. La catégorie la plus importante représente 3,3 % de l'emploi mondial. L'étude évalue l'impact potentiel sur l'emploi ainsi que les pertes d'emplois non observées ou imprévues.
Ces chiffres ne peuvent être directement extrapolés à l'ensemble de l'emploi en Chine. Cela nécessiterait notamment des données sur les professions et les activités en Chine, ainsi que des informations sur la mise en œuvre effective. Par ailleurs, l'étude porte sur l'IA générative et non sur l'ensemble des technologies d'automatisation industrielle.
Un emploi se compose de plusieurs tâches. L'automatisation de certaines d'entre elles peut donc le modifier sans pour autant le supprimer entièrement. Inversement, la simple prise en charge de tâches particulièrement chronophages peut réduire considérablement les besoins en personnel d'une organisation. La demande de main-d'œuvre restante dépend de la réorganisation des processus et de l'évolution de la demande pour les services concernés.
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La stratégie de la Chine pour optimiser la productivité et l'emploi
La productivité et l'emploi ne suivent pas une équation
D'un point de vue analytique, il convient de distinguer le remplacement direct de la main-d'œuvre, le complément de compétences humaines et la demande supplémentaire résultant de services nouveaux ou moins coûteux. À volume de production constant, une productivité accrue peut réduire le besoin en heures de travail. Inversement, face à une demande suffisamment croissante, elle peut être compatible avec un emploi stable, voire en hausse.
La rapidité de la transition est donc cruciale. Si les emplois existants deviennent obsolètes avant que les nouvelles activités ne soient économiquement viables, des coûts liés aux revenus et à l'adaptation apparaissent. La promotion par la Chine de la formation continue et des reconversions professionnelles vise à combler ce fossé de transition.
Une étude menée auprès de 5 172 employés du service client a révélé qu'en moyenne, l'introduction d'un assistant IA permettait de résoudre 15 % de demandes clients supplémentaires par heure. Les employés les moins expérimentés en ont particulièrement bénéficié, tandis que les gains étaient moindres pour le personnel très expérimenté, et certains indicateurs de qualité ont légèrement diminué. L'étude ne permet toutefois pas de tirer de conclusions directes concernant l'emploi et les salaires en général.
Les résultats suggèrent que les projets d'entreprise devraient être évalués non seulement en fonction des économies potentielles de personnel, mais aussi des avantages supplémentaires, de la qualité et des effets sur la formation. Cependant, ils ne justifient ni une hypothèse générale de productivité de 15 %, ni une garantie d'emploi systématique.
Chaque secteur d'activité requiert une transition différente
La stratégie chinoise encourage la collaboration homme-machine dans l'industrie, la modernisation numérique de l'agriculture et le développement de nouveaux services. Elle privilégie les applications de l'IA dans les secteurs confrontés à une pénurie de main-d'œuvre et à des conditions de travail dangereuses. Dans les secteurs à forte intensité de main-d'œuvre, la portée, l'intensité et le rythme de déploiement de l'IA doivent être soigneusement étudiés.
Dans le secteur manufacturier, la combinaison de connaissances spécialisées, de compréhension des processus et de compétences numériques s'avère particulièrement pertinente. En logistique, il convient de distinguer le recours aux services physiques d'une automatisation plus poussée des différentes étapes d'un processus. En agriculture, les possibilités d'intégration dépendent de la disponibilité régionale des services de maintenance, de transformation et de conseil. Ces services ne constituent pas systématiquement une solution miracle, car le traitement standardisé de l'information peut également y être automatisé.
Les exemples d'entreprises mentionnés ci-dessus constituent des cas d'utilisation analytiques et ne prétendent pas refléter les résultats concrets obtenus par chaque entreprise chinoise en matière d'emploi. Leur fonction est d'illustrer différents mécanismes d'action.
Les petites et moyennes entreprises et les qualifications déterminent l'étendue
Ces lignes directrices favorisent des solutions numériques économiques et faciles à déployer, des écosystèmes de développement ouverts et des programmes de soutien public aux PME. Elles s'inscrivent dans l'objectif de stabilisation et de développement de l'emploi. Parallèlement, elles visent à créer de nouveaux métiers et des normes professionnelles liés à l'IA.
Un nouveau intitulé de poste ne témoigne pas d'une demande accrue. Ce qui importe sur le plan économique, ce sont les compétences dont les entreprises ont réellement besoin et qu'elles peuvent se permettre. Par conséquent, les profils mixtes alliant connaissance du secteur, compréhension des données et contrôle qualité constituent un sujet d'analyse particulièrement important.
Les universités et les établissements de formation professionnelle devraient adapter leurs programmes et collaborer plus étroitement avec les entreprises. Les formations spécialisées devraient notamment s'adresser aux jeunes, aux travailleurs migrants et aux chômeurs. L'impact de ces mesures devrait être évalué non seulement en fonction du taux de participation, mais aussi en termes d'emploi, de revenus et de stabilité de la transition professionnelle.
L’entrée sur le marché du travail soulève un conflit d’objectifs supplémentaire : la suppression de tâches simples peut entraîner la perte d’opportunités d’apprentissage. Une politique de ressources humaines durable à long terme doit donc expliquer comment les nouveaux employés peuvent acquérir expérience pratique et discernement malgré l’automatisation.
Les systèmes d'alerte précoce nécessitent des analyses fiables des causes profondes
La Chine prévoit d'accroître le partage de données entre les agences gouvernementales et de suivre en continu l'adoption de l'IA, la création et la suppression d'emplois, ainsi que les besoins en compétences. Par ailleurs, des activités et des institutions de recherche sont prévues pour étudier les conséquences sur l'emploi et la répartition des richesses.
Pour l'évaluation, il convient d'examiner séparément les licenciements, les postes vacants, la réduction du temps de travail et la création de postes d'entrée de gamme. Les suppressions d'emplois ne doivent pas être automatiquement imputées à l'IA si elles coïncident avec une baisse des commandes, des délocalisations ou d'autres changements organisationnels. Des périodes d'observation plus longues et des comparaisons avec des entreprises similaires seraient plus pertinentes.
Les périodes de transition présentent des avantages économiques surtout lorsqu'elles permettent des formations complémentaires, des mutations internes et des perspectives d'emploi réalistes. Un simple report, sans ajustements, peut accroître les coûts sans améliorer les perspectives. Par conséquent, les évaluations des risques doivent comparer différentes options et ne pas viser uniquement à éviter tout changement de personnel.
La qualité de l'emploi fait partie du bilan
Ces lignes directrices traitent de la discrimination algorithmique, des offres d'emploi mensongères ou frauduleuses et des atteintes à la vie privée et au droit à la tranquillité. Elles visent également à protéger les salaires et la sécurité au travail dans un contexte d'évolution des formes de collaboration homme-machine. Les services publics de l'emploi devraient recourir à l'IA pour faciliter l'accès aux emplois adaptés et aux services d'accompagnement.
L'évaluation doit donc prendre en compte bien plus que le simple nombre d'emplois préservés. La charge de travail, la qualité des décisions et les réelles possibilités de correction sont également des éléments économiquement pertinents. Un système de placement qui encourage les transitions rapides vers des emplois précaires pourrait engendrer des résultats à long terme moins favorables qu'un programme de formation ciblé, certes un peu plus long.
La couverture permet également de stabiliser la demande
Pour les salariés concernés, un accompagnement, des formations, des recommandations d'emploi et un soutien à la création d'entreprise sont prévus. Les personnes assurées éligibles percevront des allocations chômage ; la protection sociale pour les emplois flexibles et les nouvelles formes d'emploi sera renforcée. Ce document ne prévoit pas de garantie de revenu généralisée pour toutes les personnes touchées par l'IA.
Les analyses de l'économie chinoise établissent un lien entre l'incertitude des perspectives de revenus, la faiblesse de la protection sociale et une consommation prudente, ainsi qu'une épargne accrue. De ce fait, les mesures de soutien social ont également un effet positif sur la demande. Elles peuvent encourager la poursuite des études et les reconversions professionnelles sans pour autant restreindre excessivement les dépenses de consommation par mesure de précaution.
Les lignes directrices abordent également le développement des mécanismes de rémunération et de redistribution. Cependant, elles ne prévoient pas de répartition générale contraignante des gains de productivité supplémentaires. Il reste donc possible d'évaluer ultérieurement si ces gains seront plus largement redistribués par le biais des salaires, des prix et des services publics, ou s'ils bénéficieront principalement à un cercle restreint d'entreprises et de travailleurs qualifiés.
La mise en œuvre est le test décisif
Les régions de l'Est devraient privilégier le développement des industries clés de l'IA, tandis que les régions du Centre et de l'Ouest, en fonction de leurs capacités respectives, devraient se concentrer sur des domaines tels que le traitement des données et la production d'appareils intelligents. Cependant, pour les salariés, le nombre d'emplois dans une région donnée n'est pas le seul critère important ; l'accessibilité, l'adéquation des compétences et les prestations sociales le sont tout autant. L'accès aux prestations sociales et leur transférabilité demeurent des défis majeurs pour les travailleurs migrants et du secteur informel.
La stratégie prévoit des prêts, des fonds, un soutien au démarrage et des programmes éducatifs, mais ne définit pas de budget global supplémentaire uniforme pour l'ensemble des 18 tâches. Parallèlement, les analyses économiques mettent en évidence les contraintes financières des administrations locales, dues en partie à la baisse des recettes issues des baux fonciers. Il en résulte un niveau de soutien variable selon les régions, ce qui constitue un risque analytique.
Une évaluation fiable de l'impact des orientations publiées fin octobre 2026 n'est pas encore disponible. Pour une évaluation ultérieure, la période de transition, l'évolution des revenus, la qualité de l'emploi, la productivité des entreprises et la portée du soutien social sont des facteurs plus pertinents que le nombre de programmes annoncés. La réussite économique devrait se mesurer à l'aune de la capacité technologique accrue, qui se traduit par un emploi productif et une diversification des revenus.
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