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Promesses de réforme et réalité réglementaire : la modification de la loi allemande sur le temps de travail à l’épreuve des enjeux économiques

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Publié le : 24 juin 2026 / Mis à jour le : 24 juin 2026 – Auteur : Konrad Wolfenstein

Promesses de réforme et réalité réglementaire : la modification de la loi allemande sur le temps de travail à l’épreuve des enjeux économiques

Promesses de réforme et réalité réglementaire : la modification de la loi allemande sur le temps de travail soumise à un examen économique – Image : Xpert.Digital

Flexibilité pour quelques-uns seulement : comment la réforme du temps de travail menace des secteurs entiers

Échec de la réforme du droit du travail : c’est pourquoi entreprises et experts tirent la sonnette d’alarme

Le droit du travail allemand se trouve à un tournant historique, mais la modernisation tant espérée risque de se transformer en labyrinthe bureaucratique. Forte des arrêts de principe de la Cour de justice de l'Union européenne et du Tribunal fédéral du travail, la coalition au pouvoir avait promis une réforme contemporaine : une plus grande flexibilité pour les salariés et les entreprises, l'abandon de la durée maximale journalière du travail au profit de la durée hebdomadaire, et une simplification de l'application de la nouvelle obligation de pointage électronique. Or, le projet de loi présenté par le ministère fédéral du Travail et des Affaires sociales (BMAS) suscite de vives critiques au sein du monde des affaires. Au lieu d'ouvrir la voie à des modèles de travail modernes comme la semaine de quatre jours, la loi conditionne la flexibilité, pourtant indispensable, aux conventions collectives. Pour les secteurs où le taux de négociation collective est faible – notamment la restauration rapide, déjà en difficulté – cela signifie qu'ils restent prisonniers du cadre rigide de l'ère industrielle analogique, tandis que la bureaucratie ne cesse de croître. Analyse économique et socio-politique d'un projet de loi qui contredit ses propres promesses.

Quand les accords de coalition rencontrent les projets de documents ministériels – et que le résultat est décevant

Le point de départ : une loi attendue depuis longtemps frappe une coalition divisée

La loi allemande sur le temps de travail de 1994, dans sa structure de base, est un héritage de l'ère industrielle analogique. Elle fixe une durée maximale de travail journalière de huit heures, voire dix dans des cas exceptionnels, et impose une pause de onze heures entre les postes. Pendant des décennies, ce cadre a été considéré comme une réussite socio-politique – une mesure de protection contre l'exploitation physique des travailleurs dans les usines et les mines. Cependant, le monde du travail a profondément changé. Le travail par projet, le travail posté, l'économie des plateformes numériques et l'évolution des aspirations des jeunes actifs remettent de plus en plus en question ce régime rigide du temps de travail journalier.

La motivation politique de cette réforme était claire : la Cour de justice de l’Union européenne, dans son arrêt du 14 mai 2019 (affaire C-55/18), dit « arrêt relatif à la pointeuse », avait déjà établi que les employeurs sont tenus de mettre en place un système objectif, fiable et accessible pour mesurer le temps de travail journalier de chaque salarié. La Cour fédérale de justice allemande (BAG) a confirmé cette décision en 2022, précisant que l’obligation d’enregistrer le temps de travail découle déjà du droit allemand. Le législateur aurait dû réagir promptement à ce double signal de la plus haute juridiction, mais il a tardé à le faire pendant des années.

La coalition rouge-noire CDU/CSU-SPD s'est donc entendue, dans son accord de coalition d'avril 2025, sur une réforme globale du droit du travail. Les principaux engagements comprenaient : l'instauration d'une durée maximale de travail hebdomadaire au lieu d'une durée maximale journalière, une plus grande flexibilité pour les entreprises et les salariés conformément à la directive européenne sur le temps de travail (2003/88/CE), et une simplification de la réglementation relative à l'obligation d'enregistrement électronique du temps de travail. Le projet de loi du ministère fédéral du Travail et des Affaires sociales (BMAS), dirigé par la ministre Bärbel Bas (SPD), et publié en juin 2026, a largement déçu ces attentes.

Le projet de loi : ce que prévoit réellement le ministère fédéral du Travail et des Affaires sociales (BMAS)

Le projet de proposition prévoit essentiellement deux changements majeurs. Premièrement, les parties à la négociation collective devraient pouvoir convenir d'une durée maximale de travail hebdomadaire plutôt que journalière. La période de repos obligatoire de onze heures entre les quarts de travail serait alors supprimée, à condition toutefois que des accords collectifs relatifs à la santé et à la sécurité des employés soient également inclus. Si, à première vue, cela semble un compromis judicieux, en pratique, il a un effet sélectif important.

Deuxièmement, les employeurs doivent généralement consigner électroniquement le début, la fin et la durée des heures de travail journalières le jour même de leur exécution. Bien que cette consignation puisse être effectuée par les employés eux-mêmes ou par des tiers, la responsabilité incombe toujours à l'employeur. Les conventions collectives doivent prévoir des exceptions, telles que la possibilité d'un enregistrement non électronique ou d'une documentation au plus tard sept jours après l'exécution du travail. Des méthodes d'enregistrement alternatives sont prévues de façon permanente pour les micro-entreprises comptant jusqu'à dix employés.

L'accord de coalition promettait explicitement une réglementation « non bureaucratique ». Or, le projet du ministère fédéral du Travail et des Affaires sociales (BMAS) présente un ensemble de règles très différenciées, avec une obligation de base, des exceptions fondées sur les conventions collectives, des dispositions particulières liées à la taille de l'entreprise et des périodes transitoires – une construction juridique qui engendrera inévitablement des litiges d'interprétation. De plus, si l'obligation de numérisation le jour même est conforme aux exigences de la CJUE quant à son intention protectrice, elle subordonne simultanément la flexibilité de l'aménagement du temps de travail à l'existence de conventions collectives. Ceci crée une contradiction au sein même du projet : l'obligation de numérisation s'applique à tous, tandis que la flexibilité ne concerne qu'une minorité.

Le problème de la couverture des conventions collectives : une réforme pour une minorité privilégiée

Le principal défaut structurel du projet réside dans le lien établi entre la durée maximale hebdomadaire du travail et les conventions collectives. En Allemagne, en 2025, un peu moins de 48,7 % des salariés travaillaient dans des entreprises couvertes par des conventions collectives. Ce chiffre peut paraître faible, mais en réalité, la couverture par les conventions collectives varie considérablement selon les secteurs et la taille des entreprises. Alors qu'environ 49 % des entreprises de l'ensemble de l'économie sont couvertes par des conventions collectives, ce chiffre n'est que de 23 % pour le secteur de l'hôtellerie-restauration. Si l'on considère les entreprises plutôt que les salariés, le taux est encore plus bas, car ce sont principalement les grandes entreprises qui concluent des conventions collectives : 77 % des entreprises de plus de 200 salariés sont couvertes par une convention collective, contre seulement 35 % des entreprises de 21 à 50 salariés.

Pour les chaînes de restauration, cela signifie qu'une grande partie du secteur serait tout simplement exclue de la flexibilité promise par l'accord de coalition, faute de convention collective permettant de négocier les réglementations nécessaires. La Fédération allemande des chaînes de restauration (BdS) a vivement critiqué cette situation. Son directeur général, Markus Suchert, a déclaré que le projet est loin de répondre aux attentes du secteur et ne respecte pas les objectifs de réforme convenus dans l'accord de coalition. Les chaînes de restauration devraient d'abord obtenir laborieusement, par la négociation collective, la flexibilité dont elles ont un besoin urgent – ​​un processus qui prendrait des années et qui, compte tenu des déséquilibres de pouvoir existants dans le secteur de l'hôtellerie-restauration, impliquerait des concessions économiques considérables.

Cette structure compromet non seulement l'objectif de politique économique de la réforme, mais exacerbe également les déséquilibres structurels de la concurrence : les leaders du marché comme McDonald's ou Burger King, qui disposent déjà de conventions collectives d'entreprise, pourraient immédiatement tirer parti des nouvelles options de flexibilité. Les chaînes de restauration plus petites, dépourvues de tels accords, resteraient en revanche prisonnières de l'ancienne réglementation rigide. Marc Biadacz, porte-parole du groupe parlementaire CDU/CSU pour le travail et la politique sociale, a donc souligné à juste titre qu'une durée maximale de travail hebdomadaire doit s'appliquer à tous les salariés, qu'ils soient ou non couverts par une convention collective.

Les chaînes de restaurants sous pression : la dimension économique

Pour bien saisir l'enjeu de ce débat, il est essentiel de comprendre l'importance économique des chaînes de restaurants. En 2025, ce secteur a généré un chiffre d'affaires total de 36 milliards d'euros en Allemagne, contre 35 milliards en 2024, soit environ 40 % du marché allemand de la restauration. Les entreprises membres de la Fédération allemande des chaînes de restaurants (BdS) emploient près de 120 000 personnes et accueillent plus de 2 000 apprentis sur près de 3 000 sites. Les chaînes de restaurants constituent ainsi non seulement un employeur important, mais aussi un moteur de formation et un véritable incubateur pour les jeunes actifs, les étudiants et les personnes issues de l'immigration.

Mais le secteur est soumis à une forte pression. L'ensemble du secteur de l'hôtellerie-restauration a enregistré une baisse réelle de son chiffre d'affaires de 4,9 % en septembre 2025 par rapport au même mois de l'année précédente. Le nombre de faillites de restaurants et de bars a atteint environ 2 900 en 2025, soit près de 30 % de plus que l'année précédente. Parallèlement, les charges de personnel augmentent : le salaire minimum légal a été porté à 13,90 € en janvier 2026, ce qui représente un surcoût annuel d'environ 2 275 € par employé à temps plein. Dans ce contexte économique, une plus grande flexibilité dans l'organisation du temps de travail n'est pas une revendication abstraite, mais un véritable atout concurrentiel.

À cela s'ajoute la pénurie de main-d'œuvre qualifiée. Le rapport de la DIHK (Association des chambres de commerce et d'industrie allemandes) sur la sécurisation des emplois qualifiés pour 2024/25 révèle que le secteur de l'hôtellerie-restauration, à 64 %, figure parmi les secteurs les plus touchés par cette pénurie – et 57 % des entreprises expriment un vif souhait de flexibilité accrue des horaires de travail. Plus de 40 % des postes dans l'hôtellerie-restauration sont actuellement vacants. La moitié des contrats d'apprentissage dans ce secteur ne sont pas menés à terme. Dans ce contexte, on comprend mieux pourquoi les chaînes de restaurants perçoivent la flexibilité des horaires non pas comme un moyen d'augmenter la charge de travail, mais comme un atout pour l'équilibre vie professionnelle-vie privée et, par conséquent, comme une stratégie de recrutement. Celles qui peuvent proposer à leurs employés quatre jours de travail plus intensifs au lieu de cinq jours de même durée, leur permettant ainsi de bénéficier d'un week-end plus long, disposent d'un avantage décisif dans la concurrence pour attirer une main-d'œuvre rare.

L’obligation d’enregistrer le temps : une contradiction avec la réduction de la bureaucratie

Le second point majeur de désaccord concerne l'obligation d'enregistrer électroniquement les heures de travail le jour même. Cette obligation est pleinement justifiée par sa logique protectrice : l'arrêt de 2019 de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) a clairement établi que, sans enregistrement objectif des heures de travail, les droits des salariés à la limitation de leur temps de travail maximal et à des périodes de repos suffisantes sont, de fait, inapplicables. La décision de 2022 du Tribunal fédéral du travail (BAG) a précisé ce principe en droit allemand. La codification légale d'une obligation établie de longue date par la plus haute juridiction est donc juridiquement cohérente.

Toutefois, sa mise en œuvre concrète pose problème, compte tenu de la tension avec l'engagement affiché de la coalition en faveur de la réduction de la bureaucratie. L'accord de coalition rouge-noire promettait de réduire les coûts administratifs pour les entreprises de 25 % (environ 16 milliards d'euros) et d'alléger les charges de conformité pour les entreprises, les citoyens et l'administration publique d'au moins 10 milliards d'euros. Le Conseil national de contrôle réglementaire (NKR) indique dans son rapport annuel 2025 que le fardeau bureaucratique structurel pesant sur les entreprises se maintient à environ 64 milliards d'euros par an. Dans ce contexte, toute nouvelle obligation de déclaration qui impose un fardeau aux entreprises sans apporter de réelle valeur ajoutée est politiquement incohérente.

Le secteur de la restauration rapide enregistre déjà les heures de travail de la grande majorité de ses employés ; cette pratique est quasiment inhérente au secteur du fait de l’utilisation des systèmes de caisse et des plannings d’équipe. La Fédération allemande de la restauration collective (BdS) ne demande donc pas un rejet pur et simple du suivi du temps de travail, mais plutôt que le choix de la méthode d’enregistrement soit laissé aux entreprises elles-mêmes et adapté à leurs spécificités opérationnelles. Le projet de loi est trop rigide à cet égard : il impose l’enregistrement électronique le jour même comme norme et n’autorise les exceptions que par le biais de conventions collectives, ce qui crée le même problème de couverture des conventions collectives.

Pour les entreprises de moins de dix salariés, des mesures d'allègement permanentes sont prévues ; pour les PME et les grandes entreprises, seules des périodes transitoires limitées s'appliquent. Si le coût de mise en place de systèmes de suivi électronique du temps de travail reste abordable – les solutions cloud coûtent entre deux et douze euros par salarié et par mois –, l'enjeu crucial n'est pas le prix du logiciel, mais bien la question de la liberté d'entreprendre. Le principe selon lequel l'État fixe les objectifs de protection, mais non les moyens de les atteindre, est un principe éprouvé de bonne réglementation – et le projet de loi le viole.

 

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Bureaucratie plutôt que modernisation : le projet de loi et ses conséquences économiques

Le système de coordonnées européen : ce que la directive européenne autorise réellement

La directive 2003/88/CE relative au temps de travail établit des exigences minimales, mais utilise délibérément un système de référence hebdomadaire plutôt que journalier. Elle stipule une durée de travail hebdomadaire moyenne maximale de 48 heures (heures supplémentaires comprises) sur la période de référence, ainsi que des pauses journalières de onze heures et une période de repos hebdomadaire de 24 heures en plus de la pause journalière. La loi allemande en vigueur sur le temps de travail, avec son principe de la journée de huit heures, va au-delà de ces normes minimales européennes et offre donc une protection plus étendue que ne l'exige le droit de l'UE.

Ceci est juridiquement admissible et, à certains égards, souhaitable. Toutefois, cela signifie également que l'Allemagne disposerait d'une marge de manœuvre considérable pour mettre en œuvre la réforme sans enfreindre le droit de l'UE. L'instauration d'une durée maximale hebdomadaire de travail – non liée à des conventions collectives – serait pleinement compatible avec la directive 2003/88/CE, à condition que les périodes de repos et les limites maximales qui y sont stipulées soient respectées. C'est précisément ce qui a été convenu dans l'accord de coalition : la suppression de la limite journalière de temps de travail au profit d'une limite hebdomadaire.

Le projet de loi du ministère fédéral du Travail et des Affaires sociales (BMAS) est toutefois loin d'atteindre le niveau européen. Il maintient la journée de travail de huit heures comme norme légale de base et n'autorise une flexibilité hebdomadaire que par le biais de conventions collectives. Cette approche reflète moins une nécessité objective qu'un compromis politique au sein de la coalition : à la demande des syndicats, le ministre du Travail (SPD) a inclus une clause limitant la réforme aux secteurs couverts par des conventions collectives. Il en résulte un projet de loi qui contourne la promesse de réforme, littéralement, sans pour autant la violer formellement.

Une comparaison avec d'autres pays européens révèle clairement l'anomalie de l'approche allemande. Avec une durée hebdomadaire de travail moyenne de 33,9 heures, l'Allemagne figure parmi les pays européens où le temps de travail est le plus court. Parallèlement, la réglementation encadrant la répartition de ce temps de travail au cours de la journée est considérablement plus restrictive que dans la plupart des pays voisins. La France, les Pays-Bas et d'autres États membres de l'UE appliquent directement la durée hebdomadaire recommandée, permettant ainsi une répartition du temps de travail qui, en Allemagne, ne peut être obtenue qu'au moyen de conventions collectives complexes et opaques.

La flexibilité comme opportunité socio-politique : une dimension sous-estimée

Le débat politique se focalise souvent sur le point de vue de l'employeur, négligeant une dimension importante : la flexibilité des horaires de travail est également très appréciée des salariés. L'étude « Le travail de demain dans l'hôtellerie-restauration » de l'Institut allemand de prospective pour le secteur de l'hôtellerie-restauration révèle que 77 % des salariés considèrent la flexibilité des horaires comme un critère essentiel au travail. Pourtant, seuls 40 % des salariés du secteur de l'hôtellerie-restauration se disent satisfaits de la disponibilité de ces horaires flexibles. L'écart entre les aspirations et la réalité est donc considérable.

L'instauration d'une durée maximale de travail hebdomadaire permettrait aux employés de répartir leurs heures de travail sur quatre jours au lieu de cinq, bénéficiant ainsi d'un week-end de trois jours – un modèle souvent désigné dans le débat public comme la « semaine de quatre jours ». Cela n'impliquerait pas une augmentation du travail, mais simplement une répartition différente du même nombre d'heures hebdomadaires. Pour un cuisinier qui travaille déjà jusqu'à 16 h après le service du midi, un service prolongé jusqu'à 18 h sur quatre jours au lieu de cinq serait sans doute bien plus attractif – s'il lui permettait de profiter d'un week-end plus long. Ce potentiel d'amélioration de l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée n'est pas abordé dans le projet de proposition de la BMAS.

Les tendances démographiques renforcent encore cette dimension. Le rapport du ministère de l'Intérieur et des Affaires étrangères sur les travailleurs qualifiés (DIHK) montre que le secteur de l'hôtellerie-restauration est parmi les plus touchés par la pénurie de main-d'œuvre et que le besoin de flexibilité des horaires de travail y est particulièrement marqué. D'ici 2030, en supposant une faible immigration, le secteur de l'hôtellerie-restauration devrait manquer de 610 000 employés. Dans ce contexte, la flexibilité des horaires n'est pas un luxe, mais un outil stratégique pour le recrutement et la fidélisation du personnel. Le projet de loi passe à côté d'une opportunité importante.

Les études sur l'équilibre vie professionnelle-vie privée montrent également que les jeunes actifs, notamment ceux des générations Y et Z, accordent une importance bien plus grande à l'autonomie dans l'organisation du temps de travail qu'à la réduction du temps de travail. Pour le secteur de la restauration rapide, qui dépend fortement des jeunes travailleurs, la capacité à proposer des modalités de travail attractives est directement liée à la capacité de recruter suffisamment de personnel. Une réforme qui limiterait cette flexibilité aux grandes entreprises syndiquées engendrerait donc non seulement une inégalité juridique, mais aussi des distorsions structurelles de la concurrence.

Horaires de travail basés sur la confiance : un autre point de conflit

Un autre élément sensible du projet de loi concerne indirectement le temps de travail fondé sur la confiance. L'accord de coalition stipule explicitement que le temps de travail fondé sur la confiance, sans suivi du temps de travail, doit rester possible conformément à la directive européenne sur le temps de travail. Cet engagement est important pour les entreprises de services à forte intensité de connaissances et pour l'organisation moderne du travail : le temps de travail fondé sur la confiance favorise une culture du travail axée sur les résultats, particulièrement adaptée aux secteurs où le travail par projet est fréquent.

L'efficacité du projet de loi pour tenir ses promesses fait l'objet de controverses juridiques. Les syndicats estiment que le suivi du temps de travail est indispensable, notamment dans le cadre du système de confiance relatif aux heures de travail, afin de garantir le respect des durées maximales de travail et des temps de repos. Les organisations patronales, quant à elles, soulignent qu'une obligation d'enregistrement exhaustive reviendrait à abolir de facto le modèle de confiance relatif aux heures de travail. Il en résulte un conflit de normes juridiques non résolu entre l'arrêt de la CJUE, la décision du Tribunal fédéral du travail, l'accord de coalition et le projet de loi. La version finale du texte devra clarifier ce point si le gouvernement fédéral ne souhaite pas s'engager dans une nouvelle bataille juridique qui pourrait durer des années.

Incohérence de la politique économique : la réforme comme contradiction interne

Le problème fondamental de ce projet de loi réside dans sa contradiction intrinsèque. Dans son accord de coalition, le gouvernement fédéral s'est engagé à poursuivre un double objectif : d'une part, une plus grande flexibilité pour les entreprises et les salariés, et d'autre part, une réduction substantielle de la bureaucratie. Or, le projet de loi du ministère fédéral du Travail et des Affaires sociales (BMAS) n'atteint pas simultanément ces deux objectifs. Il ne crée pas une véritable flexibilité car il conditionne l'option cruciale de flexibilité (la durée maximale hebdomadaire du travail) à une obligation de couverture par une convention collective, ce qui est extrêmement rare, même dans les secteurs les plus flexibles. De plus, il ne réduit pas la bureaucratie car il introduit une obligation rigide de pointage électronique quotidien, qui ne peut être assouplie pour les entreprises non couvertes par une convention collective, même par le biais d'accords sectoriels.

Les succès déjà obtenus par la coalition en matière de réduction de la bureaucratie – avec des économies estimées à environ trois milliards d'euros au cours des six premiers mois – seraient au moins partiellement annulés par les nouvelles obligations de déclaration. Cela est particulièrement vrai pour les secteurs de l'hôtellerie-restauration, majoritairement composés d'entreprises de taille moyenne, déjà soumis à une forte pression sur les coûts. Dans son rapport annuel 2025, le Conseil national de contrôle de la réglementation (NKR) a averti que, malgré des progrès initiaux, le fardeau bureaucratique structurel pesant sur les entreprises demeure à environ 64 milliards d'euros par an. De nouvelles exigences de documentation, sans réelle valeur ajoutée, contredisent directement ce constat.

Il est paradoxal qu'un projet de loi du ministère du Travail, dirigé par le SPD, bloque la modernisation promise. Lier la flexibilité aux conventions collectives suit une logique étroitement liée aux intérêts syndicaux : ceux qui souhaitent plus de liberté doivent l'obtenir par le dialogue avec les syndicats. Ceci se comprend du point de vue de la politique sociale, mais contredit l'objectif de réforme économique sur lequel la coalition s'est elle-même accordée. De plus, cela pénalise les employeurs et les employés des secteurs non couverts par des conventions collectives qui bénéficieraient pourtant de modèles de temps de travail plus flexibles.

L’appel à une véritable réforme : ce que devraient faire les législateurs

Les critiques formulées par la BdS (Association des travailleurs indépendants allemands) et une grande partie du monde des affaires ne visent pas à abolir la protection des salariés, mais plutôt à en remettre en cause la conception même. D'un point de vue économique, on peut dégager les principes de réforme suivants :

Premièrement, il convient d'instaurer une durée maximale de travail hebdomadaire sans restriction quant aux conventions collectives. La directive européenne sur le temps de travail le permet ; l'accord de coalition le prévoit ; et la nécessité économique est manifeste. La protection des salariés peut être garantie par le maintien d'une durée maximale de 48 heures par semaine et par l'instauration de périodes de repos. Supprimer la restriction relative aux conventions collectives ne constituerait pas une remise en cause de ces conventions – qui pourraient toujours prévoir des normes de protection plus strictes – mais permettrait au contraire d'instaurer des conditions de concurrence équitables pour toutes les entreprises.

Deuxièmement, l'obligation d'enregistrer le temps de travail devrait être conçue de manière neutre quant à la méthode. L'arrêt de la CJUE exige un système objectif, fiable et accessible, mais pas nécessairement électronique. Conformément à l'accord de coalition, la décision relative à la forme précise de l'enregistrement devrait être encadrée de façon non bureaucratique. Une réglementation laissant le choix de la méthode aux employeurs et prescrivant uniquement l'objectif de protection des données serait conforme au droit de l'UE, favorable aux employeurs et garantirait simultanément les droits des salariés. Les spécificités sectorielles, telles que les systèmes de pointage par caisse enregistreuse déjà largement répandus dans la restauration collective, pourraient ainsi être prises en compte au lieu d'être remplacées par des exigences légales rigides.

Troisièmement, le gouvernement fédéral devrait saisir cette occasion pour moderniser l'ensemble du droit du travail. Cela implique une réglementation claire du temps de travail fondé sur la confiance, la protection juridique des modèles modernes de gestion du temps de travail (déclarations annuelles et cumulatives du temps de travail), et la suppression des réglementations détaillées anachroniques qui n'ont plus aucune utilité pratique. Un droit du travail adapté au XXIe siècle doit définir un cadre, et non prescrire des méthodes.

Évaluation globale : Une réforme timide est un échec total

Le projet de loi du ministère fédéral du Travail et des Affaires sociales (BMAS) visant à modifier la loi sur le temps de travail ne constitue pas un pas vers la modernisation, mais vers une complexité réglementaire accrue. Il codifie les arrêts de la Cour suprême (ce qui est justifié) sans compenser la bureaucratisation qui en résulte par une réelle flexibilité (ce qui est injustifié). Il ouvre la possibilité d'une durée maximale de travail hebdomadaire (conformément à l'accord de coalition), mais la rend inaccessible à la moitié des salariés allemands en raison des exigences des conventions collectives (ce qui contredit l'accord de coalition).

L'impact sur les chaînes de restaurants et l'ensemble du secteur de l'hôtellerie-restauration est particulièrement grave : ce secteur, confronté à une hausse des coûts, à une pénurie de main-d'œuvre qualifiée et à une concurrence accrue, a un besoin urgent de flexibilité des horaires de travail comme outil de gestion du personnel, mais se trouve exclu des principaux avantages de la réforme. Le taux de couverture par la convention collective de seulement 23 % dans le secteur de l'hôtellerie-restauration signifie qu'environ 77 % des entreprises du secteur resteraient soumises à l'ancien système rigide. Ce résultat ne correspond donc pas aux objectifs que la réforme s'était fixée.

L'Association allemande des entrepreneurs indépendants (BdS) appelle à juste titre le gouvernement fédéral à améliorer fondamentalement le projet de loi lors de la suite du processus législatif et à mettre en œuvre de manière cohérente les réformes promises dans l'accord de coalition. Cet appel ne doit pas être interprété comme la défense des intérêts particuliers d'un secteur, mais plutôt comme un rappel de l'importance de la crédibilité démocratique : les accords de coalition sont des engagements politiques. Un projet de loi qui contourne ces engagements sans les rompre sape la confiance dans la capacité de l'État allemand à mener des réformes – et, compte tenu des défis économiques actuels, c'est un prix que l'Allemagne ne peut se permettre.

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