
L’Arabie saoudite suspend la construction du gratte-ciel cubique Mukaab : Contexte et analyse économique – Image créative : Xpert.Digital
La fin de la gigantomanie ? Les véritables raisons de l'arrêt de la construction du gratte-ciel Mukaab
"Un problème qui n'existe pas encore" : des obstacles techniques mettent à genoux la merveille architecturale de l'Arabie saoudite
Il était censé être la pièce maîtresse d'un nouveau Riyad et repousser les limites de l'architecture moderne : le « Mukaab », un gratte-ciel cubique gigantesque de 400 mètres d'arête, était conçu comme l'un des symboles les plus spectaculaires de la « Vision 2030 » de l'Arabie saoudite. Mais aujourd'hui, la réalité économique rattrape les rêves futuristes de cet État désertique.
En janvier 2026, l'Arabie saoudite a annoncé de manière inattendue l'arrêt temporaire des travaux de construction de ce projet de 50 milliards de dollars, alors même que les fondations et les travaux d'excavation étaient déjà en cours. Cette décision marque un tournant majeur dans la stratégie du prince héritier Mohammed ben Salmane. Ce qui avait commencé comme un saut dans un futur digne de la science-fiction cède désormais la place à un pragmatisme imposé.
L'arrêt brutal du projet s'explique par une conjonction explosive de facteurs : la chute des prix du pétrole, l'explosion des déficits budgétaires et des défis techniques qui mettent à rude épreuve même les technologies les plus avancées. Après la réduction drastique de la ville miroir « The Line », le Mukaab est la prochaine victime d'un réajustement financier. Au lieu de se concentrer sur des prouesses architecturales encore incertaines, le fonds souverain PIF privilégie désormais des objectifs concrets : la Coupe du Monde de la FIFA 2034, l'Expo 2030 et le développement de l'intelligence artificielle.
Nous analysons ici les raisons de l'arrêt des chantiers, examinons la situation économique précaire de l'Arabie saoudite suite à l'effondrement des prix du pétrole et présentons les nouvelles priorités que le royaume se fixe pour assurer son avenir au-delà du pétrole. Découvrez pourquoi l'ère de la mégalomanie touche à sa fin et quelles opportunités s'offrent à l'économie mondiale grâce à cette nouvelle orientation, plus réaliste.
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Qu’est-ce que le projet Mukaab et pourquoi sa construction a-t-elle été arrêtée ?
Le projet Mukaab se voulait un chef-d'œuvre architectural, pièce maîtresse du nouveau quartier de Murabba à Riyad, la capitale saoudienne. Ce gratte-ciel cubique, dont les côtés mesurent 400 mètres, était conçu comme l'un des projets de construction les plus ambitieux de la Vision 2030. En janvier 2026, l'Arabie saoudite a annoncé l'arrêt temporaire des travaux de construction du Mukaab, suite à d'importants travaux d'excavation et de fondation sur pieux.
Les raisons officielles de l'arrêt des travaux sont des analyses financières et techniques du projet. Le Fonds d'investissement public (PIF), fonds souverain d'Arabie saoudite qui finance les projets de la Vision 2030, a dû revoir ses plans afin de réduire les coûts et de réorienter ses priorités budgétaires. Cette décision reflète les difficultés croissantes que rencontre le royaume en raison de la faiblesse des prix du pétrole. Les travaux sur le bâtiment lui-même sont suspendus, tandis que le développement des projets immobiliers environnants devrait se poursuivre.
Suite à des modifications apportées aux plans, l'achèvement de l'ensemble du quartier de New Murabba a été reporté de 2030 à 2040. Le cabinet de conseil immobilier Knight Frank estimait le coût du projet à environ 50 milliards de dollars américains, soit l'équivalent du produit intérieur brut de la Jordanie. À ce jour, seuls des contrats d'une valeur d'environ 100 millions de dollars américains ont été attribués.
Quelles caractéristiques architecturales le Mukaab devrait-il offrir ?
Le Mukaab fut conçu comme une merveille technologique repoussant les limites de l'architecture moderne. Ce cube métallique de 400 mètres de haut et de large devait abriter une structure cylindrique. Son élément le plus spectaculaire était le dôme d'exposition, le plus grand au monde, contrôlé par intelligence artificielle et visible depuis une tour en spirale de plus de 300 mètres de haut.
Lors d'une conférence en décembre, Michael Dyke, nouveau PDG de Murabba, a décrit le Mukaab comme un « autre monde » que les visiteurs devraient découvrir dès leur entrée. L'objectif était de créer un espace immersif qui unisse culture, créativité et technologies de pointe. Le bâtiment se voulait non seulement un jalon architectural, mais aussi un pôle d'attraction pour les industries créatives et les expériences innovantes.
Parallèlement, Dyke a reconnu que la mise en œuvre du projet présentait des défis considérables. Sa déclaration, « Il est difficile de trouver une solution à un problème qui n'existe pas encore », souligne les difficultés techniques inhérentes à un concept aussi novateur et inédit. La combinaison de dimensions hors normes, d'une technologie d'affichage innovante et d'une structure interne complexe a posé de nouveaux défis, même pour des ingénieurs et des architectes expérimentés.
Quelle importance économique revêtait le district de New Murabba pour l'Arabie saoudite ?
Le nouveau quartier de Murabba se voulait bien plus qu'un simple projet de construction prestigieux. Selon le gouvernement saoudien, ce développement devait permettre la construction de 104 000 logements d'ici 2030 et contribuer à hauteur de 180 milliards de riyals à l'économie du pays. L'objectif principal était la création de 334 000 emplois directs et indirects d'ici 2030.
S'étendant sur 19 kilomètres carrés, New Murabba a été conçu comme le plus grand projet de développement suburbain au monde. Ce projet repose sur le concept de « ville du quart d'heure », où tous les services et commerces de proximité sont accessibles en moins de 15 minutes à pied. Il comprend 19 millions de mètres carrés de surface constructible, répartis entre commerces, hôtels, logements et bureaux.
Le PDG Michael Dyke a souligné à plusieurs reprises que New Murabba visait à créer une harmonie parfaite entre vie urbaine et nature. Le développement durable était au cœur du concept, l'efficacité énergétique, la préservation de l'eau et une planification centrée sur l'humain étant des éléments clés. Le projet a été conçu pour démontrer comment une vie urbaine à haute densité peut se conjuguer avec une qualité de vie élevée et le respect de l'environnement.
Comment la situation économique en Arabie saoudite a-t-elle évolué ?
La situation économique de l'Arabie saoudite a considérablement évolué depuis le lancement de Vision 2030 en 2016. Le royaume est confronté aux conséquences de la faiblesse des prix du pétrole, nettement inférieurs au seuil nécessaire à l'équilibre budgétaire. Selon les calculs de Goldman Sachs, l'Arabie saoudite a besoin d'un prix du pétrole d'environ 93 dollars le baril pour équilibrer son budget. Or, début 2025, le prix du pétrole oscillait entre 62 et 65 dollars après l'annonce par le président américain Donald Trump de nouvelles taxes douanières, faisant craindre une récession mondiale.
Le déficit budgétaire de l'Arabie saoudite a considérablement augmenté ces dernières années. Un déficit de 245 milliards de riyals est prévu pour 2025, soit environ 65 milliards de dollars américains ou 5,3 % du produit intérieur brut (PIB). Ce montant est nettement supérieur aux prévisions initiales. Pour 2026, le gouvernement anticipe un déficit réduit, mais toujours important, de 165 milliards de riyals, soit environ 44 milliards de dollars américains ou 3,3 % du PIB.
La baisse des recettes pétrolières a un impact direct sur les finances publiques. Au premier semestre 2025, ces recettes ont chuté de 24 %, entraînant une augmentation du déficit budgétaire, qui est passé de 28 milliards de riyals au premier semestre 2024 à 93 milliards de riyals. Malgré ces difficultés, le Fonds monétaire international souligne que l'Arabie saoudite, dont la dette publique représente environ 31,7 % du PIB, se trouve dans une situation relativement favorable. Ce ratio est nettement inférieur à celui de nombreux pays développés, comme le Japon (236 %) ou les États-Unis (124 %).
Pour combler le déficit budgétaire, l'Arabie saoudite a accru ses emprunts. Pour 2026, le ministère des Finances a approuvé un plan de prêt d'environ 217 milliards de riyals, soit l'équivalent d'environ 58 milliards de dollars américains. Ces fonds sont destinés à couvrir le déficit budgétaire prévisionnel de 165 milliards de riyals et à financer le remboursement de la dette arrivant à échéance pour un montant d'environ 52 milliards de riyals.
Qu’est-ce que la Vision 2030 et quel rôle les mégaprojets y jouent-ils ?
La Vision 2030, lancée en 2016 par le prince héritier Mohammed ben Salmane, représente la tentative la plus ambitieuse de l'Arabie saoudite pour s'affranchir de sa « dangereuse dépendance au pétrole ». Ce plan vise à transformer en profondeur l'économie saoudienne et à développer de nouvelles sources de revenus en dehors du secteur pétrolier. Le programme prévoit des investissements pouvant atteindre quatre mille milliards de dollars américains dans divers secteurs.
L'acteur central de la Vision 2030 est le Fonds d'investissement public (PIF), le fonds souverain d'Arabie saoudite, dirigé par le prince héritier Mohammed ben Salmane. Fondé en 1971, le PIF a connu une transformation spectaculaire sous l'impulsion du prince héritier. Ses effectifs sont passés de seulement 50 employés en 2015 à près de 500 en 2018. Les actifs sous gestion ont progressé de 74 milliards de dollars en 2019 à 925 milliards de dollars fin 2024. D'ici 2030, le PIF ambitionne de gérer 2 000 milliards de dollars, ce qui en ferait le deuxième fonds souverain au monde.
Des mégaprojets tels que Neom, Diriyah, New Murabba, Qiddiya et le projet de développement de la mer Rouge symbolisent les ambitions de la Vision 2030. Ces projets visent non seulement à diversifier l'économie, mais aussi à créer des centaines de milliers d'emplois et à positionner l'Arabie saoudite comme un pôle mondial du tourisme, de la culture et de l'innovation. Depuis 2003, le secteur immobilier a attiré près de 30 milliards de dollars d'investissements directs étrangers et est devenu un secteur clé en dehors de l'industrie pétrolière.
La Vision 2030 prévoyait également un développement massif des énergies renouvelables. D'ici 2030, 9,5 gigawatts de capacité de production d'énergie renouvelable devaient être installés. Cette initiative s'inscrivait dans une stratégie visant à consolider l'économie saoudienne en prévision de l'ère post-pétrolière et à atteindre une quasi-indépendance vis-à-vis des prix du pétrole d'ici 2020 – un objectif qui n'a pas été atteint compte tenu des difficultés persistantes.
Pourquoi l'Arabie saoudite a-t-elle dû revoir ses mégaprojets ?
La refonte des mégaprojets saoudiens résulte d'une réévaluation des réalités financières et des priorités stratégiques. En octobre 2025, l'Arabie saoudite a annoncé une réorientation fondamentale de son fonds souverain de 925 milliards de dollars. Le Fonds d'investissement public (PIF) va se désengager des mégaprojets immobiliers pour se concentrer sur des secteurs jugés plus urgents et plus rentables.
Les nouvelles priorités du PIF incluent la logistique, l'extraction minière, l'intelligence artificielle et le tourisme religieux. Ces secteurs promettent des rendements plus durables et à plus court terme que les projets immobiliers à forte intensité de capital qui ont dominé ces dernières années. L'Arabie saoudite, en particulier, mise sur son potentiel en tant que pôle d'intelligence artificielle, les centres de données prévus devant tirer parti des abondantes ressources énergétiques du pays.
Le ministre des Finances, Mohammed Al-Jadaan, a déclaré à Reuters que le niveau des dépenses était resté stable au cours des trois derniers cycles budgétaires, mais que les priorités avaient évolué. « Notre niveau de dépenses est resté stable, mais l'accent est désormais mis sur nos priorités budgétaires, et non sur le montant total », a-t-il souligné. Les projets jugés trop ambitieux en termes de calendrier ou d'investissements nécessaires seront réajustés à des objectifs plus réalistes.
Le ministre de l'Économie, Faisal al-Ibrahim, a fait preuve d'une remarquable transparence en déclarant : « Nous travaillons en toute transparence et n'hésitons pas à admettre que nous avons dû reporter, retarder ou réorienter des projets. » Cette ouverture marque un tournant dans la stratégie de communication du Royaume, longtemps réputé pour son optimisme à l'égard des mégaprojets.
Dans une analyse de décembre 2025, le Fonds monétaire international a salué l'approche de l'Arabie saoudite. La résilience dont elle a fait preuve en 2025 souligne les progrès déjà accomplis dans la réduction de la dépendance de son économie aux fluctuations du prix du pétrole. Malgré une baisse de près de 30 % du prix du pétrole par rapport à son pic de 2022, l'économie non pétrolière a maintenu une forte dynamique. Ceci témoigne de l'impact des réformes de la Vision 2030, notamment la création d'emplois dans le secteur privé et le taux de chômage historiquement bas.
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Quels projets seront désormais prioritaires ?
Au lieu de poursuivre des mégaprojets futuristes comme Mukaab et The Line, l'Arabie saoudite privilégie désormais des initiatives jugées plus urgentes et économiquement viables. Parmi celles-ci figurent en priorité les préparatifs de l'Exposition universelle Expo 2030 à Riyad et de la Coupe du monde de la FIFA 2034. Ces grands événements internationaux nécessitent des investissements massifs dans les infrastructures et constituent une priorité absolue pour le Royaume.
L’Expo 2030, attribuée à l’Arabie saoudite à une écrasante majorité en novembre 2023, devrait attirer plus de 40 millions de visiteurs venus de 190 pays. Prévue d’octobre 2030 à mars 2031, elle représente une étape majeure de la Vision 2030 du Royaume. Le prince héritier Mohammed ben Salmane a qualifié l’organisation de l’Expo de « couronnement » du programme de réformes du Royaume. L’Expo offre à l’Arabie saoudite l’opportunité de se présenter au monde comme une nation moderne et tournée vers l’avenir.
La Coupe du Monde de la FIFA 2034, pour laquelle l'Arabie saoudite est la seule candidate, nécessitera également d'énormes investissements dans les stades et les infrastructures. Le Royaume prévoit de construire ou de moderniser plusieurs stades et 134 centres d'entraînement. Le prince héritier Mohammed ben Salmane a souligné que les investissements dans le sport ont permis d'accroître le produit intérieur brut du pays de 1 %. L'organisation de la Coupe du Monde fait partie intégrante de la stratégie visant à faire de l'Arabie saoudite un centre mondial du sport et du divertissement.
Le projet Diriyah, un centre culturel de 63,2 milliards de dollars situé sur le site de Diriyah, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO et en périphérie de Riyad, est également une priorité. Ce projet ambitionne de devenir un pôle mondial de la culture, de l'éducation et de la créativité. Une fois achevé, Diriyah devrait attirer 50 millions de visiteurs par an, créer 178 000 emplois et contribuer à hauteur de 18,6 milliards de dollars au PIB de l'Arabie saoudite. En novembre 2024, de nouveaux quartiers culturels et éducatifs ont été inaugurés, notamment le quartier culturel de Qurain, qui comprend des musées, des cinémas et des académies, et le quartier nord, siège de la Fondation du roi Salman.
Le projet touristique de Qiddiya, situé à 45 kilomètres au sud-ouest de Riyad, ambitionne de devenir une capitale mondiale du divertissement, du sport et de la culture. Avec un investissement de 6,5 milliards de dollars américains, Qiddiya devrait attirer 17 millions de visiteurs par an d'ici 2030 et créer plus de 25 000 emplois. Le projet comprend plus de 300 infrastructures de loisirs et d'apprentissage réparties sur cinq zones distinctes couvrant 376 kilomètres carrés. Qiddiya devrait contribuer à hauteur de 17 milliards de riyals par an à l'économie saoudienne et permettre aux Saoudiens de passer leurs loisirs et leurs vacances dans leur pays, au lieu des 30 milliards de dollars américains que les ménages saoudiens dépensent actuellement en voyages à l'étranger.
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Qu’est-il advenu du projet Neom et de The Line ?
Le projet Neom, et notamment son élément central, la Ligne, a subi une réduction encore plus drastique que Mukaab. La Ligne était initialement conçue comme une ville linéaire de 170 kilomètres de long destinée à accueillir 9 millions d'habitants. La structure devait culminer à 500 mètres de haut et ne mesurer que 200 mètres de large, être entièrement revêtue de verre miroir et alimentée à 100 % par des énergies renouvelables. Tous les services essentiels devaient être accessibles en cinq minutes à pied, et un réseau ferroviaire à grande vitesse devait permettre de relier les deux extrémités en seulement 20 minutes.
Dès avril 2024, il a été annoncé que la taille de la Ligne serait considérablement réduite. Au lieu de 170 kilomètres, la ville ne devrait plus mesurer que 2,4 kilomètres d'ici 2030, soit à peine 2 % de sa longueur initialement prévue. La population attendue a été ramenée de 1,5 million à moins de 300 000 habitants. Cette réduction drastique est intervenue suite à d'importants dépassements de coûts et à des difficultés techniques majeures. Le coût estimé avait atteint la somme astronomique de 8 800 milliards de dollars américains.
En janvier 2026, le Financial Times annonçait que The Line faisait l'objet d'une « réduction et d'une restructuration importantes ». L'objectif principal était de transformer le site en un pôle de centres de données, conformément à la stratégie ambitieuse du prince héritier Mohammed ben Salmane visant à faire du royaume un acteur majeur de l'intelligence artificielle. Sa situation côtière offrait des conditions idéales pour les centres de données, l'eau de mer pouvant être utilisée pour le refroidissement. L'Arabie saoudite avait déjà reçu 18 000 GPU dédiés à l'IA de la part de Nvidia pour ses centres de données financés par l'État en mai 2025.
D'autres projets de Neom ont également été revus à la baisse. Les Jeux asiatiques d'hiver de 2029, qui devaient se dérouler dans la station de ski de Trojena, au sein de Neom, ont été reportés sine die. Ce report est d'autant plus remarquable qu'il s'agissait de l'un des rares projets de Neom à avoir une date internationale confirmée. Il souligne les difficultés financières et logistiques auxquelles est confronté l'ensemble du projet Neom.
Quels défis techniques ont rendu The Line et Mukaab si difficiles à réaliser ?
Les défis techniques posés par The Line étaient sans précédent dans l'histoire de la construction. Les ressources nécessaires ont pulvérisé tous les records précédents. Selon des données internes, chaque module de 800 mètres de long aurait nécessité environ sept millions de tonnes d'acier et plus de cinq millions de mètres cubes de béton. Une source interne a confié au Financial Times que le projet absorberait près de 60 % de la production mondiale annuelle d'acier vert – un objectif manifestement irréaliste.
Les défis structurels étaient immenses. Les charges dues au vent sur les murs de 500 mètres de haut auraient été colossales, et l'amortissement des vibrations des sections suspendues du bâtiment représentait un problème d'ingénierie complexe. L'évacuation des eaux usées d'une ville verticale de plusieurs millions d'habitants, concentrée sur une largeur de seulement 200 mètres, aurait également constitué un véritable exploit logistique. Le système de transport prévu devait atteindre une vitesse de 510 kilomètres par heure, battant ainsi le record du monde actuel du Maglev de Shanghai (431 kilomètres par heure) – une exigence technique qui aurait nécessité d'importants travaux de développement.
Le ministre saoudien de l'Industrie, Bandar Al Khorayef, a reconnu une erreur stratégique : on ne peut pas construire une ville d'abord et espérer ensuite que les entreprises et les habitants suivront. La nouvelle approche, a-t-il déclaré, consiste à développer d'abord l'économie, puis à attirer les habitants et à laisser la ville croître naturellement. Cette prise de conscience laisse entendre que « The Line », sous sa forme originelle de mur monolithique de miroirs, appartient désormais au passé.
Le projet Mukaab s'est également heurté à d'importants obstacles techniques. Son PDG, Michael Dyke, a reconnu qu'il est « difficile de trouver une solution à un problème qui n'existe pas encore ». Le dôme d'affichage contrôlé par intelligence artificielle, le plus grand au monde, prévu à l'intérieur d'un cube de 400 mètres, est unique en son genre. La technologie holographique, telle que décrite dans l'annonce de Mukaab, n'est pas encore suffisamment mature pour une application de cette envergure.
Garantir la stabilité structurelle du cube tout en intégrant des systèmes technologiques complexes, une tour en spirale interne et potentiellement des jeux d'eau a posé aux ingénieurs des défis sans précédent. Le cube devait être extrêmement robuste et parfaitement étanche pour protéger la technologie. L'alliance de l'innovation architecturale, de la complexité technologique et de l'échelle colossale a fait de Mukaab un projet difficile à planifier, même avec les simulations les plus avancées.
Comment le public a-t-il réagi aux réductions du projet ?
Les réactions à la réduction des mégaprojets saoudiens ont été mitigées. Les médias internationaux et les réseaux sociaux ont largement interprété cette réduction comme un signe que les plans initiaux étaient irréalistes. Dès le départ, des critiques avaient exprimé des doutes quant à la faisabilité de projets tels que The Line, et cette réduction drastique, à leurs yeux, confirmait leurs craintes.
Le projet du Mukaab a suscité la controverse dès son inauguration. Sur les réseaux sociaux, des critiques ont fusé quant à la ressemblance de ce bâtiment cubique avec la Kaaba, lieu le plus sacré de l'islam, situé au centre de la Grande Mosquée de La Mecque. La Kaaba est un édifice cubique vers lequel les musulmans du monde entier se tournent pour prier. Cette similitude visuelle a été perçue par certains comme un manque de respect, bien que le projet du Mukaab poursuive des objectifs architecturaux et fonctionnels totalement différents.
Dans le contexte de la Coupe du Monde de la FIFA 2034 et d'autres investissements sportifs, des accusations de « sportswashing » ont émergé. Les critiques affirment que l'Arabie saoudite instrumentalise ces événements majeurs pour détourner l'attention des violations des droits humains et redorer son image internationale. Le prince héritier Mohammed ben Salmane a toutefois déclaré se moquer des accusations de « sportswashing » et a souligné que les investissements dans le sport avaient augmenté le PIB du pays de 1 %, preuve, selon lui, que les retombées économiques priment sur cette stratégie.
Le vote pour l'Expo 2030 a également révélé un soutien international sans équivoque à l'Arabie saoudite. Riyad a recueilli 119 voix sur 182 auprès des membres du Bureau International des Expositions, tandis que ses concurrents, Busan (Corée du Sud) et Rome, n'en ont obtenu que 29 et 17 respectivement. Le directeur de la candidature italienne, Giampiero Massolo, a vivement critiqué ce résultat, affirmant qu'il ne s'agissait plus de mérite, mais de « transactions ».
Quel rôle jouent les prix bas du pétrole dans les ajustements du projet ?
La faiblesse des prix du pétrole est le principal facteur externe contraignant l'Arabie saoudite à réorienter ses projets de Vision 2030. L'Arabie saoudite demeure le premier exportateur mondial de pétrole et les recettes pétrolières constituent l'essentiel des revenus de l'État. En 2022, année où les prix du pétrole étaient élevés, les recettes pétrolières ont bondi d'environ 50 % pour atteindre 225 milliards de dollars, soit 68 % des recettes publiques totales. Le royaume a alors dégagé un excédent budgétaire de 27 milliards de dollars, son premier en huit années de déficit total de 457 milliards de dollars.
Depuis, la situation s'est considérablement détériorée. Le prix du pétrole, qui dépassait les 100 dollars le baril en 2022, a chuté à environ 62-65 dollars début 2025. Ces prix sont bien inférieurs au niveau nécessaire à l'Arabie saoudite pour équilibrer son budget. Les analystes estiment que le royaume a besoin d'un prix du pétrole d'environ 93 dollars le baril pour financer ses ambitieux projets de dépenses.
La production pétrolière est également un facteur important. En tant que membre du groupe OPEP+, l'Arabie saoudite est soumise à des quotas de production destinés à soutenir les prix du pétrole par le biais de restrictions de production. En 2023, par exemple, le royaume n'était autorisé à produire que 10,5 millions de barils par jour, contre 10,6 millions l'année précédente. Cette restriction auto-imposée réduit encore davantage les recettes, même si elle vise théoriquement à soutenir des prix plus élevés.
La combinaison de prix plus bas et d'une production restreinte a un impact direct sur la capacité du Royaume à financer Vision 2030. Goldman Sachs prévoyait en avril 2025 que le déficit budgétaire de l'Arabie saoudite atteindrait 67 milliards de dollars, soit plus du double des prévisions de base du gouvernement de fin 2024. Cela contraindrait le prince héritier Mohammed ben Salmane à emprunter davantage sur les marchés obligataires internationaux et à revoir à la baisse ses plans de plusieurs milliards de dollars visant à transformer l'économie.
Toby Iles, économiste en chef chez Jadwa Investment à Riyad, a déclaré : « L’Arabie saoudite est bien placée pour traverser une période de prix du pétrole bas grâce à l’émission de titres de créance et à la priorisation des dépenses. La dette publique demeure faible, à environ 30 % du PIB, et les réserves budgétaires de l’État restent élevées. » Néanmoins, la nécessité de reporter ou de réduire la portée de certains projets souligne que l’Arabie saoudite n’est pas à l’abri des réalités des marchés mondiaux de l’énergie.
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En quoi la situation actuelle diffère-t-elle des précédentes crises pétrolières ?
La situation actuelle diffère à plusieurs égards des précédentes crises pétrolières qu'a connues l'Arabie saoudite. Par le passé, notamment durant la période de prix élevés, entre 2004 et 2014 environ, où le baril de pétrole coûtait en moyenne entre 90 et 100 dollars, l'Arabie saoudite dépendait presque exclusivement des revenus pétroliers. À cette époque, le pétrole représentait environ 90 % des recettes publiques et 90 % des exportations. La diversification économique était peu recherchée, car les flux financiers étaient importants.
Lorsque le prix du pétrole s'est effondré en 2014 et 2015, tombant à 36 dollars le baril en décembre 2015, l'Arabie saoudite a enregistré un déficit budgétaire de 13 % de son PIB. Ce fut l'électrochoc qui a conduit à l'élaboration de la Vision 2030. Cependant, la crise fut alors relativement brève et les prix se sont partiellement redressés.
La situation actuelle est plus complexe car l'Arabie saoudite est engagée dans un processus de transformation à long terme. Le Royaume a déjà investi des milliards dans des projets de diversification économique. La faiblesse des prix du pétrole survient à un moment critique, car nombre de ces projets sont encore en cours et ne génèrent pas encore de retours significatifs. Le Fonds monétaire international a noté que l'économie non pétrolière a connu une forte croissance en 2025 malgré la faiblesse des prix du pétrole, signe que les efforts de diversification portent leurs fruits. Au premier semestre 2025, le PIB non pétrolier a progressé de 4,8 %, contribuant à plus de 55 % du PIB total.
Ces progrès témoignent de la plus grande résilience de l'Arabie saoudite aujourd'hui par rapport aux précédentes crises pétrolières. Le taux de chômage a atteint des niveaux historiquement bas et la création d'emplois dans le secteur privé s'est accélérée, notamment pour les femmes. L'économie est désormais moins dépendante des fluctuations du prix du pétrole. Toutefois, cette diversification demeure insuffisante pour financer des plans de dépenses ambitieux sans dépendre des recettes pétrolières.
Une autre différence réside dans la stratégie d'endettement. Lors des crises précédentes, l'Arabie saoudite disposait d'une faible dette publique, privilégiant ses considérables réserves de change. Aujourd'hui, le Royaume a activement recours au marché obligataire international. Son Fonds d'investissement public a contracté une dette importante ces dernières années pour financer ses investissements – une stratégie adoptée par d'autres fonds souverains, qui ont levé quelque 700 milliards de dollars au cours des deux dernières décennies. Cela permet à l'Arabie saoudite de poursuivre sa transformation, mais accroît également la pression pour mener à bien ses projets et générer des rendements.
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Quelles sont les perspectives à long terme de Vision 2030 et des projets restants ?
Malgré les difficultés rencontrées avec certains mégaprojets, les perspectives à long terme de Vision 2030 demeurent fondamentalement positives, même si les attentes restent modérées. Le Fonds monétaire international prévoit une croissance du PIB de 4 % pour l'Arabie saoudite en 2025 et 2026, un taux nettement supérieur à la moyenne mondiale. Cette croissance sera de plus en plus tirée par l'économie hors pétrole, conformément à l'objectif principal de Vision 2030.
La réorientation du Fonds d'investissement public vers des secteurs tels que la logistique, les minéraux, l'intelligence artificielle et le tourisme religieux pourrait s'avérer stratégiquement judicieuse. Ces domaines promettent des rendements plus durables et à court terme que les projets immobiliers à forte intensité de capital. La situation géographique de l'Arabie saoudite en fait une plaque tournante logistique naturelle entre l'Asie, l'Afrique et l'Europe, et les récentes perturbations des voies maritimes en mer Rouge soulignent l'importance de chaînes d'approvisionnement résilientes. Le Royaume possède également d'importantes réserves de terres rares, largement inexploitées, dont la valeur ne cesse de croître à l'ère de l'électrification et de la numérisation.
L'accent mis sur l'intelligence artificielle recèle un potentiel considérable. L'Arabie saoudite dispose d'abondantes ressources énergétiques, indispensables au fonctionnement des centres de données IA, grands consommateurs d'énergie. Sa situation côtière sur l'île de Neom, par exemple, offre des conditions idéales pour le refroidissement de ces centres de données à l'eau de mer. Avec 18 000 GPU IA fournis par Nvidia et des projets d'investissement ambitieux, l'Arabie saoudite pourrait bien se positionner comme un acteur majeur de la course mondiale à l'IA.
Les projets prioritaires, tels que l'Expo 2030, la Coupe du Monde de la FIFA 2034, Diriyah et Qiddiya, reposent sur des fondements économiques plus concrets que les visions futuristes de Neom et Mukaab. Ils s'appuient sur des modèles éprouvés : expositions universelles, grands événements sportifs, centres culturels et parcs à thème sont autant de concepts qui ont déjà fait leurs preuves à travers le monde. Le Qatar a démontré, avec la Coupe du Monde de la FIFA 2022, qu'un État du Golfe peut accueillir avec succès un tel événement, même si cela implique des investissements considérables.
Le ministre des Finances saoudien a souligné que le gouvernement maintiendrait une politique de déficit jusqu'en 2028 – « volontairement », a-t-il précisé. Cela indique que le royaume est prêt à accepter des déficits à court terme pour atteindre ses objectifs de transformation à long terme. Avec une dette publique représentant environ 30 % du PIB, l'Arabie saoudite dispose d'une marge de manœuvre budgétaire nettement supérieure à celle de la plupart des économies développées.
Le principal défi demeure la dépendance aux prix du pétrole. Tant que les prix resteront nettement inférieurs à 90 dollars le baril, l'Arabie saoudite aura du mal à financer ses dépenses courantes et ses ambitieux projets d'investissement. Cependant, la décision de reporter et de redéfinir les priorités des projets témoigne d'une approche pragmatique et réaliste, préférable à un entêtement à poursuivre des plans irréalistes.
Quelles sont les conséquences de ces évolutions pour les investisseurs et partenaires étrangers ?
Pour les investisseurs et partenaires commerciaux étrangers, l'évolution de la situation en Arabie saoudite présente à la fois des défis et des opportunités. La réduction ou le report de mégaprojets signifie que certaines des opportunités d'affaires les plus spectaculaires annoncées ces dernières années ne sont plus accessibles, au moins temporairement. Les entreprises qui avaient spéculé sur des contrats liés à Mukaab ou à la version initiale du projet The Line doivent revoir leurs stratégies.
Dans le même temps, le recentrage sur des projets plus réalistes et économiquement viables laisse présager la mise en œuvre effective des initiatives restantes. Le nouveau PDG de Murabba, Michael Dyke, a souligné lors d'une conférence : « Ce que je peux dire de plus important, c'est que nous sommes là. Nous sommes bien réels, et c'est maintenant. » Cette déclaration visait à rassurer les partenaires étrangers : malgré ces ajustements, d'importantes opportunités d'investissement subsistent.
Les projets prioritaires offrent diverses opportunités de partenariat. D'importants projets d'infrastructure sont nécessaires pour l'Expo 2030 et la Coupe du Monde de la FIFA 2034, notamment des stades, des systèmes de transport et des hébergements. Le projet Diriyah a déjà attribué des contrats d'une valeur de 5,8 milliards de riyals à une coentreprise entre Nesma & Partners, UJSC et MAN Enterprise pour le district culturel de Qurain, et de 7,8 milliards de riyals à une coentreprise entre China State Construction Engineering et El Seif Engineering Contracting pour le district nord.
Les entreprises allemandes sont déjà des acteurs majeurs du secteur de la construction en Arabie saoudite. Des sociétés comme Bauer, Keller, Linde, Siemens et ThyssenKrupp ont signé des contrats d'une valeur comprise entre 40 et 400 millions de dollars américains. ThyssenKrupp Nucera, par exemple, fournit la technologie d'une immense usine d'hydrogène, élément clé de la stratégie énergétique de Neom, dont la mise en service est prévue en 2026.
L'accent mis désormais sur la technologie et l'innovation, notamment dans le domaine de l'IA, ouvre de nouvelles perspectives aux entreprises technologiques. L'Arabie saoudite recherche les « meilleurs talents de la planète », selon les termes de son PDG, M. Dyke, afin de relever les grands défis technologiques. Cela pourrait s'avérer particulièrement intéressant pour les entreprises spécialisées dans l'intelligence artificielle, les centres de données, les énergies renouvelables et les technologies des villes intelligentes.
Les investisseurs doivent toutefois prendre en compte les risques. La dépendance aux prix du pétrole implique que des ajustements supplémentaires du projet sont possibles si les prix restent bas ou diminuent davantage. L'endettement élevé du Fonds d'investissement public, dont les besoins de financement annuels devraient passer de 40 milliards de dollars en 2023 à 70 milliards de dollars d'ici 2025, pourrait poser problème en cas de retards ou de perturbations.
Dans quelle mesure l'Arabie saoudite est-elle transparente dans sa communication concernant les ajustements apportés aux projets ?
La transparence de l'Arabie saoudite en matière de communication sur les ajustements de projets s'est considérablement améliorée ces dernières années, même si elle reste perfectible au regard des normes occidentales. Le ministre de l'Économie, Faisal al-Ibrahim, a fait preuve d'une remarquable ouverture en déclarant : « Nous agissons avec une grande transparence et n'hésitons pas à admettre que nous avons dû reporter, retarder ou réorienter des projets. » Cette déclaration marque un tournant dans la stratégie de communication du Royaume.
Par le passé, l'Arabie saoudite était connue pour son optimisme et un certain manque de transparence quant aux détails de ses mégaprojets. Les critiques déploraient souvent que la faisabilité et le financement de nombreux projets demeurent flous. Toutefois, les récentes annonces de retards et de réductions d'envergure indiquent que le Royaume est de plus en plus disposé à reconnaître publiquement les difficultés rencontrées.
Le budget 2026, publié en décembre 2025, ne mentionnait pas explicitement les mégaprojets tels que Neom ou New Murabba, contrairement aux années précédentes. Les observateurs y ont vu un signe supplémentaire que l'Arabie saoudite réduisait la priorité accordée à ces projets, sans toutefois les abandonner officiellement. Le ministre des Finances, Mohammed Al-Jadaan, a déclaré que le Fonds d'investissement public (PIF) et le ministère des Finances veillaient à ce que les plans initiaux des projets soient réajustés afin de garantir l'atteinte des résultats escomptés.
Les informations concernant l'arrêt des travaux de Mukaab et la réduction drastique du projet The Line proviennent principalement d'articles de presse citant des sources anonymes, et non d'annonces officielles du gouvernement. Lorsque le Financial Times a révélé la réduction drastique des activités de Neom en janvier 2026, Neom n'a pas démenti ces informations, mais a simplement déclaré qu'elle « étudie constamment la manière dont nous échelonnons et priorisons nos initiatives afin qu'elles soient en adéquation avec les objectifs nationaux et créent de la valeur à long terme ».
Ce type de communication – ni confirmation ni démenti – caractérise l'approche actuelle de l'Arabie saoudite. Elle permet une certaine flexibilité et évite de donner l'impression d'un échec total, tout en ne dissimulant pas entièrement la réalité de la situation. Pour les investisseurs et partenaires internationaux, cela signifie qu'ils doivent analyser les informations en filigrane et consulter diverses sources pour se faire une idée complète de la situation.
Quelles leçons peut-on tirer des ajustements apportés au projet ?
Les ajustements apportés aux mégaprojets saoudiens offrent plusieurs enseignements importants pour les programmes de développement ambitieux à travers le monde. Le premier, et peut-être le plus important, est que même les pays dotés d'immenses ressources financières ne sont pas à l'abri des réalités économiques. L'Arabie saoudite, l'un des pays les plus riches du monde avec un fonds souverain de 925 milliards de dollars américains, a dû adapter ses plans lorsque sa situation financière s'est dégradée. Ceci souligne l'importance d'une planification financière réaliste qui prenne en compte différents scénarios.
Une seconde leçon concerne l'équilibre entre vision et pragmatisme. Des projets comme The Line et Mukaab étaient sans aucun doute visionnaires et, s'ils avaient été réalisés, auraient redéfini les frontières de l'architecture et de l'urbanisme. Mais les visions seules ne suffisent pas. La déclaration du ministre saoudien de l'Industrie, selon laquelle on ne peut construire une ville et espérer ensuite que la population et l'économie suivront, illustre parfaitement une lacune fondamentale en matière de planification. Un développement urbain réussi exige une croissance organique fondée sur une demande réelle, et non sur des prévisions spéculatives.
Les défis technologiques ont peut-être été sous-estimés. L'aveu du PDG Michael Dyke, selon lequel « il est difficile de trouver une solution à un problème qui n'existe pas encore », souligne les limites de l'état actuel de la technologie. Les projets reposant sur des technologies encore inexistantes comportent des risques importants. Une approche progressive, où les technologies sont d'abord testées à plus petite échelle avant d'être déployées dans des projets de grande envergure, serait moins risquée.
L'importance de la priorisation est clairement démontrée par l'expérience saoudienne. Il est impossible de mener de front tous les projets ambitieux, surtout lorsque les ressources financières sont limitées. Le choix de privilégier les projets assortis d'engagements internationaux concrets et d'échéances précises – tels que l'Expo 2030 et la Coupe du Monde de la FIFA 2034 – ainsi que ceux reposant sur des modèles économiques éprouvés – comme les centres culturels et les parcs d'attractions – témoigne d'une réflexion stratégique. Cette approche pragmatique a plus de chances de mener à bien un plus grand nombre de projets que la poursuite simultanée de tous les plans ambitieux.
Un autre constat concerne la communication. La transparence accrue de l'Arabie saoudite quant aux difficultés rencontrées et aux ajustements apportés est positive, même si elle n'est pas encore parfaite. Reconnaître les difficultés est plus crédible que de s'accrocher à des échéanciers manifestement irréalistes. Cela permet également une planification plus réaliste pour toutes les parties prenantes, des investisseurs aux fournisseurs.
Enfin, l'expérience souligne l'importance de la diversification économique pour les économies dépendantes des ressources naturelles. La vulnérabilité de l'Arabie saoudite face à la faiblesse des prix du pétrole serait moins problématique si son économie non pétrolière était plus développée. La Vision 2030 vise précisément cet objectif, mais ce processus de transformation est long. Les pays se trouvant dans une situation similaire devraient entamer leur diversification au plus tôt, idéalement lorsque les prix des matières premières sont encore élevés et que des capitaux suffisants sont disponibles pour investir dans des secteurs alternatifs.
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