Faillites d'État : la fin des « Porsche chinoises » – Pékin met fin aux activités de 8 marques automobiles renommées
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Préférez Xpert.Digital sur GoogleⓘPublié le : 3 juillet 2026 / Mis à jour le : 3 juillet 2026 – Auteur : Konrad Wolfenstein

Faillites d'État : la fin des « Porsche chinoises » – Pékin met fin aux activités de 8 marques automobiles renommées – Image : Xpert.Digital
Des millions de voitures que personne n'achète : la bombe à retardement de l'industrie automobile chinoise
Guerre des prix ruineuse : voilà pourquoi la Chine laisse délibérément ses propres constructeurs automobiles faire faillite
Choc des remises et usines vides : le problème à un milliard de dollars bien dissimulé de BYD et Cie.
À première vue, l'industrie automobile chinoise semble invincible. Avec des exportations colossales et des marques comme BYD qui inondent le marché mondial, la République populaire de Chine donne du fil à retordre aux constructeurs automobiles occidentaux établis. Mais derrière la façade étincelante du miracle chinois du véhicule électrique, une lutte impitoyable et destructrice pour la survie fait rage. Des subventions d'État gigantesques ont créé une surcapacité historique : des millions de voitures sortent des chaînes de montage, pour lesquelles il n'y a tout simplement plus d'acheteurs sur un marché intérieur en difficulté. Il en résulte une guerre des prix sans précédent qui fait déjà ses premières victimes de renom : Pékin réprime sévèrement la situation, révoquant définitivement les licences de huit constructeurs automobiles, dont celui de la tristement célèbre « Porsche chinoise ». Cette décimation orchestrée par l'État n'est cependant pas un signe de faiblesse, mais fait partie d'un plan directeur implacable. Pour forger des champions mondiaux, la Chine laisse délibérément les plus faibles disparaître. Pour les entreprises occidentales comme VW, BMW et Mercedes, cette impitoyable restructuration du marché constituera l'épreuve stratégique ultime.
Quand l'État coupe le contact : la logique économique de l'épuration automobile en Chine
L'histoire du marché automobile chinois est atypique. C'est celle d'une vaste stratégie d'État menée avec constance pendant des décennies, avec un objectif clair : faire de la République populaire non seulement le premier marché automobile mondial, mais aussi la force dominante de la production automobile mondiale. On oublie souvent la remarquable constance avec laquelle Pékin a poursuivi cette voie, et la facilité avec laquelle les entreprises occidentales ont accepté les conditions de leur participation à l'essor chinois.
Pendant des décennies, les constructeurs occidentaux ont dû accéder au marché chinois exclusivement par le biais de coentreprises, partageant les bénéfices et transférant leur savoir-faire technique à des partenaires locaux. Cette condition, qui apparaissait de l'extérieur comme une forme particulière de droits de douane protectionnistes, constituait en réalité un vaste programme de transfert industriel. Des entreprises allemandes telles que Volkswagen, BMW et Mercedes-Benz ont construit des usines en Chine sous la supervision de partenaires étatiques, formé des ingénieurs et jeté les bases de la concurrence qui les menace aujourd'hui en Europe. Par exemple, en 2003, BMW a créé la coentreprise BMW Brilliance Automotive (BBA) à Shenyang avec Brilliance China Automotive, qui est depuis devenue le plus grand site de production de BMW au monde.
Les résultats de cette stratégie sont désormais manifestes dans les chiffres de vente. En 2025, la Chine a produit pour la première fois plus de 34,5 millions de véhicules, soit une hausse de 10,4 % par rapport à l'année précédente, dépassant ainsi tous les records précédents. Le marché s'est développé non seulement en largeur, mais aussi en profondeur : les constructeurs locaux tels que BYD, Geely et Chery, autrefois simples imitateurs, sont devenus de véritables innovateurs et concurrencent désormais directement les marques occidentales établies.
Domination subventionnée : le système financier à l'origine du modèle de réussite
L'essor des constructeurs automobiles chinois ne repose pas uniquement sur la créativité entrepreneuriale. Il a été rendu possible par un système de subventions publiques d'une ampleur sans équivalent à l'échelle internationale. Selon une étude de l'Institut de Kiel pour l'économie mondiale (IfW), les entreprises chinoises ont reçu, en moyenne, trois à huit fois plus d'aides publiques entre 2005 et 2024 que les entreprises des autres pays de l'OCDE. Une analyse de l'OCDE portant sur les subventions dans 15 secteurs clés a recensé environ 108 milliards de dollars américains à l'échelle mondiale pour l'année 2024, les entreprises chinoises en percevant la part la plus importante.
Dans le domaine de l'électromobilité, Pékin a investi au moins 230,8 milliards de dollars américains dans l'industrie du véhicule électrique entre 2009 et 2023, selon les estimations du think tank américain Center for Strategic and International Studies (CSIS) – une estimation toutefois extrêmement prudente. Ces subventions comprenaient des remises directes à l'achat, des exonérations fiscales, des investissements dans les infrastructures, des subventions à la recherche et des achats de véhicules financés par l'État. BYD a ainsi perçu à elle seule l'équivalent de près de 3,5 milliards d'euros de subventions publiques directes entre 2018 et 2022, d'après les calculs de l'Institut de Kiel pour l'économie mondiale (IfW). À cela s'ajoutent des incitations à l'achat, dont BYD a bénéficié pour la seule année 2022 à hauteur de 1,6 milliard d'euros.
Ce soutien gouvernemental ne se limitait pas aux paiements directs. Les constructeurs automobiles chinois bénéficiaient de prêts subventionnés à des taux d'intérêt aussi bas que 2 %, soit la moitié du taux du marché. Les autorités locales fournissaient des terrains à prix abordables, subventionnaient l'électricité et s'opposaient aux fermetures d'usines par crainte de pertes d'emplois locaux. Il en résulta un écosystème qui privilégiait systématiquement la croissance des capacités de production à la rentabilité.
Le paradoxe de la force : records d'exportation et récession intérieure simultanément
Aux yeux du public, l'industrie automobile chinoise se présente actuellement comme une étoile montante triomphante. Les marques chinoises célèbrent des records à l'exportation : BYD relève son objectif d'exportation pour 2026 à 1,5 million de véhicules, soit une hausse de 43 % par rapport à l'année précédente. XPeng, Xiaomi Automotive et d'autres nouveaux concurrents investissent les marchés européens avec des véhicules électriques innovants. Mais derrière ce succès apparent se cachent des tensions internes qui déstabilisent l'ensemble du secteur.
Sur le plan intérieur, le marché automobile chinois a subi un net repli au printemps 2026. Selon les données de l'Association chinoise des constructeurs de voitures particulières (CPCA), seulement 1,5 million de véhicules environ ont été vendus en mai 2026, soit une baisse de 20 à 22 % par rapport au même mois de l'année précédente. La situation n'était guère meilleure en avril 2026 : seulement 1,4 million de voitures particulières ont été livrées, soit une diminution de 21,5 %, et le recul cumulé sur les quatre premiers mois s'élevait à 18,5 %. Le marché était en baisse depuis sept mois consécutifs, un niveau qui n'avait plus été atteint depuis les confinements les plus stricts liés à la COVID-19.
Les causes sont multiples. La guerre Iran-Irak a constitué un facteur déclencheur immédiat, perturbant le détroit d'Ormuz et entraînant une flambée des prix du pétrole pouvant atteindre 9 % par jour. En Chine, le diesel a coûté plus de 30 % de plus et l'essence environ 20 %. Dans un pays où le pouvoir d'achat et le revenu moyen sont nettement inférieurs à ceux de l'Europe occidentale, ce choc a directement impacté le budget des acheteurs potentiels de voitures. À cela s'ajoutent des facteurs structurels : la suppression des incitations publiques à l'achat fin 2022, la persistance du ralentissement économique lié à la crise du logement et la réticence croissante à consommer de larges pans de la population. La valeur des ventes a chuté de près de 20 % entre janvier et mai, alors même que les véhicules électriques et hybrides rechargeables, les véhicules à énergies nouvelles (VEN), auraient dû bénéficier d'un coup de pouce grâce à la hausse des prix des carburants.
Le problème structurel fondamental : les surcapacités, une bombe à retardement
Le déclin actuel des ventes révèle un problème structurel profond qui s'est accumulé au fil des années et qu'il est désormais impossible d'ignorer. Selon diverses estimations, la Chine dispose d'une capacité de production de près de 40 millions de véhicules à moteur thermique par an, alors que les ventes intérieures de ces véhicules diminuent de façon spectaculaire. Parallèlement, des dizaines de nouvelles usines de voitures électriques ont ouvert leurs portes ces dernières années sans que les anciennes usines ne soient fermées en conséquence. Le Bureau national des statistiques chinois a calculé que le taux d'utilisation des capacités de l'ensemble du secteur automobile est tombé à environ 65 %, soit nettement en dessous du seuil de 80 % à partir duquel les usines automobiles sont considérées comme efficientes et rentables.
Le problème apparaît particulièrement clairement lorsqu'on examine des sites individuels. À Chongqing, la plus grande ville de l'ouest de la Chine, se dresse une ancienne usine d'assemblage et de moteurs appartenant au géant sud-coréen Hyundai. Il y a à peine sept ans, elle était équipée de robots de pointe et sa construction avait coûté 1,1 milliard de dollars américains. Hyundai l'a vendue pour une fraction de cette somme – 224 millions de dollars américains – à une société de développement municipale, qui n'a depuis lors trouvé ni acquéreurs ni locataires. L'herbe, sur le site abandonné, atteint désormais la hauteur des genoux. Cet épisode est emblématique d'une industrie en surchauffe structurelle.
La surcapacité n'est pas un hasard, mais la conséquence directe du modèle de croissance soutenu par l'État. Les banques subventionnées par les municipalités ont généreusement accordé des prêts pour la construction de nouvelles usines, et les collectivités locales ont instrumentalisé les usines automobiles à des fins de création d'emplois et de prestige politique. Les constructeurs chinois ont constaté qu'il était plus économique de construire de nouvelles usines que de moderniser les existantes – une incitation économiquement perverse qui a conduit à un gaspillage massif de capacités de production. Pour les constructeurs eux-mêmes, les conséquences ont été dramatiques : de 2021 à 2025, la quasi-totalité des constructeurs automobiles nationaux a connu une chute vertigineuse de leurs profits.
La guerre des rabais ruineuse et ses victimes
La conséquence logique d'un trop grand nombre d'usines face à une demande insuffisante fut une guerre des prix d'une ampleur historique. Sur un marché comptant environ 49 constructeurs et plus de 100 marques différentes, une concurrence féroce éclata, les clients guettant les bonnes affaires et les constructeurs se livrant à une guerre de prix acharnée. BYD, devenu depuis le premier constructeur automobile mondial, baissa temporairement ses prix jusqu'à 34 % durant ce conflit. Les marges des constructeurs, déjà fragilisées par une surcapacité structurelle, furent encore davantage réduites. Pour de nombreux petits fournisseurs, cette guerre des prix fut un piège mortel, dont la survie ne pouvait être assurée ni par une augmentation des volumes ni par un ajustement des marges.
La guerre des prix s'est auto-entretenue : ceux qui n'ont pas baissé leurs prix ont perdu des parts de marché ; ceux qui les ont baissés ont vu leurs marges diminuer. Les bénéfices de nombreux constructeurs automobiles ont été quasiment anéantis. Les entreprises soutenues par l'État, grâce à des prêts à taux préférentiels et des subventions municipales, ont pu prolonger cette lutte, sans pour autant être économiquement viables. Il en a résulté un cercle vicieux où les acteurs les plus performants du marché n'étaient pas nécessairement les plus solides économiquement, mais plutôt ceux qui bénéficiaient du soutien gouvernemental le plus important.
Dans le même temps, la pression s'est accrue pour exporter les véhicules devenus invendus sur le marché intérieur. Les exportations automobiles chinoises ont alors explosé : la Chine est devenue le premier exportateur mondial de voitures, dépassant le Japon et l'Allemagne. Les trois quarts de ces exportations étaient initialement des véhicules à moteur thermique pour lesquels le marché intérieur ne trouvait plus preneur. Cette pression à l'exportation affecte directement l'Europe et a déclenché le débat sur l'imposition de droits de douane punitifs par l'Union européenne.
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Sélection étatique plutôt que défaillance du marché : la stratégie chinoise derrière les révocations de licences
Réponse de Pékin : La consolidation du marché est une question d’intérêt national
Face à ces carences structurelles, l'intervention récente du gouvernement ne constitue pas un revirement surprenant, mais plutôt la suite logique d'une politique industrielle annoncée depuis des années. Le ministère chinois de l'Industrie et des Technologies de l'information (MIIT) a officiellement radié huit constructeurs automobiles de son registre des marques, révoquant ainsi leurs licences de production. Il s'agit de FAW Xiali, Brilliance Auto, Zotye Auto, Leopard, Lifan, Hawtai, BAIC Yinxiang et Haima. Pour ces entreprises, la révocation de leur licence marque la fin officielle de leurs activités en tant que constructeurs automobiles indépendants, même si nombre d'entre elles avaient déjà cessé leur production depuis plusieurs années.
Ce choix de moment n'est pas fortuit. Le gouvernement chinois vise à réduire systématiquement les surcapacités et à renforcer la compétitivité internationale de l'industrie nationale. Un secteur comptant trop d'acteurs faibles nuit aux plus forts : retarder la consolidation prolonge la concurrence par les prix et fragilise les fonds propres de tous les participants. En éliminant formellement les acteurs faibles, Pékin tourne la page sur un chapitre économiquement clos depuis longtemps, mais dont la pleine réalisation politique n'était pas encore effective.
Cette consolidation ne doit pas être perçue comme une expression des principes du libre marché, mais plutôt comme une gestion active de la politique industrielle. La différence est cruciale : dans une économie de marché, les entreprises quittent le marché faute de clients. Dans le système capitaliste dirigé chinois, ce phénomène survient parce que l’État le juge optimal. Le gouvernement définit les gagnants et les perdants avec une précision structurellement étrangère aux économies occidentales, créant ainsi un risque de marché d’une toute autre nature pour les investisseurs et les concurrents internationaux.
Les huit hommes condamnés : portraits d'ambitions brisées
Un coup d'œil aux entreprises impliquées révèle tout le spectre de l'histoire automobile chinoise : des entreprises ambitieuses et prometteuses aux plagiaires ratés, des anciennes entreprises d'État aux fournisseurs régionaux oubliés.
L'affaire Zotye Auto a suscité le plus d'attention internationale. L'entreprise s'est forgée une réputation sulfureuse avec son modèle SR9, une réplique flagrante, quoique remarquablement bien réalisée, du Porsche Macan. Le véhicule copiait non seulement la silhouette extérieure de la sportive allemande à l'identique, mais reprenait également son design intérieur, la forme de son volant, ses finitions, sa console centrale et même l'horloge analogique du tableau de bord. Affichée à un prix de départ d'environ 15 000 € – une fraction de celui de la Porsche originale –, la voiture a trouvé preneur. Porsche a porté plainte, apparemment sans grand succès, tandis que le droit chinois offrait peu de recours. Avec le retrait de la licence du MIIT, l'histoire de cette entreprise qui a prospéré davantage grâce à la créativité d'autrui qu'à sa propre innovation s'achève.
La FAW Xiali était autrefois une véritable voiture populaire. La marque produisait des petites voitures abordables et a longtemps été présente sur le marché des taxis ; la Xiali est devenue l'un des véhicules les plus vendus en Chine dans les années 1990 et au début des années 2000. Mais ce qui fut jadis un phénomène de masse a été supplanté par les véhicules électriques modernes et l'évolution des goûts des consommateurs. Brilliance Auto, en revanche, est un nom familier aux passionnés d'automobile allemands, même si ce nom a une connotation négative : il y a près de vingt ans, la marque a tenté de s'implanter sur le marché européen avec des berlines comme les BS6 et BS4, mais a échoué en raison de prix exorbitants, d'une qualité médiocre et d'un manque de perspectives d'avenir. La coentreprise BMW Brilliance Automotive, quant à elle, poursuit ses activités et a récemment annoncé la production de sa sept millionième BMW en Chine.
Hawtai est considérée comme quasiment inactive sur le marché depuis 2019. Leopaard n'a vendu aucun véhicule depuis des années et n'existait plus que de nom. BAIC Yinxiang a déposé le bilan en 2021 ; selon certaines sources, la production de véhicules a repris sous le nom de BAIC Ruixiang. Haima s'est fait un nom grâce à la production sous licence de véhicules d'autres constructeurs, mais n'est pas parvenue à se forger une identité propre sur le marché. Enfin, Lifan était connue pour ses petites voitures qui ressemblaient fortement à des modèles de concurrents établis.
Les gagnants de la consolidation : qui profite de la restructuration du marché ?
La consolidation du marché imposée par l'État ne constitue pas un échec pour l'industrie automobile chinoise dans son ensemble ; il s'agit d'une restructuration ciblée qui profite à quelques acteurs privilégiés. Les bénéficiaires les plus évidents sont les grandes entreprises bien capitalisées qui ont survécu à la guerre des prix grâce au soutien de l'État et aux économies d'échelle : BYD, Geely, Chery et SAIC gagneront des parts de marché après le retrait des concurrents plus petits. Les nouveaux venus à succès comme XPeng et Xiaomi Automotive sont également bien positionnés, ayant établi une identité de produit claire et de solides bases technologiques malgré une concurrence féroce.
BYD illustre parfaitement le nouveau visage de l'industrie automobile chinoise. L'entreprise domine non seulement le marché intérieur, mais poursuit également une stratégie d'expansion internationale. Son objectif d'exportation de 1,5 million de véhicules pour 2026 est ambitieux, mais réaliste. BYD bénéficie d'une combinaison unique de facteurs : le soutien gouvernemental, l'intégration verticale (l'entreprise produit ses propres batteries) et une rapidité de développement des modèles qui rivalise avec les entreprises occidentales. Les analystes de HSBC prévoyaient une croissance de 14 % pour BYD en 2025, un chiffre remarquable compte tenu du contexte de marché actuel.
Pour les petits constructeurs qui ont quitté le marché et leurs employés, la consolidation signifie la fin. Des dizaines de milliers d'emplois dans les usines d'assemblage, les sites de production des fournisseurs et les réseaux de distribution sont menacés. Les municipalités qui vantaient jadis leurs marques automobiles locales comme moteurs d'emploi sont désormais confrontées à de difficiles ajustements sociaux. C'est le prix politique intérieur des gains d'efficacité imposés par Pékin – un prix rarement évoqué dans les reportages internationaux sur le miracle automobile chinois.
Effets miroirs : ce que la transformation signifie pour l'Europe et l'Allemagne
La consolidation du marché automobile chinois n'est pas qu'une simple question économique intérieure ; elle a des conséquences stratégiques directes pour l'industrie automobile européenne, et notamment allemande. Les entreprises allemandes sont confrontées à un dilemme : le marché chinois leur demeure indispensable, tout en étant en déclin. Chez Volkswagen, la Chine représentait environ 30 % des livraisons totales du groupe, soit 644 000 voitures ; chez Mercedes, ce chiffre s'élevait à 34 % pour les voitures particulières ; et chez BMW, il atteignait encore 26 %, malgré une baisse significative.
La suppression des aides publiques à l'achat et la faiblesse structurelle de la demande sur le marché chinois entraînent des pertes de revenus immédiates pour ces entreprises. Parallèlement, les constructeurs chinois, faute de débouchés sur le marché intérieur, se lancent dans une offensive d'exportations en Europe. Ce double effet – la baisse des revenus sur leur principal marché conjuguée à une pression concurrentielle accrue sur ce même marché – représente l'un des défis les plus redoutables que l'industrie automobile allemande ait jamais connus.
L'UE a réagi en imposant des droits de douane punitifs sur les véhicules électriques chinois. L'efficacité de cette mesure pour compenser l'asymétrie structurelle de la concurrence reste discutable. Les constructeurs chinois bénéficient d'économies d'échelle, de subventions publiques et de coûts de production inférieurs, avantages que les droits de douane ne peuvent que partiellement compenser. Philipp Seidel, expert automobile chez Arthur D. Little, a souligné que la pression expansionniste exercée par la Chine se fera sentir encore plus fortement en Europe dans les années à venir, notamment si les États-Unis continuent de restreindre ses exportations. Le scénario d'une offensive commerciale ciblée sur l'Europe, envisagée comme marché alternatif pour les capacités de production désormais invendues en Chine, n'est plus une hypothèse, mais une réalité.
Questions structurelles et longue trajectoire de l'histoire
La consolidation actuelle du marché chinois ne marque pas la fin d'un cycle, mais plutôt le début d'une nouvelle phase. Les observateurs du secteur anticipent la poursuite de cette consolidation, qui pourrait impacter les grandes marques à l'avenir. Le gouvernement chinois continuera d'influencer activement les structures de son secteur clé ; la seule question qui se pose est celle des instruments qu'il utilisera et du moment de son intervention.
À long terme, l'objectif affiché par Pékin est clair : qu'un petit groupe de champions nationaux hautement spécialisés et compétitifs à l'échelle mondiale dominent le marché mondial des véhicules électriques et des technologies connexes. Dans cette perspective, la concurrence féroce de ces dernières années, qui a réduit considérablement les marges et menacé de nombreux emplois, n'était pas une erreur, mais bien le fruit d'un processus de sélection délibéré. Les plus faibles n'ont pas été éliminés au hasard, mais systématiquement, dans le but de renforcer encore davantage les plus forts.
Pour les économies occidentales et leurs entreprises, cette prise de conscience est difficile à accepter. La concurrence avec la Chine dans le secteur automobile n'est pas simplement une concurrence entre entreprises, mais une concurrence entre deux systèmes économiques différents : l'un privilégiant la rentabilité à court terme et les intérêts des actionnaires, et l'autre poursuivant une domination du marché à long terme comme objectif étatique, subventionnant ainsi les pertes pendant des décennies. Le bilan de ces deux modèles ne se réglera pas en un trimestre, mais sur plusieurs générations.
La fermeture de ces huit usines n'est, dans ce contexte, qu'un épisode mineur d'une histoire bien plus vaste. Elle démontre que Pékin est capable et disposé à prendre des décisions économiques, même douloureuses, lorsqu'elles servent un objectif stratégique plus large. Elle révèle également que l'industrie automobile chinoise n'est pas une entité statique, mais un système dynamique en perpétuelle mutation, impulsé par la volonté gouvernementale, les pressions internationales et une transformation démographique et économique dont l'issue est loin d'être certaine.
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