Fuite explosive : des diplomates américains sur le « nouveau » front de l'IA contre la souveraineté des données de l'UE – La guerre de Washington pour les données mondiales
Xpert Pré-lancement
Available in 27 languages 📢
Préférez Xpert.Digital sur GoogleⓘPublié le : 26 février 2026 / Mis à jour le : 26 février 2026 – Auteur : Konrad Wolfenstein

Fuite explosive : des diplomates américains sur le « nouveau » front de l’IA contre la souveraineté des données de l’UE – La guerre de Washington pour les données mondiales – Image : Xpert.Digital
Attaque frontale contre le RGPD : les données comme arme – La nouvelle guerre froide numérique entre les États-Unis et l’Europe
Document secret révélé : l'attaque impitoyable de Trump contre la protection des données en Europe
Une note interne divulguée du secrétaire d'État américain Marco Rubio provoque une vive polémique et marque un tournant historique dans la politique transatlantique : l'administration Trump exhorte les diplomates américains du monde entier à s'opposer activement aux efforts européens visant à instaurer la souveraineté des données. Ce qui est officiellement présenté comme une « demande d'action » diplomatique se révèle, à y regarder de plus près, une déclaration de guerre ouverte contre le Règlement général européen sur la protection des données (RGPD) et la tentative de l'UE de s'affranchir de sa dépendance toxique aux géants technologiques américains. Dans un ordre mondial numérique où les données constituent l'atout le plus précieux du XXIe siècle, Washington durcit considérablement le ton. Une nouvelle lutte de pouvoir fait rage entre l'hégémonie américaine, le controversé CLOUD Act américain et la recherche désespérée par l'Europe de ses propres alternatives au cloud ; une lutte qui façonnera profondément notre avenir numérique et économique.
En lien avec ceci :
- États-Unis | Un rapport secret du BMI (ministère fédéral de l'Intérieur) révèle l'illusion de la souveraineté numérique
Quand la diplomatie devient un outil au service des entreprises technologiques et pourquoi les États-Unis s'attaquent désormais à la souveraineté numérique de l'Europe
Le 18 février 2026, l'administration Trump a diffusé une circulaire interne du département d'État américain, signée par le secrétaire d'État Marco Rubio, enjoignant les diplomates américains du monde entier à s'opposer activement aux efforts des autres États pour établir leur souveraineté numérique. Ce qui, à première vue, semble être une manœuvre de politique étrangère de routine, se révèle, à y regarder de plus près, comme une offensive systématique visant à garantir l'hégémonie américaine sur les données dans un monde où celles-ci sont depuis longtemps devenues la ressource la plus précieuse du XXIe siècle. Ce document marque une escalade dramatique dans la lutte géopolitique pour le contrôle des infrastructures mondiales de données et soulève des questions fondamentales quant à l'avenir de l'autonomie numérique de l'Europe.
Anatomie du télégramme Rubio : un regard dans les coulisses diplomatiques
Le télégramme du Département d'État, classé comme Demande d'action, constitue à ce jour la formulation la plus claire d'une politique internationale des données plus agressive sous la présidence de Donald Trump. Dans ce document, le gouvernement américain soutient que les lois sur la souveraineté et la localisation des données perturberaient les flux mondiaux de données, augmenteraient les coûts et les risques de cybersécurité, restreindraient l'intelligence artificielle et les services cloud, et étendraient le contrôle gouvernemental d'une manière qui porterait atteinte aux libertés civiles et permettrait la censure. Ce raisonnement mérite une analyse nuancée, car il confond des préoccupations économiques légitimes avec des intérêts stratégiques, occultant ainsi le cœur du conflit transatlantique sur les données.
Le télégramme enjoint expressément les diplomates américains de suivre de près l'évolution des propositions visant à restreindre les flux transfrontaliers de données et de s'y opposer activement. À cette fin, les missions diplomatiques ont reçu des guides de discussion promouvant le Forum mondial sur les règles de confidentialité transfrontalières, un organisme créé en 2022 par les États-Unis, le Mexique, le Canada, l'Australie, le Japon et d'autres pays afin de promouvoir la libre circulation des données. Ce forum a officiellement lancé ses certifications internationales en juin 2025 et compte aujourd'hui une centaine d'entreprises certifiées, représentant plus de 2 000 unités. Ce n'est pas un hasard si les États-Unis présentent ce forum comme un contre-modèle aux réglementations européennes plus strictes en matière de protection des données. Le message est clair : Washington entend définir les règles de l'économie mondiale des données selon ses propres principes.
Le fait que Rubio cite explicitement le Règlement général européen sur la protection des données (RGPD) dans sa lettre est particulièrement explosif, car il le présente comme un exemple de réglementation excessivement contraignante en matière de protection des données et d'obligations relatives aux flux transfrontaliers de données. Ce faisant, le gouvernement américain remet directement en cause le fondement même du droit européen de la protection des données. Le télégramme mentionne également la Chine, qu'il accuse de combiner des projets d'infrastructures technologiques attractifs avec des politiques restrictives en matière de données afin d'étendre son influence mondiale et d'accéder aux données internationales à des fins de surveillance et d'avantages stratégiques. Ce parallèle établi entre la réglementation européenne en matière de protection des données et les politiques de surveillance chinoises est un procédé rhétorique qui crée une fausse équivalence visant à délégitimer les intérêts légitimes des citoyens européens en matière de protection des données.
Plus d'informations ici :
La dimension économique : pourquoi les données sont le nouvel or noir
Pour comprendre les implications de cette initiative diplomatique, il est essentiel d'examiner les réalités économiques du secteur mondial du cloud et des données. Le marché mondial des infrastructures cloud a atteint un chiffre d'affaires de 99 milliards de dollars au deuxième trimestre 2025 et connaît une croissance annuelle d'environ 25 %. Pour l'ensemble de l'année 2025, Gartner estime le marché mondial du cloud computing à environ 750 milliards de dollars, avec un taux de croissance annuel moyen projeté de 18 % jusqu'en 2028. Cet immense marché est dominé par une poignée d'entreprises américaines : Amazon Web Services détient 30 % de parts de marché mondiales, suivi de Microsoft Azure avec 20 % et de Google Cloud avec 13 %. Ensemble, ces trois entreprises américaines contrôlent environ 63 % du marché mondial du cloud.
En Europe, cette domination est encore plus marquée. Amazon Web Services domine le marché européen du cloud avec 32 % de parts de marché, suivi de Microsoft Azure (23 %) et de Google Cloud (10 %). À eux trois, ces géants américains contrôlent 65 % du marché européen du cloud, tandis que les fournisseurs européens n'en détiennent qu'entre 13 et 15 %, soit une chute spectaculaire de 27 % par rapport à 2017. Selon une estimation de Devilink Consulting, les fournisseurs américains contrôlent jusqu'à 92 % de l'infrastructure cloud européenne. Les États-Unis hébergent également environ 51 % des datacenters mondiaux et contrôlent environ 74 % de la capacité mondiale de calcul haute performance pour l'IA.
Les investissements des géants technologiques dans les centres de données et l'infrastructure d'IA ont atteint des niveaux sans précédent en 2025. Microsoft, Alphabet, Meta et Amazon prévoyaient conjointement des dépenses d'investissement d'environ 370 milliards de dollars pour la seule année 2025, Microsoft étant le principal investisseur avec près de 35 milliards de dollars par trimestre, soit 45 % de son chiffre d'affaires total. Les actions liées à l'IA ont contribué à hauteur de 75 % à la performance du S&P 500 l'an dernier et ont représenté 80 % de la croissance des bénéfices de l'indice. Les services cloud d'IA générative ont connu une croissance fulgurante de 140 à 180 % au deuxième trimestre 2025. Ces chiffres illustrent la ferme opposition de Washington à toute réglementation susceptible de restreindre la libre circulation des données vers les entreprises américaines : il s'agit ni plus ni moins que de la domination économique des États-Unis à l'ère numérique.
Le casse-tête juridique : CLOUD Act contre RGPD
Au cœur du conflit transatlantique relatif aux données se trouve une contradiction fondamentale entre le droit américain et le droit européen. La loi américaine CLOUD Act (Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act), adoptée en 2018, autorise les autorités américaines chargées de l'application de la loi à exiger la communication de données auprès d'entreprises américaines, indépendamment du lieu de stockage physique de ces données. Une entreprise américaine peut donc être contrainte de remettre des données hébergées sur des serveurs situés à Francfort, Amsterdam ou Dublin. Ce principe d'extraterritorialité contredit directement le Règlement général européen sur la protection des données (RGPD), qui impose des règles strictes encadrant le transfert de données personnelles vers des pays tiers.
La Cour de justice de l'Union européenne a clarifié les conséquences de ce conflit dans deux arrêts de principe. Dans l'arrêt Schrems I de 2015, l'accord Safe Harbor a été jugé insuffisant. La Cour, se fondant sur les révélations de Snowden, a estimé que les transferts de données vers les États-Unis pouvaient porter atteinte aux droits fondamentaux à la vie privée des citoyens européens. L'accord Privacy Shield, négocié ultérieurement, a également été invalidé dans l'arrêt Schrems II de 2020, les États-Unis n'ayant pas mis en place de garanties suffisantes contre la surveillance excessive. La Cour a explicitement fait référence à l'article 702 de la loi FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act) et au décret présidentiel 12333, qui confèrent des pouvoirs de surveillance étendus à l'encontre des ressortissants étrangers.
Le cadre de protection des données UE-États-Unis, introduit en 2023, visait à combler cette lacune, mais de nombreux experts en protection des données le jugent tout aussi vulnérable que ses prédécesseurs. Le militant autrichien pour la protection des données, Max Schrems, a déjà annoncé son intention de contester ce cadre devant les tribunaux. L'offensive américaine actuelle contre les initiatives de souveraineté des données aggrave considérablement ce problème, car elle indique que Washington n'a aucun intérêt pour un véritable compromis. Au contraire, le gouvernement américain entend utiliser son pouvoir de négociation pour empêcher les autres pays d'adopter toute réglementation en matière de protection des données.
Que ce conflit soit loin d'être théorique est démontré par un exemple concret : Microsoft a admis devant un tribunal français ne pas pouvoir garantir la protection des données européennes contre l'accès par les autorités américaines. Ce fait remet en cause toutes les promesses faites par les géants américains du cloud en matière de localisation des données et de souveraineté régionale. Même si les données sont physiquement stockées en Europe, elles sont de facto soumises à la juridiction des États-Unis dès lors qu'elles sont gérées par une entreprise américaine.
L'offensive systématique de Washington contre la réglementation numérique européenne
Le télégramme de Rubio sur la souveraineté des données n'est pas un incident isolé, mais s'inscrit dans une vaste campagne menée par l'administration Trump contre les initiatives réglementaires européennes dans le domaine numérique. Dès août 2025, Rubio a ordonné aux diplomates américains en Europe de lancer une campagne de lobbying contre le règlement européen sur les services numériques (DSA). Dans le télégramme daté du 4 août, le département d'État a qualifié le DSA de restriction excessive de la liberté d'expression et a exhorté les diplomates à faire pression sur les gouvernements de l'UE et les autorités de régulation nationales afin d'abroger ou de modifier cette loi. Le DSA exige des grandes plateformes de médias sociaux qu'elles suppriment les contenus illégaux tels que les contenus extrémistes ou les représentations d'abus sexuels sur enfants – une mesure que l'administration Trump interprète comme une censure des voix conservatrices.
En février 2026, il a également été annoncé que les États-Unis prévoyaient de créer un portail en ligne pour aider les Européens et d'autres personnes à contourner la censure des contenus, notamment des discours haineux et de la propagande terroriste. Cette mesure constitue une atteinte sans précédent à l'autorité réglementaire des États souverains et témoigne d'un changement fondamental de la politique étrangère américaine à l'égard de ses alliés européens.
Bert Hubert, expert néerlandais en informatique en nuage et ancien membre du conseil de surveillance des services de renseignement néerlandais, livre une analyse pragmatique de ce changement de cap : tandis que la précédente administration américaine s’efforçait de séduire les clients européens, l’actuelle exige des Européens qu’ils ignorent leurs propres réglementations en matière de protection des données dans la mesure où elles pourraient nuire aux entreprises américaines. Cette analyse résume parfaitement le changement de paradigme : d’une diplomatie coopérative à une pression manifeste.
Les députés européens ont vivement critiqué la campagne menée contre la DSA. Lors d'une audition parlementaire en août 2025, la Commission européenne a été invitée à s'exprimer sur les activités de lobbying américaines. Le fait que certains eurodéputés aient même salué l'intervention américaine comme une aide bienvenue face à ce qu'ils considéraient comme une censure européenne illustre le clivage idéologique que Washington exploite délibérément.
La contre-offensive européenne : entre prise de conscience stratégique et faiblesse structurelle
L'agressivité croissante de la politique américaine en matière de données a suscité un mouvement de réaction en Europe, qui, toutefois, est confrontée à d'importantes lacunes structurelles. La loi européenne sur le cloud et le développement de l'IA, annoncée pour le premier trimestre 2026, vise à renforcer l'autonomie de l'Europe en matière d'infrastructures cloud et de données, à réduire sa dépendance stratégique vis-à-vis des fournisseurs non européens et à donner aux utilisateurs un meilleur contrôle de leurs données. La vice-présidente exécutive européenne, Henna Virkkunen, a présenté cette loi comme un outil pour améliorer les services cloud et développer les capacités de calcul haute performance de l'Europe.
Sur le plan politique, la France et l'Allemagne se sont entendues sur des mesures concrètes lors d'un sommet sur la souveraineté numérique européenne qui s'est tenu à Berlin en novembre 2025 et a réuni plus de 900 participants issus des milieux politiques, industriels et de la société civile. Les deux plus grandes économies de l'UE appellent la Commission européenne à définir les normes de protection les plus élevées pour les données les plus sensibles, notamment des garanties appropriées contre l'impact des législations extraterritoriales d'États non membres de l'UE. La France et l'Allemagne ont également mis en place un groupe de travail conjoint sur la souveraineté numérique européenne, chargé d'élaborer des indicateurs de souveraineté pour des secteurs clés tels que les services cloud, l'intelligence artificielle et la cybersécurité. Les résultats de ces travaux seront présentés au Conseil ministériel franco-allemand en 2026.
L'initiative européenne Gaia-X, lancée en 2020, est désormais entrée dans sa phase de déploiement et comprend plus de 180 espaces de données. Christoph Strnadl, directeur technique de Gaia-X, affirme sans équivoque : aucune entreprise américaine ne peut garantir que le gouvernement américain n'accédera jamais à ses données. Par conséquent, aucune entreprise américaine ne sera jamais sollicitée pour des données critiques. La souveraineté, c'est avoir des options stratégiques, et non pas vouloir tout faire soi-même. Gaia-X privilégie un écosystème de cloud fédéré qui connecte fournisseurs, utilisateurs et plateformes dans un cadre commun de confiance, de transparence et d'interopérabilité.
Cependant, la réalité est loin d'être à la hauteur des ambitions politiques. Selon l'International Data Corporation, la part des services de cloud souverain dans le chiffre d'affaires mondial de l'infrastructure en tant que service (IaaS) augmentera de 9 % par an jusqu'en 2028, mais à partir d'un niveau très bas. L'industrie européenne du cloud a depuis longtemps perdu le contact avec les économies d'échelle des hyperscalers américains, et il est permis de douter que des mesures politiques puissent agir suffisamment vite pour réduire cette dépendance structurelle dans un délai raisonnable.
Notre expertise américaine en matière de développement commercial, de ventes et de marketing
Domaines d'intervention prioritaires : B2B, numérisation (de l'IA à la XR), ingénierie mécanique, logistique, énergies renouvelables et industrie
Plus d'informations ici :
Un centre thématique offrant des informations et une expertise :
- Plateforme de connaissances couvrant les économies mondiales et régionales, l'innovation et les tendances spécifiques à l'industrie
- Un recueil d'analyses, d'idées et d'informations générales issues de nos principaux domaines d'intervention
- Un lieu d'expertise et d'information sur les développements actuels dans le monde des affaires et des technologies
- Un centre névralgique pour les entreprises en quête d'informations sur les marchés, la numérisation et les innovations industrielles
Le danger invisible : le coût exorbitant que nous coûtera à tous notre dépendance aux entreprises américaines
Le cas Airbus : un modèle pour la politique industrielle européenne
L'exemple le plus frappant des conséquences concrètes du débat sur la souveraineté des données est celui d'Airbus, le plus grand constructeur aérospatial européen. Le groupe prépare une migration massive de ses systèmes les plus sensibles afin de protéger ses données critiques, allant des plans d'avions au savoir-faire technologique interne, contre la loi américaine CLOUD Act. L'appel d'offres, dont le lancement était prévu début janvier 2026, porte sur un montant estimé à plus de 50 millions d'euros et une durée contractuelle pouvant aller jusqu'à dix ans.
Catherine Jestin, vice-présidente exécutive du numérique chez Airbus, justifie cette décision par l'extrême sensibilité des informations, tant au niveau national qu'européen, et par la volonté de garantir leur maintien sous contrôle européen. Airbus utilise actuellement Google Workspace et les outils Microsoft pour ses opérations financières, tandis que certaines données à caractère militaire sont encore stockées hors du cloud, sur sa propre infrastructure.
Le cas d'Airbus révèle cependant le talon d'Achille de la politique numérique européenne : l'entreprise estime en interne à seulement 80 % la probabilité de trouver un fournisseur de cloud européen techniquement adapté. Cette estimation est un indicateur alarmant du retard de l'infrastructure informatique européenne face aux besoins de son propre secteur. La situation est particulièrement préoccupante car les éditeurs de logiciels comme SAP proposent de plus en plus de nouvelles fonctionnalités exclusivement via des plateformes cloud, contraignant les entreprises à migrer sans qu'il existe d'alternatives européennes adéquates.
Que ces préoccupations soient loin d'être théoriques est illustré par un autre exemple : le procureur général de la Cour pénale internationale, Karim Khan, aurait perdu l'accès à sa messagerie Microsoft après que Trump lui a imposé des sanctions pour avoir critiqué le Premier ministre Netanyahu. Bien que Microsoft nie avoir suspendu ses services pour la CPI, cet incident montre à quelle vitesse l'accès aux services technologiques américains peut devenir un instrument de pression géopolitique.
En lien avec ceci :
- Protection contre le CLOUD Act – Abandon des clouds américains : Airbus prévoit de se retirer et met fin au transfert de données sensibles
Alternatives européennes : L'écosystème entre nouveaux départs et désillusion
Les efforts déployés pour atteindre la souveraineté numérique, tant au niveau privé qu'institutionnel, sont soutenus par un écosystème croissant de fournisseurs de technologies européens. Dans le domaine de l'infrastructure cloud, le français OVHcloud se positionne comme l'un des principaux fournisseurs européens, aux côtés de l'allemand Hetzner, qui propose un hébergement compétitif conforme aux normes allemandes de protection des données, et du français Scaleway, qui prend en charge un nombre croissant de charges de travail liées à l'IA. En matière de communication et de collaboration, la plateforme open source allemande Nextcloud offre une solution complète pour la synchronisation de fichiers, les calendriers, les contacts et les tâches bureautiques, capable de remplacer intégralement Google Drive, Dropbox, Microsoft OneDrive et Google Agenda. Le fournisseur suisse Tresorit propose un stockage cloud chiffré de bout en bout, tandis que le suisse Wire et le standard ouvert Matrix/Element fournissent des solutions de communication sécurisées.
Au niveau de l'administration publique, des migrations concrètes sont déjà en cours. Lyon, troisième ville de France, a entrepris une migration complète de Microsoft Windows et Office vers des alternatives open source telles que Linux, OnlyOffice, Nextcloud et PostgreSQL. Le Land allemand de Schleswig-Holstein a pris des mesures similaires, et le secteur public danois a annoncé son intention de remplacer progressivement Microsoft Teams par des outils de collaboration gérés à l'échelle européenne. Plusieurs Länder allemands ont migré des services cloud de Microsoft vers des solutions souveraines, utilisant STACKIT et Open Telekom Cloud pour garantir leur conformité au RGPD et leur souveraineté numérique.
La France et l'Allemagne ont développé conjointement les suites logicielles libres LaSuite et OpenDesk et se sont engagées à généraliser l'utilisation des outils libres au sein de leurs administrations publiques. Lyon a développé sa plateforme collaborative Territoire Numérique Ouvert en collaboration avec des acteurs numériques locaux et l'exploite dans des centres de données régionaux. Ces initiatives démontrent que la transition est techniquement possible, même si elle exige des investissements et un effort organisationnel importants.
Néanmoins, la question de la scalabilité demeure le problème central. Les géants américains du cloud bénéficient de plusieurs décennies d'avance en matière de développement, d'économies d'échelle considérables et d'un écosystème de milliers de services intégrés qu'aucun fournisseur européen ne peut reproduire dans un avenir proche. Le secteur européen du cloud ne représente qu'une fraction du marché mondial, et même en Europe, sa part a chuté à environ 13 à 15 %. Pour les applications critiques exigeant une disponibilité maximale, une présence mondiale et une intégration poussée avec les services d'IA, il n'existe souvent actuellement aucune alternative européenne pleinement viable.
En lien avec ceci :
- Expertise européenne en matière de design plutôt que dépendance technologique – Le modèle français du cloud comme stratégie économique
Perspective géostratégique : les données comme arme dans la nouvelle guerre froide
La lutte pour la souveraineté des données ne peut être comprise indépendamment des vastes mutations géopolitiques. Le monde traverse une phase d'accélération du découplage technologique, où le contrôle des données, de la puissance de calcul et des infrastructures d'IA est devenu un enjeu central de la puissance nationale. Les États-Unis et la Chine sont entrés dans une nouvelle phase de compétition stratégique autour de l'intelligence artificielle, que certains observateurs qualifient déjà de guerre froide numérique.
Washington poursuit une stratégie à double tranchant. Concernant la Chine, les États-Unis mènent une politique de découplage technologique agressive, notamment par le biais de contrôles à l'exportation sur les semi-conducteurs et le matériel d'IA. Ces contrôles ont été renforcés à tel point, à la mi-2025, que même les puces d'IA spécifiquement conçues pour le marché chinois sont désormais soumises à l'embargo. En revanche, vis-à-vis de l'Europe et des autres alliés, Washington plaide pour une ouverture maximale des marchés de données, ce qui signifie concrètement un accès sans entrave des entreprises technologiques américaines aux données des citoyens et des entreprises européennes.
Le télégramme de Rubio mentionne explicitement la Chine comme un acteur qui combine projets d'infrastructures technologiques et politiques restrictives en matière de données pour étendre son influence mondiale. Cet avertissement concernant la Chine est manifestement utilisé comme moyen de pression pour dissuader les partenaires européens de mettre en œuvre leurs propres mesures de protection des données : localiser ses données, c'est faire le jeu de la Chine, tel est le message implicite. Mais ce raisonnement est trompeur. Si la politique chinoise en matière de données vise effectivement le contrôle et la surveillance étatiques, les règles européennes de protection des données poursuivent un objectif diamétralement opposé : la protection des droits fondamentaux des individus contre la surveillance étatique et privée.
Les alliés de l'Europe se trouvent de plus en plus confrontés à un dilemme : pris entre deux feux, ils doivent choisir entre se soutenir mutuellement ou perturber leurs chaînes d'approvisionnement. La plupart se sont, dans une certaine mesure, alignés sur les restrictions américaines à l'exportation vers la Chine, mais rares sont ceux qui envisagent une rupture totale, compte tenu du rôle de la Chine en tant que marché et fournisseur. Le débat sur la souveraineté des données ajoute une nouvelle dimension à cette tension : l'Europe doit désormais composer avec les pressions américaines et ses propres valeurs, non seulement dans le secteur des semi-conducteurs, mais aussi en matière de politique des données.
L’illusion de la souveraineté américaine dans les nuages : l’euroblanchiment comme modèle commercial
Les géants américains du cloud perçoivent depuis longtemps le débat sur la souveraineté européenne comme une opportunité commerciale et y répondent par des offres qui promettent la souveraineté sans la garantir réellement. Amazon Web Services a récemment lancé son European Sovereign Cloud, affirmant qu'il est entièrement situé au sein de l'UE, physiquement et logiquement séparé des autres régions AWS, exploité indépendamment par des résidents européens et sécurisé par des contrôles techniques rigoureux et des garanties juridiques solides.
De nombreuses entreprises et représentants de l'industrie européens restent sceptiques face à cette tentative d'« euro-blanchiment ». L'association européenne du secteur du cloud, CISPE (Fournisseurs de services d'infrastructure cloud en Europe), accuse le cadre de souveraineté du cloud de l'UE d'être conçu de manière à favoriser les géants américains du cloud. Cristina Caffarra, ancienne conseillère de la Commission européenne, a qualifié la dépendance de l'Europe à plus de 90 % vis-à-vis des infrastructures cloud américaines de véritable cauchemar en matière de sécurité, susceptible de faire basculer la stabilité numérique de l'UE au moindre incident.
Le problème fondamental demeure : tant qu'une entreprise est soumise à la juridiction américaine, toutes ses promesses souveraines peuvent être annulées par une simple décision de justice ou un décret présidentiel. Catherine Jestin, directrice du numérique chez Airbus, attend donc des éclaircissements de la part des autorités de régulation européennes quant à savoir si une entreprise comme Airbus bénéficierait effectivement d'une immunité face aux lois extraterritoriales et si ses services pourraient être perturbés. La réponse à cette question sera cruciale non seulement pour Airbus, mais aussi pour l'ensemble du secteur européen.
Les coûts de la dépendance : une analyse des risques économiques
La dépendance de l'Europe aux services cloud américains comporte des risques qui dépassent largement le cadre de la protection des données. Structurellement, la concentration sur trois fournisseurs américains la rend extrêmement vulnérable aux décisions politiques prises à Washington. Conflits commerciaux, sanctions ou modifications réglementaires unilatérales peuvent compromettre l'accès aux infrastructures critiques à tout moment. Le verrouillage technologique imposé par des interfaces et des services propriétaires rend le changement de fournisseur complexe sur le plan technique et coûteux.
D'un point de vue réglementaire, les entreprises européennes se trouvent confrontées à une situation paradoxale : l'utilisation de services cloud américains peut les mettre en conflit avec leur propre législation. Les violations du RGPD lors des transferts de données vers les États-Unis, les problèmes de conformité aux nouvelles réglementations NIS2 et DORA, ainsi que les amendes potentielles pouvant atteindre 4 % du chiffre d'affaires annuel, créent un profil de risque potentiellement existentiel pour nombre d'entre elles. Le fait que les entreprises européennes puissent être simultanément sanctionnées par leurs propres autorités de régulation pour l'utilisation de services américains et subissent des pressions de la part du gouvernement américain pour ne pas rechercher d'alternatives souligne le dilemme auquel elles sont confrontées.
Le marché du cloud souverain est en pleine croissance, mais part d'un niveau modeste. Selon les estimations d'International Data Corporation, la part des services de cloud souverain dans le chiffre d'affaires mondial de l'IaaS augmentera de 9 % par an jusqu'en 2028. Cette croissance est alimentée par le durcissement de la réglementation en Europe et les tensions géopolitiques, mais il faudra des années avant que les fournisseurs européens ne puissent rivaliser avec les économies d'échelle et l'offre de services des hyperscalers américains.
Asymétrie stratégique : pourquoi l’Europe est structurellement désavantagée
L'asymétrie fondamentale de la politique transatlantique des données réside dans le fait que les États-Unis fournissent simultanément la technologie dominante et disposent du pouvoir de politique étrangère nécessaire pour contrer les tentatives de réglementation des autres États. Ce double rôle de leader du marché et d'hégémonie politique crée une dynamique que les mécanismes de marché traditionnels ne peuvent briser. L'Europe ne produit ni les plateformes cloud dominantes ni les modèles d'IA de pointe et se trouve donc dans une situation de dépendance structurelle que les processus de marché normaux ne peuvent corriger.
La capacité de traitement de l'IA en Europe ne représente qu'une fraction de celle des États-Unis et de la Chine, et les tendances de croissance actuelles ne permettront pas de combler cet écart. Alors que les entreprises technologiques américaines investiront conjointement 370 milliards de dollars dans les infrastructures d'ici 2025, l'Europe manque à la fois de capitaux privés et de la volonté du secteur public d'investir à une échelle comparable. La force traditionnelle de l'Europe réside dans la réglementation, mais cette compétence même est aujourd'hui systématiquement sapée par l'offensive diplomatique américaine.
La Commission européenne n'a pas encore publié de déclaration officielle concernant le télégramme de Rubio. Ce silence pourrait être interprété comme une retenue diplomatique, mais il risque d'être perçu comme un signe de faiblesse. Face à une situation où Washington remet ouvertement en question les règles de la politique européenne des données, une réponse européenne claire et ferme serait non seulement appropriée, mais absolument nécessaire.
La troisième dimension de la Chine : le tiers invisible dans le jeu de poker des données
Le télégramme de Rubio décrit la Chine comme un acteur qui allie des projets d'infrastructures technologiques attractifs à des politiques de données restrictives. Cette image, bien que perçue comme une menace par les États-Unis, n'est pas dénuée de fondement. Ces dernières années, la Chine a considérablement renforcé sa réglementation sur le stockage et le transfert des données des utilisateurs par les entreprises. La loi sur la sécurité des données et la loi sur la protection des renseignements personnels instaurent un cadre réglementaire qui restreint fortement les flux transfrontaliers de données tout en accordant à l'État chinois des droits d'accès étendus.
En réponse à une question concernant le télégramme, l'ambassade de Chine à Washington a déclaré que Pékin a toujours accordé une grande importance à la cybersécurité et à la protection des données. Cette réponse diplomatique ne saurait masquer le fait que le régime chinois en matière de données est fondamentalement motivé par des motivations différentes de celles de son homologue européen : tandis que l'Europe privilégie la protection des droits fondamentaux individuels, la Chine instrumentalise le contrôle des données comme outil d'exercice du pouvoir d'État.
Cela pose un double défi à l'Europe. D'une part, elle doit protéger son infrastructure de données contre tout accès extraterritorial des autorités américaines ; d'autre part, elle doit empêcher que les fournisseurs de technologies chinois ne créent une nouvelle forme de dépendance grâce à des offres attractives en matière de prix et d'infrastructures. La seule position cohérente pour l'Europe est de poursuivre une politique des données véritablement autonome, qui ne soit influencée ni par les idées américaines ni par celles de la Chine, mais qui repose sur ses propres valeurs et intérêts.
Le tournant dans l'espace numérique : une conclusion sans illusions
Le télégramme de Rubio du 18 février 2026 marque un tournant dans la politique transatlantique des données. Il révèle ce que nombre de responsables politiques européens ont longtemps refusé d'admettre : les États-Unis considèrent l'accès sans entrave aux données mondiales comme une question de sécurité nationale et sont prêts à déployer tout leur appareil diplomatique pour défendre cet accès. Le discours sur le libre-échange, l'ouverture des données et l'innovation masque des intérêts économiques et géopolitiques bien réels.
Pour l'Europe, la question de la souveraineté numérique n'est plus une simple hypothèse théorique, mais une nécessité politique et industrielle concrète. Les alternatives techniques de base existent, de Nextcloud à OVHcloud en passant par Hetzner, mais elles doivent être déployées à grande échelle et développées davantage. Si le cadre politique se met en place avec la loi européenne sur le cloud et le développement de l'IA et les initiatives nationales, sa mise en œuvre se heurte à une forte résistance de Washington. Sensibiliser le public, comme le promeut la Journée de l'indépendance numérique du CCC, est un élément nécessaire, mais non suffisant, de cette transformation.
La question cruciale est de savoir si l'Europe possède la volonté politique et la persévérance économique nécessaires pour réduire véritablement sa dépendance structurelle à l'égard des infrastructures technologiques américaines, ou si le confort du statu quo et les pressions politiques de Washington relégueront ses ambitions de souveraineté au rang de promesses non tenues. La réponse à cette question déterminera non seulement l'avenir de la protection des données en Europe, mais aussi la capacité d'action géopolitique globale du continent à l'ère numérique.
Votre partenaire mondial en marketing et développement commercial
☑️ Notre langue de travail est l'anglais ou l'allemand
☑️ NOUVEAU : Correspondance dans votre langue maternelle !
Mon équipe et moi-même sommes heureux de pouvoir vous accompagner en tant que conseiller personnel.
Vous pouvez me contacter en remplissant le formulaire de contact ici ou m'appeler au +49 89 89 674 804 ( Munich) . Mon adresse e-mail est : [email protected]
J'attends avec impatience notre projet commun.
☑️ Accompagnement des PME en matière de stratégie, de conseil, de planification et de mise en œuvre
☑️ Création ou réalignement de la stratégie numérique et de la numérisation
☑️ Expansion et optimisation des processus de vente internationaux
☑️ Plateformes de commerce B2B mondiales et numériques
☑️ Développement commercial pionnier / Marketing / Relations publiques / Salons professionnels
🎯🎯🎯 Bénéficiez de l'expertise étendue et quintuple de Xpert.Digital dans une offre de services complète : développement commercial, recherche et développement, expérience client (XR), relations publiques et optimisation de la visibilité numérique

Bénéficiez de l'expertise approfondie et diversifiée d'Xpert.Digital, articulée autour de cinq axes, grâce à une offre de services complète : R&D, XR, RP et optimisation de la visibilité numérique. – Image : Xpert.Digital
Xpert.Digital possède une connaissance approfondie de divers secteurs d'activité. Cela nous permet d'élaborer des stratégies sur mesure, parfaitement adaptées aux exigences et aux défis de votre segment de marché spécifique. En analysant en permanence les tendances du marché et en suivant l'évolution du secteur, nous agissons de manière proactive et proposons des solutions innovantes. L'alliance de notre expérience et de notre expertise génère une valeur ajoutée et confère à nos clients un avantage concurrentiel décisif.
Plus d'informations ici :



























