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La haute technologie plutôt que la bureaucratie : comment le Centre d'innovation d'Erding est censé enfin rendre les forces armées allemandes plus aptes au combat

La haute technologie plutôt que la bureaucratie : comment le Centre d'innovation d'Erding est censé enfin rendre les forces armées allemandes plus aptes au combat

Technologie de pointe plutôt que lourdeurs bureaucratiques : comment le Centre d’innovation d’Erding est censé rendre les forces armées allemandes plus opérationnelles – Image : Xpert.Digital

La vallée de la mort pour les start-ups DefTech : le centre d’innovation d’Erding peut-il combler le fossé entre le prototype et les troupes ?

Six acteurs, un centre : comment Erding entend unifier le paysage fragmenté de l'innovation au sein des forces armées allemandes

Alors que l'Ukraine se dote en quelques mois d'une armée de drones de pointe et qu'Israël fusionne harmonieusement défense et hautes technologies, le changement de paradigme allemand risque de s'enliser dans sa propre réglementation. Analyse des innovations perdues, des fondateurs frustrés et d'un centre à Erding censé apporter la solution, mais qui n'en est encore qu'à ses balbutiements.

Dans les couloirs du service des achats, on croirait entendre une mauvaise blague : une start-up allemande développe un système de camouflage révolutionnaire, rafle des prix d’innovation et impressionne lors des tests de l’OTAN au Canada. Mais au lieu d’en équiper ses troupes, la Bundeswehr (forces armées allemandes) invoque un manque de « références auprès des agences gouvernementales » – un obstacle, par définition, insurmontable pour une jeune entreprise. Résultat ? La start-up tente désormais sa chance en Israël, tandis que les soldats allemands restent cantonnés à une technologie obsolète.

Ce cas n'est pas un incident isolé, mais plutôt le symptôme d'un blocage systémique. Malgré le fonds spécial de 100 milliards d'euros et la demande affirmée du ministre de la Défense, Boris Pistorius, d'une « préparation au combat », la Bundeswehr (forces armées allemandes) est engluée dans des détails bureaucratiques. Le centre d'innovation prévu à Erding est censé permettre une avancée majeure et consolider les responsabilités fragmentées. Or, un an après son annonce, au lieu d'un sentiment d'optimisme, règne surtout l'incertitude quant aux structures, aux budgets et aux pouvoirs.

Le temps presse. 71 % des fondateurs d'entreprises de technologies de défense jugent désormais les capacités de défense de l'Allemagne faibles. Leur échec n'est pas dû à un manque d'idées, mais plutôt à ce qu'on appelle le « gouffre de la mort » : le déficit de financement entre le prototype et la production en série, un problème auquel le gouvernement allemand, contrairement aux États-Unis ou à la France, n'a pas de solution.

Les six acteurs qui assurent actuellement les missions d'innovation des forces armées allemandes seront réunis au sein du futur centre d'innovation d'Erding afin de former un réseau d'opérations

Les six acteurs actuellement en charge de l'innovation au sein des forces armées allemandes seront réunis au sein du futur centre d'innovation d'Erding afin de former un réseau. – Image : Xpert.Digital

  • Bureau de planification des forces armées allemandes (PlgABw)
  • Centre de numérisation des forces armées allemandes (ZDigBw)
  • Office fédéral pour l'équipement, les technologies de l'information et le soutien en service des forces armées allemandes (BAAINBw)
  • Pôle de recherche et d'innovation (FIH)
  • Les forces armées (Armée de terre, Armée de l'air, Marine et Domaine cybernétique et de l'information)
  • Le Pôle d'innovation cybernétique des forces armées allemandes (CIHBw) fait partie du « Réseau de laboratoires numériques » et de l'écosystème d'innovation

Le rapport qui suit met en lumière la profondeur réelle des problèmes structurels, explique pourquoi le seuil parlementaire de 25 millions d'euros devient un goulot d'étranglement pour la sécurité et quelles réformes radicales seraient désormais nécessaires pour éviter de perdre le contact avec les pays leaders du monde.

Un fiasco d'acquisition : ce que l'Ukraine fait mieux que nous en matière d'armements

Les forces armées allemandes sont confrontées à un dilemme fondamental en matière d'innovation : tandis que des start-ups comme Oberon Systems développent des solutions technologiques révolutionnaires avec des systèmes de camouflage adaptatifs, et que l'Ukraine se dote d'une puissante armée de drones en quelques mois, l'armée allemande est freinée par des obstacles structurels qui entravent systématiquement l'innovation. Le centre d'innovation prévu à Erding est censé remédier à cette situation, mais ses structures floues et l'absence de mécanismes de financement révèlent le problème de fond : les forces armées tentent de stimuler l'innovation par le biais de nouvelles institutions sans lever les obstacles bureaucratiques qui empêchent les start-ups d'accéder au marché.

71 % des fondateurs d'entreprises de technologies de défense interrogés jugent les capacités de défense de l'Allemagne faibles ou très faibles, et seul un tiers d'entre eux choisirait de créer à nouveau une entreprise en Allemagne. Ces chiffres alarmants révèlent non seulement un problème d'approvisionnement, mais aussi un blocage systémique de l'innovation, qui englobe des exigences de référence, des seuils parlementaires et une fragmentation des responsabilités.

Le Centre d'innovation d'Erding : un concept sans percée

Annonce et état

En février 2025, lors de la Nuit de l'innovation de la Conférence de Munich sur la sécurité, le ministre de la Défense, Boris Pistorius, a annoncé la création d'un centre d'innovation de la Bundeswehr à Erding. Le choix de cet emplacement semble stratégique : l'Institut de recherche sur les technologies de défense et les équipements (WIWeB) d'Erding abrite déjà depuis 2022 le Laboratoire d'innovation Système Soldat (InnoLabSysSdt), projet pilote pour de nouvelles approches expérimentales en matière de recherche sur les technologies de défense.

La vision d'Annette Lehnigk-Emden, présidente de BAAINBw : un « réseau d'efficacité » fédérant les acteurs de l'innovation actuellement fragmentés : le Bureau de planification de la Bundeswehr, le Centre de numérisation, BAAINBw, le Pôle de recherche et d'innovation et les forces armées. Ces acteurs travaillent actuellement de manière incohérente et cloisonnée, ce qui engendre un manque de coordination dans le développement des innovations et exclut souvent l'utilisateur final – les troupes – du processus.

ambiguïtés structurelles

Un an après son annonce, le projet en est encore à ses balbutiements et présente des problèmes structurels non résolus. Une équipe de développement travaille sur les aspects organisationnels et de contenu, mais ni le calendrier, ni les coûts, ni la structure précise n'ont été définis. On ignore également si l'InnoLabSysSdt, déjà en place, sera intégré au centre d'innovation ou continuera d'exister en parallèle.

Ce retard est symptomatique : alors que d’autres nations – Israël, les États-Unis, l’Ukraine – rendent leurs centres d’innovation opérationnels en quelques mois, les forces armées allemandes s’enlisent dans des procédures de planification interminables. Le laboratoire d’innovation « Soldat système » prouve à lui seul son efficacité : troupes, industrie et recherche y sont déjà intégrées avec succès, notamment pour les essais de drones de petite taille et de micro-drones. Mais au lieu de généraliser rapidement ce modèle, une nouvelle structure est mise en place, sans que ses pouvoirs ni son budget ne soient clairement définis.

Le chaînon manquant : le financement précoce

Le général de brigade Michael Bender, chef de l'équipe de mise en place, résume succinctement le principal problème : « L'obtention rapide de contrats budgétaires constitue la deuxième étape. » En effet, aucun financement initial n'est alloué aux projets qui parviennent au centre d'innovation. Les start-ups doivent donc développer, tester et commercialiser des solutions innovantes à leurs propres risques et sans soutien financier des forces armées allemandes.

Cette approche ignore la réalité des jeunes entreprises technologiques. Sans financement relais entre le prototype et la production de masse – la fameuse « vallée de la mort » –, même les innovations les plus prometteuses échouent. L’Ukraine résout ce problème de manière pragmatique : depuis 2023, la plateforme Brave1 a soutenu environ 1 500 entreprises et financé 3 200 projets liés au secteur militaire, grâce à des fonds publics directs. L’Allemagne, en revanche, oriente les start-ups vers le système d’achats publics classique, où les véritables obstacles commencent.

Obstacles bureaucratiques : entrave systématique à l’innovation

Le cercle vicieux des exigences de référence

Le principal obstacle pour les startups réside dans les critères de qualification des appels d'offres publics. Les forces armées allemandes exigent régulièrement des soumissionnaires qu'ils aient déjà réalisé un « projet équivalent pour un organisme gouvernemental ». Cette exigence est, par définition, impossible à satisfaire pour les startups : les jeunes entreprises ne peuvent fournir de références comparables car elles sont nouvelles sur le marché.

De plus, des exigences de certification s'appliquent : les produits doivent être certifiés selon diverses normes ou se conformer à la réglementation complexe de l'OTAN. Moritz Sümmermann, d'Oberon Systems, le sait pertinemment : son système de camouflage adaptatif, « Erlkönig », a obtenu un taux de détection inférieur de 70 % à celui des systèmes non camouflés lors des essais terrestres de l'armée américaine. Ce système utilise la technologie des liseuses électroniques, possède une conception modulaire, est économe en énergie et peut fonctionner pendant des mois sans recharge. Il a démontré ses capacités lors d'un essai sur le terrain mené par l'OTAN au Canada.

Malgré ces résultats impressionnants et le prix « Game Changer Award » remporté lors du Defence Innovation Pitch Day 2025, le passage à la production en série reste un défi de taille. La start-up doit se concentrer sur les marchés internationaux, comme Israël, car les structures d'approvisionnement allemandes offrent peu d'accès à ces marchés.

Depuis des années, Bitkom propose d'abaisser les exigences minimales des appels d'offres et de mettre en place un label de qualité pour les startups et les PME, délivré par un organisme indépendant. La préqualification – instrument déjà autorisé d'évaluation de l'adéquation précompétitive – est quasiment inutilisée. De ce fait, les pratiques actuelles restent inchangées : 86 % des startups DefTech considèrent un accès facilité aux marchés publics comme la mesure politique la plus importante.

Approbation parlementaire : le contrôle politique comme frein au temps

Tout projet d'acquisition des forces armées allemandes d'un montant supérieur à 25 millions d'euros requiert l'approbation de la commission du budget du Bundestag (Parlement allemand). Ce contrôle démocratique, bien que constitutionnellement fondé, constitue un frein de plus en plus important : selon le gouvernement fédéral, une centaine de propositions de ce type ont été soumises à la commission du budget pour la seule année 2025, chacune retardant la procédure d'acquisition de plusieurs mois.

La Cour fédérale des comptes et le groupe parlementaire CDU/CSU demandent que le seuil soit relevé à au moins 100 millions d'euros. Cette mesure permettrait de réduire les formalités administratives et d'accélérer les procédures sans pour autant renoncer au contrôle parlementaire des projets d'envergure. Le gouvernement fédéral a répondu par la loi d'accélération de la planification et des acquisitions des forces armées fédérales (BwPBBG), approuvée par le Conseil des ministres en juillet 2025 et dont l'entrée en vigueur est prévue début 2026.

Le problème : la loi fédérale sur les acquisitions des forces armées (BwPBBG) est limitée à fin 2026 et expire donc avant l’épuisement du fonds spécial « Bundeswehr » (Forces armées fédérales). De plus, nombre des instruments prévus ne sont pas utilisés dans les faits. Si le président de l’Office fédéral des équipements, des technologies de l’information et du soutien en service de la Bundeswehr (BAAINBw) déplore publiquement la bureaucratie, les réformes structurelles font défaut. Relever le seuil d’attribution directe de 1 000 € à 5 000 € pourrait concerner 20 % des acquisitions, mais les technologies innovantes impliquent des enjeux d’une toute autre ampleur.

Responsabilités fragmentées et manque de coordination

Le paysage de l'innovation au sein des forces armées allemandes ressemble à une mosaïque. Au moins six acteurs différents travaillent sur des sujets d'innovation, souvent sans coordination suffisante. Le Cyber ​​Innovation Hub (CIHBw), créé en 2017 comme une structure d'intervention rapide, peut formuler des recommandations à l'Office fédéral des équipements, des technologies de l'information et du soutien en service de la Bundeswehr (BAAINBw), mais leur prise en compte et leur mise en œuvre restent incertaines.

Cette fragmentation engendre une situation où « les différentes parties prenantes communiquent souvent mal entre elles ». Une start-up ayant développé avec succès un prototype avec le CIHBw doit encore se soumettre à la procédure d'acquisition classique de la BAAINBw, avec tous ses obstacles bureaucratiques. Depuis sa création, le Cyber ​​Innovation Hub a initié plus de 170 projets d'innovation, mais seuls 19 ont été retenus, c'est-à-dire adoptés par la Bundeswehr.

L'inspecteur général de l'armée de terre, Christian Freuding, plaide pour une participation accrue des différentes branches des forces armées à la prise de décision. Il se félicite de l'allocation d'un million d'euros à l'armée de terre, à la marine et à l'armée de l'air pour l'innovation dans le budget 2026 – un pas vers la décentralisation, certes, mais qui ne résout pas le problème de fond. Un million d'euros peut suffire à l'acquisition de petits drones pour l'entraînement, mais pas à l'intégration systématique des technologies innovantes au sein des forces armées.

 

Hub pour la sécurité et la défense - conseils et informations

Hub pour la sécurité et la défense - Image: Xpert.Digital

Le hub pour la sécurité et la défense offre des conseils bien fondés et des informations actuelles afin de soutenir efficacement les entreprises et les organisations dans le renforcement de leur rôle dans la politique européenne de sécurité et de défense. De près avec le groupe de travail PME Connect, il promeut en particulier les petites et moyennes entreprises (PME) qui souhaitent étendre davantage leur force et leur compétitivité innovantes dans le domaine de la défense. En tant que point de contact central, le Hub crée un pont décisif entre la PME et la stratégie de défense européenne.

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Dilemme des forces armées allemandes : des milliards dépensés en armements, mais l'innovation est négligée

La crise des marchés publics : les retards comme nouvelle norme

Les problèmes structurels se manifestent par des retards flagrants dans les projets. L'avion de transport A400M est arrivé avec 195 mois – soit 16 ans – de retard et a engendré 1,6 milliard d'euros de surcoûts. Le projet Eurofighter a quant à lui connu des dépassements de coûts de près de 9 milliards d'euros. Les projets en cours s'inscrivent dans cette même tendance : les frégates F127 sont retardées par des problèmes d'interface informatique, le Skyranger Boxer accuse un retard de 18 mois – sa livraison est désormais prévue pour 2028 au lieu de 2026 – et les forces armées allemandes sont confrontées à une transmission de données instable et à une portée radio insuffisante avec le système de radiocommunication numérique D-LBO.
Ces retards ne peuvent être imputés uniquement à l'Office fédéral des équipements, des technologies de l'information et du soutien en service de la Bundeswehr (BAAINBw). La présidente du BAAINBw, Lehnigk-Emden, réfute à juste titre l'idée que l'agence constituerait un « obstacle bureaucratique et intellectuel aux acquisitions ». Le problème est plus profond : cinq ans avant l'intervention du BAAINBw, d'autres agences travaillaient déjà à la définition du produit. Des exigences supplémentaires s'ajoutent constamment – ​​les fameuses « solutions sur mesure », où des solutions spéciales doivent être développées spécifiquement pour les forces armées allemandes au lieu d'acquérir des produits disponibles dans le commerce.

Le fort taux de rotation du personnel au sein du BAAINBw (Office fédéral des équipements, des technologies de l'information et du soutien en service de la Bundeswehr) retarde les projets : les militaires changent de poste tous les deux à quatre ans, précisément au moment où ils ont acquis une expertise. Plusieurs centaines de postes sont vacants, avec une pénurie particulièrement marquée d'ingénieurs, de juristes et d'économistes. Le vieillissement important des effectifs et le taux élevé d'arrêts maladie pour cause de surmenage aggravent la situation.

Lehnigk-Emden retourne la situation, accusant l'industrie de l'armement de subir des « contraintes plus fortes » et une « bureaucratie plus lourde » que le BAAINBw (Office fédéral des équipements, des technologies de l'information et du soutien en service de la Bundeswehr). L'industrie doit augmenter ses capacités de production, même sans garanties d'achat à long terme. « Nous achèterons, c'est clair pour tout le monde », affirme le président. Mais ce jeu de reproches mutuels conduit à une impasse et freine l'innovation.

L’écosystème DefTech : capital, culture et déficits structurels

Le déficit de financement

L'Allemagne est certes un chef de file des investissements dans les technologies de défense en Europe, mais l'écart est considérable à l'échelle mondiale : alors qu'environ un milliard de dollars de capital-risque ont été injectés dans les startups allemandes du secteur entre 2018 et 2024, les États-Unis ont investi à eux seuls plus de 130 milliards de dollars entre 2021 et 2024. Sur une période plus longue, l'Allemagne n'investit donc que 160 % des investissements américains sur quatre ans.
Ce déficit de financement a des causes structurelles. Les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) de nombreux investisseurs institutionnels excluent les produits purement liés aux technologies de défense. Les fonds de capital-risque privés, quant à eux, hésitent face au risque d'atteinte à leur réputation. Bitkom plaide donc pour un financement public d'amorçage, sur le modèle des programmes français (Fonds Innovation Défense) ou néerlandais (SecFund), afin de mobiliser des capitaux privés. Le Fonds allemand pour l'avenir pourrait être élargi pour inclure un volet dédié aux technologies de défense, mais des mesures concrètes restent à prendre.

Parallèlement, deux startups allemandes du secteur de la défense, Helsing et Quantum Systems, sont devenues des licornes, avec des valorisations dépassant le milliard d'euros. Helsing a récemment levé 450 millions d'euros et est valorisée à 4,5 milliards d'euros. Cependant, ces succès restent des exceptions. La majorité des startups peinent à trouver des financements, tandis que, dans le même temps, la Bundeswehr a annoncé un nombre record de 97 grands projets de défense approuvés en 2024, dont la plupart ont été attribués à des entreprises de défense établies.

Barrières culturelles et manque de réseautage

Les obstacles bureaucratiques sont exacerbés par des lacunes culturelles. 79 % des fondateurs d'entreprises DefTech interrogés souhaiteraient de meilleures opportunités de réseautage et une consolidation des diverses initiatives privées et unités d'innovation au sein des forces armées allemandes. 84 % plaident pour des environnements de test où les exigences réglementaires sont assouplies.

Le CIHBw (Centre d'innovation et de technologie des forces armées allemandes) s'efforce de combler ce fossé. Son directeur, Sven Weizenegger, décrit ce centre comme un « acteur du changement » fonctionnant selon le principe « par les troupes, avec les troupes et pour les troupes ». Les besoins sont directement identifiés auprès des troupes, et les soldats sont impliqués dans le processus de développement. Un partenariat a été établi avec l'unité d'innovation ukrainienne Brave1 afin de faciliter le partage rapide et sans lourdeurs administratives d'idées et de solutions.

Cependant, le CIHBw atteint ses limites : dépourvu de pouvoir d’achat propre, il dépend de la coopération avec le BAAINBw (Office fédéral des équipements, des technologies de l’information et du soutien en service de la Bundeswehr). Bitkom demande l’octroi d’un budget conséquent au CIHBw, constitué sous forme de corridor financier au sein du BAAINBw, et l’autorisation de mettre en œuvre, de manière largement indépendante, des innovations au sein des forces armées. D’ici 2030, au moins 30 collaborations phares entre la Bundeswehr et des start-ups des secteurs de la défense et des biens à double usage devraient être en place.

Modèles internationaux : ce que l’Allemagne peut apprendre de l’Ukraine, d’Israël et des États-Unis

Ukraine : L'innovation par nécessité

En deux ans, l'Ukraine a bâti ex nihilo une industrie DefTech performante. Le programme Brave1 soutient 1 500 entreprises et finance 3 200 projets grâce à un financement public direct, sans procédures d'appel d'offres complexes. Les startups ukrainiennes livrent leurs solutions directement sur le terrain, les testent en conditions réelles de combat et les améliorent en temps réel.

Les solutions numériques des forces armées ukrainiennes sont impressionnantes : l’application « Army+ » permet le traitement numérique des procédures militaires qui nécessitaient auparavant des documents papier. Les résultats des combats peuvent être communiqués directement et les rapports à signer sont soumis en quelques minutes. L’application « Reserve+ » automatise l’enregistrement des conscrits et optimise le recrutement. L’Allemagne, qui se targue de ses efforts de numérisation, accuse un retard considérable dans ce domaine.

En juillet 2025, l'Allemagne a conclu un accord de numérisation avec l'Ukraine afin de tirer des enseignements de ces expériences. La vice-ministre de la Défense, Kateryna Chernohorenko, a souligné : « Les technologies seront le fondement d'une paix durable. L'Ukraine développe déjà de telles solutions et peut les partager avec ses alliés. » La question est de savoir si les forces armées allemandes (Bundeswehr) seront également en mesure d'adopter ces solutions, ou si leur mise en œuvre échouera là aussi en raison de difficultés d'approvisionnement

Israël : un modèle en matière de technologies de défense

Israël affiche la plus forte densité de startups par habitant au monde, et son secteur de haute technologie a toujours été étroitement lié au secteur de la défense. La création du Centre industriel israélien de recherche et développement (MATIMOP) en 1970 par un commandant de Tsahal a marqué un tournant. Aujourd'hui, les secteurs militaire et civil bénéficient mutuellement de cette synergie, notamment grâce aux échanges réguliers de personnel entre les forces armées et les startups.

Le CIHBw s'inspire explicitement des modèles israélien et américain. Mais tandis qu'Israël privilégie des solutions pragmatiques et des processus décisionnels rapides, l'Allemagne reste enlisée dans des débats structurels. Ce n'est pas un hasard si Oberon Systems, la start-up spécialisée dans les systèmes de camouflage adaptatifs, s'est rendue à Tel Aviv en décembre à l'invitation de la Chambre de commerce israélienne : l'accès au marché y est plus aisé qu'en Allemagne.

États-Unis : Capitale et vitesse

Les États-Unis investissent non seulement 130 fois plus de capital-risque dans les technologies de défense que l'Allemagne, mais leurs procédures d'acquisition sont également plus rapides. La Defense Innovation Unit (DIU) peut conclure des contrats avec des start-ups en quelques mois. In-Q-Tel, la branche capital-risque de la CIA, investit de manière stratégique dans les technologies à double usage.

L'Allemagne s'efforce de rattraper son retard en matière de BwPBBG (Loi fédérale sur la formation et le perfectionnement des forces armées) et de Centre d'innovation, mais des contraintes structurelles persistent. Si le ministre de la Défense, M. Pistorius, insiste lors de ses interventions sur l'importance de la rapidité, la réalité est tout autre : le Centre d'innovation d'Erding n'en est toujours qu'à ses débuts un an après son annonce, la BwPBBG expire en 2026 et les jeunes entreprises continuent d'être freinées par des exigences de référence.

La décentralisation comme solution ?

Le lieutenant-général Christian Freuding, inspecteur de l'Armée de terre, plaide pour une plus grande participation des forces armées aux procédures d'acquisition. Avant la réorganisation de 2016, les acquisitions étaient décentralisées – un modèle auquel Freuding souhaiterait revenir partiellement. L'Armée de terre acquiert déjà des drones pour l'entraînement et les exercices de manière décentralisée, en utilisant les indemnités personnelles des commandants.

« Je souhaite que les forces armées et l'industrie communiquent plus fréquemment et plus directement », explique Freuding. Les drones, notamment, offrent de nombreuses opportunités grâce à des délais de développement et de fabrication extrêmement courts. L'armée a mis en place une unité d'essais et de développement chargée d'évaluer l'adéquation des nouvelles approches à un usage opérationnel – une véritable porte d'entrée pour les innovations au sein des forces armées.

Cette approche ascendante présente un potentiel, mais aussi des risques. Sans coordination centrale, une fragmentation accrue est probable. Sans normes ni exigences d'interopérabilité, des solutions isolées et incompatibles verront le jour. La solution ne réside pas dans une décentralisation totale, mais dans un équilibre judicieux : des directives-cadres centrales et la responsabilité budgétaire au sein du BAAINBw (Office fédéral des équipements, des technologies de l'information et du soutien en service de la Bundeswehr), mais une plus grande liberté opérationnelle et une autonomie d'acquisition accrue pour les différentes branches des forces armées dans le cadre de projets de plus petite envergure et de prototypage rapide.

Propositions de réforme structurelle : que faut-il faire maintenant ?

Les problèmes sont connus et les solutions existent. Ce qui manque, c'est la volonté politique d'une mise en œuvre cohérente

Premièrement : Réformer les exigences de référence

Les appels d'offres doivent être plus favorables aux jeunes entreprises. Au lieu de projets de référence déjà réalisés, des études de faisabilité technique, des prototypes et des résultats d'essais devraient suffire comme preuve de leur aptitude. Un label d'agrément pour les jeunes entreprises de technologies de défense, délivré par un organisme indépendant après vérification de leurs capacités techniques et financières, pourrait renforcer la confiance des responsables des achats.

Deuxièmement : institutionnaliser le financement précoce

Le Centre d'innovation d'Erding a besoin d'un budget conséquent pour financer la transition entre le prototypage et la production en série. Le CIHBw requiert un corridor financier enregistré auprès de la BAAINBw, lui conférant l'autorisation de passer des marchés pour des projets jusqu'à 10 millions d'euros. Sur le modèle français, un « Fonds d'innovation pour la défense » devrait financer les jeunes entreprises DefTech par des investissements publics afin de mobiliser des capitaux privés.

Troisièmement : relever le niveau d'approbation parlementaire

Le seuil de 25 millions d'euros est obsolète. Le relever à 100 millions d'euros permettrait de réduire considérablement la bureaucratie sans pour autant sacrifier le contrôle démocratique sur les grands projets. La loi fédérale relative à la promotion des projets fédéraux (LPPPF) doit être pérennisée et ses dispositions appliquées de manière cohérente.

Quatrièmement : Clarifier les responsabilités et renforcer la coordination

Le Centre d'innovation d'Erding ne doit pas devenir une simple structure parallèle. Il a besoin de responsabilités clairement définies, d'un budget et d'un pouvoir de décision, et doit servir de plateforme centrale pour toutes les parties prenantes. L'intégration du système éprouvé InnoLabSysSdt est bénéfique, mais ne doit pas en limiter les capacités opérationnelles.

Cinquièmement : Évitez systématiquement les « solutions miracles »

Les produits disponibles sur le marché doivent primer sur les développements sur mesure. Il ne faut plus ajouter d'exigences arbitrairement en cours de projet. Les appels d'offres fonctionnels, qui décrivent le problème à résoudre plutôt que de spécifier des spécifications techniques détaillées, favorisent les approches innovantes.

Sixièmement : Créer des environnements de test et des champs d’essai

84 % des fondateurs d'entreprises de technologies de défense (DefTech) réclament un assouplissement des exigences réglementaires dans certains domaines, notamment pour les essais. Les cadres d'écosystèmes d'innovation de défense parrainés par l'OTAN, où les jeunes entreprises peuvent se présenter et obtenir une forme de label de qualité, les aideraient à convaincre les investisseurs.

Septièmement : Promouvoir les collaborations entre phares

D’ici 2030, il devrait exister au moins 30 partenariats stratégiques entre les forces armées allemandes et les start-ups DefTech, assortis de contrats de développement et de réception à long terme garantissant la sécurité de la planification.

L'innovation exige de la détermination, pas seulement des institutions

Le Centre d'innovation d'Erding est une étape nécessaire, mais insuffisante. Tant que les startups ne répondent pas aux critères de référence, que l'approbation parlementaire constitue un obstacle mensuel et que les financements de démarrage font défaut, l'innovation reste une question de chance plutôt que de système. Moritz Sümmermann, d'Oberon Systems, se rend en Israël car il y perçoit de meilleures perspectives qu'en Allemagne. 71 % des fondateurs d'entreprises de technologies de défense affirment que l'Allemagne peine à assurer sa propre défense, et seul un tiers d'entre eux choisirait d'y créer à nouveau une entreprise.

L'ironie est que les forces armées allemandes disposent de 100 milliards d'euros via leur fonds spécial et de 108 milliards d'euros dans le budget de la défense pour 2026 – des sommes sans précédent. Pourtant, tandis que Pistorius parle de « rapidité » lors de la présentation du Leopard 2 A8, des start-ups innovantes sont engluées dans les méandres de la bureaucratie. L'argent est là, les technologies sont là, les start-ups sont là – ce qui manque, c'est la volonté politique de briser les chaînes structurelles.

L'Ukraine montre qu'une autre voie est possible : l'innovation née de la nécessité, les circuits d'approvisionnement directs et la volonté de prendre des risques pour l'État. Israël démontre depuis des décennies comment la défense et les hautes technologies peuvent converger. Les États-Unis investissent 130 fois plus dans les technologies de défense que l'Allemagne. L'Allemagne, quant à elle, continue de planifier, alors que le temps presse.

« La capacité de guerre », comme l’appelle Pistorius, ne découle pas des institutions, mais de la détermination. Le Centre d’innovation d’Erding ne pourra réussir que s’il est doté d’une véritable autorité, d’un budget conséquent et de la liberté de surmonter les obstacles bureaucratiques. Autrement, il ne sera qu’une initiative de plus, aussi bien intentionnée soit-elle, enlisée dans les méandres de l’administration allemande, tandis qu’ailleurs se joue l’avenir de la défense.

 

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